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Rapport annuel des évêques

Année: 1885
Pays: Inde
Mission: Pondichéry
Rédacteur:Mgr Laouënan

Pondichéry. 1885

Population catholique 203.396
Baptêmes de païens 1.109
Baptêmes d’enfants de païens 861

Appelé et retenu à Rome par le Souverain-Pontife afin d’aider à l’étude de la question du patronage portugais, Mgr Laouënan n’a pu nous envoyer le compte-rendu des travaux de missionnaires de Pondichéry ; il nous est donc impossible de donner un aperçu général de l’état de cette mission. Disons de suite que le vénérable évêque a été nommé assistant au trône pontifical, au lendemain du jour où il avait vu le premier volume de son très remarquable ouvrage : Du Brahmanisme et de ses rapports avec le Judaïsme et le Christianisme, couronné par l’Académie Française.
Nous extrayons du Madras Catholic Directory des renseignements sur l’état de la population catholique et sur les établissements d’instruction et de charité tenus par les missionnaires et les congrégations religieuses du Vicariat. Ces détails, qu’aucune Lettre Commune précédente n’a donnés, intéresseront, nous n’en doutons point, tous nos confrères, malgré la sécheresse inévitable d’une longue énumération.

ÉTAT DE LA POPULATION CATHOLIQUE. _ Nous suivons l’ordre du Madras Directory qui s’est inspiré de la division politique et administrative.

Dans les Possessions françaises.

Pondichéry, 18,889 catholiques ; Karikal, 10,955 ; Couroumbagaram, 1,832.

Dans les possessions anglaises

Collectorat de South-Arcot. _ Cuddalore, 916 catholiques ; Manjacoupam, 386 : Panikencoupam, 4,203 ; Conancoritchy, 3,935 ; Viryour, 3,257 ; Attipakam, 3,362 ; Vattavalanm 3, 428 ; Vellantangul, 2,327 ; Gingi, 2,432 ; Yerrayour, 2,900 ; Nangatour, 2,895 ; Mogour, 2,594 ; Vicravandy, 5,667 ; Alladhy, 4,565 ; Tindivanam, 2,672.
Collectorat de Salem. _ Salem, 2,170 catholiques ; Yedapathi et Shettiapetty, 1,422 ; Ercaud, 385 ; Akkravaram, 713 ; Canghouvaly, 2,684 ; Ahtour, 2,500 ; Calcavery, 3,700 ; Covillour-Darampoury, 4,127 ; Covillour-Tripatour, 2,546.
Collectorat de Trichinopoly. _ Tolourpatty, 2,116 catholiques ; Cottapaleam, 3,127 ; Paleam, 1,722 ; Prattacoudy, 3,805 ; Outamanour, 2,685 ; Periavalatcherry, 3,564 ; Couneycoudhy, 2,452 ; Vadugarpatty, 6,520 ; Cocoudy, 2,208 ; Viragalour, 3,375 ; Tennour, 4,618.
Collectorat de Tanjore. _ Moulatour, 1,691 catholiques ; Candamangalam, 5,058 ; Triviar, 5,048 ; Combaconam, 2,545 ; Mattour, 2,700 ; Manalour, 2,500 ; Peroumainour, 4,975 ; Mayaveram, 3,111 ; Pilavadandey, 1,431 ; Eroucour Pottour, 1,754 ; Tranquebar, 1,237.
Collectorat de Chingleput. _ Carouvapoundy, 2,797 catholiques ; Tatchour, 1,700.
Collectorat de North-Arcot. _ Vellore, 3,376 catholiques ; Pinnapoundy, 1,490 ; Chattpett et Arni, 16,761 ; Polour, 2,473 ; Cortampett, 1,429.

ENSEIGNEMENT ET COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES. _ Le Grand et le Petit Séminaire, établis à Pondichéry, sont réservés aux indigènes : les élèves ecclésiastiques sont au nombre de 52, et les autres au nombre de 500.
Le collège Saint-Joseph fut établi en 1686, à Mandjacoupam ; au mois de mars 1884 il a été élevé au grade de collège de seconde classe et affilié à l’Université de Madras. Le nombre des pensionnaires est de 102, et le nombre total des élèves de 320. L’année dernière 18 élèves ont subi avec succès l’examen de Matriculation. Un petit collège, dont tous les élèves entrent plus tard de celui de Saint-Joseph, à été fondé en avril 1883 à Thirpapalyour et compte maintenant 246 élèves.
A Karikal, le collèges a 125 élèves.
Ce que la Mission a fait si largement pour les jeunes gens, elle l’a fait dans les mêmes proportions pour les jeunes filles, à l’éducation desquelles plusieurs congrégations se sont consacrées :
10 La Congrégation indigène du Saint-Cœur de Marie tient à Pondichéry 3 écoles : 1 pour les chrétiennes et 2 pour les païens ; 18 pensionnaires et 1,236 externes fréquentent l’école chrétienne ; 546 païens étudient dans les deux autres écoles. Cette Congrégation possède des établissements à Nellitope, Oulgaret, Ariancoupam, Tranquebar, Karikal, Akkravaram, Shettiapetty, Salem, Viragalour, Cuddalore.
20 La Congrégation de Notre-Dame de Bon-Secours est chargée, à Pondichéry, d’un orphelinat, où sont logés, nourris et instruits une vingtaine d’enfants. De plus elle possède un Refuge pour les femmes de caste et deux hôpitaux où sont soignés 45 ou 50 malades,
30 La Congrégation de Saint-Louis de Gonzague, fondée pour s’occuper exclusivement des parias. A Pondichéry elle possède un externat et un orphelinat où 90 enfants reçoivent l’instruction ; au couvent Saint-Louis est annexé un Refuge. Des religieuses de cette Congrégation sont établies à Vellore où elles ont un orphelinat comprenant 55 enfants.
Toutes ces Congrégations sont composées de religieuses indigènes et ont leur Maison-Mère à Pondichéry.
40 Les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny ont à Karikal un établissement où 7 Européennes et 12 indigènes donnent l’instruction à 500 jeunes filles. Un orphelinat établi par elles en 1865, compte de 25 à 30 enfants.
50 Ajoutons pour être complet dans l’énumération des communautés religieuses : les Carmélites (indigènes), établies à Pondichéry et à Karikal. _ Ces chiffres nous prouve surabondamment avec quel zèle la Mission a employé tous les moyens pour entretenir et augmenter la vie catholique parmi les fidèles, répandre l’instruction même parmi les païens et mettre au service de tous une inépuisable charité, fécondée par la prière et la pénitence des âmes saintes que Notre-Seigneur Jésus-Christ s’est choisies.
Jetons maintenant un regard sur les travaux, les souffrances et les succès de nos confrères pendant l’année qui vient de s’écouler.
Depuis la grande famine qui a désolé l’Inde en 1876, 1877 et 1878, nos confrères avaient dû presque exclusivement donner leur soin au nouveaux baptisés qui étaient très nombreux. Maintenant, ces derniers sont instruits, ils sont fortifiés dans la foi, et les missionnaires ont pu s’occuper plus activement de la conversion des païens ; aussi le chiffre des baptêmes d’adultes s’élève à 1.109.
Vers la fin de l’année 1884, l’inondation ravagé à deux reprises une partie de la mission.
« Le 15 décembre, écrit M. Fourrcade, un vrai déluge a commencé. Il a persisté ainsi pendant cinq jours consécutifs. Mais la journée du 18 a été de beaucoup la plus terrible pour nous. L’étang de Talavanour s’étant rompu, les eaux se sont précipitées avec fureur avec celui d’Alladhy. Les digues de ce dernier n’ont pu résister à la violence du choc : elles ont cédé. Le torrent alors est venu fondre sur le village que des secours venus de France m’avaient permis de bâtir à mes nouveaux chrétiens choutres. Toutes les maisons en terre sont détruites.»
« De tous côtés, écrit M. Prieur, les étangs ont débordés, bien des moissons ont été abîmées. Enfin, cette tempête de pluie s’étant un peu apaisée, on se mit à l’œuvre pour réparer les désastres. Aussi bien que possible, on avait déjà endigué quelques étangs, on avait semé de nouveau, et on espérait encore pouvoir dans quelques mois récolter quelque petite chose. Mais une nouvelle tempête plus terrible que la première est venue détruire cette suprême espérance et réduire nos chrétiens à la dernière misère. »
De Pondichéry à Madras, le railway fut rompu en huit endroits, et le pont en fer, près de Villenour, précipité dans un gouffre de 23 pieds d’eau. Les quatre grands ponts, de Pondichéry à Cuddalore, furent détruits ; la chapelle de Villenour, inondée jusqu’à marchepied de l’autel. Enfin, la tempête cessa, et les missionnaires reprirent le cours de leurs prédications et de leurs succès.
Une Œuvre nouvellement fondée a surtout accéléré le mouvement des conversions : c’est l’Œuvre des Mariages. L’extrait suivant d’une lettre de Mgr de Flaviopolis va nous dire dans quelles circonstances elle fut établie :
« Les enfants qui avaient survécu à la famine avaient grandi. Il fallait songer à les établir, et là se présenta un nouveau péril.
« D’après les usages indiens, nul ne peut se marier que dans sa caste, et, dans sa caste même, avec une personne de sa famille et de sa parenté. En beaucoup de cas, les parents de néophytes étaient restés infidèles, et ils ne voulaient donner leurs garçons ou leurs filles si ce n’est à la condition que les jeunes chrétiens qu’il s’agissait de marier redevinssent païens. Marier nos néophytes entre eux, on n’y pouvait guère songer, soit parce qu’ils appartenaient à des castes ou du moins à des familles différentes, soit parce qu’ils étaient trop misérables. Des anciens chrétiens n’en voulaient pas davantage pour les mêmes motifs. Les laisser dans cet état, c’était les exposer à toutes les tentations, surtout les jeunes filles. Il y avait donc danger de tous côtés, et quelques néophytes avaient déjà succombé.
« Nous étions extrêmement inquiets ; je cherchais le moyen de remédier à ce malheur, lorsque je reçus une somme destinée par la donatrice à pourvoir, selon que je le jugerais convenables, à la persévérance de nos nouveaux chrétiens. Après avoir prié Dieu de m’éclairer, je conçu la pensée d’employer cet argent à marier dans des familles d’anciens chrétiens les jeunes gens, et particulièrement les jeunes filles qui étaient les plus exposées. Mes confrères, consultés, applaudirent à ce dessein et se mirent à l’œuvre avec ardeur. La divine Providence a béni nos efforts ; quand le premier secours fut épuisés, elle nous procura de nouvelles aumônes ; et le chiffre des mariages ainsi accomplis est aujourd’hui d’environ 800. »
Cette œuvre bénie est venue juste à temps pour déjouer une espèce de complot, inspiré à ses adeptes par le démon pour la perversion des néophytes. Les païens, en effet, voyant les circonstances favorables pour ramener ceux-ci à l’idolâtrie, voulurent en profiter. On les vit, eux ordinairemant si difficiles sur la question du mariage, se montrer larges et coulants à l’égard des nouveaux chrétiens, aller jusqu’à leur proposer de prendre tous les frais de noce à leur charge. Même les choutres, bien que les néophytes fussent surtout des parias, ont suivi cette infernale inspiration. « Témoin ce maire de Veipenney, au district de Pinnapoundy, qui, apprenant qu’un néophyte se proposait d’épouser la fille d’un ancien chrétien, et voulant à tout prix empêcher ce mariage, dont la conclusion devait assurer la persévérance dans la foi de toute une famille, s’adressa aux païens de haute caste et ouvrit une souscription parmi eux. De gré ou de force, chaque famille devait verser un quart de roupie et une mesure de riz. »
Les missionnaires sont unamimes à reconnaître le bien immense produit par cette Œuvre, et bénissent Dieu qui s’est servi pour sa plus grande gloire et le salut des âmes, d’un moyen que les païens croyaient si favorable à la perversion des néophytes.
Sur plusieurs points les missionnaires ont eu la consolation de baptiser de nombreux païens. Le P. Prieur a vu s’implanter la foi dans une ville qui jusque-là avait résisté à toutes les tentatives. Il va nous dire lui-même ses joies et ses espérances :
« A cinq milles environ d’Attipakam, Tiroucovilour, la ville la plus importante de ces côtés-ci, étale aux regards ses magnifiques pagodes dont les tours élevées annoncent au loin que Satan y règne en maître. Jusqu’en ces derniers temps, en effet, le démon seul y avait des adorateurs. Pour lui les supplications, les sacrifices, les processions. Notre grand Dieu, le seul vrai, le seul bon, y demeurait inconnu. Nous n’avions pas encore réussi à prendre pied dans cette ville ; nous n’y comptions aucun chrétien. Mais il paraît bien que le bon Dieu a aussi des vues de miséricorde sur ces infortunés dont un grand nombre peuvent être plus aveugles que coupables. Plusieurs familles sont venues me demander le baptême et m’annoncent que d’autres se disposent à faire de même. »
Citons maintenant quelques conversions où la grâce de Dieu apparaît manifestement :
« Un jour, raconte encore le P. Prieur, une femme païenne entre dans notre église. C’était fête ; l’assistance était nombreuse et receuilli. Au moment de la communion, cette femme voit un grand nombre de personnes s’approcher de l’autel ; elle remarque qu’on leur met quelque chose dans la bouche, elle ne sait pas quoi. Elle est frappée de l’expression de contentement et de bonheur qui brille sur le visage de ces personnes ; elle veut y avoir part, et, se mêlant à la foule de ceux qui se présentaient à la sainte Table, elle reçoit la sainte hostie. On ne l’avait pas remarquée tout d’abord ; mais plus tard on s’en aperçut, et on crut devoir faire des reproches à cette femme : _ « Je ne savais pas que c’était défendu, dit-elle ; je croyais que ce qui pouvait être bon pour les autres pouvait l’être aussi pour moi. » Elle n’avait donc certainement pas mis de malice en cela, elle avait agi de la meilleure foi du monde. Dieu a eu pitié de cette païenne. Son acte illicite a été le principe de sa conversion. Il m’a procuré l’occasion de l’instruire de notre sainte religion, et plus tard de la baptiser avec toute sa famille. C’est aujoud’hui une excellente chrétienne, »
Le chef de la caste des parias de Polour vient de se convertir, écrit M. Verchery. Déjà autrefois quand le P. Darras arriva dans cette contrée, cet homme avait fait au missionnaire des ouvertures, même des promesses. On l’avait vu accompagner le catéchiste catholique, parcourir avec lui les villages et exhorter ses compatriotes à se convertir. Lui cependant restait toujours païen.
« Les promesses qu’il avait faites au P. Darras n’étaient elles point sincères ; ou bien quelque raison, de nous inconnue, le retenait-elle captif dans les filets du diable ? Ce qui le retenait ainsi, je le sais maintenant, c’était la parole donnée à un de ses parents qu’il affectionnait beaucoup. Cet homme, qui ne pouvait pas être admis au baptême parce qu’il ne voulait pas briser avec sa concubine, avait demandé et obtenu de son ami de ne point séparer sa cause de la sienne. Notre chef paria se croyait tenu à pareil engagement ; mais un événement, que je regarde comme providentiel, vint bientôt le tirer de son erreur. Un jour, la foudre, en tombant, tua la susdite concubine. Aussitôt notre homme d’aller trouver son ami et de lui représenter qu’il fallait reconnaître là le doigt du Dieu des chrétiens : _ Que tu y consentes ou non, ajouta-t-il, je suis décidé à embrasser la religion ». Un brahme qu’il consulta ensuite sur son projet, ne fit que l’encourager. « Tu ne saurais mieux faire, lui dit ce brahme, car cette religion est la vrai. Nous aussi nous l’embrassons, mais les derniers ». Aujourd’hui, ce brave homme est chrétien . Son exemple a été suivi par une soixante d’autres ; si bien que, dans le village de Polour, le nombre des néophytes a presque doublé. »
Un peu au nord de Karikal , sur le bord de la mer, on trouve la ville de Tranquebar, jadis la principale ville des Danois dans l’Inde, et que l’on peut considérer comme la métropole du protestantisme dans le sud de la presqu’île. C’est le théâtre où s’exerce l’activité du P. Firminhac. Avec quelle foi, quel terrain, il combat protestants et infidèles ! Dieu bénit ses efforts, et au mois de juillet, notre confrère enregistrait déjà pour 1885 une centaine de conversions tant d’hérétiques que de païens.
Il est admirablement secondé dans son zèle par les religieuses indigènes du Saint-Cœur de Marie, qui ont un établissement à Tranquebar. « Ces bonnes Sœurs, écrit le missionnaire, heureuses d’être apôtres, ont transformé une partie de leur couvent en catéchuménat. Je leur envoie les femmes et les enfants à instruire, et elles s’en acquittent beaucoup mieux que moi. Elles sont de nouvelles mères pour les âmes régénérées dont elles ont fait l’éducation chrétiennes.»
Ces succès ne s’obtiennent pas cependant sans difficulté : les païens ont trop d’intérêt à empêcher le règne de Jésus-Christ pour ne pas d’employer tous les moyens d’arrêter les conversions; parfois, heureusement, leurs espérances sont trompées, et leurs ruses, leurs menaces ou les mêmes vexations qu’ils font subir au chrétiens, se tournent contre eux. A Andely, dans le district de M. Rieucau, les parias chrétiens furent indignement battus par les callers, pour avoir refusé de prendre part aux sacrifices offerts aux idoles; la chapelle fut détruite et sur l’emplacement qu’elle occupait on passa la charrue et on sema du Khèverou (espèce de millet). Aussitôt que M. Rieucau apprit cette nouvelle, il porta plainte à Tanjore.
« En recevant les sommations de paraître au tribunal, les callers, écrit Mgr Gandy, ont compris qu’ils s’étaient mis dans un très mauvais cas. Oubliant leur ancienne fierté, ils sont allés se jeter aux pieds du P. Rieucau et ont accepté toutes les conditions. Ils ont eu à payer tous les frais, et non seulement ils ont rebâti la chapelle détruite, mais ils se sont engagés, par promesse écrite et enregistrée, à payer 200 roupies s’ils tracassaient les chrétiens pour les faire prendre part aux sacrifices païens. Cette victoire a eu une grande retentissement dans le sud ; elle a raminé le courage des chrétiens et elle a fait comprendre aux païens qu’on ne les laisserait pas impunément violer toutes les lois de la justice à l’égard des pauvres parias.»




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