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Rapport annuel des évêques

Année: 1886
Pays: Inde
Mission: Coïmbatour
Rédacteur:Mgr Bardou

III. - Coïmbatour.

Population catholique………………………24,027
Conversion d' infidèles et de protestants………300
Baptêmes d'enfants de païens……………………575


« Nos missionnaires, nous écrit Mgr Bardou, continuent à faire l'œuvre de Dieu, et si le succès ne répond pas toujours à leurs désirs, leur zèle du moins ne fait pas défaut.
« Tout en s'occupant, autant qu' il est en leur pouvoir, de la conversion des païens, ils s'attachent à faire pratiquer à nos néophytes ces vertus chrétiennes qui, en déracinant de leur esprit et de leur cœur les derniers restes de leurs préjugés et de leurs superstitions, les rendront plus aptes à devenir eux-mêmes de puissants auxiliaires pour la conversion de leurs frères. Pour arriver à ce but, ils travaillent incessamment à établir et à faire prospérer parmi les chrétiens de pieuses confréries. Déjà, on peut constater le bien que ces associations sont destinées à produire:
« Voici ce que m'écrit un confrère : « Pour me conformer à vos désirs, j'ai établi, cette année,
« l' Œuvre de la Propagation de la Foi, l'Apostolat de la prière et le Tiers-Ordre de Saint-« François. Malgré la pauvreté de nos chrétiens, la première de ces oeuvres vous envoie une
« somme de 50 francs. L'Apostolat de la prière compte aujourd'hui 118 membres et a déjà « produit des fruits de salut. Plusieurs font régulièrement leur visite au Saint-Sacrement; « d'autres qui n'accomplissaient que tout juste leur devoir pascal, s'approchent plus souvent de « la sainte Table. Chaque vendredi la messe est dite pour les membres de l'Association, et ce « même jour, trois ou quatre d'entre eux font la communion réparatrice. Ceux qui sont chargés « de la récitation du Rosaire, sont tous animés d'un saint zèle que je prie le Sacré-Cœur de leur « conserver. Le Tiers-Ordre de Saint-François, qui ne vient que de naître, compte déjà 6 « membres. »
Deux nouvelles résidences de missionnaires viennent aussi d'être fondées à Valipaléam et à Kotagiri. Le premier poste, qui appartenait au district de Codively, en était éloigné de 12 milles. A Valipaléam se rattachent quatre ou cinq petits villages situés dans les environs.
Kotagiri est situé sur les Nilgiris, à 14 milles de Coonour. Depuis deux ans, Notre-Dame de Lourdes en avait pris possession; mais une pauvre église menaçant ruine et d'un accès difficile, tel était le sanctuaire par trop indigne de la Reine du ciel. Aujourd'hui Notre-Dame a une église neuve, solide et charmante, et Kotagiri possède le presbytère qui abritera le nouveau gardien du sanctuaire. C'est l'excellente famille Redmond qui a supporté presque tous les frais de cette double fondation. Mgr Bardou faisait lui-même, le 26 septembre, la bénédiction de la nouvelle église.
« Ce jour-là, écrit le P. Peyramalle, le soleil se leva radieux, les chrétiens arrivèrent en foule de tous les côtés. Les drapeaux flottaient au vent; un porche de verdure se dressait à l'entrée de l'église dont l'autel et les murs disparaissaient sous les fleurs. La bénédiction solennelle commença : le Pontife en mitre et crosse attirait tous les regards, le chant des psaumes retentit dans la vallée et quand la foule entra pour entendre la messe, l'église se trouva trop petite.
... J'eus le bonheur, ce jour-là, de faire couler l'eau sainte sur la tête d'une jeune anglaise qui venait d'abjurer l'hérésie. Quatre jeunes indiennes, au teint noir, mais blanches d'âme et de parure, s'approchèrent de la sainte Table pour la première fois ; elles furent suivies d'environ 80 de leurs frères et sœurs. C'était consolant pour une population au-dessous de 400; le temps pluvieux de la veille en avait d'ailleurs arrêté plusieurs. La bénédiction du Saint-Sacrement, le soir, couronna la journée si bien commencée. »
L'œuvre de la conversion des païens rencontre ici des difficultés spéciales, dans l'apathie naturelle de l'Indien d'abord, puis dans l'esprit d'indifférence que le protestantisme réussit surtout à propager. Malgré ces obstacles, la grâce de Dieu ne laisse pas d'attirer les âmes à notre sainte religion, et souvent par des voies admirables. En voici deux traits rapportés par le P. Gudin
« Un jour, allant du presbytère à l'église, je rencontre une femme âgée d'environ cinquante ans, tenant à la main un grand bâton. Arrivée près de moi, elle s'arrête, et me demande où est le Sami (le Père). Un chrétien qui se trouvait là, lui dit : Mais le voilà. Aussitôt elle se prosterne en disant qu'ayant vu l'église, elle désirait adorer notre Dieu et embrasser notre sainte religion.
« Après l'avoir encouragée de mon mieux, je la confiais aux religieuses indigènes pour l'instruire. Mais comme elle était d'une caste très-élevée, la plus riche du Maléalam (quoique nos religieuses soient, également de bonne caste), elle craignait encore de se souiller si elle mangeait du riz préparé par elles, on buvait de l'eau de leur puits. Aussi pendant quatre jours elle ne mangea que quelques petits gâteaux indiens et se priva de boire. Elle ne pouvait vivre avec un pareil régime. Aussi elle eut une attaque de dyssenterie. Alors je lui montrai que si réellement elle voulait devenir chrétienne, elle devait renoncer à ses préjugés et fraterniser avec les chrétiens. Depuis ce jour, elle consentit à recevoir de la nourriture préparée par les religieuses. Cependant, une foisguérie, elle préférait encore préparer sa nourriture elle-même. Du reste elle ne mangeait qu'une fois le jour, régime qu'elle avait, disait-elle, suivi toute sa vie.
« Elle apprenait les prières avec une ardeur admirable et saisissait parfaitement les explications qu'on lui donnait. C'était un véritable plaisir de l'instruire. Elle fut bientôt en état de recevoir le baptême. Heureuse d'être chrétienne, elle demeura au couvent. Mais bientôt la dyssenterie la reprit. Durant sa maladie elle était d'une patience admirable; jusqu'à son dernier soupir elle conserva son intelligence, répétant avec amour les pieuses invocations que lui suggéraient les religieuses. Elle avait une somme de 30 roupies. Avant de mourir, elle donna de quoi pourvoir à son enterrement, faire sonner la cloche et dire une messe pour le repos de son âme; elle laissa le reste aux religieuses.
« Surpris moi-même d'une pareille résolution dans une femme qui avait toute sa parenté, appartenant à une classe riche et élevée, je lui demandai pourquoi elle avait ainsi tout quitté pour se faire chrétienne. Elle me raconta qu'elle avait été, suivant les usages de la caste, mariée à l'âge de huit ans, qu'elle perdit son mari quelques années après, et que depuis lors elle avait toujours vécu chastement. Pour moi, la clef de l'énigme était trouvée. Le bon Dieu en considération de sa vertu, lui avait fait l'insigne grâce du baptême pour la conduire au salut.
« Dans le village habité par les parias chrétiens, une seule famille a été attaquée du choléra, et cette famille est païenne; le père mourut, une fille de douze ans mourut aussi, mais après avoir reçu le baptême. Bientôt, une autre petite fille de huit ans est attaquée; la pauvre mère désolée me fait appeler pendant la nuit. Sur ma demande elle promet de se faire baptiser, elle et tous ses enfants, si la malade guérit. Je baptisai l'enfant et elle fut sauvée. La mère, qui avait promis de se faire chrétienne, après bien des hésitations renonça enfin à toutes ses idoles et m'arriva avec ses quatre enfants, sa belle-mère et son oncle. On ne peut qu'admirer la Providence et la remercier en voyant toutes ces choses. »
« La communauté des Religieuses indigènes sous la direction du P. Villien continue, dit Mgr Bardou, à se développer de jour en jour. Outre quatre maisons déjà établies, deux chrétientés demandent à avoir un couvent; nous espérons pouvoir bientôt satisfaire leur désir. En attendant, nous travaillons à développer l'instruction des religieuses. Une école normale établie avec le concours du gouvernement a été attachée au couvent., Une religieuse a reçu son brevet et seize autres se préparent pour l'examen de décembre prochain.
« A Oottacamund, les Religieuses européennes font toujours un grand bien au milieu des Européens et des East Indians. Elles ont aussi une école de filles indigènes trèsprospère qui fait le désespoir des protestants. Malgré leur argent, ceux-ci ne peuvent réussir à en avoir de pareille.
« A Coïmbatore, ces mêmes Religieuses sont chargées de l'hôpital ouvert en octobre dernier. Ce n'est pas moins de 180 malades qui, en moyenne, affluent chaque jour à cet hôpital appelé à faire un bien immense. Le succès obtenu dès le début frappa tellement les autorités anglaises, que le collecteur lui-même voulut s'assurer de ses propres yeux de la vérité. Il était convaincu que nous distribuions des secours à tous ceux qui se présentaient et que c'était là la cause d'une si grande affluence. Il demanda donc un jour à visiter l'hôpital au moment où les malades arrivaient pour être soignés. Lorsqu'il eût vu la manière dont on les traitait et qu'il se fût rendu compte de la fausseté des rapports qui lui avaient été faits, il se retira tout satisfait en disant :
« C'est une œuvre capitale. » 120 enfants baptisés in articulo mords, 12 baptêmes d'adultes, un certain nombre d'enfants orphelins recueillis, tels sont les premiers fruits de cet établissement. Mais les dépenses sont grandes et nos ressources bien limitées.
« Comme je vous le disais dans un précédent compte rendu, notre pensionnat est ouvert. Déjà 27 enfants y étudient et nous espérons pouvoir en choisir parmi eux pour notre grand séminaire. L'ouverture du pensionnat a aussi nécessité l'élévation de notre école à un rang supérieur. Ce sera désormais une école préparatoire aux grades universitaires.
« Les orphelinats de la Mission marchent assez bien. Le P. Filère fait son possible pour rendre plus fructueuse la ferme qu'il dirige. Mais, le manque de pluies régulières et les impôts toujours croissants rendent le produit des terres bien aléatoire. Un certain nombre d'orphelins ont été établis cette année. A l'orphelinat de Coïmbatore, plusieurs, par leur assiduité à l'étude et leur bonne conduite, promettent de se rendre plus tard utiles à la mission. »




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