| Année: |
1886 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Mayssour |
| Rédacteur: | Mgr Coadou |
II. - Mayssour.
Population catholique………………………29,278
Conversions d' infidèles et de protestants…… 604
Baptêmes d'enfants de païens……………… 39
Nous sommes heureux de reproduire presque en entier l'intéressant compte rendu que nous adresse Mgr Coadou.
« Depuis deux ou trois ans, écrit ce Prélat, je comptais voir s'augmenter le nombre des baptêmes de païens. Le compte rendu de cette année vous montrera que mes espérances ont encore une fois été déçues. Cependant, il est certains signes par lesquels l'action de la grâce dans les âmes se révèle. Ce n'est encore que le rayonnement indécis qui précède l'aurore, le souffle tiède qui annonce l'arrivée du printemps. Mais on peut déjà entrevoir les succès de l'avenir.
« Dans le district de M. Barré, il existe un groupe de parias chrétiens formé par une femme, païenne encore il y a 3 ans. Cette femme était malade depuis assez longtemps, lorsqu'une bonne chrétienne l'exhorta à se recommander à la Déva Mada (la mère de Dieu) ; la sainte Vierge exauça ses prières et la guérit. Alors la chrétienne lui dit que là meilleure manière de témoigner sa reconnaissance à Celle qui l'avait guérie, était de renoncer à ses idoles et d'adorer le vrai Dieu. Sans hésiter, elle suivit ce conseil et se mit en devoir d'apprendre les prières. Mais comme son mari combattait cette résolution, la courageuse femme le quitta et se réfugia à notre orphelinat des petits garçons à Bangalore, amenant avec elle son unique enfant âgé de 7 à 8 ans.
« Le mari se mit à sa poursuite et finit par découvrir le lieu qui lui servait de refuge; il employa prières et menaces pour la déterminer à rentrer au logis. Loin de se laisser ébranler, la femme, qui n'était pas encore baptisée, me demanda à se retirer dans l'une ou l'autre de nos fermes, pour échapper aux poursuites de son mari et se préparer au baptême. J'accédai à sa demande et elle partit avec son fils. Nouveau désappointement du mari, qui ne trouvant plus sa femme s'adressa à moi pour la retrouver. Sans lui dire où elle était, je répondais invariablement que je ne la tenais pas enchaînée, et qu'elle était parfaitement libre de sa personne, mais que je ne la forcerais point à le suivre puisqu'il s'opposait à son baptême. Sur cette réponse il se retira, puis reparut bientôt, accompagné d'un certain individu moitié européen, à la mine et aux gestes plus ou moins impératifs. Quelques mots d'explication calmèrent le nouveau personnage, auquel je proposai de faire conduire le mari près de sa femme, pour lui demander si oui ou non elle consentait à le suivre.
« Ma proposition fut acceptée, et le mari se mit en route avec le guide que je lui donnai. Comme ils approchaient du village, l'enfant ayant vu venir son père, courut en avertir sa mère. Immédiatement celle-ci se cacha avec son fils. On eut beau parlementer, elle ne consentit à voir son mari que lorsque celui-ci, de guerre lasse, eut promis de se faire chrétien lui-même. C'était ce qu'attendait ce cœur énergique. En présence du prêtre, des promesses sont échangées. Père, mère et fils dînent ensemble, puis joyeux reprennent le chemin de Bangalore pour m'annoncer la nouvelle.
« La femme, qui savait déjà presque toutes les prières, devint le catéchiste de son mari. Quand celui-ci rentrait le soir du travail, il lui fallait prolonger la veillée pour répéter les prières. Après quelques semaines, ils étaient suffisamment instruits et recevaient le baptême ainsi que leur enfant.
« Mais là ne se borna pas le zèle de cette femme forte. Néophyte, elle continua ce qu'elle avait commencé étant catéchumène, c'est-à-dire la conversion des siens. Ceux-ci apprenant la nouvelle de son baptême venaient pour la voir, et se laissaient gagner les uns après les autres. Le premier fruit de son apostolat fut la conversion d'un jeune homme de ses parents; peu après, c'était une sœur mariée, et son mari qui se faisaient baptiser; bientôt une autre parente les imitait. Aujourd'hui, elle a amené ainsi à notre sainte religion huit familles avec lesquelles le P. Barré s'efforce de fonder un nouveau village. Dès que l'installation définitive sera faite, les vieux parents et un jeune frère estropié de cette femme, viendront la rejoindre, et, probablement beaucoup d'autres encore.
« Voilà ce que la grâce du bon Dieu a fait par le moyen d'une femme. En présence de pareils faits, n'ai-je point raison d'espérer ?
« Maintenant, permettez-moi de parcourir avec vous les différents districts du Vicariat. ,
LA CATHÉDRALE. - 811 chrétiens. - « Cette paroisse, qui est celle des soldats européens, varie en population selon le nombre des régiments de la garnison, et le nombre des catholiques de chaque régiment. Rarement nous avions eu moins de monde. Cela tient à la guerre de Birmanie d'une part, et de l'autre à une guerre plus ou moins prochaine avec les Russes du côté de l'Afghanistan. C'est M. Clémot, provicaire et premier chapelain militaire, qui dirige cette paroisse. Malgré la maladie qui l'a éprouvé ces deux dernières années, il n'a cessé de travailler avec courage à l'amélioration de son peuple. Le nombre toujours croissant des communions de dévotion, nous montre combien ses efforts ont été bénis, et tout fait espérer qu'ils continueront de l'être.
SAINT-FRANÇOIS-XAVIER. - 5,061 chrétiens. - « Cette paroisse, la plus grande de tout le Vicariat, est desservie par le P. Janssoone, second chapelain militaire, assisté d'un prêtre indigène. Pour son administration, quatre langues sont requises, à savoir : l'anglais, le tamoul, le canara et le télégou. Outre une grande partie de la ville même, cette paroisse comprend quelques villages au nord et nord-est de Bangalore.
BLACK-PALLY. - 3,923 chrétiens. - « Cette paroisse est la plus ancienne de Bangalore, et la seule qui existât jusqu'en 1844; l'ancienne église bâtie sur les ruines d'un temple païen a été remplacée depuis que M. Kleiner est là. Ce confrère, que le zèle a fait architecte, et architecte de mérite, a construit une belle et vaste église gothique qui relève beaucoup notre sainte religion aux yeux des païens. Pendant que le P. Kleiner dirigeait les travaux et travaillait lui-même, son vicaire, un prêtre indigène quêtait et ramassait des fonds, et c'est au dévouement de ces deux prêtres que la mission est redevable de son plus beau monument. Depuis dix ans qu'ils sont ensemble, ils ont non seulement bâti le temple matériel, mais aussi transformé complétement cette paroisse qui, par sa foi et sa piété, mérite une mention spéciale que je suis heureux de lui donner ici.
SAINT-JOSEPH. - 953 chrétiens. - « L'église, confiée aux soins d'un prêtre indigène, est située au sud de la ville indienne; c'est le P. Beauclair, l'infatigable constructeur d'églises, qui en conçut et exécuta le plan; ses deux petites cloches lancent un appel harmonieux au-dessus de la ville noire; mais hélas! très-peu d'âmes écoutent cet appel.
SACRÉ-CŒUR. - 1,900 chrétiens. - « Ici nous devons nous arrêter un instant pour féliciter le P. Combret des magnifiques résultats de son zèle. Si ce confrère avait une église, quel bien plus grand ne ferait-il pas encore. Pendant ces dernières années, il a fondé trois écoles de garçons, une école de filles et un catéchuménat; le nombre des confessions et communions a triplé, et pourtant il lui manque ce qui fait le cœur d'une paroisse, une église. Ce confrère célèbre la sainte Messe dans sa maison, excepté le dimanche où il vient avec ses chrétiens à l'église cathédrale, quand le service des militaires est terminé.
« Maintenant que nous avons parcouru chacune des paroisses de Bangalore, visitons les autres établissements et d'abord le séminaire. Il compte 29 élèves. Beaucoup d'entre eux sont très-jeunes, car nous ne pouvons nous payer le luxe d'un grand et d'un petit séminaire. Sur ces 29 séminaristes, deux sont tonsurés, deux autres vont, l'année prochaine, commencer la philosophie. Le P. Baslé remplit seul les fonctions de supérieur et de professeur. Quant à la direction, notre vénéré doyen le P. Jarrige, la partage avec lui. Ce bon vieillard est entré dans sa 90e année le jour de la Nativité de la sainte Vierge. Malgré quelques indispositions passagères, on peut dire que la santé de M. Jarrige se maintient à merveille, comme aussi sa mémoire et ses autres facultés intellectuelles.
COLLÈGE SAINT-JOSEPH. - Européens 70, East Indians 120, Indigènes 410. - « Le nouvel édifice, dont le supérieur, M. Vissac, fut l'architecte, est l'un des plus beaux de Bangalore, tant par sa régularité et l'harmonie du plan, que par l'habileté et la finesse de l'exécution. Tout en rendant un hommage mérité aux confrères qui se consacrent là à l'instruction et à l'éducation de la jeunesse, je ne crains pas de dire que la belle apparence du bâtiment déterminera beaucoup de familles à y placer leurs enfants. Du reste, au point de vue des études, notre collège défie la comparaison avec tout autre établissement européen de ce genre. Chaque année le nombre des élèves augmente, surtout celui des élèves protestants. L'éducation qu'ils y reçoivent et les relations, qui s'établissent entre les maîtres et les parents, détruisent beaucoup de préjugés. C'est sur l'élément protestant que l'influence du collège se fait principalement sentir.
BON-PASTEUR. - Total du personnel, 366. - « L'éloge de cet établissement n'est plus à faire, les nombreux services qu'il a rendus depuis 30 ans lui ont donné tous les droits à la reconnaissance de la mission. Le bien que ces Religieuses ont fait jusqu'ici va prendre une nouvelle extension lorsque l' hôpital en construction, entre la ville européenne et la ville indigène, sera achevé. Actuellement la pharmacie y est ouverte, et chaque jour plus de 200 personnes viennent y demander des remèdes. 90 baptêmes in articulo amortis ont été obtenus en quelques mois seulement. Nul doute qu'avec le temps et des ressources pécuniaires, le cercle du bien qui s'y fera n'aille toujours s'élargissant.
SŒURS DE SAINT JOSEPH DE TARBES. - « Ces bonnes religieuses ont envoyé leur première colonie hors de Bangalore. Le docteur médecin de l'hôpital de Mayssour, touché du soin maternel qu'elles prenaient de leurs malades et de la tendre confiance que ceux-ci avaient en elles, a décidé le gouvernement indigène à leur confier aussi l'hôpital de la capitale. Sans parler des baptêmes qu'elles ont fait administrer aux mourants, et des conversions qu'elles ont opérées, cette estime générale, qu'elles ont acquise dans l'espace de quatre années, ne dit-elle pas combien elles sont utiles. Sans faire de bruit et sans quitter le chevet de leurs malades, elles ont fait tourner l'opinion publique. C'est que la charité est toute-puissante. Nul ne lui résiste, et nous l'avons constaté l'année dernière, en entendant le magnifique éloge que les gens de toutes races et de toutes croyances faisaient de la jeune Religieuse qui a succombé en soignant les cholériques.
TAI-PAÉA. - 762 chrétiens. - « En sortant de Bangalore, nous trouvons à cinq milles au sud, le petit village de Taï-Paléa, dont la blanche église protège quelques pauvres toits de chaume. Ces petites cabanes sont habitées par un certain nombre de familles de néophytes et quelques orphelins. Ce village est l'œuvre du cher P. Bouquet, qui l'a formé et qui a bâti l'église. Aujourd'hui, c'est un prêtre indigène qui y réside et qui en fait l'administration, ainsi que des autres stations du district.
SILOUVEIPOURA ET SAMANHALLY. - « Plus loin de Bangalore, à 14 milles au nord et à 18 milles au sud, se trouvent deux de nos établissements agricoles pour les orphelins. L'un est dirigé par le P. Gouarin, l'autre par le P. Sijean. Ce dernier a perdu deux orphelins enlevés par la fièvre. Les deux missionnaires chargés de ces fermes s'acquittent parfaitement de leurs devoirs, et les orphelins ont donné entière satisfaction par leur zèle, leur piété et leur application au travail.
TCHIKKA BALLAPOURA. - 392 chrétiens. - « Plus loin, c'est Tchikka Ballapoura, petite chrétienté qui, depuis deux années, n'avait eu que des prêtres indigènes à sa tête. Pour répondre enfin aux désirs de la population et au besoin qui s'en faisait sentir, j'ai dû y envoyer le P. Barré qui, malgré ses infirmités, s'est mis à l'œuvre avec son énergie habituelle. Tout semble lui promettre quelques succès, et l'histoire de cette femme que je vous racontais au début de cette lettre montre bien que nous avons quelques motifs d'espérer. Ce poste est l'un des plus anciens de ce pays; il en est parlé dans le recueil des lettres édifiantes; mais les guerres de Haïder-Ali et de Tippousultan, à la fin du siècle dernier, ont dispersé la chrétienté fondée par les premiers missionnaires. A Tchikka Ballapoura, sont joints deux autres villages que l'unité de langage a forcé de réunir sous une seule administration.
KOLAR. - 488 chrétiens. - « C'est la Californie du Mayssour. Une centaine ou plus de mineurs européens, et le double d'indigènes, au service des compagnies anglaises, fouillent la terre pour y chercher l'or. Le gisement aurifère qui, jusqu'à cette année, n'avait même pas donné de quoi couvrir les frais du travail, commence à rétribuer les actionnaires. Des confrères du collège y vont à tour de rôle célébrer le service divin pour les mineurs catholiques, tandis qu'un prêtre indigène s'occupe de quelques autres villages qui composent le district.
MAYSSOUR. - 1,125 chrétiens. - « Comme ce nom sonne harmonieux aux oreilles des amateurs du pays des Rajahs! et cependant quelle pauvre capitale que la nôtre! pour nous; missionnaires, nous y trouvons avec plaisir un établissement complet, c'est-à-dire une église avec son école, un couvent avec son orphelinat. Oui, je puis le dire, la paroisse de Mayssour est très-bien dirigée par le P. Rautureau; que ne puis-je ajouter qu'elle est en pleine voie de prospérité et de progrès. A peine avons-nous un chrétien par 60 habitants.
« Des religieuses du Bon-Pasteur, établies à Mayssour, vont plusieurs fois la semaine, donner des leçons à la jeune Reine, au palais même. Elles vont. aussi faire une classe dans une école établie spécialement pour les jeunes filles des plus grandes familles indigènes, surtout brahmines. Jusqu'ici, ces relations entre le palais et le couvent n'ont amené aucun bien spirituel; il en résulte cependant une certaine influence que nous n'aurions pas sans cela. Ainsi que je vous le faisais remarquer à l'article de Bangalore, les religieuses de Saint-Joseph sont établies à l'hôpital de Mayssour, depuis le mois de septembre dernier. La jeune Reine, à qui elles ont été présentées, a témoigné un grand plaisir de leur venue, et leur a fait promettre de la visiter quand elle serait indisposée. Daignent le Bon Pasteur et saint Joseph ouvrir, par leurs religieuses, la porte du palais à l'Evangile de la vérité et du salut.
GANJAM. - 1,231 chrétiens. - « A une distance d'environ dix milles au nord de Mayssour se trouve la chrétienté de Ganjam. A la tête de ce fièvreux district se trouve le jeune P. Teissier, auquel les attaques redoublées de la fièvre n'enlèvent ni le courage ni la gaieté.
TOMKOUR. - 516 chrétiens. - « Le P. Briand, chargé de ce district, habite maintenant sous une tente au milieu d'un village exclusivement païen que nous espérons voir se transformer sous peu en paroisse catholique avec les villages voisins. Ce n'est pas le seul endroit que le P. Briand ait ainsi visité; toute l'année il a été en campagne. Le chiffre des confessions y a perdu, mais celui des baptêmes y a gagné. Ce jeune confrère poursuit les païens avec zèle; et s'il m'était possible de lui donner un aide pour l'administration des anciens chrétiens, je me hâterais de le faire, pour le laisser entièrement à l'œuvre des baptêmes des païens.
SATHALLY. - 118 chrétiens. - « C'est le principal centre de nos chrétiens de caste. Séjour habituel d'un missionnaire depuis longues années, Sathally, par ses écoles, son couvent, son hôpital et le rang social de ses chrétiens, semble être à même de donner de magnifiques résultats de conversions. Il s'en faut pourtant beaucoup qu'il en soit ainsi. Les préjugés de la caste, et souvent le mauvais vouloir des administrateurs indigènes, entravent l'action de la grâce et du prêtre. Le P. Gerbier qui en fait sa résidence depuis une huitaine d'années, m'écrivait, le 3 septembre dernier, en m'envoyant le compte rendu de son administration : « Monseigneur, « j'ignore s'il y a dans la mission un endroit plus ingrat, sous le rapport des baptêmes de païens, « que Sathally. Chose étrange! bien que le plus grand nombre des chrétiens de ces parages « appartiennent à des castes honorables, les païens ont une peur extrême de perdre leur caste en « se faisant chrétiens. Les préjugés contre le christianisme ne sont pas la seule difficulté à « surmonter. J'ai encore à subir l'hostilité des Brahmes, employés du gouvernement. » Et à ce propos, le cher Père me raconte l'histoire d'une jeune païenne qui, réfugiée au couvent des religieuses indigènes , en fut tirée de force, par les ordres du juge, et condamnée à rentrer dans sa famille, malgré ses protestations.
HASSAN. - 1,710 chrétiens. - « Ce district, voisin de la paroisse de Sathally, partage la stérilité de celui-ci, en ce qui concerne la conversion des païens. Une grande partie de son territoire est exploitée par les Européens planteurs de café. »
SHIMOGA. - 2,233 chrétiens. - « Le P. Jacquemin, supérieur actuel de ce district, fait à Hossour, six milles ouest de Shimoga, ce que les PP. Sijean et Gouarin font aux fermes de Samanhally et Silouveipoura. Les PP. Yverneau et Laurent, avec un prêtre indigène, s'en vont tour à tour au loin faire l'administration de diverses stations, rendue pénible et difficile, tant par la distance que par l'insalubrité des postes.
« En décembre de l'année dernière, le roi de Mayssour, visitant cette contrée, voulut voir l'église des chrétiens; cette église, dans la construction de laquelle le P. Kleiner se révéla architecte, est de style gothique, ornée avec goût. Tous les chrétiens et les orphelins étaient réunis pour recevoir Sa Majesté qui, en réponse au discours qui lui fut lu, exprima sa satisfaction pour le soin avec lequel on traitait les orphelins, ajoutant qu'il était heureux de louer une fois de plus le bon esprit et l'obéissance aux lois qui distinguent les chrétiens du. royaume.
« Notre visite à travers le Mayssour est terminée. Mais comme le Vicariat étend ses frontières au delà de celles du royaume, nous allons maintenant passer en revue les districts situés dans les pays voisins.
COURG. - « Voici d'abord le Courg divisé en deux districts : celui de Mercara qui possède 817 chrétiens et celui de Virayenderpet qui en compte 1,028. Cependant ces deux districts n'ont pas encore un seul chrétien parmi les Courgs. Cette race, aussi brave que belle, a résisté jusqu'ici aux apôtres du vrai Dieu. Son culte, qui n'a ni temple ni sacerdoce, consiste dans la vénération que chaque famille témoigne aux mânes des ancêtres. A certaines époques cependant, ils adorent le démon lui-même, auquel ils offrent alors quelques sacrifices; leur langue est le kadoga, qui diffère des autres langues de ces contrées, mais la langue officielle, imposée par le gouvernement anglais, est la langue du Mayssour (le canara)
« Les Conconis, peuple différent des Courgs, ont aussi une langue à part, mais presque tous, les hommes du moins, savent le canara et plusieurs, l'anglais. Les Conconis, parmi lesquels nous avons recruté jusqu'ici le plus grand nombre de nos prêtres indigènes, ont été convertis du temps de saint François-Xavier, sinon par le saint lui-mme. Les Portugais, maîtres de leur pays les amenèrent à se faire chrétiens, devinrent leurs parrains et marraines, et leur imposèrent leurs noms européens. Aussi trouvet-on parmi les Conconis les noms les plus illustres du Portugal et de l'Espagne.
MADAGONDHALLY. - 1,586 chrétiens. - « Les deux districts d'Aroballé et du Collégala ont dû y être réunis. L'administration en est confiée à deux prêtres indigènes. A l'est, Biligondou et ses environs sont très-fiévreux. Chaque fois que le prêtre se dirigé de ce côté, il en est chassé par la fièvre et doit battre en retraite le plus vite possible. Les résultats de cette année sont faibles. Cependant le Père qui en a fait la visite deux fois me dit que çà et là au fond des forêts, il y a des germes d'espérance. »
WAINAAD. - « Waïnaad est divisé en deux districts, Manantoddy qui compte 688 chrétiens et Vaïthéry qui en compte 641. Pays de montagnes et de forêts, le Waïnaad est devenu un vaste jardin de caféiers. Les chrétiens de ces districts sont formés d'Européens, de descendants d'Européens, de Conconis et de manœuvres parias, rassemblés de tous les pays voisins. Mais les aborigènes, naiers, mapoullaïs, moitié païens et moitié musulmans et quelques tribus sauvages, sont restés, jusqu'ici, sourds à la prédication de l'Évangile. C'est là que le P. Rappart travaille. 30 ans de mission et de fatigue n'ont pu abattre son courage. Son esprit de sacrifice, comme aussi la nature de son tempérament lui font aimer un district, qui par le peu de consolations qu'il donne, les difficultés qu'on y rencontre et l'insalubrité du climat, est l'un des plus pénibles du Vicariat. Depuis plus d'un an, M. Verscheure partage les travaux et les fatigues de M. Rappart dans le Waïnaad. »
<< Retour page précédente
|