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Rapport annuel des évêques

Année: 1886
Pays: Inde
Mission: Pondichéry

1. - Pondichéry.

Population catholique……………………………205,000
Conversions d'infidèles et de protestants…… 2,263
Baptêmes d'enfants de païens…………………… 1,850

Le 18 octobre de cette année a été pour la mission de Pondichéry un jour d'allégresse. Missionnaires et chrétiens célébraient le retour au milieu d'eux d'un père bienaimé, et Pondichéry saluait son premier archevêque. Mgr Laouënan, retenu à Rome ou en France jusqu'à cette époque; se retrouvait enfin au milieu de ses enfants. Nous empruntons à un témoin oculaire quelques détails sur la magnifique réception qui lui fut faite.
« Vers 6 heures du matin, deux Pères de la Mission venaient chercher Monseigneur au bateau. Dans le lointain l'artillerie chrétienne annonçait déjà la fête ; on monte l'escalier de la jetée aux sons cadencés de la musique indienne. C'est au milieu de cette harmonie qu'on échange les premiers compliments. Monseigneur se met en route suivi des prêtres de la mission; arrivé sur la terre ferme, il prend place sous un pandel, et un chrétien indigène vient lui souhaiter la bienvenue.
« Bientôt Monseigneur monte en voiture, précédé, suivi, entouré d'une foule compacte. Le cortège longe la mer, sans que sous le soleil tropical la musique perde haleine un seul instant. A l'entrée de la place, on avait dressé un autre pandel sous lequel Sa Grandeur devait revêtir les ornements pontificaux. Là, nouveaux compliments en tamoul et en français; en y répondant, le vénéré Prélat témoigna gracieusement sa joie de se retrouver au milieu de son peuple dont le souvenir toujours présent, l'avait consolé durant son absence.
« Cette fois, c'est dans la splendeur des vêtements pontificaux et la crosse à la main qu'il s'avance bénissant à droite et à gauche son peuple agenouillé, pendant que les élèves des séminaires chantent le Benedictus. Les rues étaient jonchées de fleurs, de feuilles, et sur tout le parcours, une double rangée de mais de verdure marquait son chemin à la procession. C'était un vrai triomphe. Sur le seuil de la cathédrale, Mgr Gandy offre l'eau bénite à Mgr Laouënan qui s'arrête sous un arc de triomphe où on lit: Vive Monseigneur Laouënan, archevêque de Pondichéry! Aux félicitations de son coadjuteur, Monseigneur répond par quelques mots émus: il est heureux de retrouver son clergé si dévoué, si uni, il apporte les bénédictions du Saint-Père, il espère en l'avenir. On chanta le Te Deum, puis la bénédiction papale et celle du Saint-Sacrement terminèrent la cérémonie, à laquelle, plus de 40 confrères étaient présents. »
Il a été, on le comprend, impossible à Mgr Laouënan de nous envoyer le compte rendu complet des travaux de l'année; nous le regrettons d'autant plus que, comme nous l'écrit le vénérable archevêque, « les résultats obtenus par le zèle et lé dévouement de nos chers confrères, ont été des plus consolants; il faut pour en rencontrer de plus considérables dans cette mission, remonter à la dernière année de la grande famine. » Pour combler un peu cette lacune nous donnerons quelques détails tirés de lettres particulières.
Dans son district d'Attipakam, le P. Prieur a eu 43 baptêmes de païens et de protestants ; de plus, le jubilé lui a fourni l'occasion d'annoncer la parole de Dieu dans plusieurs districts de la mission. Vettavalam, Yerrayour, Viriour, Attipakam, Pondichéry, Vellore et Karikal ont été successivement le théâtre de ses travaux.
« A Vettavalam, écrit notre confrère, l'annonce d'un jubilé avait rempli les cœurs d'une sainte allégresse. Lorsque les chrétiens apprirent que j'arrivais, ils vinrent assez loin à ma rencontre, musique en tête. Nous commençâmes les exercices du jubilé; pendant toute une semaine, je prêchai quatre fois par jour. C'était fatigant, mais en voyant les résultats qui se produisaient pouvais-je regretter mes peines et ma fatigue ? Sauf le temps des instructions, nous étions occupés à confesser du matin au soir.
« Le dernier jour, les chrétiens voulurent témoigner leur reconnaissance en célébrant une fête en l'honneur de saint Joseph. Il y a quelques années; le P. Darras eut l'heureuse idée de bâtir, au sommet d'un énorme rocher qui s'élève sur un versant de ces montagnes, une petite chapelle à saint Joseph, pour consacrer toute cette contrée au glorieux Saint qui protège toute l'Église. Ce fut donc à la chapelle de la montagne qu'on se transporta pour célébrer la messe d'actions de grâces. Il y avait grande foule; comme la chapelle est très-petite, les assistants durent se tenir dehors. Ceux qui ne purent trouver place sur le vaste rocher, allèrent se placer sur le versant des collines environnantes; c'est de là qu'ils assistèrent à la messe. A la fin de la messe, je m'avançai sur le seuil de la chapelle pour faire mon instruction. Mais comment dire l'impression que j'éprouvai, lorsque je vis devant moi, cette multitude de chrétiens, tous les yeux fixés sur moi et paraissant attendre avec avidité les paroles du salut? Certainement jamais saint Vincent Ferrier n'a eu d'auditoire plus varié et plus pittoresque. Ah! si javais eu l'éloquence et la sainteté de cet homme du Bon Dieu, comme j'aurais fait vibrer les cœurs !; A la nuit tombée, pour terminer la fête, on a fait aux flambeaux une nouvelle procession à saint Joseph. »
Le P. Millard, qui administre ce district, a baptisé 27 païens dans l'année écoulée.
Le jubilé a produit les mêmes fruits de salut à Yerrayour et à Viriour. « Les chrétiens de ces deux postes sont renommés pour leur piété. Formés de longue date par les soins du vénérable P. Bardouil, d'heureuse mémoire, ils ont appris à aimer la religion, à fréquenter les sacrements et se distinguent par une dévotion qu'on ne trouve pas toujours dans les autres districts. Aussi, dès quatre heures du matin, ils étaient tous là, récitant leurs prières et attendant que la messe commençât. Tous les exercices ont été admirablement suivis. On sentait que toutes les instructions qu'on leur faisait leur allaient droit au cœur.
« A Pondichéry et à Karikal, le dernier jour, à l'instruction du soir, je fis renouveler les vœux du baptême à toute la multitude réunie. Le grand nombre de lumières qui brillaient dans l'église tout entière augmentait encore l'éclat de cette cérémonie. A Pondichéry surtout, elle fut plus grandiose, car elle se fit en présence de Mgr Gandy et de tous les missionnaires de la ville qui, se tenant debout, pendant que toute la multitude était à genoux, devenaient les augustes témoins de ces promesses faites à Dieu. »
La paroisse de Pondichéry a donné 379 baptêmes d'adultes, dont une trentaine de protestants. La conversion de ces derniers est l'œuvre d'un jeune homme né à Tanjore de parents luthériens et même enrôlé dans l'Armée du Salut. Il vient à Pondichéry voir une de ses parentes catholiques, celle-ci lui fait promettre de ne point quitter la ville sans avoir salué le Père. D... fait la visite promise. Le P. Bottero voyant une âme droite à la recherche de la vérité lui a bientôt montré le droit chemin. Deux semaines ne s'étaient pas écoulées qu'il abjurait le luthéranisme et désertait l'Armée du Salut. Aussitôt devenu enfant de l'Église, D... voulut faire partager son bonheur à ses proches, il fit d'abord venir de Madura, sa jeune femme et sa fille unique; l'une et l'autre furent baptisées sous condition. Un peu plus tard il amenait au missionnaire un de ses proches parents employé du gouvernement et le frère de celui-ci. Il gagnait encore son père, puis ses frères et sœurs au nombre de six. Tous ont fait leur abjuration entre les mains du P. Bottero.
Le P. Aroulmaria a conféré le baptême à 106 infidèles ou protestants. Dans le district de Mogoor, le P. Maria Pragasanader en a baptisé à lui seul 759. La lutte y est vive avec les ministres protestants pour qui tous les moyens sont bons, lorsqu'il s'agit de répandre la sizanie. En voici un exemple que rapporte ce Père : « Il y a à Kadanour un ancien chrétien du nom de Jean, chef d'une nombreuse famille. Le ministre protestant le fait appeler, lui témoigne beaucoup d'égards, le comble d'éloges et finit par lui faire entendre que 200 roupies seront le prix de son apostasie. La tentation est trop forte pour Jean qui avait joui d'une certaine aisance; mais dont là situation présente est assez voisine de la misère. Il accepte la promesse du luthérien, lui donne la sienne et n'a rien de plus pressé que d'en faire part à sa famille. Celle-ci composée de plus dé 30 personnes, lui répond fermement et catégoriquement que 10,000 roupies de la part du luthérien ne la tente pas plus que ses 200, et que si Jean veut absolument se damner, il peut le faire seul. Cette réponse déconcerte le nouvel apostat, la honte l'empêche de se montrer. C'est dans ces circonstances que l'affaire vient à ma connaissance. Aussitôt je l'envoie chercher, et comme il est déjà bien préparé par la leçon qui lui a été faite, il ne m'est pas difficile de le ramener dans le devoir. »
A Pinneipoundi, le P. Auvé a eu la joie de baptiser 261 païens. C'est la conversion providentielle d'un jeune homme nommé Ouleven et de sa famille qui décida ce mouvement vers notre sainte Religion.
Dans l'Église, à côté de l'apostolat, nous voyons partout les oeuvres de prière qui en soutiennent les travaux et en fécondent les sueurs. Plus heureuse que la plupart de nos autres missions, celle de Pondichéry possède depuis 1748 un monastère de Carmélites indigènes. D'abord agrégé au
Tiers-Ordre, il traversa jusqu'en 1844, des phases bien laborieuses, mais depuis le 16 juillet 1859, il fait partie du Grand-Ordre et participe à tous ses privilèges et indulgences. Aujourd'hui, cette mission possède un monastère de plus; le 15 mars 1886, le Carmel de Pondichéry dirigeait son premier essaim de filles de sainte Thérèse sur Karikal. Sous la conduite du P. Renevier, leur aumônier, 10 religieuses et 4 novices partaient pour cette nouvelle fondation.
Sur le parcours, la pieuse caravane a été saluée par la joie, le respect et la sympathie de tous. Le monastère étant sous le vocable de saint Joseph, un Triduum eut lieu les 17, 18 et 19 mars; il se termina le jour de la fête par le salut du Saint-Sacrement et la stricte clôture fut dès lors établie. Que les prières de ces saintes âmes attirent les bénédictions divines sur les travaux des missionnaires!


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