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Rapport annuel des évêques

Année: 1887
Pays: Inde
Mission: Pondichéry
Rédacteur:Mgr de Pondichéry

CHAPITRE VII
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GROUPE DES MISSIONS DE L’INDE

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La bulle Humanœ salutis du 1er septembre 1886, en érigeant les sièges archiépiscopaux de la presqu’île indoue, réservait la constitution des provinces ecclésiastiques et la désignation des suffragants de chaque église métropolitaine.
Après avoir, de concert avec les archevêques et évêques intéressés, préparé les basses de cette constitution définitive, S. Exc. le délégat apostolique, Mgr Agliardi, proclama solennel-lement, dans trois réunions successives, l’établissement de la hiérarchie sacrée. La première réunion eut lieu le 6 janvier, à Colombo ; la seconde à Bangalore, le 25 du même mois, et la troisième à Allahabad, le 24 février.
C’est à la réunion de Bangalore que les églies de l’Inde méridionale ont été constituées. Les bâtiments du collège de la mission avaient été aménagés pour recevoir ses illustres hôtes, et la cathédrale de Saint-Patrick splendidement ornée. Mgr Agliardi, archevêque de Césarée, assisté de Mgr Ajuti et de Mgr Zaleski, l’un auditeur, l’autre secrétaire de la délégation, fit son entrée à Bangalore le 21 janvier. La réception, préparrée par Mgr Coadou et ses missionnaires, fut magnifique. Toute la colonie européenne et la population indigène tinrent à honneur de s’associer aux hommages rendus au représentant du Saint-Siège. Les archevêques et évêques des provinces de Madras, Pondichéry et Vérapoly arrivèrent aussi peu à peu, et la réunion fut complète.
Le 25 janvier, la cérémonie s’ouvrait par la messe pontificale, célébrée solennellement par Mgr Coadou. Le délégat en cappa magna état assis à un trône du côté de l’évangile, les archevêques et évêques au nombre de onze, en rochet et mozette, lui faisaient face du côté de l’épître. Une foule immense remplissait l’église et les alentours. Parmi les invités on remarquait, du côté des Européens, M. Lyall, le résident anglais, l’assistant résident et plusieurs officiers ; du côté des indigènes, le secrétaire du divan, un juge de la haute cour, l’avocat du royaume et l’intendant général des postes.
Après la grand’messe, eut lieu la session conciliaire dans toutes ses formes ; tous les évêques y assistaient en chape et en mitre. Son Excellence parlant du haut de son trône exprima en termes émus sa consolation et sa joie de pouvoir, au nom de Sa Sainteté Léon XIII, établir solennellement la hiérarchie catholique dans l’Inde, et favoriser ainsi le développement de notre sainte Religion. Mgr Ajuti lut ensuite la bulle du Souverain Pontife qui change le titre épiscopal des Vicaires apostoliques en celui d’Évêques résidentiels, et Mgr Zaleski, le décret de constitution des provinces ecclésiastiques. L’Inde Méridionale est divisée en trois provinces : Vérapoly avec Quilon pour suffragant ; Madras avec les sièges suffragants d’Hydérabad et de Vizagapatam ; Pondichéry avec les sièges suffragants de Mangalore, de Trichinopoly ou du Maduré, de Coïmbatour et de Mayssour avec Bangalore pour résidence principale.
Mgr Laouënan, archevêque de Pondichéry, gravit alors les degrés de l’autel, et, au nom de ses vénérés collègues, au nom des églises nouvellement constituées, il exprima en un magnifique discours latin toute la reconnaissance qu’inspire la sollicitude du Saint-Siège pour les missions de l’Inde, et l’espérance des progrès, dont les nouvelles mesures sont l’annonce et l’aurore. A la suite de son discours, Sa Grandeur lut des acclamations au Souverain Pontife, au cardinal Simeoni, préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, à Mgr Agliardi, à la Reine d’Angleterre, Impératrice des Indes, aux conseils généraux, à tous les associés de la Propagation de la Foi, de la Saint-Enfance et des œuvres diverses dont les aumônes et les prières soutiennent les missionnaires et les missions. A chacune de ces acclamations, le clergé, les invités, les fidèles répondairent par des vivat enthousiastes et prolongés.
La fête était terminée, mais son souvenir, et celui des magnifiques démonstrations dont elle a été l’occasion, demeureront vivants aux cœurs de ceux qui en ont été les heureux témoins. Ce qui restera surtout de la proclamation de la hiérarchie sacrée dans l’Inde, ce sont les résultats qu’elle est appelée à procurer : la double juridiction, source de tant de difficultés, définitivement abolie ; les églises constituées sur la base et d’après les règles du droit commun ; l’entente plus grande qui en résultera entre les évêques des différentes missions, et enfin des fruits de salut plus abondants pour la sanctification des âmes de ces immenses contrées.



I.― Pondichéry.

Population catholique 206.350
Baptêmes de païens 1.202
Baptêmes d’enfants de païens 1.054


La mission de Pondichéry, érigée en Archevêché par la bulle Humanœ Salutis, a reçu par la même constitution une augmentation dans le nombre de ses chrétiens. La juridiction extra-ordinaire, dont l’archevêque de Goa avait joui jusqu’à ce jour dans le vicariat apostolique de Pondichéry, a été abolie, et pour qu’il ne restât aucun doute à ce sujet, S. Exc. Mgr Agliardi a bien voulu donner, à la date du 18 janvier 1887, un décret déclarant que la constitution pontificale et le concordat passé entre le Saint-Siège et le Portugal doivent être interprétés dans ce sens.
Ce décret, qui mettait fin à la double juridiction, n’empêcha point les Goanais d’élever de nouvelles prétentions sur certains territoires qu’ils disaient leur revenir. Ils demandèrent avec instance la réunion au diocèse de Méliapore des chrétientés du Tanjore autrefois occupées par eux, mais appartenant depuis 1840 à la mission de Pondichéry. Il fut facile de prouver que cette prétention était injustifiable, et que la cession demandée tournerait, si on l’accordait, au détriment même de ces chrétientés. Aussi, la mission de Pondichéry fut-elle confirmée dans la possession du Tanjore et des districts voisins, qui comptent 46 églises et près de 35,000 chrétiens. Il est à noter que presque toutes ces églises ont été, ou bâties, ou notablement agrandies par nos confrères de Pondichéry, et que c’est également grâce à leurs travaux et à leur zèle, que le nombre des chrétiens de ces territoires a plus que doublé.
Le 10 mars 1887, un second décret rendu par la Sacrée Congrégation de la Propagande, déclarait également supprimée la préfecture apostolique de Pondichéry. Désormais, la colonie française et toutes ses annexes dépendront donc uniquement du nouvel archevêché. Par cette mesure, la mission se trouve augmentée de la paroisse blanche de Pondichéry, et de la colonie de Chandernagor. Par suite des mêmes circonstances, Mgr Laouënan s’est vu dans la nécessité d’accepter de nouveau la charge du collège colonial, dont nos confrères avaient, depuis quelques années, quitté la direction.
N’ayant pas reçu de compte rendu, nous avons le regret de ne pouvoir donner aucun détail sur les travaux des missionnaires pendant le dernier exercice, signalons seulement la magnifique solennité du couronnement de Notre-Dame de Villenour. Pendant son séjour à Rome, Mgr de Pondichéry avait entretenu le Saint-Père du sanctuaire de Villenour, et des grâces abondantes que Notre-Dame de Lourdes se plaît à y répandre. Au désir qui lui fut exprimé, que la sainte Image fût solennellement couronnée par Elle, Sa Sainteté Léon XIII répondait par un rescrit du 21 février 1886, par lequel Elle chargeait le vénérable archevêque de Pondichéry de couronner solennellement, en son nom, l’image de la Bienheureuse Vierge de Lourdes, honorée à Villenour.
La fête fut fixée au dimanche 8 mai. Elle fut précédée d’une neuvaine de prières, et d’exercices en l’honneur de la très sainte Vierge. Pendant ces jours, l’église ne désemplit point ; matin et soir les confessionnaux étaient assiégés par la foule des pèlerins, et les missionnaires, venus en grand nombre, suffisaient à peine à la tâche. Mais que dire du jour de la solennité ? Plus de 40,000 pèlerins venus de tous les points du vicariat encombraient l’église et les places. La fête s’ouvrit par le couronnement : quand Mgr l’archevêque eut déposé la précieuse couronne sur le front de la Madone, toute cette foule éclata en un tonnerre d’applaudissements, et tomba à genoux devant la Vierge Immaculée. La messe pontificale fut suivie de la bénédiction du Très Saint Sacrement, et le soir une magnifique procession aux flambeaux, à travers les rues de Villenour, terminait cette solennité si touchante, dont les fruits de salut et de grâce resteront, pour attester la puissance de Celle qu’on n’a jamais invoquée en vain.



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