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Rapport annuel des évêques

Année: 1889
Pays: Inde
Mission: Coïmbatour
Rédacteur:Mgr Bardou

III. – Coïmbatour.

Population catholique 28.040
Baptêmes de païens 312
Conversions d’hérétiques 35
Baptêmes d'enfants de païens 459

« Avec ce compte rendu, écrit Mgr Bardou , je viens apporter notre petite gerbe d’épis , glanés péniblement cette année dans notre mission . Nos chiffres d’administration équivalent à peu près à ceux de l’an dernier . Nous voudrions bien qu’ils fussent plus élevés , même décuplés , mais les résultats ne répondent pas , hélas ! à nos meilleurs désirs . Toutefois , nous sommes reconnaissants au bon Dieu du bien qu’il nous a été donné de faire .
« Tout le monde connaît les grandes des difficultés qu’il y a à inculquer les vérités du Christianisme aux Indiens , tant à cause de leur caractère et de leurs mœurs , que de leur attachement à leurs castes ; on sait aussi que , malgré la liberté qui nous est laissée sous le règne des Anglais , l’esprit du protestantisme dont sont imbues toutes les autorités , et la multiplicité des sectes hérétiques , soutenues par l’or anglais , répandent une lamentable confusion dans l’exprit de tous ces peuples , et sont par là un grand obstacle à leur conversion.
« Je me contenterai donc de vous donner quelques détails sur les travaux de nos confrères durant cet exercice , sur les progrès , quoique faibles , que nous avons faits , et sur le développement plus sensible de nos œuvres . C’est , sur elles que repose l’avenir de notre Mission . Ne pouvant pas parcourir les villes et les hameaux avec l’espoir de faire du bien , vu l’indifférence et l’opposition semées partout par les sectes protestantes , nous devons , par nos écoles et nos œuvres de charité , atteindre le cœur du peuple , et par là , y semer les germes de la vraie foi ; et comme il est écrit : A fructibus eorum cognoscetis eos , ce n’est que par cette charité que nos peuples connaîtront les vrais ministres du Seigneur . D’ailleurs , l’exposé des quelques faits qui suivent , fera voir la vérité de la parole de Notre-Seigneur .

DISTRICT DE COIMBATORE . – « Cette année , le gouverneur n’a pu s’empêcher de reconnaître le grand bien que fait notre hôpital , d’après les rapports officiels qui lui ont été présentés .
« Le président de la municipalité écrivait au gouverneur : « Les riches et les pauvres , les gens de haute et basse caste , tous vont à l’hôpital catholique , à cause de la bienveillance avec laquelle ils sont traités par les sœurs. » Le collecteur ajoutait : « Il est incontestable qu’un grand nombre de malades, non seulement de la ville , mais du district , viennent audit hôpital , et que la municipalité , avec la permission du gouvernement , ferait bien d’aider cette institution . » Aussi le gouvernement de Madras remarque « qu’il est satisfaisant de voir le grand bien que fait l’hôpital catholique , que la question de donner un secours , sur les fonds municipaux , est bien digne de la considération du conseil municipal .»
« Ces éloges ont déjà offusqué l’autorité médicale de l’endroit , ainsi que la gent protestante . On cherche déjà à diminuer , aux yeux du gouvernement et du public , l’importance de cette institution . Heureusement que nos bienfaiteurs de l’Europe sont notre seule espérance pour le maintien de cette œuvre . Car , lors même que les autorités locales auraient le désir de l’aider , elles redouteront l’opinion protestante , et , de plus , le gouvernement voudrait nécessairement s’immiscer dans l’administration de l’hôpital , y avoir la haute surveillance , de sorte que le faible secours qu’il pourrait nous accorder , serait un vrai obstacle au bien que nous pouvons faire . Aussi , avons-nous dû leur faire savoir que , s’ils voulaient nous allouer un secours , nous leur en serions reconnaissants , mais que nous ne voulions pas qu’à cette occasion , personne vînt s’immiscer dans l’administration de notre hospice .
« Une moyenne journalière de 201 externes et de 28 internes , dit assez le grand nombre de malades qui fréquentent notre hôpital . Aussi , cette année , nous avons été obligés d’y ajouter deux nouvelles chambres , pour les maladies contagieuses . Il nous faudrait un autre bâtiment pour servir de crèche aux enfants qu’on nous laisse , et qui sont maintenant plus ou moins mêlés avec les malades , jusqu’à ce que nous puissions les recevoir dans nos orphelinats . 64 baptêmes de païens, plus de 70 baptêmes d’enfants in articulo mortis , tels sont les précieux fruits de cette œuvre , qui est , sans contredit , notre plus belle .
« Il y a deux mois , on y apporta un pauvre malade païen hydropique , mais si enflé qu’il n’y avait plus moyen de le guérir . Les bonnes religieuses voulurent du moins chercher à sauver son âme . A leur grande surprise , elles le trouvèrent tout disposé à se faire baptiser . Une grande difficulté se présentait . Toute sa parenté était païenne ; on venait le voir tous les jours . Leur parler de le baptiser , c’était leur dire de l’emporter , ils ne l’auraient pas laissé une seconde de plus , car les gens de la caste à laquelle il appartenait , sont païens jusqu’à la moelle des os . Voyant cependant qu’il allait mourir , et qu’il était bien disposé , les sœurs le baptisèrent secrètement . Les parents étant venus le visiter de nouveau , et voyant qu’il n’avait plus que quelques heures à vivre , voulaient l’emmener à la maison , afin qu’à sa mort , on pût lui faire toutes les cérémonies d’usage en pareils cas . On aurait dit que l’ennemi de l’homme voulait ainsi se venger , en s’emparant du moins du cadavre , puisque l’âme lui échappait . En vain il les supplia de le laisser mourir tranquille là , où il était ; en vain les religieuses les prièrent de ne pas l’emporter , disant que , certainement , il mourait en route . Mais tout fut inutile . Alors ils allèrent chercher une voiture . Pendant ce temps , les religieuses l’exhortèrent à ne pas oublier son baptême . Il leur répondit d’une voix faible mais ferme : « Ne craignez rien » , et en leur montrant sa poitrine , « mon Dieu est là . » Quelques instants après , ses parents vinrent de nouveau , et , l’ayant mis sur une voiture , ils l’emmenèrent . Et comme les religieuses le suivaient du regard avec tristesse , il se souleva encore , et leur montrant une dernière fois sa poitrine , il leur fit signe de ne pas craindre . En effet , Dieu voulut récompenser sa foi , sans la mettre peut-être à des épreuves trop grandes . Il n’avait pas fait la moitié du chemin , qu’il mourait paisiblement . Ils n’emportèrent à la maison qu’un cadavre , pendant que son âme était allée rejoindre son Dieu , qu’elle ne connaissait que depuis quelques jours .
« Tout dernièrement , une personne de haute famille était venue prendre des médecins à l’hôpital . Mais son grand âge , et une hydropisie déjà fort avancée empêchaient l’effet des remèdes . Cependant , frappée de la charité qu’elle avait rencontrée chez les sœurs , elle dit à sa famille : « Je veux aller passer quelques jours au couvent des Mères. Alors seulement je « mourrai tranquille . » Ses parents s’efforcèrent en vain de la détourner d’un tel projet , mais elle était fermement résolue à venir . Donc , un beau jour , en effet , elle arrive en voiture, apportant sa chaise , son lit et tout ce dont elle pouvait avoir besoin . En abordant les religieuses , elle leur dit : « Je viens passer ici quelques jours avec vous avant de mourir , je « sais bien que je ne guérirai pas . Mais je mourrai tranquille après être restée quelque temps « avec vous ; votre Dieu est mon Dieu . » Naturellement , on lui fit le meilleur accueil possible. Elle est donc en ce moment-ci à l’hôpital , attendant patiemment sa dernière heure . Espérons que le bon Dieu lui fera également la grâce de ne pas mourir sans recevoir le saint baptême .
« L’hôpital est en ce moment , on peut le dire , presque notre seul moyen d’action pour la propagation de notre sainte religion . La ville de Coïmbatore est devenue un vrai champ de bataille , où païens et protestants rivalisent de zèle pour s’insulter les uns les autres . La triste armée du salut sème partout la haine du christianisme . Les païens prêchent publiquement dans les rues contre le christianisme , tournant en ridicule les vérités les plus saintes et les plus sacrées de notre religion .
« Les choses en sont venues à un tel point , qu’un ministre protestant , effrayé lui-même de l’audace des païens à dénigrer et dénoncer les dogmes du christianisme , sans pouvoir y apporter aucun remède , écrit publiquement dans les journaux de la Présidence , que cet état de choses ne peut pas durer , qu’il faut en finir avec le Street preaching , le prêche de la rue , où l’on s’insulte de part et d’autre ; qu’il faut donc s’entendre , à cet effet , avec les chefs des sectes païennes , afin que l’on ne prêche plus publiquement. Quoique les païens , théoriquement , fassent une différence entre catholiques et protestants , pratiquement , les résultats sont les mêmes . Nous n’avons pour réagir contre ce misérable état de chose , que la charité chrétienne . Aussi , malgré tous ces obstacles , le P. Béroulle a pu baptiser 23 païens , ramener 2 protestants , et tirer de la gueule du loup deux pauvres orphelins catholiques , east indians , qui avaient été confiés à une dame protestante , deux fois apostate .
« Il n’y avait que quelques jours que ces enfants avaient été amenés ici. Ils furent immédiatement , à leur grand déplaisir , mis dans une école protestante . Le dimanche , le frère aîné dit résolument à cette dame protestante : « Je ne veux plus aller au temple « protestant, je suis catholique et veux être catholique , je ne veux plus aller à l’école « protestante , mais bien à l’école catholique . » Sa sœur encouragée fit la même déclaration , et tous deux , sans autre forme de procès , entendant les cloches qui sonnent pour la bénédiction du très-saint Sacrement , se dirigèrent d’un pas résolu vers notre église . Voyant arriver ces deux jeunes étrangers , qui marchaient d’un pas si résolu , curieux de savoir qui ils étaient et d’où ils venaient , j’allai au devant d’eux et les arrêtai . Le frère aîné , jetant alors sur moi deux yeux brillants d’intelligence , et où se reflétait je ne sais quoi d’extraordinaire , me raconte son histoire . Profondément ému de voir tant de courage dans de si jeunes âmes (car l’aîné n’a pas plus de 10 à 11 ans) , voulant m’assurer de la vérité de leur récit , le lendemain , j’allai moi-même voir cette dame protestante , et lui parler en faveur de ces chers orphelins . Elle ne fit que confirmer ce qu’ils m’avaient dit ; alors je la priai de laisser venir la petite fille à l’école du couvent , et le frère à l’école catholique des garçons , jusqu’à ce que je pusse les faire admettre dans quelque orphelinat catholique .
« Quelques jours après , j’allai de nouveau , continue le P. Béroulle , voir cette dame protestante , pour lui dire que j’avais tout arrangé pour faire recevoir les enfants , la fille au couvent , et le garçon dans l’orphelinat catholique . Elle me dit : « Depuis qu’ils vont à votre « église , ils ne sont plus les mêmes . Ils étaient auparavant mornes et tristes ; mais depuis « lors, ils sont tout joyeux : prenez-les , ememnez-les . » C’est ce que je fis ; et ils sont maintenant à l’abri de tout danger pour leur foi . Puissent-ils rester toujours aussi fermes dans la foi de leurs pères ! »
« Le P. Béroulle m’arrivait un jour tout joyeux , en me disant : Je viens de faire coup double . On était venu me dire qu’un jeune homme , nommé Amavassy , qui avait autrefois été à notre hôpital , se trouvait actuellement à l’hôpital civil de la ville , et qu’il voulait recevoir le baptême . Je m’empressai d’y envoyer le cathéchiste pour le voir , l’instruire un peu et le préparer au baptême . Le catéchiste , qui ne le connaissait pas personnellement, demanda à un serviteur de l’hôpital où était le malade Amavassy , qui avait demandé à voir le prêtre catholique. On le conduisit vers un jeune homme , en effet très dangereusement malade. Le catéchiste croyant bien qu’il avait affaire au malade , ancien pensionnaire de notre hôpital , se mit à l’instruire . Voyant ses bonnes dispositions , et le danger dans lequel il était de mourir bientôt , il vint me trouver , en me disant qu’il ne fallait pas perdre de temps , le malade pouvant mourir d’un moment à l’autre . J’y courus donc ; je le préparai de mon mieux à la grâce du saint baptême, que je lui donnai , tout édifié de ses bonnes dispositions . Mais voilà que , tout à coup , un autre malade m’ayant aperçu : « Père , Père , me dit-il , c’est moi qui « suis Amavassy , c’est moi qui ai été autrefois à l’hôpital des Mères , C’est moi qui vous ai « fait appeler , je vais mourir et je veux être baptisé . » J’allai donc à lui , et le trouvant déjà tout disposé (car pendant son séjour à l’hôpital il avait reçu quelque instruction) , je le baptisai également , bénissant le bon Dieu , qui s’était servi de la méprise de mon catéchiste , pour me faire baptiser deux païens au lieu d’un . Tant il est vrai que le bon Dieu se sert de tout , pour procurer le salut de ses élus ! »
« Comme l’école des garçons était attenante au couvent des Religieuses indigènes , qui prend chaque année un nouvel accroissement , nous avons été obligés d’abandonner cette bâtisse pour agrandir le couvent . Il a fallu construire une autre grande école pour les garçons . Le Gouvernement nous alloue un tiers des dépenses . C’est vous dire que nos œuvres , que vous connaissez déjà , continuent à prospérer et à grandir ; elles augmentent nos dépenses , il est vrai , mais aussi elles produisent de bien précieux fruits de salut .

DISTRICT DE POLLACHI . – « Ce nouveau poste , toujours confié au Père indigène Ignacinader , a donné cette année 4 conversions de protestants , et 6 de païens . Sans doute , c’est bien peu , mais les obstacles qui s’opposent à la conversion des païens de ces contrées sont bien grands .
« Tout dernièrement , le catéchiste de ce Père était allé dans un vilage païen des environs . Déjà quelques-uns semblaient vouloir venir à la Religion . Le chef du village ayant rencontré le catéchiste , lui dit : « Nous savons bien pourquoi tu viens ici . C’est pour séduire les « pauvres , leur faire perdre leur caste en les faisant chrétiens . » Il faut savoir que ces protestants ne reconnaissent pas de caste , ce qui est aux yeux des païens une faute impardonnable , car , pour eux , la caste , c’est la patrie , la religion , la famille , en un mot , la caste est leur Dieu . « Tu feras bien , continua le chef du village , de ne pas revenir de « nouveau. Nous n’avons pas besoin de ta religion , ne reviens plus . » Il eut soin d’avertir ses concitoyens de se tenir désormais en garde contre ce paria de chrétien . Malheureusement , l’influence du chef est telle , qu’il n’y a plus guère d’espoir de conversions dans ce pauvre village . Le Père néanmoins ne se décourage pas . Il faut espérer que le bon Dieu bénira ses efforts , en lui faisant gagner quelques âmes à Jésus-Christ , son divin Fils .

DISTRICT DE PALGHAT. – « Le P. Gudin , toujours chargé de ce poste , a eu la consolation de baptiser 18 païens et de réconcilier 7 protestants . Là , nous avons trois écoles primaires , une pour les garçons , une pour les filles , tenue par les Religieuses indigènes , une autre pour les enfants de caste indiens . Un grand scandale est arrivé cette année dans cette localité . Pendant l’absence du P. Gudin , un païen s’introduisit dans l’église. Le vol était sans doute le mobile de ce malheureux . Que se passa-t-il pendant qu’il était dans l’église ? A en croire les gens , la bonne Vierge de Lourdes l’aurait aveuglé , et il est depuis comme fou . Le malheureux s’était, en effet, attaqué à la statue de Notre-Dame de Lourdes , si chère à nos chrétiens. Il avait brisé un des bras de la statue, et s’était emparé d’un chapelet d’argent suspendu au cou de la Vierge , lorsqu’il fut aperçu par le catéchiste . Celui-ci , voyant couché sous un banc un individu à figure sinistre , fut saisi de crainte , quoiqu’il fût trois heures après-midi ; il s’élança au dehors , en criant hors de ses sens : « Je suis mort ! je suis mort ! » Le voleur aurait eu dix fois le temps de s’enfuir ; il s’obstina pourtant à rester dans l’église . Quelques instants après , chrétiens et païens , tout le monde accourt ; on entre dans l’église . A la vue de la statue de Notre-Dame de Lourdes brisée , un frémissement d’indignation et d’horreur saisit toute l’assemblée . On cherche des yeux le sacrilège . Il se défend comme un forcené , frappant à tort et à travers . Plus de mille personnes entouraient l’église , et semblaient vouloir faire mauvais parti à ce voleur , que la police fut obligée de protéger . Il donne depuis lors des signes de vraie folie ; il est gardé à vue , en attendant son jugement .
« Le concours extraordinaire de païens en cette circonstance est dû , en partie , à la grande vénération qu’ils ont pour cette église , dédiée à saint Sébastien . Dans leurs disputes, soit entre eux , soit avec les chrétiens, ils décident souvent de leur différend en venant prêter serment à l’église du grand saint Sébastien . Les juges eux-mêmes , quelquefois , les font , sur leur consentement , aller prêter serment à l’église , et par là , si celui qui est accusé fait le serment , il est acquitté , car ils sont intimement persuadés que personne n’oserait faire un faux serment dans cette église . C’est là un fait bien extraordinaire pour des païens . Et cependant , ils sont bien loin d’embrasser une religion qui a enfanté de tels saints .

DISTRICT DE VELLINGTON . – « L’école , fondée l’année dernière pour les enfants européens , prend chaque jour de l’importance . Il y a déjà plus de 25 pensionnaires . Le gouvernement vient de la reconnaître , et d’accorder un tiers du traitement du maître d’anglais. Je ne serais pas étonné si , l’année prochaine , vu les demandes déjà faites , les bâtisses provisoires ne suffisaient plus . Ce qui nous manque , ce sont les bâtiments , et c’est ce qui coûte le plus à la montagne . J’espère cependant que la divine Providence viendra à notre aide , en suggérant à quelque âme généreuse et charitable de nous faire un don extraordinaire , pour nous mettre à même d’établir cette Institution sur une base solide . Il nous faudrait actuellement de quarante à cinquante mille francs . Le gouvernement est tout prêt à nous accorder un bel emplacement pour le futur établissement , lorsque nous aurons les moyens de le construire .
« Les enfants ont bon esprit . Les PP. Petite et Briand se donnent de tout cœur à l’enseignement . Les autorités militaires voient cette école avec faveur et plaisir . C’est ainsi que , dernièrement , le général de la place , s’entretenant avec le P. Foubert , ne pouvait s’empêcher de faire une comparaison entre le chapelain catholique et le ministre protestant de l’endroit . Il était surpris qu’avec de si faibles ressources nous fissions tant , tandis que le ministre protestant , qui est quatre fois plus payé que le chapelain catholique , ne sait absolument rien entreprendre , sans faire des souscriptions , et il autorisait le P. Foubert à mettre sous son haut patronage une séance littéraire , qui devait être donnée par les soldats, et dont une partie des recettes était destinée aux œuvres catholiques de l’endroit . C’était d’autant plus flatteur de sa part , qu’il avait tout simplement refusé une semblable permission au ministre protestant .
« Le P. Foubert ayant dû céder son presbytère , déjà trop petit, aux confrères qui s’occupent de l’Institution, s’est installé provisoirement dans une petite chambre , qui servait de dépôt pendant la bâtisse de l’église . Il est de toute nécessité qu’il se construise un logement plus convenable . Les autorités militaires , aussi bien que les soldats , ne peuvent supporter que leur prête soit logé dans ce misérable réduit . Aussi, avec son ardeur et sa générosité ordinaires, ce cher confrère vient d’entrer en pourparlers pour l’achat d’un petit terrain avoisinant le nôtre , afin de s’y établir convenablement . Malgré les occupations que lui donnne sa nouvelle école, il a pu baptiser 19 païens et réconcilier 3 protestants . Il m’annonce également qu’un mouvement vers notre sainte religion commencerait à se manifester parmi les gens d’une caste de la montagne , qui s’étaient jusqu’à présent montrés tout-à-fait rebelles aux efforts tentés pour les convertir . Déjà quelques-uns apprendraient les prières . Espérons que la grâce du bon Dieu favorisera ce bon mouvement !

DISTRICT DE COONOOR . – « Le bon P. Denis, chargé de ce poste , a obtenu 7 baptêmes de païens . L’école des graçons , dont il s’occupe activement , continue toujours à progresser , malgré la concurrence des protestants . Cette année-ci , nous avons dû bâtir une nouvelle école pour les filles natives , dans un endroit plus à la portée des enfants de la ville. Or , comme nos religieuses indigènes ont maintenant passé leurs examens , nous ne doutons pas que cette école devienne , comme celle des garçons , la première de l’endroit. Cependant , comme il y a un assez grand nombre d’enfants de caste , indiens ou créoles , il nous faudrait aussi une école pour eux . Le P. Denis m’écrivait dernièrement à ce sujet , en appelant mon attention sur la nécessité d’une telle école , si nous voulons préserver la foi de ces enfants , qui n’aiment pas à se mêler avec les natifs . J’espère que le bon Dieu viendra à notre aide , et que , dans le courant de l’année prochaine , nous pourrons faire quelque chose pour combler cette lacune . Les œuvres nous pressent de toutes parts . Ah ! si nous avions l’or des sectes protestantes , que de bien nous pourrions faire !

DISTRICT D’OOTACAMUND . – « Ce poste continue toujours à nous donner un bon nombre de baptêmes . 45 baptêmes d’adultes , 13 conversions de protestants , tel est le compte rendu de ce district . Nos confrères ne négligent aucun moyen de travailler à la conversion de païens , malgré les occupations que leur donne le soin de leurs chrétiens . Ils ont eu 1,407 confessions , 1,376 communions pascales , sans compter les communions de dévotion qui sont toujours très nombreuses , depuis l’érection de la statue de Notre-Dame de Lourdes et de la confrérie du Saint-Scapulaire . Le couvent , avec ses œuvres , continue à faire le bien parmi nos diverses populations de la montagne .

DISTRICT DE GUDALUR WYNAAD . – « Le P. Baldeyrou continue à administrer ce district . Sa santé s’accommode à merveille à ce pays , qui a éprouvé la constitution de bien des missionnaires . Il a eu , cette année , la consolation de baptiser 21 païens de la caste des parias , où le bon Dieu semble répandre ses grâces de vocation à la foi , de préférence aux autres Hindous , que les préjugés et l’orgueil de la caste tiennent encore si éloignés de notre sainte religion . Le besoin d’une chapelle se faisait sentir à Devala , où sont les mines d’or . Une souscription a été commencée , et a déjà produit près de 300 roupies . Quelques ingénieurs anglais , fraîchement venus d’Angleterre , et qui savent apprécier le missionnaire catholique , y ont mis leurs noms pour une obole assez ronde . De sorte qu’il y a tout espoir de pouvoir sous peu construire une petite chapelle si nécessaire . Elle sera dédiée à saint Antoine de Padoue , en qui les chrétiens de nos montagnes ont la plus grande confiance .
« Je dois ajouter aussi que le cher Père est également estimé par tout le monde , chrétiens , protestants et païens . Plusieurs fois il a été appelé comme arbitre entre les superintendants des plantations et leurs subordonnés . Toujours la plus grande déférence a été portée à ses décisions , que l’on regardait comme celles d’un théologien consommé . Un seul crut devoir en appeler de la décision du Père au juge anglais d’Ootty . Celui-ci , appréciant la justesse de la décision du missionnaire , non seulement confirma l’amende qu’il avait mise , mais l’augmenta encore , parce que la partie plaignante ne s’était pas soumise à la décision du missionnaire catholique . Cette conduite d’un juge anglais et protestant est bien faite pour faire rougir , s’ils en étaient capables , nos gouvernants du jour , qui s’ingénient de tout leur pouvoir à ruiner l’autorité et l’influence du Prêtre .

DISTRICT DE MEUTHOOR . – « Il faut bien l’avouer cependant , le missionnaire est quelquefois condamné à voir son autorité méprisée . C’est ce qui est arrivé dans ce district . La rivalité et l’animosité de deux des castes différentes qui occupent ce district , a complètement paralysé l’action du prêtre . Malgré tous nos efforts , nous n’avons pas encore réussi à ramener la paix . La masse des chrétiens souffre de ce malheureux état de choses . Ils ont essayé de mettre l’accord entre leurs chefs , mais leurs efforts ont été également sans résultats . Nous espérons cependant que le bon Dieu mettra bientôt fin à cette malheureuse rivalité , qui , en se prolongeant , ne manquerait pas de faire bien du mal parmi ces chers chrétiens . »




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