Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1889
Pays: Inde
Mission: Mayssour
Rédacteur:Mgr Coadou

II. – Mayssour.

Population catholique 30.690
Baptêmes de païens 481
Conversions d’hérétiques 47
Baptêmes d'enfants de païens 106

« Le chiffre des conversions dans le Mayssour , écrit Mgr Coadou , sauf au temps des famines , n’a jamais été considérable , et cependant j’ai la douleur d’avoir à noter , dans le compte rendu de cette année , une diminution sur les années précédentes . Ne pouvant accuser mes confrères d’avoir manqué de zèle pour protager la foi , je dois chercher ailleurs la cause d’un déficit , relativement considérable , et je crois la trouver 1o dans le manque de missionnaires et de catéchistes , 2o dans la persécution incessante que nous subissons dans les hôpitaux , 3o dans le prosélytisme païen .
« Laissez-moi développer brièvement ces idées , qui me semblent donner l’aperçu le plus exact possible sur notre position actuelle .
« 1o Manque de missionnaires et de catéchistes . – A la voix des François-Xavier et des Britto , les populations indiennes , accourues en foule , se laissaient vite convaincre , et la main de l’Apôtre se lassait à force de baptiser . Mais il est à remarquer que ces explosions de la grâce ne s’opéraient guère que sur le littoral du Malabar et du Maduré ,à l’ombre du drapeau portugais et parmi ce peuple conconi et ces castes tamoules , à vive intelligence et à cœur ouvert . La légende dit même que saint François-Xavier , ayant essayé d’introduire l’Evangile au milieu des races canara du Mayssour , s’aperçut bientôt de l’inutilité de ses efforts . De même qu’aux temps héroïques de l’apôtre des Indes , les conversions en masse ne sont pas sans exemple , mais c’est encore , pour ce qui regarde le Sud de L’Hindoustan , parmi les populations tamoules qu’elles s’opèrent . Est-ce à dire que la race canara est inconvertissable , ou que l’heure de la grâce n’a pas encore sonné pour elle ? Dieu me garde de tirer une pareille conclusion . Mais je suis convaincu que ce n’est pas une bonne parole , dite en passant , qui changera le cœur du Canara . Vous pourrez tout à votre aise lui prêcher la religion , il ne vous contredira pas ; mais in n’en sera pas moins ancré à ses usages , qu’un paysan breton à ses idées . Ce qu’il faudrait , c’est que le missionnaire pût s’occuper sérieusement et constamment de l’évangélisation de ce peuple , vivre de sa vie au milieu de lui , arriver à le connaître et à en être connu .
« Malheureusement , vu notre petit nombre et l’étendue des districts , le soin des chrétiens absorbe tout le temps du pauvre missionnaire . Que peut-il faire , en effet , pour la conversion des infidèles , quand il lui faut administrer douze cents , quinze cents et jusqu’à deux mille chrétiens , dispersés sur une superficie de 10 à 20 lieues ? A-t-il dans quelque village rencontré une âme qui semble s’ouvrir à la grâce , il essaiera de l’instruire , mais , avant quinze jours , il devra quitter ce lieu pour aller porter dans un autre endroit , son ministère aux chrétiens qui l’attendent . Encore , si le missionnaire avait à son aide des catéchistes fidèles , instruits , sur lesquels il pût se reposer du soin d’instruire les néophytes et les catéchumènes . Mais non , n’étant pas en mesure de payer des hommes capables , nous sommes obligés d’accepter pour catéchistes , des ignorants récitant les prières de la messe tant bien que mal , mais n’ayant aucune influence , ni sur les païens , ni sur les protestants , ni même souvent sur les catholiques . C’est pourquoi , je regarde comme une nécessité urgente , pour la conversion des infidèles , la division des districts trop étendus , et la formation de catéchistes utiles . Et cependant , au lieu de diminuer , la portion de chacun augmente plutôt ; ainsi , l’année dernière , j’avais dû réunir les deux districts de Satthally et de Hassen ; et dernièrement encore, à la mort du P. Neveu , j’ai été forcé d’y ajouter le district de Tchikka Magalore , où travaillait le cher défunt . Une conséquence de cette mesure , infailliblement , la diminution des baptêmes de païens .
« 2o La persécution dans les hôpitaux . – Dans le compte rendu de l’année dernière , j’ai donné de longs détails sur ces persécutions ; je n’y reviendrai que brièvement , et pour dire que , si elle n’est pas aussi publique et aussi bruyante , l’œuvre satanique n’en continue pas moins son cours . Ainsi , à l’hôpital Bowring , non seulement les religieuses ne peuvent dire un mot de Dieu ou de la religion , non seulement le prêtre ne peut visiter que les catholiques , mais un protestant , un païen ou un turc , qui demanderait à parler au prêtre , à abjurer ses erreurs et à se faire catholique , verrait sa requête brutalement rejetée . Un exemple entre plusieurs . Il y a quelques semaines , un jeune Coorg , gravement malade , a demandé à voir le ministre du vrai Dieu ; plusieurs fois il a renouvelé sa demande aux uns et aux autres , et toujours même réponse : « Le docteur ne permet pas . Attends que tu sois guéri et hors de « l’hôpital , alors tu seras libre de tes actes , ici , c’est impossible . » Cependant , l’état du malade devenait plus grave , et il disait aux sœurs : « Tout le monde m’abandonne ; vous « aussi , m’abandonnerez-vous ? » Et les sœurs de chercher à le consoler . Enfin elles lui dirent : « Sois-tranquille , tu ne mourras pas sans baptême . » Alors le calme se fit dans son âme , et l’espérance du Ciel le réconforta . Le patient était suffisamment instruit de la religion, il avait fréquenté dans son enfance notre école de Vérajenderpett (Coorg) ; il suffisait donc de lui verser sur la tête un peu d’eau , et de prononcer les quelques paroles sacramentelles , pour en faire un enfant de Dieu , un héritier de la céleste patrie ; c’est ce qui fut fait .
« Et pourquoi cette rigueur de la part du docteur ? Il fut un temps où il disait au moribond : « Si tu veux mourir comme un homme , tu dois te faire chrétien . » C’était alors la conscience qui parlait . Aujourd’hui , le respect humain l’intérêt , la peur enfin , cette mauvaise conseillère , ont étouffé le cri de cette même conscience .
« A l’hôpital Sainte-Marthe , où nous sommes propriétaires , nous ne sommes pas enchaînés de cette façon , mais , parmi les apothicaires et autres employés rétribués par l’Etat, il en est qui semblent avoir pris à tâche de surveiller les religieuses , et de détruire , par leurs conseils perfides , le bien que les Sœurs ont pu faire par quelques avis charitables . Quand donc rencontrerons-nous de ces âmes charitables et brûlantes de zèle , à qui Dieu a départi , avec les biens de la fortune , un cœur généreux , pour doter les 100 lits de cet hôpital ? Alors nous serons les maîtres chez nous , alors nous pourrons , tout en soignant les coprs , convertis les âmes et les envoyer au ciel .
« 3o Prosélytisme païen . – Les missionnaires de l’Inde ont souvent parlé de l’indifférence religieuse et de l’apathie morale des Indiens ; ils n’ont jamais rien dit , que je sache , de leur ardeur et de leur zèle à faire des prosélystes . C’est qu’en effet , jusqu’à ces derniers temps , rien n’avait fait croire qu’ils possédassent cette qualité , si louable , quand elle est employée pour le bien , et si regrettable , lorsqu’on s’en sert pour étendre le mal . Mais , depuis deux ou trois ans surtout , les Indiens les pluies instruits et les plus influents prêchent dans la rue , donnent des conférences , fondent librairies et écoles religieuses , se remuent , se démènent , comme ferait un diable dans un bénitier , et tout cela pour empêcher leurs coreligionnaires de se faire chrétiens , et pour ramener le Brahmanisme à sa pureté originelle . Or , ce ne sont pas quelques individus qui se sont ainsi faits prédicateurs de la religion de Brahma ; les statistiques portent leur nombre , pour les trois Présidences de Calcutta , Bombay et Madras , à 18 ou 20 mille . Est-ce le signe de la résurrection du Brahmanisme , ou le dernier effort d’une religion surannée et tombant en dissolution ? Qui aura le dernier mot , du christianisme ou du paganisme ? A qui la victoire ? A Dieu sans doute , et à la vérité éternelle . Mais , en attendant , certains esprits irrésolus ne savent de quel côté se ranger , et quelques conversions commencées s’arrêtent hésitantes . Puisse le ciel abréger les longueurs de la lutte , et amener bientôt l’heure du triomphe ! Adveniat regnum tuum .
« Voici donc terminée cette année administrative de 1889 ; elle ne marquera pas brillamment dans les annales de notre histoire . L’année qui va suivre , que sera-t-elle ? Dieu seul le sait ; mais je ne puis désespérer , quand je vois la bonne volonté et l’entrain de mes missionnaires . « L’an dernier , je promettais à Votre Grandeur un compte rendu qui pût lui faire plaisir , m’écrit le P. Tessier , hélas ! je ne tiens pas ma promesse . Les résultats sont pauvres ; cependant je ne me laisserai pas aller au découragement ; je travaillerai et prierai davantage , et j’espère que le bon Dieu voudra bien me donner un plus grand nombre de baptêmes cette année-ci » Puis , c’est le P. Rouch , missionnaire au Coorg , qui , à la nouvelle de son changement , m’écrit ce petit billet , style télégraphique : « Espoir à mon successeur , la moisson s’annonce magnifique ; quant à moi , à vos ordres , Monseigneur , content toujours , content partout . » Le P. Marcon major , du Wynaad , se plaint de ce que ses ouailles , un peu revêches , sautent la barrière , et tombent dans l’ornière , mais il a bonne poigne , et quand il les rattrape , il sait bien les ramener au bercail .
« Malgré l’insuccès de cette année , Dieu , qui sait ménager les tribulations et les joies , nous a fourni quelques sujets de consolation . Je n’en citerai qu’un exemple , rapporté par le P. Bonnétraine , et c’est par là que je terminerai .
« Aujourd’hui (9 septembre) vient de mourir une néophyte baptisée par moi ,il y a quelques mois . Permettez-moi , Monseigneur , de vous faire sa petite histoire . Elle était de la caste des orfèvres , pouvait avoir vingt-cinq ans , et avait perdu son mari dans son bas âge ; car , selon l’usage de sa caste , elle avait été mariée étant encore enfant . Pour échapper aux mauvais traitements que son frère lui prodiguait sans mesure, elle prit la fuite , et , pour vivre , se mit à faire le commerce de feuilles de tabac . Il y a un an , elle tomba malade , probablement d’une d’une maladie de nerfs, car les païens crurent à une possesion du démon . Pour obtenir sa guérison , elle fit des vœux et des pèlerinages à toutes les pagodes d’alentour , mais ce fut en vain .
« Une bonne païenne , veuve aussi , qui fait le même commerce de tabac , l’engagea à faire un vœu à l’église des chrétiens de Satthally , l’assurant du succès . Le conseil fut suivi , et la malade se trouva guérie . Toutefois , elle ne songeait nullement à embrasser la religion chrétienne , qu’elle ne connaissait pas , mais s’étant fixée à Satthally pour y exercer son petit commerce , elle trouva gîte dans la maison d’une enfant chrétienne , qui vint me la présenter comme catéchumène . C’était un plaisir de l’instruire ; simple comme une enfant , elle écoutait les instructions avec une véritable jouissance ; au baptême , qu’elle reçut avec beaucoup de ferveur , elle fut nommée Victorine . Quelques temps après , elle revint s’asseoir à l’église avec les enfants qui se préparaient à la première communion .
« Elle se disposa à ce grand acte avec un recueillement que j’ai rarement vu , et fit l’édification de tous ceux qui la remarquèrent en ce beau jour . Depuis lors , elle accomplissait ses devoirs avec une fidélité exemplaire , et , un jour , ayant recueilli sous son toit une petite d’environ quatorze ans , qui , elle aussi , avait fui pour échapper aux mauvais traitements de la maison paternelle , elle songea aussitôt à faire partager à sa jeune compagne la joie d’être chrétienne , et la conduisit au couvent , où en ce moment , elle se prépare au baptême . Elle ne devait pas tarder à y entrer elle-même . Attaquée d’une maladie de poitrine , elle vomissait le sang , et bientôt il lui fut impossible de se rendre aux marchés des environs et d’exercer son trafic habituel. Je lui offris alors un refuge au couvent , et quinze jours après, sur sa demande , je lui administrai l’extrême-onction et lui donnai la sainte communion , qu’elle voulut recevoir à genoux . Très patiente dans ses souffrances, elle montrait une grande reconnaissance à l’égard de tous ceux qui la soignaient . Ayant reçu la visite de la veuve païenne qui lui avait conseillé de recourir au Dieu des chrétiens et lui avait montré le chemin de l’église , elle voulut lui payer sa dette de gratitude et lui donna les meilleurs avis . Cependant la pauvre malade s’en allait .
« Deux jours avant sa mort , elle me fit appeler pour se confesser encore une fois . Après la confession , comme la faiblesse l’empêchait de se mouvoir , elle me dit : « Swami, approchez « vos pieds , je vous prie , vous avez été pour moi un bon père , approchez vos pieds de ma « bouche afin que je les baise , car je ne puis plus remuer . » Enfin aujourd’hui , après avoir été revêtue du saint scapulaire , se trouvant plus mal, elle dit à la Supérieure : « Cette fois « c’est fini , appelez vite le Père , afin qu’il me voit mourir , appelez les religieuses .» Elle avait à peine achevé ces mots , que déjà sa belle âme s’était envolée au ciel. J’espère que cette jeune convertie d’hier intercèdera auprès de Dieu pour les infidèles de ce district , et spécialement pour sa bonne amie la païenne , qui a été , sans qu’elle s’en doutât , l’instrument de sa conversion . »


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam