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Rapport annuel des évêques

Année: 1890
Pays: Inde
Mission: Coïmbatour
Rédacteur:Mgr Bardou


III. – Coïmbatour.

Population catholique 28.040
Baptêmes de païens 423
Conversions d’hérétiques 42
Baptêmes d’enfants de païens 1.206


Mgr Bardou commence son compte-rendu par le récit des épreuves qui ont frappé le personnel de la mission. La mort a réduit le chiffre des prêtres indigènes et la maladie a condamné au repos un grand nombre de missionnaires. « Mais écrit Sa Grandeur, le divin Maître qui ne frappe jamais d’une main sans consoler de l’autre, a béni nos travaux. Le nombre des baptêmes est supérieur à celui de l’an dernier : 423 baptêmes de païens, 42 conversions de protestants prouvent assez que l’œuvre de Dieu se poursuit lentement, il est vrai, mais sûrement.
« Ce nombre si petit qu’il soit n’a pas été obtenu sans bien des sacrifices de la part des confrères. Car il ne faut pas oublier que les païens dans cette partie de la Présidence sont, hélas ! peu disposés à embrasser notre sainte religion. Ils ne manquent même pas l’occasion de montrer leur mauvais vouloir à l’égard des chrétiens. C’est ainsi qu’à Kanampuleam, à neuf milles de Coïmbatore, les païens de la caste de celle de nos chrétiens, avec un des chefs païens du village en tête, n’ont cessé de tracasser nos néophytes pendant près d’un an, et cela pourquoi ? parce que ceux-ci avaient refusé de payer, suivant ma direction, une contribution annuelle que les païens exigeaient chaque année pour une comédie païenne.
« Pour se venger ils ont voulu, avec l’aide de la police indienne et du chef païen, s’emparer d’un petit terrain attenant à la chapelle catholique, pour y faire leurs cérémonies diaboliques à certains jours de l’année. Par leurs mensonges, ils avaient réussi auprès d’un assistant collector anglais à faire empêcher la fête que les chrétiens se proposaient de faire. J’ai donc été obligé de porter l’affaire devant le collector en chef. Ce n’est qu’après maintes difficultés et qu’après avoir démontré au juge anglais que le chef païen, qui est un employé du gouvernement, car il recueille les impôts, avait fait un faux témoignage, que nous avons eu enfin gain de cause. Le terrain en litige a été adjugé à la chapelle catholique, les païens déboutés de leurs prétendus droits, le chef païen suspendu de ses fonctions pour six mois. Le 29 septembre dernier, nos chrétiens tout fiers de leur victoire, célébraient leur fête au milieu d’un grand concours de peuple, avec toute la pompe et la solennité possible, remerciant la sainte Vierge de la protection qu’elle leur avait accordée.
« Maintenant pour vous faire connaître les travaux de nos chers confrères, si vous le permettez, je parcourrai avec vous les différents districts qui composent la mission.
« La Cathédrale,  2.000 chrétiens.  Cette paroisse qui a deux annexes, Dodimur et Méthoopalleam, est depuis un an confiée à M. Baldeyrou qui a baptisé 98 païens et 12 protestants. Un des moyens dont il use pour inculquer les vérités de notre sainte religion, c’est de les conduire à l’église le jour ou la veille du baptême, et là, commençant par les fonts baptismaux, il leur explique tout ce qui constitue le culte divin. L’explication des différents tableaux dont l’église est ornée, et surtout ceux du chemin de la croix, ne manquent pas de produire une impression profonde sur ces pauvres âmes. C’est ainsi qu’une jeune fille de vingt ans, en écoutant le récit des souffrances de Notre-Seigneur, pleurait en disant : « Voilà donc « ce que mes vanités et mes péchés ont coûté. » Pauvre victime de la corruption d’un monde païen, puisse-t-elle ne jamais perdre le souvenir des souffrances de notre divin Sauveur et Rédempteur, et finir une vie de péchés dans les larmes de la pénitence ! Ce qui nous manque c’est un refuge pour sauver ces victimes du péché et leur permettre de persévérer dans le chemin de la foi et de la vertu.
« Une autre jeune fille de quatorze ans environ, avait été amenée au couvent il y a près d’un an. Elle a eu dernièrement à subir un véritable assaut de la part de sa mère, femme de mauvaise vie, qui venait la réclamer sans doute pour la perdre également. Furieuse de voir que sa fille ne veut pas la suivre, elle se fâche, elle menace de faire venir la police et de l’entraîner de force. Tous les avis des religieuses ne parvenaient pas à calmer cette femme. Elle ressemblait à une tigresse à qui on aurait enlevé son petit. Mais enfin la chère enfant reste inébranlable, elle s’attache à la robe des religieuses et déclare nettement que jamais elle ne quittera le couvent. Qui pourra jamais sonder les abîmes de la divine miséricorde ? Cette mère, un instant auparavant si furieuse, s’avoue tout à coup vaincue par l’inébranlable fermeté de sa fille. A genoux, elle demande pardon pour tout ce qu’elle a dit et fait, et supplie humblement qu’on la reçoive au couvent pour partager le bonheur de son enfant. Puisse-t-elle persévérer dans ces bonnes dispositions et devenir une bonne chrétienne !
« Je craindrais de me répéter en vous parlant du bien que fait notre hôpital sous la direction des religieuses franciscaines-missionnaires de Marie : 116 baptêmes d’enfants in articulo mortis, 14 enfants de la crèche recueillis dans notre orphelinat vous prouvent assez que si nos ressources étaient plus grandes, un plus grand bien se ferait certainement. Il nous faudrait aussi un hospice pour recevoir et entretenir à leur sortie de l’hôpital ces pauvres malheureux, qui une fois rendus à la santé n’ont pas un abri pour se réfugier. S’ils étaient sûrs d’un gîte pour le lendemain avec un peu de riz pour prolonger de quelques jours une vie qui leur échappe, j’ose dire qu’un très grand nombre de ceux qui ont reçu la santé du corps à l’hôpital, viendraient aussi chercher la santé de l’âme dans les eaux du baptême.
« Carumattampatte.  675 chrétiens.  M. Lemarchand administre ce district depuis de longues années déjà. C’est là que chaque année les chrétiens du diocèse se réunissent pour fêter Notre-Dame du Saint-Rosaire. Chaque année, suivant l’ancien usage de mes prédécesseurs, je vais officier pontificalement à cette fête solennelle du Saint-Rosaire, et tous les Missionnaires qui peuvent sans grave inconvénient quitter leur district, viennent y assister.
« Malgré ce concours annuel de peuple, malgré les enseignements dont ils ont été témoins, les païens de cette localité ne témoignent pas le moindre désir de se convertir. M. Lemarchand réduit à son zèle et ses efforts inutiles, se dédommage de cette apathie des païens, en préparant des jeunes gens à l’office de catéchistes.
« Pallapaleam.  1,341 chrétiens.  M.Blanchard qui vient de quitter ce district pour prendre la direction de la ferme agricole, a eu 2,222 confessions. 2,500 communions cette année, ce qui prouve combien les chrétiens de ce district sont réguliers à s’approcher fréquemment des sacrements. En effet, chaque troisième dimanche du mois, Notre-Dame du Scapulaire a sa procession, et à cette occasion un bon nombre s’approchent des sacrements. Les religieuses indiennes y ont une école pour les filles qui sont au nombre de 26.
« Pamanoor.  390 chrétiens.  Ce district, séparé de Pallapaleam depuis quelques années, est sous la direction d’un prêtre indigène, le P. Marie Savery, dont la santé laisse beaucoup à désirer, il a pu donner sept baptêmes.
« Dharapooram.  675 chrétiens.  Ce district est un des plus anciens de la Mission, il est confié au P. Aroolnader. Là aussi, les conversions sont rares. Six baptêmes de païens, une conversion du protestantisme, voilà ce que ce Père a pu offrir au divin Maître. Il a ouvert une école pour les garcons et une pour les filles. Il a déjà 45 élèves. Les écoles, aujourd’hui, sont un des grands moyens pour instruire les enfants chrétiens, et propager parmi les enfants païens qui les fréquentent les principes du christianisme. Ils se montrent plus respectueux pour le missionnaire, ne craignent plus de l’approcher, ce qui lui permet à l’occasion de leur inculquer quelques vérités de notre sainte religion, et de leur donner quelques bons avis qui pourront porter leur fruit plus tard.
« Caroor.  950 chrétiens.  Le P. Marie Joseph dirige ce poste qui s’est accru dernièrement de deux petites chrétientés. Celles-ci dépendaient de la juridiction du prêtre goanais du Dindique. Grâces à Dieu, notre diocèse se trouve par là complètement délivré de cette double juridiction, si pernicieuse au bien des chrétiens là où elle est encore établie.
« Erode.  500 chrétiens.  Ce poste, dont M. Tour a pris charge depuis quelques mois, se trouve tout renouvelé par le zèle de ce cher confrère qui se dévoue sans mesure à la sanctification de ses chrétiens jusque-là si peu édifiants. Le succès a répondu à ses efforts. Déjà un bon nombre s‘approchent des sacrements. Je lui ai permis de donner la bénédiction du Saint-Sacrement une fois par mois, et les chrétiens tout heureux se font un plaisir et un devoir d’y assister pieusement. Il a formé une école où il a pu réunir plus de 30 enfants chrétiens, beaucoup de païens demandent à y venir. Aussi a-t-il bon espoir pour l’avenir.
« En effet, Erode qui se trouve être à la jonction de deux grandes lignes de chemin de fer, celles de Madras et Trichinopoly, est destiné à devenir un centre important. Puisse Dieu accorder à ce cher confrère une bonne santé pour conduire à bonne fin tous les projets que son zèle lui inspire !
Matore.  1,280 chrétiens.  M. Lefrançois, grâce à une santé forte et robuste, peut faire face aux difficultés particulières de ce district dépourvu de communications régulières. Il travaille de son mieux à ramener la paix dans les familles, car, comme je le disais dans le dernier compte-rendu, ce pays est troublé depuis plusieurs années par la révolte de deux chefs de caste. Sans s’occuper de ces divisions, il cherche à attirer les chrétiens à la fréquentation des sacrements, et j’ai l’espoir que peu à peu par ses efforts et sa patience ces divisions s’éteindront d’elles-mêmes. Il a eu 677 confessions pascales ce qui est déjà un bien grand résultat obtenu.
« Codivery.  1,330 chrétiens.  Cette année l’influenza s’est fait beaucoup sentir parmi les chrétiens, plusieurs sont morts. Après l’influenza, le choléra est survenu et a fait également plusieurs victimes. Aussi M. Pageault a eu beaucoup de travail pour porter les secours de son ministère à ses nombreux malades, il a eu en outre 1,277 confessions. Cette année j’y ai donné la confirmation à 137 personnes.
« Ce district, le centre de chrétientés nombreuses et florissantes dans le siècle dernier, est maintenant frappé d’une stérilité effrayante. Nulle part aucun mouvement vers le christianisme. Le grand nombre d’apostats de la fin du dernier siècle ne serait-il pas la cause d’une stérilité, n’aurait-il pas fermé pour longtemps peut-être l’ère des conversions ? Dieu seul le sait.
« Valipaléam.  750 chrétiens.  Ce poste, détaché depuis quelques années de celui de Codivery, est confié à M. Lefeuvre. Il y a à peu près 160 vannars ou blanchisseurs. Ces malheureux, depuis plusieurs années, s’étaient, malgré tous les efforts des Missionnaires, éloignés complètement de l’Église et de la pratique de la religion, car comme ils ne voulaient pas abandonner le service des pagodes, on ne pouvait les administrer. Quelques-uns semblent revenir à de meilleurs sentiments et promettre désormais de ne plus faire le service du diable. M. Lefeuvre, malgré son grand âge et ses infirmités qu’il supporte courageusement, s’occupe activement de les ramener à la pratique de notre sainte religion. Puisse le bon Dieu bénir ses efforts pour ramener ces pauvres égarés et en faire de nouveau des serviteurs de Jésus !
« Ootacamund .  3,516 chrétiens.  Un bon mouvement de conversions se fait sentir dans la population païenne de ce district, composée en grande partie de parias. Il y a eu 92 baptêmes de païens et trois conversions de protestants. « Après Dieu, m’écrit M.Biolley, ce « résultat est dû au zèle et à la charité de M.Guerpillon qui n’a reculé devant aucune peine, « aucun sacrifice pour gagner les âmes à Dieu. M.Lebonzec, qui l’a remplacé, a continué « le travail de son prédécesseur, il a pu en moins de cinq mois baptiser 25 païens… Nos « fêtes de Notre-Dame de Lourdes, de l’Assomption, rehaussées par la présence de Son « Excellence le Délégué Apostolique, produisent une bonne impression sur nos chrétiens et « relèvent aux yeux des païens et des protestants le prestige de l’Église catholique. »
Aussi par contre la propagande protestante est effrayante. Par leur argent et leurs écoles qu’ils multiplient partout et toujours, les ministres de toutes les sectes cherchent à corrompre nos chrétiens. Mais Notre-Dame de Lourdes veille, et celle qui a triomphé de toutes les hérésies n’abandonnera pas ses enfants. Notre école de garçons, malgré tout, a pu conserver son rang parmi les meilleures de l’endroit et le nombre de ses élèves. C’est pour faire face à cette propagande effrénée que M.Guerpillon, au mois de janvier dernier, me demandait de lui venir en aide. Il voulait ouvrir une école pour les pauvres enfants parias qui, trop éloignés du centre, ne pouvaient venir chaque jour à l’école Saint-Joseph. Je le fis bien volontiers et maintenant cette école réussit bien ; malgré les offres séduisantes des protestants, les enfants païens eux-mêmes préfèrent venir à la nôtre plutôt que d’aller à celle du ministre protestant. La localité où cette école a été construite, est éloignée de plus de trois kilomètres de l’église paroissiale. Elle est habitée par des pauvres parias serviteurs des Anglais. Il serait nécessaire d’y bâtir une église afin d’y pouvoir célébrer la sainte Messe, et peut-être même de former une seconde paroisse, car il est bien difficile pour ces pauvres gens de venir assister à la messe paroissiale le dimanche, tant à cause de leur travail que de la rigueur de la saison durant le temps de la mousson. Sitôt que le personnel et nos ressources le permettront, je tâcherai d’y remédier en formant une seconde paroisse.
« Wellington.  Dans ce district avec Kotagiri comme annexe, je suis heureux de constater un mouvement sensible de conversion. Cette année, M. Foubert, assisté par M. Robin, a eu 63 baptêmes de païens et 8 de protestants. Il a eu en outre 1,005 confessions de l’année avec 115 premières communions. Aussi M. Robin m’écrivait : « Comme c’était pour moi le « commencement de mon ministère apostolique, j’éprouvais bien des consolations à voir « chaque mois 7 ou 8 païens venir apprendre les prières pour se préparer au saint baptême. » Chaque jour, ce cher Père, accompagné de son catéchiste, parcourt les villages, cherchant à gagner des âmes à Jésus-Christ.
« C’est dans une de ces excursions qu’il rencontra un vieillard de quatre-vingts ans, ancien prêtre des idoles, qui touché de l’intérêt que lui portait le missionnaire, mû par la grâce de Dieu, se trouva tout disposé à consacrer au service de Dieu le reste d’une vie employée au service du démon. Sa famille très nombreuse donne à espérer qu’elle se convertira. Déjà deux de ses petits-fils ont suivi l‘exemple de leur grand-père. Seul le fils, rebelle à la voix du bon Dieu, recule devant l’abandon du culte des idoles. Il n’y a pas de doute, sa conversion entraînerait celle de toute la famille, et ne manquerait pas de produire une profonde impression sur les païens des environs.
« Coonor.  1,175 chrétiens.  M. Peyramalle est chargé de ce district, nous y avons fait cette année l’acquisition de 8 acres de terrain pour y bâtir la future école européenne, destinée à remplacer celle de Wellington. A ce propos je dois vous dire que j’ai adressé au gouvernement de Madras une demande de secours pour bâtir ladite école, et j’ai l’espoir qu’on nous viendra en aide. Le gouverneur de la Présidence à qui j’en ai parlé a paru favorable au projet et le chef secretary du gouvernement a formellement déclaré qu’il serait pour cette œuvre. Les autres membres du gouvernement que j’ai vus paraissent également assez bien disposés en notre faveur. Vu nos faibles ressources, l’entreprise semble bien au-dessus de nos forces, mais j’ai confiance que la divine Providence nous aidera à établir une œuvre destinée à faire un grand bien. Aussitôt que j’aurai la réponse du gouvernement nous nous mettrons à l’œuvre, car l’emplacement actuel à Wellington est loin d’être commode et même suffisant. Le cher M. Peyramalle dont la santé, depuis plusieurs années déjà, laisse beaucoup à désirer, vient d’ajouter deux nouvelles salles à la nouvelle école de filles, pour permettre aux religieuses de rester là. Il a pu baptiser 12 païens et 2 protestants.
« Gudalar Wynaad.  Au mois de septembre de l’année dernière, M. Gudin remplaçait le P.Baldeyrou. Ce cher confrère dont la santé, grâce à Dieu, se maintient bonne dans une contrée assez fièvreuse, malgré ses courses presque journalières pour visiter ces chrétientés éparses çà et là, dans les nombreuses plantations du Wynaad, a baptisé 51 païens, 8 protestants et entendu dans ces différents voyages 872 confessions. Là aussi les protestants par leurs écoles et leur argent font une propagande active, aidés qu’ils sont parfois par les supérintendants des plantations, ils cherchent à corrompre nos enfants chrétiens. Aussi M. Gudin a-t-il été obligé d’ouvrir une nouvelle école pour empêcher nos enfants d’aller à ces foyers de l’hérésie. Puisse le bon Dieu accorder à ce cher confrère une bonne santé pour travailler avec fruit à la propagation de la foi catholique, anéantir ou du moins stériliser les efforts des ministres de l’erreur !
« Palyhat.  1,240 chrétiens.  M.Sibuet a eu la consolation de donner 10 baptêmes de païens et 2 de protestants. Les protestants se trouvent partout sur nos pas, quoique leurs efforts soient frappés d’une stérilité visible, ils ne cherchent pas moins à entraver l’action des missionnaires partout où ils peuvent.
« Je ne puis m’empêcher de vous rapporter ici un fait qui démontre combien leur ministre après tout a peu de prises sur les païens. Un homme de la caste des toolers vivait dans le désordre avec une protestante à Shoranvor, village éloigné de près de 20 milles de Palyhaut. Ce païen, se trouvant dangereusement malade, manifesta le désir de se faire chrétien, aussitôt sa concubine de dire qu’elle va faire venir le ministre protestant, mais lui de se récrier et de déclarer nettement qu’il ne voulait pas du padri, c’est-à-dire du ministre, mais qu’il voulait aller se faire baptiser près du Sami, c’est-à-dire du prêtre catholique de Palghat. En vain on lui représente qu’il peut mourir en route, rien ne l’arrête et il arrive sur une misérable charrette à bœufs à Palghat, demandant instamment le baptême. Le P. Sibuet tout en admirant la miséricorde infinie du bon Dieu qui prend ses élus là où il veut, après avoir régularisé sa situation, l’avoir instruit le mieux qu’il put, vu l’état du pauvre malheureux, le baptisa et ce pauvre homme mourut bientôt après avoir été régénéré.
Atticadoo.  5,124 chrétiens.  M. Bachelard, assisté de M. Roy, administre ce district un des plus considérables et partant des plus difficiles de la mission. Les chrétiens adonnés à la culture des champs sont dispersés de tous côtés, obligés qu’ils sont de rester une bonne partie de l’année dans leurs champs épars çà et là pour garder leurs récoltes soit contre les animaux, soit contre les incursions des tribus de la montagne. De là une grande difficulté pour les réunir et les instruire ; beaucoup d’entre eux, trop éloignés de l’église paroissiale, ne peuvent entendre la sainte messe le dimanche. M. Bachelard a essayé de rétablir une petite école qui existait auparavant, afin d’instruire les enfants, les habituer à la pratique de la vie chrétienne en les faisant assister à la sainte messe et à la prière. Mais, hélas ! sitôt que la saison du travail arrive, tous ceux qui sont capables de travailler ou de garder au moins les bestiaux, servent leurs parents, et ce n’est qu’avec peine qu’on peut les avoir, même pour la première communion. De là aussi la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité, d’y fonder une bonne école. M. Bachelard a réparé en partie son église ainsi que son presbytère. Malgré tous ces travaux et les difficultés de l’administration, il a pu baptiser 19 païens. Les religieuses indigènes ont un couvent avec une école pour les filles qui compte 25 élèves.
« Sittoor.  1, 353 chrétiens.  Ce poste est confié au P. Louis. Ce bon Père indigène doué d’un grand zèle , d’une piété profonde, d’un tact peu commun, travaille de son mieux au milieu d’une population composée de trois différentes castes, vanniers, caicolers, vellalers. Ces derniers, entourés par les païens, sont trop attachés aux usages de la caste, pour pouvoir soutenir leur rang parmi les païens. De là bien souvent des difficultés graves qui demandent toute la patience et la prudence du prêtre pour ne pas dégénérer en révolte ouverte. La santé de ce bon Père est très précaire, deux fois, cette année, il a été obligé de quitter son district pour cause de maladie.
« Vadakantcherry.  834 chrétiens.  Ce district est composé en grande partie de vanniers et de quelques pauvres villages, il est dirigé par le P. Piare. Les protestants avaient depuis longtemps cherché à s’y établir, mais ils n’ont pas réussi ; il ne reste guère plus que le catéchiste et sa famille, qui est bien payé pour garder le poste. Si on voulait l’acheter il est prêt à se vendre, mais comme on ne peut se fier à de pareils individus dont le mauvais esprit est quelquefois dangereux, on le laisse jusqu’à ce qu’il vienne de lui-même, sans l’appât d’un gain qu’on ne peut lui assurer.
« Pollachy.  Le P. Eynaeinader, sans se décourager, reste au poste. Il a baptisé cette année 5 protestants. Mais les païens restent sourds à la voix du bon Dieu. C’est pour satisfaire son zèle que ce Père parle de se diriger sur les montagnes qui séparent le Coïmbatour du Travancore, et d’essayer si parmi les tribus des montagnes il trouvera plus de bonne volonté que dans celles des plaines qui, quoique censées plus civilisées, ne semblent pas encore mûres pour la vérité. La disette se fait sentir dans tous ces parages, les pluies de la mousson ont complètement manqué, ce qui signifie que ce sera peut-être un moyen de gagner quelques âmes. »



















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