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Rapport annuel des évêques

Année: 1890
Pays: Inde
Mission: Mayssour
Rédacteur:Mgr Baslé

II. – Mayssour.


Population catholique 31.000
Baptême de païens 499
Convesions d’hérétiques 36
Baptêmes d’enfants de païens 110


C’est M. Baslé, vicaire général du diocèse de Mayssour, qui, en l’absence de Mgr Kleiner retenu en Europe par la maladie, nous a envoyé le compte-rendu annuel de la mission.
« L’église de Mayssour, nous écrit notre confrère, a eu cette année à déplorer la perte de son premier pasteur. Certes le grand âge de Mgr Coadou et la maladie qui, durant plusieurs mois, l’étendit sur un lit de douleur, ne nous permettaient pas d’espérer le conserver longtemps parmi nous. Toutefois la nouvelle de sa mort répandit l’affliction dans tous les cœurs. Le diocèse perdait un pasteur dont le zèle incomparable ne s’est jamais démenti ; nous, missionnaires, nous pleurions le meilleur des pères.
« Mais la divine Providence ne nous a pas laissés orphelins. Mgr Kleiner, élu précédemment coadjuteur, fut sacré au séminare des Missions-Étrangères le 21 septembre 1890. Le zèle éclairé et la prudence consommée du nouveau prélat nous font bien augurer de l’avenir. Mais pour ne pas voguer à la dérive et sombrer au milieu des écueils qui nous environnent, il faut un pilote à bord. Puisse Sa Grandeur ne pas tarder longtemps à venir prendre en mains le gouvernail ! Ce sera pour notre mission, nous en avons la ferme espérance, le signal du progrès, de la marche en avant.
« Une excursion à travers ce vaste diocèse, un coup d’œil jeté en passant sur chaque district feront connaître à la fois nos œuvres, nos petits succès, les joies et les peines du missionnaire, ses espérances.
« Saint-François-Xavier. – Dans une belle position au nord-est de Bangalore, se dresse entre notre collège et notre séminaire indigène la tour de l’église Saint-François-Xavier. Ni cette tour massive ni cette église toujours trop petite malgré plusieurs agrandissements successifs, n’ont rien qui puisse flatter l’œil de l’artiste. Ce qu’il fait bon voir, ce qui réjouit le cœur du missionnaire, ce sont ces six mile chrétiens, européens et indigènes, de différentes langues et de toutes les castes, se pressant aux offices et ne laissant pas l’église désemplir. L’administration de cette paroisse laisse peu de loisirs à M. Janssoone, chapelain militaire, et au prêtre indigène, longtemps son unique vicaire, car ce n’est que depuis quelques mois que M. Yverneau a quitté Shimoga pour venir à Saint-François-Xavier. Ils ont pu cependant baptiser 64 infidèles ou hérétiques. Mgr Coadou avait depuis quelque temps fixé sa résidence et la procure près de l’église Saint-François-Xavier, avec l’intention d’y construire une cathédrale.
« Saint-Patrick. – C’est la cathédrale actuelle et la paroisse des Européens. Civils et militaires compris, ils sont au nombre de 850 catholiques. Sous l’habile et ferme direction de M. Quénard, premier chapelain militaire, les œuvres déjà fondées ont pris de l’accroissement, d’autres viennent d’éclore sous son inspiration, et déjà promettent de beaux fruits pour l’avenir. L’orphelinat compte 77 garçons descendants d’Européens, il est dans l’état le plus prospère.
« Sacré-Cœur. – Cette paroisse comprend les chrétiens indigènes qui habitent le quartier dit Shoolay. Il n’y a pas longtemps encore, Shoolay avait une triste réputation ; c’était le rendez-vous des malfaiteurs, la sentine de Bangalore.
« Il y avait alors peu de chrétiens, et les moins édifiants. Aujourd’hui, grâce au zèle de M. Combret, Shoolay est devenu une belle et bonne paroisse de plus de 2,000 âmes. La cathédrale Saint-Patrick sert d’église paroissiale aux indigènes de Shoolay, car l’église du Sacré-Cœur n’existe encore qu’en espérance. Plusieurs écoles gratuites ont été ouvertes aux enfants pauvres, et 78 personnes ont été régénérées dans les eaux du baptême.
Sainte-Marie de Blacpally. – Paroisse privilégiée, elle a toujours eu à sa tête des missionnaires d’élite. Le souvenir des Pères Aulagne et Beauclair est encore dans toutes les mémoires, c’est là que M. Dallet prêcha avant de l’imprimer, son Controversial Catechism ; là que Mgr Gasnier, évêque de Malacca, a déployé pendant huit années pour le plus grand bien des âmes, un zèle et une activité incomparables ; et c’est de là encore que Mgr Kleiner a été appelé à diriger le diocèse de Mysore. Mgr Kleiner, au spirituel, a transformé cette paroisse et doublé le chiffre des chrétiens, qui aujourd’hui sont plus de 4.000. Cette année le chiffre des baptêmes de païens et d’hérétiques s’est élevé à 132. L’église Sainte-Marie est la gloire de notre mission. Le nom de Mgr Kleiner, son architecte, vivra aussi longtemps que cette œuvre impérissable.
« Saint-Joseph’s Chapel. – Cette église est située non loin du fort, dans la ville indigène ou Pettah. Le bien s’y fait difficilement, et ce n’est qu’à force de zèle et de patience que M. Briand a pu administrer 45 baptêmes d’adultes et d’enfants idolâtres.
« Saint-Joseph’s Collège. – Dernièment un jeune Brahme, brillant sujet, qui a toute chance de passer ses examens avec succès, aborde M. Vissac, d’un air embarrassé : « Père, lui dit-il, « je le regrette beaucoup, mais je vais quitter le collège. – Tiens, pourquoi donc ? Ce n’est pas « à cause de la rétribution scolaire, puisqu’on ne vous demande rien ; qu’est-ce qu’il y a « donc ? – Oh ! rien, Père, mais on m’écrit de venir étudier dans un collège de Madras, on me « donnera 15 rupees par mois. » C’était concluant, le P. Vissac n’avait rien à répliquer et le jeune étudiant partit. Il y a dans Bangalore une vingtaine d’institutions ou collèges, eh bien ! à très peu d’exceptions près, c’est partout le même système de recrutement. Le collège du gouvernement distribue à lui seul environ 800 rupees par mois pour attirer ou conserver les meilleurs élèves.
« Malgré cela, 400 élèves suivent les cours du collège Saint-Joseph et chaque année de beaux succès dans les examens viennent couronner les travaux. Sept confrères se dévouent à l’œuvre de l’éducation. C’est d’abord M. Vissac qui paie l’honneur d’être principal en portant les plus lourdes charges ; après lui viennent MM. Blaise, Boyet, Tabard, Marcon junior, Baussonnie et Aucouturier. La communion fréquente a été établie parmi les jeunes catholiques qui étudient au collège.
« Bon Pasteur. – Ce couvent par ses œuvres multiples rend à la mission les plus grands services. Les religieuses élèvent les orphelines, donnent asile aux jeunes personnes qui ont eu le malheur de tomber, instruisent la jeunesse dans les écoles et soignent les malades dans les hôpitaux. Sous la direction de la Supérieure, les œuvres ne restent pas stationnaires. L’hôpital Sainte-Marthe terminé, elle vient de commencer la construction d’un pensionnat. Où donc la Révérende Mère Marie de la Visitation trouve-t-elle les ressources pour tant d’œuvres ? Nul ne saurait le dire ; mais chacun connaît et admire sa foi inébranlable et sa confiance absolue en la divine Providence. Le couvent de Mysore est dans un état non moins prospère que celui de Bangalore.
« Sœurs de Saint-Joseph de Tarbes. – Si les épreuves et les difficultés qu’éprouve une œuvre à ses débuts sont l’indice de sa prospérité future, les religieuses de Saint-Joseph de Tarbes auront une belle destinée, car les pauvres sœurs ont bu jusqu’à la lie le calice de toutes les amertumes. Elles viennent d’établir non loin du collège Saint-Joseph pour les petites filles européennes, une école primaire déjà bien fréquentée. A l’hôpital de Mysore elles ont les coudées à peu près franches ; à l’hôpital Bowring leur état est un peu moins précaire que par la passé
« Orphelinats de garçons. – Non loin de Bangalore à Silouveipoura et à Somanhally se trouvent nos fermes ou orphelinats de garçons. La direction en est confiée à MM. Sijean et Gouarin qui mettent tous leurs soins à inculquer aux enfants une piété solide et l’amour du travail. Cette qualité, hélas ! n’est pas innée chez l’Indien, et ce n’est pas sans de longs efforts que nos chers confrères arrivent à un résultat passable. A part quelques natures revêches , les enfants ont généralement bon esprit et fréquentent bien les sacrements.
« District de Kolar. – En sortant de Bangalore nous entrons à l’est dans le district de Kolar. Les mines d’or sont loin d’être épuisées ; le précieux métal abonde, et le nombre des travailleurs va toujours croissant. Une centaine d’Européens et 1,200 indigènes forment la population catholique des mines. A dire vrai, ce n’est pas l’élite, et M. Fraysse qui est chargé de ce district y rencontre certainement plus d’épines que de roses. Mais notre confrère est un vaillant qui jamais n’a reculé devant la peine. Sans église encore et mal logé dans une maison qui ne nous appartient pas, il va incontinent se mettre à l’œuvre pour l’érection d’une église et d’une habitation.
« Guacunta – A quinze lieues au-delà de Gold-mines, caché comme un nid dans la bruyère, se trouve Guacunta (le village aux oiseaux). Ici pas un païen, tous sont chrétiens et gens de haute caste . Le village, de formation assez récente, commence à prendre de l’importance. M. Grandin y construit une église qui contribuera beaucoup à attirer les familles. A Guacunta se rattache pour l’administration spirituelle la ville de Kobar où se trouvent quelques sepoys du Maharajah, et plusieurs petits villages sans chapelle ni résidence.
« Chikka-Bellapura. – Au nord-ouest de Kolar, M.Barré a fondé un village de nouveaux chrétiens auxquels il prêche, plus encore par l’exemple que par la parole, l’amour de Dieu et du travail. Il y a dans ce district trois stations d’anciens chrétiens, gens dura cervice, très difficiles à mener. M. Barré au cœur tendre comme une mère, mais fort comme le diamant, réussit à les maîtriser, et entre temps trouve moyen de baptiser bon nombre d’enfants païens.
« Shimoga. – Ce district le plus vaste de la mission, et aussi l’un des plus malsains, est actuellement desservi par MM.Gerbier et Servanton. La ville de Shimoga compte cinq cents chrétiens et possède une belle église gothique, œuvre de Mgr Kleiner. A cinq milles de Shimoga on rencontre le village d’Ossur, où nous avions établi une ferme qu’il a fallu abandonner à cause de la fièvre qui décimait nos pauvres orphelins. Restent encore quinze familles qui aiment mieux lutter contre le climat et la maladie que de déserter le poste. Les autres stations de ce district très distantes les unes des autres et très insalubres, en rendent difficile l’administration. Toutefois nos chers confrères n’ont pas reculé devant la tâche, et un beau chiffre de cinquante baptêmes est venu couronner leurs travaux.
« Closepett, Tumkur, Arear, Arsikéri. – Ces différents postes et d’autres encore, tous situés à peu de distance de la ligne du chemin de fer, sont desservis par M. Rautureau qui doit à la bienveillance de la compagnie du railway l’avantage très appréciable de voyager gratis. Notre confrère fait donc la visite de ses chrétientés à la vapeur, et prend ses quartiers à Arsikéri.
« Arsikéri est un nom tout nouveau dans les annales de notre mission. Il y a deux ans, on n’y aurait pas trouvé un seul chrétien et aujourd’hui on en compte plus de deux cents.
« Sattihally, Hassam, Chikmaglur. – Trois districts réunis sous la houlette de M. Bonnétraine assisté de M. Rouch et d’un prêtre indigène. C’est une belle chrétienté que celle de Sattihally, avec ses mille deux cents chrétiens, sa magnifique église, son couvent de religieuses indigènes, ses écoles, son hôpital. Pourquoi faut-il que l’esprit de discorde jette sans cesse le trouble et la division parmi les différentes castes. En ce moment les haines semblent apaisées ; puissent-elles ne pas se rallumer ! La maison des religieuses, insuffisante et malsaine, sera bientôt remplacée par une autre plus confortable
« Chikmaglur. – C’est un pays de plantations de café. On y chercherait vainement un centre considérable de chrétiens, mais on trouverait presque dans chaque plantation un petit nombre de familles catholiques. Parcourir en tous sens par d’affreux chemins ce district montagneux et insalubre, c’est là une tâche pénible, mais nécessaire. Le missionnaire ne recule pas, mais, hélas ! trop souvent il succombe.
« Mysore. – La capitale du royaume a complètement changé d’aspect dans ces dernières années. Les rues ont été élargies, de belles constructions décorent les places et les avenues, et l’eau est fournie avec abondance dans tous les quartiers de la ville. Que ne puis-je dire que des progrès semblables se sont accomplis au point de vue religieux ! Mais, hélas ! l’idolâtrie tient encore fortement au cœur des Canaras. Cependant, grâce au couvent du Bon-Pasteur, à l’hôpital tenu par les religieuses de Saint-Joseph de Tarbes, et au zèle de M. Laurent, soixante-quatre baptêmes d’infidèles ou d’hérétiques ont été administrés cette année. Le nombre des chrétiens s’élève maintenant à plus de mille quatre cents.
« Ganjam. – Dans une île du Cavéry, aux portes de Seringapatam, l’ancienne capitale de Haider-Ali et de son fils Tippoo, et non loin de Mysore, la capitale actuelle du Maharajah, au milieu d’une végétation vigoureuse apparaît Ganjam. Il y a là plusieurs centaines de chrétiens de caste. Les rizières qui font la richesse du pays sont aussi la cause d’épidémies fréquentes. Le missionnaire y gagne souvent la fièvre, mais les chrétiens sont si braves gens, si attachés et si soumis à leur prêtre, que celui-ci ne les quitte pas sans regret.
« Ce district très étendu comprend encore plusieurs stations importantes, savoir : Frenchroks, rendu célèbre par les Français alliés à Tippoo, Pallelli, Himsor, Dornelly, Silvecopulou et enfin Goodlur, petit village de deux cents habitants, tous chrétiens. M. Teissier a parcouru et administré pendant cinq années le district de Ganjam ; au mois de janvier dernier, il a été nommé à la procure où il a apporté son amabilité et sa joyeuse humeur. Un prêtre indigène lui succède à Ganjam.
« Mercara. – Cette ancienne capitale du Coorg est une jolie petite ville, coquettement assise sur le flanc des Ghattes. Son climat est relativement tempéré et salubre, mais les environs sont très fiévreux. A Mercara il y a 450 catholiques.
« Les autres centres chrétiens de ce district sont Frasepett à 20 milles est de Mercara, autrefois belle chrétienté, maintenant bien déchue de son ancienne prospérité, et Santikoppa à mi-route entre Frasepett et Mercara ; c’est un centre pour les chrétiens dispersés dans les plantations. Ils sont au nombre de 200 environ. M. Le Tohic fait dans ce district ses premières armes.
« Virajenderpett. – Une belle église gothique, œuvre du P. Guyon et une tour d’un imposant aspect bâtie plus récemment, honorent dans cette contrée notre sainte religion. A Virajenderpett la population catholique qui est d’environ 900 âmes est toute Conconi. C’est la pépinière de notre clergé indigène ; sur onze prêtres, sept sont sortis de Virajenderpett. A Amathy, non loin de Virajenderpett, il y a près de 600 chrétiens dispersés dans les plantations de café. Ce district est malheureusement très insalubre ; un prêtre indigène en est chargé. Les Coorgs sont encore tous dans le paganisme. Quand donc sonnera pour cette race belle et forte l’heure de la délivrance et du salut !
« Madagundhally. – District de près de 1,200 chrétiens, la plupart de haute caste, répandus dans un grand nombre de villages, la fièvre en rend l’administration difficile. Le prêtre indigène qui y réside a pu convertir quelques infidèles.
« Kannanapaly. – District semblable au précédent sous le rapport du climat ; sa population catholique qui s’élève à près de 1,000 âmes est presque tout entière de bonne caste. Malheureusement les conversions y sont rares parmi les païens. Ce poste est confié à un prêtre indigène.
« Harobally. – Toujours jeune malgré les années, portant sans fléchir ses 33 ans de mission, M. Rappart s’en va d’un pas léger à travers son vaste district d’Harabally et du Collégal. Son bagage n’est pas lourd : une galette de blé noir qu’il fourre dans sa poche et qu’il grignotte le long du chemin, voilà toutes ses provisions. Malgré l’insalubrité du pays, les fatigues et les privations, la maladie n’a pas prise sur cet homme de fer. Les chrétiens mieux instruits avancent dans la voie de la piété et s’approchent bien des sacrements.
« Wynaad. – Les mines d’or dont quelques compagnies avaient entrepris l’exploitation ne payant pas les frais, ont été presque toutes abandonnées. La vraie richesse du pays est dans le café. Plus de 2,000 chrétiens sont dispersés dans les plantations. Le Wynaad forme deux districts, celui de Witery et celui de Manantoddy, le premier administré par M. Marcon aîné, l’autre par un prêtre indigène. Mais ce prêtre ayant toujours été malade depuis six mois, toute la charge est tombée sur M. Marcon. Une grande amélioration se remarque parmi les chrétiens, mais il y a eu peu de baptêmes d’infidèles.
« Taï-paleam. – Village de nouveaux chrétiens, fondé par M. Bouquet à quelques milles de Bangalore, Taï-paleam est devenu le centre d’un petit district. Hélas ! notre confrère ne peut plus guider et soutenir ses nouveaux convertis. Mais il continue de prier pour eux, et il a la joie de les voir bons et solides chrétiens. C’est M. Jacquemin qui a pris sa succession. »




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