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Rapport annuel des évêques

Année: 1891
Pays: Inde
Mission: Coïmbatour
Rédacteur:Mgr Bardou

III. — Coïmbatour.

Population catholique 28.040
Baptêmes d’adultes 419
Conversions d’hérétiques 44
Baptêmes d’enfants de païens 368

Mgr Bardou écrit :
« En commençant le compte-rendu de cette année, je dois vous dire que, pour nous conformer aux sacrés canons, à l’issue de la retraite qui a eu lieu au mois d’août dernier, nous avons tenu le premier synode diocésain de Coïmbatour. Excepté ceux qui ne pouvaient absolument pas quitter leurs districts, tous les confrères et les prêtres indigènes y ont assisté. J’ai tout lieu de croire que les statuts diocésains préparés avec l’aide de quelques missionnaires, adoptés ensuite par tous les membres du synode, ne pourront que servir grandement à l’avancement spirituel des fidèles et à la conversion des païens, en favorisant une plus grande uniformité dans l’administration des chrétiens.
« Le mois dernier, je bénissais, à Conoor, la première pierre du nouvel établissement que nous destinons aux enfants européens. Le Gouvernement, sur le rapport du ministre de l’instruction publique, n’a pas cru devoir adopter le plan que j’avais présenté, au mois de septembre dernier, et pour l’exécution duquel je demandais 26,000 roupies. Il ne l’a pas trouvé assez grandiose. J’ai donc dû proposer un nouveau plan dont le devis se monte à 39,000 roupies, et pour lequel le Gouvernement nous alloue 12,500 roupies. C’est une dépense de 26,500 roupies que la mission doit paye ; mais nous ne pouvons pas reculer: le bien des âmes nous le défend. Confiant en la divine Providence, je suis décidé à faire tous les sacrifices possibles pour la prospérité de cette œuvre qui produira certainement d’heureux fruits de salut. Nous avons déjà 40 pensionnaires ; avec le nombre des élèves, les dépenses augmentent aussi. Pendant quelques années, il faudra beaucoup d’argent pour organiser convenablement et meubler cet établissement, sens pouvoir diminuer en rien les dépenses ordinaires de la mission qui grossissent chaque année.
« Savériaspaléam, desservi par le P. Guerpillon, est une des plus anciennes chrétientés du Coïmbatour. Sa petite chapelle n’était plus qu’une misérable masure et menaçait ruine. Le missionnaire, à son arrivée dans ce district, qui n’était autrefois qu’une annexe de Coïmbatour, sentit son zèle se révolter à la vue de la pauvreté de la maison du bon Dieu, et conçut l’idée bien arrêtée de doter sa chrétienté d’une église convenable, Il se mit à l’œuvre avec ardeur, et quêtant chaque semaine, de maison en maison, auprès de ses chrétiens dont la grande majorité sont pauvres, il réussit à recueillir une somme assez ronde, et vint alors me faire part de son projet . Je fus heureux d’encourager et seconder ses efforts. Grâce à son zèle industrieux et énergique il a pu, en six mois, bâtir un monument qui fait maintenant la joie de ces pauvres villageois. Le 28 août dernier, accompagné de 14 confrères qui avaient à cœur de féliciter le P. Guerpillon d’avoir, en si peu de temps, mené à bonne fin une pareille entreprise, je fis la bénédiction solennelle de l’édifice, devant un grand concours de peuple accouru des districts voisins. Quoique beaucoup de détails restent encore inachevés, on peut désormais faire avec honneur les offices de la Sainte Église dans le nouveau sanctuaire. Le P. Guerpillon est actuellement occupé à l’orner et à en faire une demeure plus convenable pour le Dieu de l’Eucharistie.
« Le P. Tour, de son côté, vient de jeter, à Pallapoleam, les fondements d’une chapelle, dans un village où il n’y a que quelques chrétiens englobés pour ainsi dire au milieu des païens. Ceux-ci ont été très contents de voir qu’une chapelle allait s’élever dans leur village, et ils ont même promis de nous venir en aide pour les constructions. Puisse le Dieu de miséricorde leur rendre en retour avec la lumière de la foi, la grâce du salut .
« Dans le district de Caroor, où se trouvent les deux petites chrétientés qui étaient autrefois sous la juridiction extraordinaire du Patriarche de Goa, et qui ont été définitivement cédées au diocèse de Coïmbatour par le dernier concordat, le P. Marie Joseph est occupé à bâtir deux chapelles, afin de pouvoir administrer plus facilement ces pauvres gens, qui n’avaient pas même un endroit où l’on pût célébrer décemment la sainte messe.
« L’orphelinat de Coïmbatour, me dit le P. Baldeyrou, devient, de jour en jour, l’instrument providentiel de nouvelles conversions de païens. Les enfants que nous avons recueillis, il y a dix ou douze ans, sont devenus grands et forment de nombreuses familles. Ils vont chercher, à de grandes distances, leurs parents païens, les instruisent et les amènent à demander le baptême. C’est ainsi que cette année nous avons eu le bonheur de baptiser quelques familles de haute caste. Le nombre total des baptêmes,à la paroisse, est de 103 sans compter 9 conversions de protestants. Qu’il est beau de voir les petits enfants de six à sept ans joindre leurs petites mains, demander à Dieu pardon de péchés qu’ils n’ont pas commis et se disposer gentiment à recevoir le baptême !
« A l’hôpital, les religieuse, ont baptisé 124 enfants et 13 adultes in articulo mortis . Chose digne de remarque, ce sont surtout des enfants brahmes qu’elles baptisent. Cette caste orgueilleuse, cas brahmes imposteurs, ces tyrans qui écrasent le peuple, saint François Xavier n’en put convertir qu’un , et il disait d’eux : A gente non sancta libera me , Domine . Dieu cependant ne les exclut pas tout à fait de ses miséricordes. Il en tire une quantité de petits élus qui vont au ciel prier pour la conversion de leur caste.
« A Ootz, le changement de missionnaire, nécessité par l’absence du P. Biolley qui, pendant près de six mois, a accompagné Son Excellence le Délégué apostolique, dans son voyage au nord de l’inde, a ralenti un peu le mouvement de conversions. Cependant 38 païens ont été régénérés dans l’eau sainte du baptême.
« Au Waynaad, le P. Gudin, au milieu de ses courses continuelles, a été assez heureux pour arracher 54 païens des mains du Grappin. Ce cher confrère a eu , cette année, une forte attaque de fièvre ; grâces à Dieu, il a pu se relever assez vite et reprendre ses courses ordinaires, cherchant à ramener au bercail les brebis égarées et à les protéger contre les protestants qui ne cessent de semer partout le schisme et l’hérésie.
« Dans ma tournée pastorale j’ai donné 171 confirmations ; j’ai été très satisfait et même édifié de tout ce que j’y ai vu. Ces pauvres gens perdus dans les jungles, répandus çà et là dans les plantations, étaient heureux de voir leur évêque, et je me suis bien promis de retourner plus tard chez eux .
« A Wellington, le P. Foubert n’a pas vu toutes ses espérances réalisées ; cependant il a administré 79 baptêmes. Il est, en ce moment, chargé de la nouvelle construction de Conoor et le P. Robin l’assiste de son mieux, auprès des indigènes et des soldats européens de la station.
« Cette année a encore été pour la Résidence une année de grande misère, faute de pluie. Les cultivateurs, éprouvés déjà par les mauvaises récoltes des trois dernières années, se trouvent complètement dépourvus de tout secours et le prix des grains augmente de jour en jour.
« Le P. Blanchard m’écrit de la ferme agricole : « Pas de pluie, tout est fini. Le samci, le « ragi et autres grains semés, il y a trois mois, sont complètement perdus, et, le manque de « pluie continuant, l’année prochaine s’annonce sous les plus fâcheux auspices ; lors même « que les pluies viendraient ; on ne pourrait plus semer le ragi qui est le fond de la nourriture « des campagnes. »
« La famine d’un côté, le choléra de l’autre : tels sont les deux fléaux qui parcourent l’Inde, châtiant ces peuples si sourds encore à la voix de la divine Miséricorde. Si cependant nous pouvions venir en aide à ces pauvres gens, il y aurait espoir d’en convertir un bon nombre ; malheureusement nos ressources sont entièrement absorbées par les œuvres de la mission .
« Pendant plusieurs mois, le choléra a sévi avec une grande rigueur, à Atticodoo, où se trouvent les PP. Bachelard et Roy. Un jour, le P. Roy allant administrer un cholérique fut appelé dans une famille païenne. La mère était morte la veille, le mari et un jeune enfant se mouraient. Il n’eut rien de plus pressé que de baptiser le petit moribond, qui ne tarda pas en effet à rendre le dernier soupir. En outre il donna un remède au père mourant, l’instruisit et le voyant disposé à recevoir, le baptême fit couler l’eau sainte sur son front, pensant bien qu’il ne tarderait pas à aller rejoindre son cher petit ange. Mais Dieu en lui donnant la vie de l’âme lui rendit aussi la santé du corps, et, le dimanche suivant, son frère venait remercier le P. Roy et lui dire qu’il allait lui envoyer toute sa famille composée de 15 membres. Les PP. Bachelard et Roy ont baptisé 33 païens.
« Je ne puis terminer ce rapide coup-d’oeil sur les travaux de nos confrères, sans payer ici un dernier tribut de regret et de vénération à notre cher et bien-aimé P. de Gélis, mon vicaire général. Ma lettre de mai dernier vous a déjà donné les quelques détails que nous avons pu recueillir sur sa mort aussi tragique qu’imprévue. Sa disparition si soudaine a laissé un grand vide parmi nous ; j’ai perdu en lui un ami fidèle, un conseiller sage et prudent, et tous nous restons privés d’un confrère dont la vie s’est écoulée tout entière dans la pratique des vertus apostoliques. »



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