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Rapport annuel des évêques

Année: 1892
Pays: Inde
Mission: Coïmbatour
Rédacteur:Mgr BARDOU

III. — Coïmbatour.

Population catholique 31.307
Baptêmes d’adultes 486
Conversions d’hérétiques 43
Baptêmes d’enfants de païens 506
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LETTRE DE MGR BARDOU, ÉVÊQUE DE COIMBATORE, A MM. LES
DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.


Coimbatore, le 1er novembre 1892.

« Messieurs et très chers Directeurs,
« Malgré les difficultés de tout genre qui s’opposent au zèle de nos chers confrères, nous avons pu cette année, offrir au bon Dieu 486 nouveaux païens convertis, 43 hérétiques ramenés à l’Église, et 506 enfants païens baptisés in articulo mortis.
« Depuis dix ans la population chrétienne s’est accrue de plus de 7,000 âmes. C’est peu sans doute ; mais cette augmentation, si légère qu’elle soit, prouve que la bonne semence fructifie. Aussi l’ennemi de tout bien semble-t-il vouloir tenter un dernier effort pour arrêter nos progrès.
« L’évêque anglican vient d’adresser une circulaire à tous ses ministres pour les exhorter à travailler d’une manière spéciale à l’extension des missions indigènes.
« Jusqu’à présent, ils se contentaient de jouir en paix de leurs gros appointements, ne s’occupant que des employés du Gouvernement qui d’ailleurs ne leur donnent pas beaucoup d’ouvrage.
« Maintenant, c’est à nos catholiques qu’ils s’attaquent de préférence, car ces apôtres du mensonge trouvent plus facile de « pervertir » que de « convertir ». Il faut voir avec quel entrain ils se consacrent à cette mauvaise besogne, promettant de l’argent et des places à quiconque veut les entendre. Grâces à Dieu, le succès ne couronne pas toujours leurs efforts.
« Dans le district de Wellington, le P. Foubert a réussi à leur enlever un certain nombre de leurs plus anciens adeptes, parmi les Badagas, peuplade des montagnes. Depuis deux ans, ce cher Père cherchait à implanter la foi parmi eux ; les pourparlers ont duré longtemps, mais ils ont heureusement abouti, et déjà plusieurs familles ont reçu le baptême. Je viens de leur construire une chapelle-école que le Père Robin, assisté du Père Terrat, a bénite solennellement, à la grande joie des nouveaux chrétiens et en présence de tous les chefs païens des hameaux environnants. Le principal d’entre eux avait donné 100 roupies pour cette construction, et, le jour de la bénédiction, étant à son grand regret obligé d’aller à la Cour d’Ootacamund, il envoya son fils porter des excuses au P. Robin , et le remplacer à la cérémonie. Après la bénédiction qui semble avoir produit sur ces pauvres gens le meilleur effet, tous, chrétiens et païens, ont pris part à une sorte d’agape fraternelle consistant en cigares, sucre, bétel, etc.
« Chose étonnante ! Les païens ne paraissent pas s’opposer le moins du monde aux conversions. Deux familles, ayant promis de recevoir le baptême, tardaient à tenir leur promesse : les païens eux-mêmes la leur rappelèrent.
« Ces pauvres gens, excessivement superstitieux, sont pour ainsi dire à la merci des « Corombers », magiciens et sorciers, la terreur du pays. L’un deux se présente-t-il dans un village, on s’empresse aussitôt de lui offrir tout ce qu’il désire, tant est grande la crainte qu’il inspire.
« Que la lumière de la Foi éclaire les esprits et mette à la place de cette crainte servile l’amour du Bon Dieu.
« A Ootacamund, le P. Biolley a ramené au giron de la sainte Église, M. Rees, ex-secrétaire du gouvernement de Madras et actuellement collector des Nilghiris. Ce parfait gentleman, qui passe à juste titre pour un des plus brillants écrivains de l’Inde, a fait publiquement sa première communion, à la grande édification de tout le monde, et depuis s’est approché plusieurs fois des sacrements avec sa femme, fille de sir Dormer, commandant en chef des troupes de la présidence de Madras.
« 83 baptêmes d’adultes ont compensé largement la peine que nos confrères se sont donnée pour étendre le royaume de Dieu au milieu de difficultés sans nombre dans le district d’Ootacamund.
« Dernièrement les « Church-Sisters », religieuses protestantes, y ont fait leur apparition. Elles ont été acclamées par leurs coréligionnaires et toutes les bourses se sont ouvertes pour elles. Leur dessein est d’attirer dans leurs écoles et leurs orphelinats les enfants catholiques.
« Pour cela elles les reçoivent gratuitement et donnent même de fortes sommes aux parents. Voulant contrebalancer cette funeste influence, le P. Biolley a ouvert une école mixte de jeunes enfants East-Indians, trop exposés par leur pauvreté à se laisser entraîner. Elle compte actuellement 45 élèves.
« Les ministres établissent des écoles partout, à tous les coins de rue, et de grandes dames anglaises, pour seconder leurs pernicieuses entreprises, vont de maison en maison demander des secours. Si Deus pro nobis quis contra nos ? Si nous sommes dépourvus des puissants moyens dont disposent nos ennemis, nous avons pour nous la grâce du Bon Dieu, ce qui vaut beaucoup mieux.
« Au Wynad le P. Gudin, à l’exemple du Bon Pasteur, est toujours à la recherche des âmes. Il doit, sur tous les points de son vaste district, repousser les attaques de la propagande protestante qui établit des écoles jusque dans les plus petits hameaux. Les fatigues de ces luttes incessantes et l’insalubrité du climat lui ont valu, cette année, une double visite de la fièvre qui l’a contraint de venir à Wellington refaire sa santé et acquérir de nouvelles forces pour voler à de nouveaux combats et à de nouvelles victoires. Il a enregistré 106 baptêmes de païens, ce qui est certainement un beau résultat, si l’on considère les difficultés qu’il a dû surmonter.
« Au mois de juillet, nous prenions possession de la nouvelle école de Koonoor dont je vous ai parlé dans mon dernier compte-rendu. 86 élèves, dont 46 internes, la fréquentent actuellement. Le mois prochain, nous allons livrer cette école aux Frères Irlandais de Saint-Patrick, qui ont déjà à Madras une institution analogue. Ils sont attendus ici pour les premiers jours de novembre, et ils feront de cette école une des meilleures institutions de la Montagne. Déjà la belle apparence du bâtiment et sa situation unique, à Koonoor, excitent la jalousie des Protestants. Ils ne peuvent concevoir qu’on les ait devancés sur cette colline qui domine Koonoor et dont l’aspect est vraiment enchanteur. Mais nous y sommes, et avec la grâce de Dieu nous y resterons.
« Laissez-moi payer mon tribut de reconnaissance à M. Laurent Reilly, excellent catholique irlandais, qui a su réaliser une assez belle fortune par ses plantations de café. Il a cédé à la mission un bungalow évalué à 12,000 roupies pour nous aider à supporter les frais d’entretien de la nouvelle école. Afin de remercier le généreux bienfaiteur j’ai cru devoir demander au Souverain Pontife par l’entremise de Son Excellence Mgr Ajuti, de lui accorder le titre de chevalier de Saint-Grégoire.
Le Saint-Père ayant daigné accueillir ma requête, j’ai remis solennellement les insignes de l’Ordre au nouveau dignitaire, en présence de plusieurs missionnaires. N’est-ce pas là un précieux témoignage du bienveillant intérêt que l’immortel Pontife Léon XIII porte aux missions de l’Inde, et en particulier à celle de Coïmbatore, fière de posséder un chevalier de Saint-Grégoire le Grand ?
« A Coïmbatore, nous avons pu, malgré l’opposition systérnatique des Protestants, élever notre école indigène au rang de collège de 2e classe, ce qui nous permettra d’offrir à nos enfants tous les avantages de l’éducation supérieure.
« Le pensionnat où nous comptons actuellement 60 internes, est devenu insuffisant ; il faudra l’agrandir, ainsi que l’école. Dans quelques mois, ce sera un fait accompli. Nous pourrons ainsi tenir tête à nos adversaires avec avantage.
« Mais toutes ces écoles pèsent lourdement sur les fonds de la Mission. On a dû en ouvrir une nouvelle pour les enfants parias, dans un quartier de la ville où cinq écoles protestantes se disputaient nos enfants catholiques et cherchaient à les gagner par l’appât de l’argent.
« Cette école qui n’a à peine que deux mois d’existence, compte déjà 64 enfants et leur nombre augmente de jour en jour.
« Les païens eux-mêmes désertent les Protestants pour venir chez nous. Aussi nos adversaires étaient-ils obligés dernièrement d’aller de maison en maison chercher eux-mêmes les enfants et les conduire à leurs écoles ; mais grâces à Dieu, ç’a été en vain : leur proie leur a échappé. Tous ces établissements occasionnent des dépenses bien considérables, mais absolument nécessaires sous peine de voir nos chers enfants puiser, dans les sources de l’hérésie, le poison qui tue l’âme en étouffant la foi.
« Toujours sur la brèche pour combattre les Protestants, nous serions heureux d’avoir au moins la paix avec les païens. Malheureusement il n’en est pas toujours ainsi ; car ils suscitent souvent de grandes misères à nos chrétiens.
« Dans mon dernier compte-rendu, je vous parlais des belles espérances dont se berçait le P. Tour, qui jetait alors les fondements d’une nouvelle chapelle. Hélas ! elles n’ont pas été de bien longue durée ! Le démon jaloux a semé la zizanie dans le champ, et, depuis plus de dix mois, les païens se sont tous réunis pour faire la guerre aux chrétiens de Pallapalayam, résidence du P. Tour. Inutile de vous dire combien cet état de choses a été pénible pour les chrétiens. Plusieurs fois pendant la nuit, ils ont vu leurs jardins pillés, sans qu’il leur ait été possible d’obtenir justice, l’évidence du crime n’ayant pu être démontrée. — Il y a environ deux mois, une pauvre chrétienne a été cruellement frappée, mais cette fois les coupables ont été punis de la prison. Cette condamnation n’a fait qu’exciter la haine des païens, qui ont interdit à tous et à chacun d’avoir aucune relation avec les chrétiens.—Enfin, tout dernièrement encore ils se sont jetés sur deux enfants chrétiens qui veillaient pendant la nuit à la garde de leurs troupeaux et leur ont arraché leurs bijoux après les avoir grièvement blessés.
L’affaire est actuellement entre les mains de la police, et il y a tout lieu d’espérer que les coupables, contre lesquels on a pu procéder, seront punis.
« Aussi les païens, craignant de recevoir enfin le châtiment que mérite depuis longtemps leur indigne conduite, commencent-ils à se rapprocher du P. Tour. Ils ont expulsé les auteurs de cette attaque nocturne, et montrent le désir de vivre en paix avec nous, comme par le passé ; mais la crainte de la justice seule pourra mettre un frein à leur haine du christianisme. Pauvres aveugles ! pourquoi poursuivent-ils ainsi de leur haine ceux qui ne cherchent qu’à leur faire du bien ?
« Daigne le bon Dieu, en considération de ce qu’ont eu à souffrir les chrétiens, abaisser sur ces pauvres païens, depuis si longtemps rebelles à la grâce, les regards de son infinie miséricorde et ouvrir enfin leurs yeux à la lumière de la vraie Foi !
« Recevez...

« † JOSEPH- LOUIS,
« Év. de Coïmbatore. »



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