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Rapport annuel des évêques

Année: 1892
Pays: Inde
Mission: Mayssour
Rédacteur:Mgr KLEINER

II. — Mayssour.

Population catholique 34.642
Baptêmes d’adultes 604
Conversions d’hérétiques 73
Baptêmes d’enfants de païens 191
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LETTRE DE MGR KLEINER, ÉVÊQUE DE MYSORE, A MM. LES
DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.


Bangalore, 19 septembre 1892.

« Messieurs,
« Nous n’avons aucun événement particulier bien considérable à signaler cette année.
« Le présent compte-rendu prouve que, grâce à la divine Providence, non seulement le terrain acquis a été conservé, mais que nos conquêtes se sont étendues dans toutes les directions. Les chiffres des confessions et communions, des conversions de païens et d’hérétiques, des baptêmes in articulo rnortis, de nos écoles de garçons et de filles se sont élevés. Ils attestent le zèle et l’activité de nos chers confrères, car ils n’avaient pas été atteints depuis plus de dix ans. Ils ne disent cependant pas tous les travaux accomplis. En effet, il en est qui ne peuvent être représentés par des nombres, et qui exigent parfois plus de dévouement et d’efforts persévérants que les labeurs ordinaires de l’ouvrier apostolique. Plusieurs missionnaires ont eu beaucoup à souffrir à cause de la dispersion des chrétiens, et de l’établissement de nouveaux postes, dans des districts déjà trop vastes ; à cause aussi de la disette, de la famine même, en certains endroits, et du choléra, qui ont augmenté tour à tour leur sollicitude et leurs fatigues ; à cause enfin du surcroît d’efforts qu’il a fallu faire dans nos établissements d’éducation, par suite de l’insuffisance du personnel et de la complication des programmes imposés par le gouvernement.
« La plupart des confrères sont forcément obligés de donner tous leurs soins et presque tout leur temps à l’administration des chrétiens : les uns sont spécialement chargés des Européens et les autres des indigènes.
« M. Tabard, mis récemment à la tête de la cathédrale et paroisse européenne de Saint-Patrick, s’occupe aussi des soldats de la garnison. Il m’écrit : « Ces soldats n’appartiennent « pas à la meilleure société d’Angleterre et d’Irlande. Ils sont pour la plupart peu instruits et « sans éducation religieuse. J’en ai rencontré un bon nombre qui ne connaissaient de Dieu que « le nom, et encore c’était pour le blasphémer. Au fond, ils sont bons et capables de devenir « des chrétiens exemplaires. Ainsi la Société de la « Ligue de la croix » augmente chaque jour « et, parmi ses 100 membres, je compte quelques communions hebdomadaires, plus de 50 « mensuelles, et tous reçoivent leur Dieu au moins quatre fois par an. Une fois convertis, ces « soldats se font apôtres auprès de leurs camarades.
« Dans la paroisse proprement dite, le chiffre des catholiques s’élève à 1,500.
« Je donne à l’orphelinat de Saint-Patrick le premier rang parmi mes œuvres de paroisse : « Notre-Seigneur n’a-t-il pas dit que les derniers seront les premiers ? Le nombre des « orphelins internes a varié entre 80 et 90 et celui des externes est de 15. La santé de tout ce « petit monde a été bonne. Un cas de choléra cependant m’a donné bien des inquiétudes à « cause de l’insuffisance du local dans l’orphelinat ; mais, grâce à Dieu, bien qu’il ait eu un « dénouement fatal, il est resté isolé, et, quand le fléau sévissait à Bangalore, saint Patrick a « protégé ses petits orphelins. On se demande sans doute comment je suis parvenu à entretenir « ces enfants, surtout dans une année de famine. Cela n’a pas été facile, mais le pain de « chaque jour n’a jamais manqué, grâce aux âmes charitables qui se sont souvenues de nous. « Le P. Mascarenhas chargé du spirituel de l’orphelinat y a établi l’Apostolat de la prière qui « produit d’excellents résultats. Plusieurs enfants s’approchent des sacrements chaque « semaine.
« L’association du Rosaire vivant compte au moins un représentant dans chaque famille, et « elle est l’une de mes principales consolations. Nous y avons joint la communion réparatrice. « La Société de Saint-Joseph fait beaucoup de bien parmi les pauvres East Indians. Chaque « dimanche, ils reçoivent un ticket, constatant qu’ils ont entendu la sainte messe, leur « permettant d’assister à la réunion qui se tient chaque mardi sous la présidence du P. « Mascarenhas, et leur donnant droit aux distributions d’habits et de bons de pain qui s’y font « après une instruction aussi familière que possible.
« Je crois devoir relater une grâce particulière obtenue par l’intercession de saint Antoine. « Un enfant était né avec des paupières collées l’une à l’autre, de sorte qu’il était « complètement aveugle. Un docteur consulté avait déclaré le mal incurable, et les parents « protestants, voyant qu’il n’y avait rien à faire, avaient fini par en prendre leur parti. Ils « confièrent cependant leur peine à une voisine catholique. « Oh ! oh ! dit celle-ci, je connaîs « un médecin qui pourrait faire quelque chose dans un cas même incurable. Priez saint « Antoine, et il vous obtiendra la guérison de votre enfant.» Ces bonnes gens suivirent le « conseil et le lendemain matin les yeux de l’enfant étaient ouverts. La famille demanda à se « faire catholique, et depuis lors elle édifie la Société de Saint-Joseph. Gloire et « reconnaissance au bon saint Antoine !
« Un certain nombre de nos confrères se dévouent avec un zèle et une persévérance au-dessus de tout éloge à l’œuvre capitale de la formation de la jeunesse tant européenne qu’indigène. Négliger cette œuvre serait exposer les jeunes garçons à tous les périls d’une éducation athée ou sectaire et livrer la mission à des adversaires nombreux, déterminés et armés de toutes pièces. De plus, ne pas avancer en cette voie, c’est reculer, à cause de la déconsidération dans laquelle on tombe auprès des païens et des protestants. L’éducation des jeunes filles est aussi importante. De ce côté, nos deux maisons religieuses du Bon Pasteur et de Saint-Joseph, indépendamment du bien considérable produit par leurs œuvres de charité dans les hôpitaux, les refuges, crèches, etc., nous rendent d’immenses services.
« Les missionnaires qui s’occupent des Indigènes, rencontrent deux obstacles principaux à la conversion des païens : 1º la concurrence des protestants, et 2º l’indifférence ou les préjugés des infidèles. Néanmoins, leur ministère, grâce à Dieu, n’est pas sans consolations.
« M. Vallet m’écrit de Mysore : « Nous avons eu peu de conversions, et j’ai lieu de « craindre plusieurs défections : l’argent des protestants fait beaucoup de mal. Pour les « adultes, je me consolerais encore en me disant que ce sont les mauvais qui nous quittent. « Mais combien d’enfants suivent les protestants ! Le mois dernier, c’était une petite fille que « l’on envoyait à Bangalore, et un petit garçon, son frère, que l’on expédiait à Tumkur. Nous « avions bien pris ces enfants à l’orphelinat, mais les protestants ont offert une pension de « trois roupies par mois aux parents, et tout a été perdu. Plusieurs autres faits de ce genre se « sont passés cette année-ci. Pour garder nos enfants, il nous faudrait plus d’écoles, « d’orphelinats, d’hôpitaux libres et bien établis. Alors seulement nous pourrions résister à « l’envahissement de nos adversaires. »
« Chickballapoura est un district presque tout télégou, confié au P. Gerbier qui nous écrit : « A Chickballapoura les chrétiens semblent avoir secoué l’apathie habituelle aux Indiens. Les « mois de Marie et du Sacré-Cœur de Jésus ont attiré chaque jour à l’église un nombre « considérable de fidèles ; j’ai établi l’Apostolat de la prière et la confrérie du Sacré-Cœur , et « un certain nombre de chrétiens se sont inscrits. Les enfants assistent régulièrement au « catéchisme.
« Les chrétiens de Soucépaléam, qui sont tous néophytes, surpassent les autres par leur « ferveur et leur exactitude à remplir leurs devoirs religieux. Je ne puis taire la consolation « que j’ai éprouvée pendant mon séjour au milieu d’eux. Chaque matin, hommes, femmes et « enfants entendaient la sainte messe, après laquelle chacun allait à son travail. Le soir, au son « de la cloche, ils revenaient à la chapelle pour dire en commun le chapelet et la prière du soir, « qu’ils terminaient par un ou deux cantiques chantés par tout le monde. C’est dans ce village « que j’ai eu le bonheur de baptiser, mercredi dernier, 12 catéchumènes : j’ai lieu d’espérer « qu’ils seront dignes de leurs aîés. Le jour de leur régénération spirituelle a été une fête pour « les habitants du village, qui se sont disputé l’honneur de tenir leurs nouveaux frères sur les « fonts baptismaux. Le démon n’était pas content. Il essaya d’obséder plusieurs des nouveaux « convertis. Ceux-ci perdaient l’usage des sens et frappaient la terre de la tête avec une « violence extrême. Pendant que j’étais à Soucépaléam, on vint me chercher, le soir, en disant « qu’un malheureux catéchumène était dans ce triste état. Je me rendis dans sa chaumière, et « manifestai mon étonnement de le trouver tranquillement assis, avec le plein usage de ses « sens. « Oh ! Père, me répondit-on, il a été réellement saisi par le diable, et il commençait à « frapper la terre de sa tête, mais aussitôt que le courrier est parti pour aller vous chercher, le « malin esprit l’a quitté et laissé en repos. » Maintenant qu’il est devenu enfant de Dieu, « j’espère que l’ennemi du genre humain n’aura plus l’audace de le tourmenter. »
« A Manchanahally il n’y a point de chapelle. J’ai été obligé de faire l’administration, « comme j’ai pu, dans un petit réduit que m’avait cédé provisoirement une bonne veuve « chrétienne. J’ai profité du moment de ma visite pour préparer la construction d’un oratoire.
« Les chrétiens de Kadacinahally, dont les uns sont Bandjigas et les autres Oddas, se « montrent animés d’une foi vive et d’un grand attachement pour le prêtre.
« La chrétienté de Goocunta a été bien éprouvée l’année dernière par la disette. Ce qui lui « manque surtout, c’est une nouvelle chapelle ; car celle qu’elle possède est beaucoup trop « petite et menace ruine de tous côtés.
« Permettez-moi encore de dire un mot d’une bonne veuve chrétienne, sage-femme de « profession, qui ne néglige rien pour baptiser les enfants de païens en danger de mort. « Lorsque je me trouve à Chickballapoura, elle vient presque chaque semaine me faire inscrire « les noms des enfants ainsi baptisés. Exempte de cet esprit mercenaire et vaniteux qui « caractérise la plupart des Indiens, elle refuse toute rétribution, ajoutant : « Pourquoi me « payer, Père ? je n’ai besoin de rien. » Si je lui dis que les âmes des enfants, auxquels elle a « ouvert la porte du ciel, viendront au-devant d’elle à l’heure de sa mort, elle réplique avec « une humilité touchante : « Oh ! Père, ne parlez pas ainsi, je ne suis qu’une pécheresse ; j’ai « commis trop de péchés pour mériter ce bonheur. »
« Ce district de Chikballapoura, qui, en 1885, n’avait que 600 chrétiens, en compte maintenant plus de 3,000. Cette augmentation provient surtout de l’exploitation des mines d’or de Colar. Ces mines abandonnées depuis longtemps ont été reprises, il y a une quinzaine d’années, par des compagnies anglaises, et attirent une foule d’étrangers. En ce moment, ce pays, autrefois inculte et inhabité, a une population d’environ 15,000 habitants européens, east-indians, indigènes de tout pays et de toutes races. On y compte plus de 2,000 catholiques, parmi lesquels un bon nombre de mineurs Italiens. L’administration en est d’autant plus difficile que les habitants sont dispersés sur un espace très vaste, et que les chrétiens ne sont pas de premier choix, comme c’est l’ordinaire dans ces agglomérations d’hommes réunis par l’appât de l’or. Mais grâce au dévouement du missionnaire la situation s’est améliorée. M. Fraysse m’écrit : « Le prêtre résidant parmi les mineurs a pu constater ce qu’étaient ces « chercheurs d’or venus des quatre coins du monde, de langage et d’usages différents et de « mœurs libres. Il s’est rendu compte de l’état déplorable où se trouvaient un très grand « nombre de chrétiens, état que l’on pouvait soupçonner peut-être, mais dont on ne voyait pas « assez la misère profonde. Il fallait trouver le moyen d’y remédier. Pour cela, l’important « était d’avoir une habitation et une église. Grâce à Dieu, à la bonne volonté de certaines « compagnies, au concours des chrétiens et à l’appoint de la mission, nous avons obtenu un « beau terrain, situé en un endroit assez central ; une église très convenable a été bâtie ; le « prêtre y a sa demeure, et les écoles reçoivent déjà près de 80 élèves. C’est un petit « commencement.— Cette année le choléra a fait, ici, des ravages effrayants. Nous avons « perdu 85 chrétiens, dont quelques-uns n’ont pu recevoir les sacrements, tant l’attaque a été « foudroyante. La plupart des païens, lorsqu’ils se voyaient atteints, demandaient le prêtre « catholique. Impossible de se rendre aux désirs de tous ; mais c’était une joie de voir qu’au « moment de cette grande affliction, ils avaient recours au ministre du vrai Dieu. Des « protestants, voire même des Turcs, réclamaient la dernière bénédiction du prêtre. 37 païens « et 5 protestants ont été baptisés. Les confessions annuelles ont atteint le chiffre de 800, et les « communions de dévotion celui de 1,096. »
« Voilà, Messieurs, un aperçu de nos travaux, et quelques-uns des résultats obtenus au Mayssour. Gloire au Sacré-Cœur de Jésus qui soutient et console ses serviteurs !
« Recevez …

« † E. LOUIS,
« Évêque de Mysore. »


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