| Année: |
1893 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Mayssour |
| Rédacteur: | Mgr LOUIS |
II. — Mayssour.
Population catholique 35.560
Baptêmes d’adultes 437
Baptêmes d’enfants de païens 194
Conversions d’hérétiques 84
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LETTRE DE MGR KLEINER, ÉVÊQUE DE MYSORE,
A MM. LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.
Bangalore, 27 septembre 1893.
« Messieurs et vénérés Directeurs,
« J’ai l’honneur de vous présenter le compte-rendu annuel de nos travaux. La récolte, si pauvre qu’elle soit, nous a coûté bien des sueurs et bien des fatigues. Comme les années précédentes, mes confrères ont été admirables de zèle pour la gloire du bon Dieu et le salut des âmes.
« Au Mayssour, c’est par les œuvres extérieures de charité qu’on obtient des conversions : les autres moyens sont et seront toujours moins efficaces pour toucher les cœurs des païens et les gagner à Notre-Seigneur. Les protestants eux-mêmes l’ont compris. Au lieu de parcourir les villes et les campagnes en prêchant et distribuant des bibles, selon leur ancien programme d’évangélisation, ils ne songent plus guère qu’à suivre la tactique qui nous a réussi. Les ministres, en effet, se sont aperçus qu’ils « prêchaient dans le désert » et qu’ils n’obtiendraient jamais de résultats sérieux, s’ils ne faisaient comme nous. Aussi leur grande préoccupation, à l’heure présente, est-elle de fonder des orphelinats, d’ouvrir des écoles, d’établir des fermes, où les enfants païens sont admis en grand nombre ; ils auront bientôt des hôpitaux. En un mot, ils paraissent décidés à faire l’impossible pour ne pas rester en arrière sur nous et, qui plus est, pour nous devancer.
« Je suis heureux de constater le bien qui ne cesse de s’opérer, à grands frais, il est vrai, mais d’une manière sûre dans nos divers établissements. Ainsi la communauté du Bon Pasteur a enregistré à elle seule plus de 100 baptêmes ; les sœurs de Saint-Joseph, de leur côté, ont une grosse gerbe à offrir au Père de famille. Le nombre de nos orphelins dépasse actuellement 400. En quelques années, nous avons marié et établi, dans nos villages chrétiens, 220 orphelins et 240 orphelines. L’orphelinat européen, qui ne compte pas moins de 110 enfants, constituerait une charge trop lourde pour la mission, si la charité publique ne nous venait en aide ; mais le bon Dieu pourvoit, chaque année, aux besoins de ces pauvres enfants délaissés : ils ne manquent jamais du nécessaire.
« Nos ennemis hérétiques, à bout de ressources et ne sachant plus à quel moyen recourir pour combattre notre influence, n’ont trouvé rien de mieux à faire que de répandre dans le public les écrits les plus infâmes contre le clergé catholique et les communautés religieuses. Ces libelles ont été distribués dans beaucoup de familles ; mais l’effet moral qu’ils ont produit n’a pas été aussi pernicieux qu’on pouvait d’abord le craindre. En effet, grâce au zèle de nos confrères, les sacrements ont été encore plus fréquentés que d’ordinaire, les œuvres paroissiales se sont développées et nous ont attiré les sympathies des indigènes protestants eux-mêmes. Ces derniers semblent vouloir se rapprocher de nous et 84 parmi eux ont abjuré l’hérésie, depuis un an.
« Les missionnaires, quoique surchargés par la visite des stations, le soin des malades et les soucis inséparables de l’administration d’un vaste district, ont trouvé néanmoins dans leur dévouement le moyen de prêcher la religion aux païens et d’en convertir un certain nombre. On ne doit pas leur demander de faire davantage, car ils se dépensent avec un zèle infatigable et donnent tout ce qu’ils peuvent moralement donner. Ce n’est pas leur faute si les païens ne se convertissent point en masse, au Mayssour, comme dans quelques missions privilégiées. Ici, nous rencontrons plus d’obstacles que partout ailleurs peut-être. Les habitants de nos campagnes vivent dans une aisance relative qui leur assure les choses nécessaires à la vie. Ils sont maîtres chez eux et les revenus des terres qu’ils cultivent ne leur sont disputés par personne. Quand vous leur enseignez les vérités de la foi, ils vous écoutent et vous félicitent de pratiquer une religion si belle, mais ne leur demandez pas de l’embrasser eux-mêmes, car alors ils prennent congé de vous et ne veulent plus rien entendre.
« C’est cette stérilité de la prédication parmi les païens qui nous encourage à nous occuper activement de l’instruction et de l’éducation de la jeunesse dans notre collège de Bangalore et nos écoles des districts. Le collège, en particulier, nous a déjà rendu d’immenses services ; les catholiques y reçoivent l’enseignement supérieur qu’ils seraient tentés d’aller chercher chez les protestants, si nous ne pouvions pas le leur procurer nous-mêmes. La grande difficulté pour nous est de trouver des sujets aptes au professorat en nombre suffisant. Nous avons fait démarche sur démarche pour nous assurer le concours d’une Congrégation religieuse ; mais hélas ! toutes nos tentatives ont échoué à cause de la modicité de nos ressources, et nous en sommes réduits à ne plus compter que sur nous-mêmes. Pour suppléer à l’insuffisance de notre personnel enseignant, nous avons entrepris de former une société de Frères européens :
nous avons actuellement 5 novices. Si cette institution réussit, nous en formerons une semblable avec l’élément indigène. De la sorte nous aurons sous la main des professeurs pour notre collège et des maîtres pour nos écoles.
« Le grand séminaire se recrute difficilement et je ne suis pas sans inquiétude à cet égard, d’autant plus que les élèves ecclésiastiques ne peuvent être choisis que parmi les enfants de caste. — Nos catéchistes ne sont pas assez nombreux : nous n’en avons que 48 ; d’un autre côté, un bon catéchiste doit être bien payé, et l’argent nous fait défaut.
« Vous ne serez pas surpris, Messieurs, après l’exposé succinct que je viens de vous faire de nos besoins urgents, si je vous prie de nous envoyer du renfort : nous manquons d’hommes, nous manquons de ressources, au Mayssour. Puissiez-vous être à même de nous venir en aide à ce double point de vue!
« Agréez...
« † LOUIS,
« Év. de Mysore. »
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