| Année: |
1894 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Pondichéry |
| Rédacteur: | Mgr JOSEPH-ADOLPHE |
CHAPITRE VII
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GROUPE DES MISSIONS DE L’INDE
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I. ─ Pondichéry.
Population catholique 217.562
Baptêmes d’adultes 2.186
Baptêmes d’enfants de païens 2.001
Conversions d’hérétiques 64
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LETTRE DE MGR GANDY, ARCHEVÊQUE DE PONDICHÉRY, A MM.
LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.
Pondichéry, le 15 novembre 1894.
Messieurs les Directeurs,
Les divers districts du diocèse ont donné, pour l’année qui vient de s’écouler, un total de 200.017 confessions et et de 277.024 communions : c’est une augmentation de 11.000 confessions et de 17.000 communions sur les années précédentes. Nous remercions Dieu d’un si beau résultat ; il dénote un progrès sensible de la foi et de la piété chez nos chrétiens. Après avoir fait au zèle de nos confrères la part qui lui revient de droit dans cette augmentation des confessions et des communions, je crois devoir l’attribuer principalement à l’érection de la Confrérie du Sacré-Cœur de Jésus dans plusieurs districts. Le nombre des paroisses où cette pieuse association est établie s’accroît un peu lentement sans doute, mais nous préférons ne pas aller trop vite et garder les positions acquises. Il est assez facile d’ériger une confrérie ; la maintenir de manière à la faire progresser demande des soins et des efforts persévérants. Dans les registres des paroisses, il n’est pas rare de trouver une longue liste d’associés à telle et telle confrérie qui a subsisté à peine deux ou trois ans, et dont il ne reste plus guère de traces que sur le papier.
La Confrérie du Sacré-Cœur a le grand avantage d’entretenir le feu sacré chez ses associés par la fréquentation mensuelle des sacrements, et on peut dire qu’avec elle viennent tous les biens.
Depuis quelques années, les missionnaires chargés de la paroisse de Pondichéry se sont appliqués à faire fleurir cette dévotion. Aussi la confrérie compte-t-elle aujourd’hui de nombreux associés, recrutés non seulement parmi les femmes, mais encore parmi les hommes et les jeunes gens. Le premier vendredi de chaque mois se célèbre très solennellement. Rien n’est touchant comme d’entendre chanter sur un ton et avec un accent parfaitement français : « Pitié, mon Dieu, c’est pour notre patrie... », et un chœur composé de jeunes gens des meilleures familles répond avec entrain :
Dieu de clémence,
O Dieu vainqueur,
Sauvez Rome et la France,
Au nom du Sacré-Cœur.
Il est surtout consolant pour l’Evéque de voir ces jeunes gens de 18 et 20 ans venir s’agenouiller au pied de l’autel pour recevoir la sainte Communion. Afin d’abréger la cérémonie, trois prêtres distribuent le pain de vie aux nombreux associés.
Il m’est doux d’attribuer au Sacré-Cœur de Jésus la tranquillité dont nous avons joui, ces temps derniers, dans des conjonctures très difficiles qui, naguère encore, auraient suscité des tempêtes terribles et bouleversé la Mission.
Notre-Seigneur a promis la paix aux familles qui honorent son divin Cœur, et aux prêtres qui travaillent à le faire connaître et aimer, le talent de toucher les cœurs les plus endurcis : ces promesses ne sauraient être vaines. Or les paroisses sont de grandes familles et celles où le Sacré-Cœur est honoré, oublient facilement leurs anciennés que-relles pour s’unir dans le lien de la paix.
En me rendant compte de l’état de son district, un confrère m’écrit : « Je ne suis certes ni « plus sage ni plus habile que mes prédécesseurs ; loin de là. En arrivant ici, j’ai trouvé le « district plein de vieilles rancunes, et les villages divisés en partis souvent acharnés les uns « contre les autres. Les chrétiens restaient éloignés des sacrements plutôt que de se « réconcilier. Tout avait été tenté pour ramener la concorde, et tout avait été inutile. Après « bien des efforts infructueux, j’ai songé à consacrer mon district au Cœur de Jésus, et j’ai « établi dans les paroisses la Confrérie du Sacré-Cœur. La chose n’était pas facile, mais elle a « réussi. La réconciliation s’est faite presque partout, et autant mes chrétiens m’avaient causé « de tristesse par leur endurcissement, autant ils me donnent de consolation par leur docilité et « leur empressement à fréquenter les sacrements. »
Le nombre des baptêmes de païens s’est élevé à 2.186 : c’est une diminution de 468 sur le chiffre de l’an dernier. Il est à craindre que cette diminution ne s’accentue de plus en plus. « L’ère des conversions semble être passée pour nous, m’écrit M. Chavanol, chargé d’un « district composé presque uniquement de nouveaux chrétiens. Un fléau désole le pays et met « obstacle à la conversion des païens et aux progrès de nos chrétiens ; je veux parler de « l’émigration. Jusqu’à ces derniers temps, les pauvres se convertissaient ; aujourd’hui ils « vont chercher à Kolar, à Ceylan, en Birmanie, et même jusqu’à Natal, le moyen de payer les « dettes qu’ils ont contractées dans les années de famine. Le fléau se propage avec une « rapidité effrayante parmi les chrétiens ; il décime tous nos villages. Ce qui m’attriste, c’est « de voir les hommes seuls quitter le pays en laissant leurs femmes exposées aux plus grands « dangers, et leurs enfants en proie à la plus noire misère. Ils reviennent au bout de quelques « années avec peu d’argent et beaucoup de défauts. Au milieu de mes chrétiens, on peut « distinguer à première vue, ceux qui sont allés à Madras, à Kandy : ils n’ont aucune crainte « de Dieu, aucun respect pour le prêtre ; ils sont corrompus et se font corrupteurs. »
Le district de Mogour, selon sa bonne habitude, a donné le plus beau chiffre de conversions : 1.194. Le P. Maria Pragasam vise cependant moins au nombre qu’à la qualité, et ceux qui connaissent les néophytes de son district, disent qu’ils sont les mieux formés de tous les nouveaux chrétiens. Actuellement, le district de Mogour n’en compte pas moins de 9.000. Le bon et si zélé Père est vieux et chargé d’infirmités : à le voir, on dirait qu’il n’a plus qu’un souffle de vie ; d’autres à sa place songeraient au repos et demanderaient leur retraite ; mais lui mourra les armes à la main comme un vaillant soldat du Christ. Son vicaire, le P. Antoine, a beaucoup appris à si bonne école ; mais, malgré son courage et sa bonne volonté, il ne pouvait plus suffire à la besogne. J’ai dû leur donner un de nos jeunes prêtres pôur auxiliaire. Ancien élève du collège de Cuddalore, Gnanadicam a eu, poùr se consacrer à Dieu, de nombreux obstacles à surmonter de la part de sa famille, et il faut espérer que Dieu le récompensera de sa constance en répandant sur son ministère d’abondantes bénédictions.
Le ralentissement qui s’est produit dans l’œuvre de la conversion des païens, permet aux missionnaires de travailler avec plus de soin à la formation de leurs néophytes. Pour élever un beau et solide monument, il ne suffit pas d’accumuler sur le chantier des pierres de taille telles qu’on les a tirées de la carrière, il faut les dégrossir d’abord, puis les polir et les sculpter. Les nouveaux chrétiens peuvent être comparés à ces pierres brutes : ceux qui ont déjà un certain âge résistent trop souvent au marteau et au ciseau. Que de patience il faut pour les façonner et les rendre tels qu’ils doivent être. Et quand on croyait avoir réussi, on s’aperçoit souvent, au bout de quelque temps, que tout est à recommencer. C’est bien le cas de dire : « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. » Le cœur des enfants est malléable, souple et docile, et on peut jusqu’à un certain point leur appliquer les paroles de Malachie : Et purgabit filios Levi et colabit eos quasi aurum.
M. Borey m’écrit : « Cette année, je ne vois aucun fait important à signaler ; j’ai même le « regret de constater que, le mouvement des conversions se ralentit. Aussi n’ai-je qu’une « modeste gerbe de 44 baptêmes à offrir à Votre Grandeur : pauca sed bona. Mon « catéchuménat n’a pas chômé un seul jour, pendant tout l’été. De 150 à 200 chrétiens de la « première famine sont venus successivement y prendre place pour réparer les brèches que le « temps avait pu faire à leur instruction religieuse. Ce retour des néophytes au catéchuménat « pendant plusieurs semaines a produit d’excellents fruits. Que la divine Providence daigne « me donner les moyens d’y appeler tour à tour, chaque année, ceux de nos chrétiens qui, « faute de chapelle dans leur village, sont privés de la visite du missionnaire ! Mais mon « travail le plus consolant, pendant cet exercice, a été sans contredit celui des premièrès « communions. J’en ai eu près de 200, qui ont été faites en grande partie à Tindivanam même. « Je ne parle pas de 100 enfants moins âgés, qui sont venus étudier les prières avec leurs aînés « et se préparer à la première communion pour l’année prochaine. Aussi, je vous laisse à « penser, Monseigneur, quelle vie, quel mouvement, quel entrain, quelle joie régna, pendant « deux mois, autour de mon presbytère. Et moi-même je ne fus jamais plus heureux. Le jour « de la première communion venu, je voulus donner à la cérémonie le plus de solennité « possible et imiter ce qui se fait dans nos paroisses de France, à pareil jour. Les parents et « amis accourus en grand nombre furent vivement impressionnés de l’éclat de la fête. Ils « furent touchés surtout de la bonne tenue, des heureuses dispositions et du bonheur de leurs « enfants. J’en ai vu pleurer, même des moins fervents. Puissent le souvenir et les émotions de « ce grand jour rester gravés dans le cœur des parents ; puissent surtout nos chers enfants « garder au fond de leur âme les excellentes dispositions qui les animaient ; car c’est sur eux « que repose l’avenir de nos chrétientés naissantes ! »
Je cite textuellement une lettre du P. Maria Soucé Nader, jeune prêtre indigène, qui écrit à M. Verchery, son curé, pour lui rendre compte d’une administration qu’il venait de terminer.
« Je viens de visiter la chrétienté de Sembyamangalam. Baptisés seulement depuis « quelques années, les néophytes sont fiers d’être chrétiens et d’adorer le vrai Dieu. En face « des païens qui se moquent d’eux, ils s’affermissent de plus en plus dans la foi, l’estime et « l’amour de la religion. J’ai été très édifié de leur ardeur à s’instruire de nos saintes vérités. « J’ai vu combien Dieu bénissait les travaux des missionnaires. Ils plantent au prix de mille « fatigues ; ils arrosent avec leurs sueurs et leurs larmes et Deus incrementum dat. J’ai fait une « excellente administration. L’empressement de ces néophytes à entendre la sainte messe et à « assister au catéchisme, me fait oublier toutes les fatigue. Tous se sont confessés et ont reçu « la sainte communion. Dieu a béni et récompensé leurs admirables dispositions, en amenant « à la religion la seule famille qui était restée païenne au milieu d’eux. J’ai eu le bonheur de la « régénérer dans les eaux du baptême et aujourd’hui tout le village est chrétien.
« Avant de terminer cette lettre, je voudrais vous dire quelques mots de nos petits enfants, « qui ont fait leur première communion, cette année. Ils étaient l’objet de ma prédilection. La « candeur et l’innocence de leurs cœurs me ravissaient. Voyez plutôt ces petits à la figure « souriante quand ils s’approchent de vous et vous disent : ─ « Père, enseignez-nous les « prières. » Ne voyez-vous pas que le Saint-Esprit habite en eux et qu’ils en sont le temple « vivant ? Je les ai préparés de mon mieux, ils assistaient fidèlement au catéchisme et « apprenaient les prières non seulement durant le jour, mais encore pendant une partie de la « nuit. Lorsqu’ils s’agenouillèrent pour la première fois au banquet de l’Eucharistie, leur joie « intérieure se manifestait sur leur visage et sur toute leur personne. J’aurais vu les anges sur « l’autel que je n’aurais pas été plus heureux. Mon émotion fut grande lorsque, prosternés à « mes pieds, ils me demandèrent de les bénir et de revenir bientôt les visiter.
« Puisse cette lettre, vénéré et révérend Père, en vous faisant partager mes consolations, « augmenter, si c’est possible, l’affection que vous portez à notre district de Polour. »
Maintenant passons à Alladhy et écoutons M. Fourcade nous parler de son district, des premières communions et des protestants.
« Cette année, bien que moins triste que les années précédentes sous le rapport matériel, a « cependant eu ses heures de grande gêne, aux mois de décembre et de juillet. Grâce aux dons « d’âmes généreuses de notre bienaimée patrie, nommée à juste titre « la nourrice des « Missions ». j’ai pu continuer les travaux de l’église du Sacré-Cœur. Dans les mois les plus « pénibles, je donnai du travail à chaque famille, mais pas tous les jours : ça ne faisait pas le « compte des enfants. Que de fois ils m’ont dit : nous n’avons à manger que les jours où tu « fournis du travail ; si tu pouvais nous en donner tous les jours !
« Le 11 février, jour anniversaire de la première apparition de la sainte Vierge, à Lourdes, « nous célébrions une grande fête à Alacramam. La chapelle, si gracieuse déjà par elle-même, « avait encore rehaussé sa beauté par des parures empruntées à notre charitable France. Attirés « par la voix de nos petits canons, les.païens étaient venus en grand nombre, et après avoir vu « Notre-Dame de Lourdes portée en procession sur un char magnifique, orné et illuminé par « de nombreux flambeaux, des feux de bengale et des gerbes de feu d’artifice, ils s’écriaient : « ─ Vraiment il n’y a que les catholiques qui sachent faire de belles fêtes. » Que j’étais « heureux, et avec quel épanouissement je me disais : que les temps sont changés ! Il y a vingt « ans, en effet, je passais à cheval par ce grand village, sur lequel je plongeais des yeux pleins « de tristesse, car les habitants étaient tous païens. Comme je songeais à l’étendue de leur « malheur, une voix claire et rieuse me tire de ma rêverie. Je me trouve en face d’une grande « femme noire. Elle me dit avec un visage épanoui : « Père, voulez-vous cet enfant que je « tiens entre mes bras. C’est mon premier né. ─ Je l’accepte volontiers, apporte-le-moi. ─ « Ah ! reprit-elle, en riant de tout son cœur, vous pensiez que j’allais vous le donner. Non, « vous ne l’aurez pas ; il est bien trop gentil. » ─ Puis, s’enfuyant à petits pas précipités, elle « pressait son poupon contre son cœur, et lui disait en le couvrant de baisers : « Ce beau « monsieur voulait t’avoir ; oh ! n’aie pas peur, il me donnerait tout l’or du monde que je ne « pourrais me séparer de toi. »
« Je contemplais cette scène d’un œil ravi, et je sentais une prière s’élever vers le ciel pour « la conversion de cette gracieuse païenne.
« Un an après, comme j’étais occupé à distribuer leur nourriture à mes catéchumènes, je « vois s’avancer la grande femme noire. Elle s’approche, tombe à mes genoux et déposant son « enfant à mes pieds, elle me dit toute joyeuse : « Père, je n’ai pas voulu vous donner mon « enfant l’an dernier. Eh bien ! aujourd’hui, je vous l’apporte. Depuis notre entrevue, la « pensée de devenir chrétienne m’a poursuivie, et je suis venue pour étudier les prières. » « Deux mois après, j’avais le bonheur de verser sur son front l’eau du baptême. Elle changeait « son nom païen en celui de Sophie. Je ne pense pas avoir trouvé parmi les pariates une « intelligence plus lucide ni un cœur plus zélé. De retour à Alacramam, elle eut à essuyer les « plaisanteries de ses compagnes païennes ; mais elle, toujours douce et franche, leur « démontrait en les amusant la vérité de notre religion. Le bon Dieu bénit si bien ses « prédications que deux ans après, 300 personnes avaient reçu le baptême. La famine « transplanta la moitié de ces fleurs nouvellement écloses dans les serres du paradis.
« Ne fallait-il pas une chapelle pour ces nouveaux chrétiens ? Sophie insista beaucoup pour « l’avoir. Pour mieux réussir auprès de Mgr Laouënan, je lui racontai l’histoire de sa « conversion. Par bonheur, mon récit passant les mers, tomba entre les mains d’une personne « qui, charmée par le caractère de Sophie, envoya une bonne somme pour bâtir une jolie « chapelle en l’honneur de Notre-Dame de Lourdes et de splendides objets pour l’orner « magnifiquement. Sophie est encore aujourd’hui l’âme de cette chrétienté, et tous les ans elle « amène plusieurs familles aux fonts baptismaux.
« Je voudrais vous parler maintenant de l’œuvre des premières communions. Si les « ressources ne nous manquent pas, c’est à elle que nous devrons la persévérance de nos « nouvelles chrétientés. Vous le savez, nos néophytes ayant été baptisés au milieu des famines « et d’autres fléaux, ne sont pas assez instruits pour faire le catéchisme à leurs enfants. Le « missionnaire sent la nécessité d’orner ces jeunes intelligences des vérités chrétiennes, et de « les préparer à la première communion. Pour réussir, il doit les faire venir au chef-lieu et les « nourrir pendant un mois que dure leur instruction religieuse. Leurs parents parias, serfs chez « des maîtres païens, ne gagnent que leur nourriture, et ces pauvres enfants vivent eux-mêmes « en faisant paître les bœufs ou les moutons.
« Que de fois en courant à travers le pays pour visiter les malades ou pour d’autres affaires, « je les vois accourir et me dire : « Père, nous sommes comme des enfants païens, nous ne « savons ni prières ni catéchisme. Quand nous ferez-vous venir à Alladhy pour étudier ? » « C’est pour me rendre à des désirs si légitimes que l’été dernier, de diverses localités, j’ai « réuni jusqu’à 130 de ces petits parias. Assis pendant la journée sous les arbres de mon jardin « et partagés en quatre groupes, ils étudiaient quatre heures le matin et autant le soir. Puis à la « nuit tombante, ils rentraient dans leurs villages respectifs et revenaient le lendemain. C’est « une véritable consolation que de faire le catéchisme à ces enfants. Leur intelligence « comprend vite les explications et ils savent répéter chez eux les histoires qu’ils ont « entendues. Vous ne sauriez croire quels bons effets produisent sur eux les tableaux qu’on « leur montre. Eux qui n’ont, jamais vu que les statues grotesques et souvent très indécentes des idoles, sont émerveillés à la vue d’un ange aux blanches ailes, d’une Vierge couronnée, d’un Enfant Jésus aux joués roses et au gracieux sourire. Ils poussent des cris d’admiration, sont comme en extase, et quand vous repliez l’image : ─ « Quoi, Père, vous la repliez si tôt, encore un peu, encore un instant. »
« Un jour, à la vue d’Adam et d’Eve chassés du Paradis terrestre, un garçon s’écria tout « triste : ─ « Au lieu de pleurer ainsi, s’ils n’avaient pas mangé du fruit défendu, ils auraient « pu devenir semblables à Dieu. C’est bien dommage ! »
« Une autre fois, j’expliquai comme quoi Dieu était un Père infiniment bon ; puis, je posai « la question suivante :
« Quelles sont donc nos relations de parenté avec le bon Dieu ?
« ─ Il est notre père, répondit un garçon. ─ C’est vrai, ajouta une fille, mais il a en plus le « cœur d’une mère. » Belle pensée à laquelle je n’aurais pas songé et qu’une naïve enfant « avait trouvée toute seule.
« Je pourrais vous raconter encore de ces traits charmants. Ceux-ci suffisent pour faire voir « combien nos enfants profitent des catéchismes qu’on leur fait, et combien est belle l’œuvre « des premières communions de nos petits parias. Mais pour la continuer, nous avons besoin « que les âmes pieuses de notre belle France nous envoient de nouveaux secours qui nous « permettront d’élever des tabernacles vivants à Notre-Seigneur Jésus-Christ.
« Je ne veux pas terminer ce compte-rendu de mon district sans vous parler des protestants. « Leurs catéchistes ne cessent de le sillonner dans tous les sens. Ils sont les vrais fils du « diable. La haine les transforme en démons tentateurs : ne croyez pas qu’ils aient à cœur de « convertir les païens. Ne sont-ils pas du troupeau de Satan comme eux-mêmes ? Il leur faut « des mets plus exquis. C’est contre nos chrétiens qu’ils décochent leurs traits empoisonnés. « Oh ! que j’aimerais bien mieux voir des tigres à travers nos villages ! On en ferait prompte « justice. Mais ces suppôts de l’enfer cachent leurs griffes et leurs dents sous des apparats « pompeux. Un parasol blanc, un turban aux bordures d’or, un paletot aux couleurs voyantes, « des babouches rouges attirent autour d’eux bien des gens simples. Et quand l’assemblée est « assez nombreuse, ils ouvrent leur bouche pour imiter les bêlements des agneaux ; mais leur « naturel revient au galop, et vous ne tardez pas à entendre la voix rauque du loup. Comme « elle est habile à dénigrer ce qu’il y a de plus saint dans la religion catholique. J’ai vu « plusieurs villages sur le point de tomber dans leur gueule baveuse. Mais ce n’était que des « moments de surprise, et ces brebis, suspendues sur l’abîme, ont reconnu la voix de leur « pasteur. Honneur aux femmes qui, formant l’état-major du prêtre, ont vaillamment combattu « à ses côtés et forcé leurs maris à la retraite !
« Ces lions qui rôdent, cherchant quelqu’un à dévorer, nous causent des appréhensions « continuelles. Par ces temps de fréquentes disettes, nous redoutons la séduction de l’or qui « soutient la vie du corps, mais qui tue celle de l’âme. »
Le peu de détails que contenaient, cette année, les comptes-rendus de nos chers confrères, ne nous permet pas de vous exposer, comme nous le désirerions, leurs travaux, leurs luttes et leurs consolations ; mais il est certain que nous avons de grandes actions de grâces à rendre à Dieu pour les bénédictions abondantes qu’il a répandues sur nos faibles efforts.
Puissions-nous correspondre fidèlement à ses grâces et à ses desseins, travailler toujours avec zèle et courage àsa gloire et au salut des âmes !
Je ne veux pas terminer sans faire un pressant appel à votre charité et sans vous prier, Messieurs les Directeurs, de nous envoyer un bon renfort de nouveaux confrères. Outre que l’année a été pleine de tristesses, la mort a fait de nombreux vides parmi nous ; la maladie a condamné au repos des missionnaires pleins de zèle, et nous avons aussi à déplorer la mort de deux prêtres indigènes. Ayez pitié de nous.
Veuillez agréer, etc.
† JOSEPH-ADOLPHE,
Archevêque de Pondichéry.
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