| Année: |
1895 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Coïmbatour |
| Rédacteur: | Mgr BARDOU |
III. — Coïmbatour.
Population catholique 31.307
Baptêmes d’adultes 384
Conversions d’hérétiques 53
Baptêmes d’enfants de païens 1.044
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LETTRE DE MGR BARDOU, ÉVÊQUE DE COÏMBATORE,
A MM. LES DIRECTEURS DU SÉMINIARE DE PARIS.
« Coïmbatore, le 19 novembre 1895.
« Messieurs et vénérés Directeurs,
« C’est au retour d’une visite pastorale que je vous adresse le compte-rendu de nos travaux. Les conversions ont été peu nombreuses, au Coïmbatour ; néanmoins tous nos confrères ont fait leur possible pour étendre le royaume de Dieu. La connaissance de la religion catholique, on peut le dire, se répand de plus en plus, dans le sud de l’Inde. Les païens nous respectent comme les prêtres de Mada-Covil, c’est-à-dire de l’Église de la Mère par excellence, la sainte Vierge ; ils écoutent même volontiers l’exposé succinct que nous leur faisons de notre sainte religion ; mais, hélas ! leur caractère apathique, la vie toute matérielle à laquelle ils sont façonnés dès leur jeune âge et la caste qui les tient enlacés dans ses filets, semblent étouffer en eux la semence de la divine parole. Nous avons aussi contre nous les sectes protestantes qui, pour se consoler, sans doute, du peu de succès qu’obtient leur propagande auprès des païens, nous poursuivent de leur haine. La lutte, désormais, est moins entre le christianisme et le paganisme, qu’entre le catholicisme et le protestantisme, ce dernier cherchant toujours à pervertir nos néophytes et à entraver notre action sur les païens.
« C’est pour implorer le secours de la sainte Vierge, que la veille de l’Annonciation, j’érigeai canoniquement dans ma cathédrale la confrérie du Saint-Rosaire. Les chrétiens aiment cette dévotion et nous comptons sur les prières des associés pour nous soutenir dans les combats que nous livrons aux sectes séparées de la véritable Eglise. Puisse Celle qui a écrasé toutes les hérésies, nous protéger contre leurs embûches.
« Il y a trois ans, une famille de 13 personnes, attirée par l’appât de l’argent, nous abandonnait pour se donner aux protestants. Depuis lors, tous les membres de cette famille fréquentaient le temple ; mais les voici de nouveau rentrés dans le bercail du divin Pasteur, et j’en remercie le bon Dieu. La première année de leur apostasie, racontent-ils eux-mêmes, ils ne priaient plus du tout ; la seconde, ils commencèrent à se ressouvenir de leur bonne Mère du Ciel, qu’ils avaient appris à prier et à aimer, et, chaque jour, ils récitaient un Memorare en commun ; la troisième, ils se mirent à réciter le Rosaire, et la très sainte Vierge les a sauvés d’un naufrage où d’autres ont péri pour l’éternité.
« Mes craintes au sujet des protestants, m’écrit M. Roy, ne sesont pas réalisées, « heureusement. Malgré tous leurs efforts pour perdre mes chrétiens en les attirant à eux, ils « n’ont abouti qu’à une honteuse défaite. Aucun de mes catholiques n’a répondu à leurs « avances, au contraire, je leur ai enlevé sept de leurs adeptes qui vivent maintenant en vrais « chrétiens. Actuellement encore une nouvelle famille protestante demande à se joindre au « troupeau fidèle de Jésus-Christ.
« Je vous disais, dans le dernier compte-rendu, que les luthériens étaient allés jeter le « trouble au milieu de nos populations de Vanniers. Cinq ou six malheureux que la cupidité et « le manque de foi éloigna alors de l’Église persistent dans leur opiniâtreté et leur « aveuglement. »
« Toutefois, m’écrit M. Bachelard, l’école que les hérétiques ont ouverte n’a pas produit « jusqu’ici les mauvais effets que je redoutais. L’école catholique, au contraire, en est « devenue plus fréquentée, et je ne désespère pas d’y attirer les enfants des Ilouvers païens, « qui seuls semblaient devoir se diriger vers l’école protestante à cause de sa gratuité. »
« Nos ennemis ont aussi cherché à jeter la zizannie dans le district de M. Rivière, voisin de M. Bachelard. Pour les empêcher de s’établir chez lui, notre confrère s’est vu obligé d’ouvrir une nouvelle école. Espérons qu’il parviendra à éloigner le loup de sa bergerie.
« A Candji-covil, où ils n’avaient qu’un maître protestant, les londoniens, pour combattre l’influence de M. Le Bonzec, viennent d’en établir deux autres ; mais tout dernièrement, trois chefs de famille de caste sont venus prier notre confrère de vouloir bien les faire instruire. Les païens de l’endroit qui n’aiment pas les protestants, lui demandent aussi de fonder une école.
« Les Church sisters (religieuses protestantes) viennent d’essayer, à Outacamund, un nouveau mode de prosélytisme. Elles ont créé une « manufacture de vestes et de pantalons » ; les mots sont textuels et tirés d’un journal protestant de la Présidence. Il s’agit, en réalité d’un orphelinat où ces dames cherchent à attirer nos pauvres enfants parias en leur promettant monts et merveilles, et se contentant de les affubler d’une veste et d’un pantalon. Les parias qui visent à se rapprocher le plus possible des Européens, dont ils empruntent surtout les défauts, sont fiers de cet accoutrement qui ne coûte rien, et quelques-uns se laissent prendre au piège. C’est là un danger que nous ne pouvons conjurer qu’en venant au secours des pauvres parias pour les empêcher de se laisser séduire.
« Les ministres répandent aussi à foison, parmi les Indiens, des livres dont un certain nombre sont inoffensifs, mais dont la plupart reproduisent les fables absurdes inventées par le Père du mensonge contre l’Église catholique et ses dogmes sacrés.
« On remarque dans notre diocèse une classe d’East indians dont l’unique occupation est de chercher un emploi qu’ils ne trouvent jamais, parce qu’ils n’ont aucune éducation ou parce qu’ils ne veulent pas travailler. Ils se figurent que leur origine leur donne le droit de vivre aux dépens du prochain. S’ils réussissent à obtenir une place, ils dépensent moitié plus qu’ils ne gagnent. A la mort du père de famille, la veuve et les enfants sont sans ressource. La mère vient alors nous offrir ses garçons ou ses filles, en insinuant que si nous n’en prenons pas soin, elle se verra obligée de les mettre dans une institution protestante. Mais le moyen, je vous le demande, de subvenir à tant de dépenses ? Les ministres au contraire ne sont jamais à court d’argent, et on les trouve toujours disposés à accepter les enfants catholiques. Cette classe d’indiens n’est pas sans nous inspirer de sérieuses inquiétudes pour l’avenir.
« Je suis heureux de vous apprendre que nous avons entrepris la construction d’une église en l’honneur du Sacré-Cœur de Jésus, à Outacamund. M. Foubert, de concert avec M. Biolley, fait exécuter les travaux. J’espère donc que l’an prochain, la nouvelle église sera achevée. Nous pourrons alors organiser une seconde paroisse dans cette ville. Les missionnaires auront ainsi plus de facilité pour s’occuper des chrétiens, dispersés çà et là au service des Anglais, et contrebalancer la funeste influence des protestants qui semblent vouloir faire d’Outy un de leurs centres de propagande.
« Nous avons trois autres églises sur le chantier. La première se bâtit à Paléancoulam et est dédiée à saint Antoine de Padoue. Elle a été commencée par M. G. Boulanger qui, pendant le voyage de M. Guerpillon en France, administrait le poste. M. Guerpillon, à son retour, s’est mis à l’œuvre pour la compléter.
« Il y avait déjà, à Paléancoulam, une petite chapelle de saint Antoine de Padoue, dans laquelle on célébrait la messe tous les mardis ; car nos Indiens ont une grande dévotion envers ce bon saint. La nouvelle église ne manquera pas d’augmenter cette dévotion qui tend à se propager dans l’Inde comme en Europe.
« La seconde église en construction est celle de M. Rivière à Erithambadi ; la troisième, celle du P. Aroulnader à Madatoukoulam. Ce bon prêtre indigène a établi, dans son poste, une école qui est très fréquentée malgré le voisinage d’une école du gouvernement.
« J’espérais en avoir fini avec les constructions d’église, pour quelques années du moins, mais, à l’occasion de ma visite pastorale à Kodivery, M. Gaucher m’a prouvé qu’il était absolument nécessaire d’en bâtir une dans un de ses villages et j’ai dû promettre encore de délier les cordons de ma pauvre bourse.
« Après cet aperçu déjà bien long de notre situation, laissez-moi vous parler en détail des résultats obtenus par nos chers confrères dans leurs districts respectifs.
« Coïmbatore. — Cette année, M. Baldeyrou a enregistré 134 baptêmes de païens et 19 conversions d’hérétiques. C’est assurément un beau chiffre.
« Mais, me dit M. Baldeyrou, les nécessiteux affluent chaque jour à ma porte. Souvent « hélas ! j’ai la douleur de ne pouvoir donner l’obole suffisante pour soulager leur misère. « Afin de remédier à mon impuissance, j’ai établi l’œuvre du pain de saint Antoine à la « cathédrale ; n’ayant pas encore de statue, j’ai placé les deux troncs devant l’image du saint. « Puisse ce grand ami des pauvres venir au secours de nos bons Indiens.
« Karamattampatti. — Notre vénérable doyen, M. Lemarchand, s’est vu obligé d’aller passer six mois sur les Nilgiris pour y refaire un peu sa santé. Il a recueilli 3 baptêmes d’adultes et 130 d’enfants de païens in articulo mortis. Il était de retour à son poste pour la fête du Saint-Rosaire qu’il a célébrée avec toute la solennité possible, au milieu d’un grand concours de pèlerins. J’ai dû lui donner pour vicaire le P. Amourdanader.
« Pallapaleam. — Je suis heureux de vous dire qu’après une maladie assez grave, M. Tour a pu rejoindre son poste au mois de juillet. Sans perdre du temps, il a établi deux nouvelles écoles dans un de ses villages, l’une pour les garçons et l’autre pour les filles. Ce cher confrère vient d’obtenir du gouvernement un grand et beau terrain sur lequel il se propose de bâtir une église, une résidence et une école. Que le bon Dieu lui accorde la santé nécessaire pour mener à bonne fin toutes ces entreprises si utiles
« Naglour. — M. Vieillard travaille avec ardeur à la prospérité de sa nouvelle colonie de Saint-Michel. Malgré tous les tracas qu’elle lui donne, il a eu 35 baptêmes d’adultes.
« Wellington. — Voici ce que m’écrit M. Robin : « 35 baptêmes de païens, telle est la « petite gerbe que M. Foubert et moi avons pu glaner dans notre district. Wellington a donné « bien peu ; c’est surtout par nos excursions dans les plantations que nous avons obtenu « quelques baptêmes. Un jour, je fis la rencontre d’une vieille païenne, Ranyamalle. Je « l’engageai à se faire chrétienne. Pour toute réponse, elle se mit à me raconter des histoires « de l’autre monde et finit par m’insulter. « Assez, lui dis-je, tu as beaucoup parlé « aujourd’hui ; la prochaine fois ce sera mon tour, et tu m’écouteras, comme je t’ai écoutée, tu « entends ! » La pauvre vieille se montra très satisfaite d’avoir dit tout ce qu’elle voulait dire, « elle promit d’écouter tout ce que je voudrais bien lui dire à la prochaine rencontre. Elle était « alors en bonne santé. Quelques semaines plus tard, on vint m’annoncer que la vieille « Ranyamalle était dangereusement malade et qu’elle demandait à me voir. Je me rendis « immédiatement chez elle. Dès qu’elle sut que j’arrivais auprès de sa hutte, recueillant ce qui « lui restait de force, elle s’assit sur sa natte. « O Père, me dit-elle quand je fus entré, je veux « aller au ciel, baptisez-moi, je vais mourir. »
« Je m’accroupis tout près d’elle et l’instruisis des principales vérités de notre sainte « Religion ; puis, la voyant bien disposée, je lui administrai le saint baptême et l’appelai « Mariamalle (Marie). Deux jours après, la vieille Mariamalle quittait cette terre pour un « monde meilleur. Avant de mourir, elle appela sa fille encore païenne et lui fit promettre de « se convertir. La fille a tenu parole et j’espère pouvoir la baptiser bientôt, avec tous ses « enfants.
« Laissez-moi aussi vous raconter l’histoire du petit Joseph. Il n’avait que trois mois et il « se trouvait déjà aux portes de la mort. Sa mère païenne me l’apporta, me suppliant de le « bénir et jurant de se faire chrétienne, si le pauvre petit guérissait. La promesse ne me « paraissait pas sincère, néanmoins, comme l’enfant était très malade, je le bénis et le baptisai, « sous le nom de Joseph, sans dire à la mère ce que je faisais. L’enfant ne tarda pas à prendre « son vol vers le ciel. On me dit peu après que la malheureuse mère n’avait jamais eu « l’intention de se convertir ; elle ne voulait que la guérison de son enfant, bien décidée à ne « jamais le faire baptiser, s’il revenait à la santé. Cette femme me trompait ; or, elle a été prise « dans ses propres filets, et le cher petit ange ne m’en voudra pas, je pense. Il prie là-haut pour « la conversion de ses parents païens. »
« Palghat. — M. Roy est heureux, non-seulement d’avoir protégé tous ses chrétiens contre les séductions des protestants, mais aussi d’avoir converti sept hérétiques à la vraie foi. Voici ce qu’il m’écrit : « Mes chrétiens assistent fidèlement à la sainte Messe et aiment à recevoir « les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie : J’ai eu 1.300 confessions et communions de « plus que l’année dernière. La visite de Moundour s’est terminée par une première « communion solennelle, à laquelle les enfants s’étaient très bien préparés. L’église était « enguirlandée de fleurs. Le soir nous allâmes en procession de Moundour à Kairancodou. « Les chrétiens récitaient le chapelet et chantaient des cantiques. Les gens de Kairancodou « avaient orné leur chapelle comme aux plus beaux jours de fête, pour nous recevoir ; ils « avaient même élevé des arcs de triomphe, à l’entrée de leur village. M. Louis Boulanger « présidait la procession. Je prêchai avant et après le renouvellement des vœux du baptême. « Le lendemain, comme nous allions partir, les enfants de la première communion vinrent « nous offrir un « sandippou » (présent). Ils avaient tous à la main un petit bouquet de fleurs « qu’ils nous offrirent l’un après l’autre, en demandant une bénédiction pour obtenir la grâce « de rester fidèles à Dieu.
« Hier, j’ai baptisé le fameux Sholu-Botler. Je l’avais vu deux jours auparavant. Il me fit « appeler pour recevoir le baptême et voulut se nommer Joseph. En ma présence, il exhorta « ses enfants qui l’entouraient à se faire chrétiens le plus tôt possible pour aller le rejoindre au « ciel. La grâce a donc triomphé de la longue résistance de cet homme et j’ai tout lieu de « croire que la famille, qui est nombreuse, suivra son exemple.
« Atticodou. — M. Bachelard qui est toujours sur la brèche pour empêcher les luthériens de nuire à son troupeau, a baptisé 9 païens. « Le nombre des conversions est bien modeste, « cette année, m’écrit-il, mais j’ai la consolation de me promettre qu’elles seront durables ; en « effet les néophytes récemment baptisés se sont établis dans des centres chrétiens. »
« Goudalour. — M. Gudin, au milieu de ses excursions continuelles dans le Waynaad, a eu le bonheur de baptiser 45 païens. Il me raconte un fait de possession très surprenant. « On « m’appela, me dit-il, pendant la nuit, pour baptiser une femme qui paraissait en danger de « mort. Après l’avoir instruite des principales vérités de notre sainte Religion, croyant qu’elle « désirait sincèrement le baptême et qu’elle était réellement en danger, je la baptisai. Le « médecin qui lui donnait ses soins me dit, peu de jours après, qu’elle n’avait aucune maladie. « Très étonné d’une pareille déclaration, j’allai la voir. Elle se mit alors à souffler de toutes « ses forces, on eût dit que son haleine sentait le souffre. Une autre fois, elle fit la morte « devant moi. Enfin un beau jour, elle parla latin. Persuadé que j’avais affaire à une possédée, « je commandai qu’on la portât à l’église et je récitai sur elle les prières des exorcismes. Elle « s’arracha alors quelques cheveux qu’elle me donna ; je les brûlai sur-le-champ. Elle me dit « aussi les noms des huit démons qui venaient de Kasi (fameux lieu de pèlerinage pour les « païens) et qui étaient en elle. Pendant que je l’exorcisais, elle ne voulait pas regarder le « tabernacle. Tout à coup elle se mit à dire avec un rire satanique. —« Enlevez cette boîte « (elle désignait le tabernacle), ce n’est que du pain. » — Les prières terminées, elle devint « calme. Aujourd’hui elle apprend le catéchisme. Dieu veuille que délivrée du malin esprit, « elle reste bonne chrétienne. »
« Outacamund. — MM. Biolley et Castanié ont obtenu le beau chiffre de 48 baptêmes.
« Counour (8 baptêmes). — Vu l’importance toujours croissante de ce district, j’ai nommé M. G. Boulanger assistant de M. Peyramale, le chargeant spécialement de l’institution Saint-Joseph, dirigée par les Frères de Saint-Patrick, d’Irlande.
« Kotayeri (9 baptêmes).— Ce district a été séparé, cette année, de celui de Wellington ; j’en ai chargé M. Briand. Le ministère y est assez difficile ; car le missionnaire doit être presque toujours en course à travers les plantations de café où travaillent la plupart de ses chrétiens.
« Après vous avoir mis au courant de nos travaux, laissez-moi vous prier, Messieurs les Directeurs, de penser à nous devant Dieu afin qu’au milieu de toutes les difficultés que nous avons à surmonter nous puissions continuer sans faiblir notre marche en avant.
« Veuillez agréer...
« † JOSEPH-LOUIS,
« Évêque de Coïmbatore. »
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