| Année: |
1895 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Mayssour |
| Rédacteur: | Mgr KLEINER |
II. — Mayssour.
Population catholique 40.000
Baptêmes d’adultes 496
Conversions d’hérétiques 76
Baptêmes d’enfants de païens 236
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LETTRE DE MGR KLEINER, ÉVÊQUE DE MYSORE,
A MM. LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.
« Bangalore, le 5 octobre 1895.
« Messieurs et vénérés Directeurs,
« Le tableau de l’exercice 1894-1895 présente les chiffres suivants : 2.400 baptêmes (1.660 d’enfants de chrétiens, 496 d’adultes, dont 53 in articulo mortis, 236 d’enfants de païens moribonds et 76 d’hérétiques rebaptisés sous condition), 1.080 confirmations, 19.008 confessions annuelles, 16.901 communions pascales, 114.959 communions de dévotion, 371 saints viatiques, 547 extrêmes-onctions et 487 mariages. Nous sommes en progrès, car ces chiffres accusent une augmentation notable sur l’exercice précédent.
« La population catholique s’est accrue d’une manière sensible, cette année, par suite de l’immigration d’un bon nombre de chrétiens venus des Missions voisines pour gagner plus facilement leur vie au Mayssour.
« L’administration des districts n’ayant offert rien de saillant, nos chers confrères ne m’ont rien rapporté qui puisse vous intéresser : Je me bornerai en conséquence à vous donner un aperçu succinct de l’état des différentes paroisses de Bangalore.
« Bangalore, siège du gouvernement anglais dans le Mysore, se divise en deux parties bien distinctes : la ville européenne dite « cantonnement militaire » et la cité, ou ville purement indigène. Sa population est de 200.000 habitants environ, dont plus de 17.000 (presque la moitié des chrétiens du diocèse) sont catholiques. Bangalore est un vrai champ de bataille. La lutte y devient de jour en jour plus vive entre les hérétiques et nous, sur le terrain de la religion et de l’éducation de la jeunesse. Si nous avons, ici, nos œuvres principales, les Protestants de leur côté y déploient toutes leurs forces et y utilisent tous leurs moyens d’action. Aussi que de dangers pour nos pauvres chrétiens, si nous manquions de vigilance un seul jour ! Depuis quelques années, les infidèles eux-mêmes semblent se réveiller de leur apathie naturelle, non pour se convertir hélas ! mais bien pour se mettre en garde contre le christianisme. Ils veulent avoir leurs écoles à eux, leurs orphelinats, leurs journaux, leurs meetings, etc.
La ville de Bangalore comprend cinq paroisses : 1º La cathédrale de Saint-Patrick, 1.480 catholiques européens ou east-indians (créoles). M. Tabard, curé de la paroisse et chapelain militaire, a pour vicaire le P. Mascarenhas.
« L’année qui vient de s’écouler, dit M. Tabard, a encore été, si on en juge par le nombre « des conversions d’hérétiques (29) et des communions (12.000) une année bénie par Dieu. « Chaque mois, chaque semaine même, un grand nombre de soldats s’approchent des « sacrements. La ligue de la Croix qui s’augmente toujours de nouvelles recrues, contribue à « donner l’élan pour vaincre le respect humain et attirer les moins fervents aux pratiques « religieuses.
« Le gracieux bâtiment ouvert, il y a quelques mois, pour servir de cercle militaire, met les « soldats à l’abri des dangers de la rue. La vue de leurs compagnons d’armes, si heureux de se « trouver « at home », n’a pas peu contribué à attirer au cercle et aux offices de la cathédrale « un certain nombre de soldats protestants.
« A ce sujet, je dois mentionner la nouvelle société des Frères de l’Immaculée Conception. « C’est là certainement le meilleur fruit que pouvait produire notre Ligue, puisque ces Frères, « actuellement au nombre de six, sont appelés à devenir plus tard des auxiliaires précieux « pour les missionnaires.
« Les résultats si consolants obtenus dans ma paroisse sont dus :
« 1º A l’Apostolat de la Prière. Tous les premiers vendredis du mois, la sainte Messe est « célébrée à l’autel du Sacré-Cœur, et chaque fois j’ai le bonheur de voir plus de 100 « personnes s’approcher de la sainte Table.
« 2º Au Tiers-Ordre de Saint-François d’Assise, érigé en congrégation régulière dont les « membres remplis de zèle pour le bien de la paroisse ne manquent jamais d’assister aux « réunions mensuelles.
« 3º A la Société de Saint-Joseph (en faveur des pauvres eurasiens) que nous nous « efforçons de maintenir malgré la modicité de nos ressources. Elle contribue d’une manière « toute spéciale à l’instruction, à l’éducation et au relèvement moral de cette partie de notre « population catholique si digne d’intérêt. Près de 40 enfants ont été ainsi retirés des écoles « protestantes, où on les avait attirés avec de l’argent.
« Notre orphelinat pour les garçons européens et eurasiens est attaché à la cathédrale. Cette « année, le nombre des élèves a été de 135. Grâce au zèle du P. Mascarenhas, la charité « publique a payé les frais des nouvelles constructions qui étaient si nécessaires et a pourvu « aux besoins des enfants délaissés dont nous prenons soin.
« Sous la direction spirituelle de leur excellent chapelain, nos enfants ont fait des progrès « consolants dans la piété et la bonne tenue extérieure, à la grande édification de tous. L’école « qu’ils fréquentent et qui compte 192 élèves est à même, grâce aux contributions scolaires du « gouvernement, de donner à chacun, selon ses aptitudes, une instruction capable de lui « procurer plus tard une existence honorable.
« Le presbytère vient d’être réparé ; la cathédrale elle-même, rajeunie, embellie, « transformée, sera bientôt digne de sa destination sans que la Mission ait rien à débourser. »
« 2º Saint-François-Xavier, la plus considérable des paroisses de la ville, 6.282 catholiques. — Depuis longtemps, l’église beaucoup trop petite, eu égard au chiffre de la population, aurait besoin d’être agrandie. Il y a, dans cette paroisse, 4 écoles primaires de garçons (outre notre grand collège Saint-Joseph, 510 élèves) et 5 écoles de filles. Les soins que réclame la chrétienté dont 13.782 communions de dévotion, attestent la ferveur, laissent peu de loisir à M. Janssoone et à son vicaire le P. John Noronha, pour s’occuper des nombreux païens de leur circonscription. 16 adultes, 9 enfants de païens et 3 protestants ont été baptisés cette année. Le P. J. Noronha me communique le fait suivant qui prouve que le bon grain jeté çà et là fructifie en son temps.
« J’étais allé, dit-il, visiter un chrétien malade ; on me fit savoir, à cette occasion, qu’un « païen du voisinage était en danger de mort et que cet homme paraissait d’ailleurs bien « disposé envers la religion. Néanmoins personne n’osait prendre sur soi de l’exhorter à se « convertir. On m’indique de loin la maison de ce païen nommé Rangasamy. Je me rends chez « lui. « Vous avez ici un malade », dis-je, en interpellant le fils aîné, que je rencontre sur le « seuil de la porte et qui s’écarte pour me laisser passer, tandis que la mère et les autres « enfants disparaisent devant moi en maugréant. Le fils m’indique un coin du misérable réduit « qui sert d’habitation à la famille ; j’y pénètre. Il est si bas, si obscur que je ne distingue rien. « Tout à coup, je sens une main froide qui saisit la mienne — « Dieu soit béni ! Père, s’écrie « une voix cassée, vite, qu’on apporte un siège. Asseyez-vous là, Père, quelle bénédiction vos « pieds ont daigné apporter dans ce lieu de misère ! Je vais mourir, baptisez-moi, je veux être « chrétien. — Bien, bien ; mais sais-tu ce que c’est que le baptême ? sais-tu ce que tu dois « croire pour devenir chrétien ? — Oh ! oui, Père, il y a longtemps, de nombreuses années, « que le soumiya Santappa, qui baptise les païens à Blackpalley m’a donné plusieurs fois « du « poutti » (de bons avis) et m’a exhorté à renoncer aux superstitions. Mais je ne l’ai pas « écouté ; alors j’étais jeune. J’aurais voulu me faire chrétien, je n’en ai pas eu le courage. — « Et maintenant es-tu fermement résolu à recevoir le baptême ? Ta femme et tes enfants sont « en colère ; ils te mettront hors de ta maison. — « Je le sais, Père, dit-il ; déjà ils ne font plus « attention à moi et c’est à peine s’ils me donnent de quoi manger. Voilà comment ils me « témoignent leur reconnaissance. Ah ! s’ils étaient chrétiens, ils se conduiraient autrement à « mon égard ! Pour moi du moins, je veux être chrétien, je veux devenir enfant du bon Dieu, « baptisez-moi, Père. — Oh ! alors, rassure-toi, le « souami » ne t’abandonnera pas. Ecoute « bien mes paroles et tu ne tarderas pas à devenir chrétien. »
« Je l’instruisis pendant quelques jours, et le voyant près de mourir, je le baptisai sous le « nom de David. Il ne me fut pas toujours facile d’arriver jusqu’à lui : sa femme ne manquait « pas une seule occasion pour me dire quelques injures. Cependant j’avais demandé qu’on fit « disparaître toute idole et sale image, et l’aîné de la famille avait consenti à les reléguer dans « un coin. Comme je reprochais à sa femme et à ses enfants dénaturés leur ingratitude « envers le pauvre malade, cette mégère s’écria un jour : « Emportez-le, il vous appartient, « nous n’en voulons plus. » Rangasamy, qui cependant n’était pas dénué de ressources, « consentit sans répugnance à se laisser transporter à l’hôpital, ne demandant qu’une grâce, « celle de pouvoir faire sa première communion, avant de quitter sa demeure. Mon néophyte « comprenait ce qu’était l’Eucharistie et le bien que lui en procurerait la réception. Du reste « ses instances ne cessèrent qu’après que son désir eut été exaucé. Transporté à l’hôpital, il en « fut bientôt renvoyé comme incurable. Obligé de retourner chez lui, Dieu sait ce qu’il eut de « nouveau à endurer, de la part de sa famille. Mais sa patience ne se démentit pas un instant. « — « Je souffre pour mes péchés, disait-il à ses enfants : malheur à vous si la mort vous « surprend dans l’état où vous êtes. » — Le voyant sur le point de mourir de misère, encore « plus que de la paralysie et de l’hydropisie dont il était atteint, je finis par lui obtenir une « place à l’hôpital des incurables. Il déclinait à vue d’œil ; bientôt il m’envoya chercher pour « l’administrer. Le trouvant très mal, je lui donnai l’extrême-onction. Il n’y voyait plus, « lorsque j’approchai le crucifix de ses lèvres, mais dès qu’il l’eut touché, il le saisit dans sa « main et le couvrit de baisers. — « Encore une faveur, souami ; ayez pitié de moi, pauvre « pécheur, apportez-moi encore une fois le bon Dieu, et je mourrai content. — Mais tu ne « peux ouvrir la bouche, ni avaler. — Oh ! si, souami, donnez-le-moi, vous verrez. — Je lui « portai le saint viatique. A mon arrivée dans la chambre, on dit au malade : « Le souami est « là. » Il s’écria aussitôt : « Quelles sont toutes ces personnes en habits de fête ? » Or il n’y « avait que deux personnes dans la chambre. « Vite, qu’on me donne le bon Dieu. » Ce disant « il ouvrit la bouche toute grande pour montrer qu’il pouvait communier. Je me hâtai de lui « donner la sainte hostie qu’il avala sans peine. Il murmura ensuite quelques prières et « retomba inerte sur sa natte, épuisé par l’effort suprême qu’il venait de faire ; quelques « heures après, il s’endormait dans la paix des justes. J’espère qu’une mort si consolante finira « par nous amener la femme et les huit enfants de Rangasamy qui se montrent déjà moins « rebelles à mes exhortations. »
« 3º Sainte-Marie de Blackpalley, 3.927 catholiques. — M. Rautureau me dit dans son compte-rendu. « Les communions de dévotion ont été très nombreuses cette année. Cet « accroissement de la piété des fidèles est dû surtout à l’Apostolat de la prière et à la « communion hebdomadaire et réparatrice. Le P. Shanta et le F. Xavier réunissent les « membres de l’association, le premier dimanche de chaque mois, et leur font d’intéressantes « instructions pour entretenir et activer leur zèle. Le catéchisme de persévérance continue à « donner d’excellents résultats, et n’était la négligence des parents à nous envoyer leurs « enfants, nous en maintiendrions un plus grand nombre dans les excellentes dispositions de « leur première communion. Le chiffre des baptêmes de païens a été de 82 et celui des « conversions d’hérétiques de 18.
« A l’église Sainte-Marie se trouvent attachés un orphelinat de garçons (20 pensionnaires), « une école de filles tenue par les Religieuses de Sainte-Anne (80 élèves) et une école de « garçons pour les cours élémentaires et l’enseignement secondaire avec 272 élèves. Cette « école prospère toujours sous l’habile direction du Frère Xavier qui, depuis plus de 20 ans, se « consacre avec un zèle et un dévouement admirables à l’éducation et à l’instruction des « jeunes gens de la paroisse. Notre excellent Frère est aimé et vénéré de tout le monde.
« 4º Le Sacré-Cœur, paroisse distraite de celle de Sainte-Marie, en 1875. Elle compte présentement 2.082 catholiques.
« Enfin le grand désir de M. Combret, curé de cette paroisse, vient d’être satisfait. Ce cher confrère voulait avoir une belle église ; il l’a maintenant. L’édifice de style roman est superbe. Nul doute que le son harmonieux des cloches, la beauté des cérémonies religieuses et le concours assidu des fidèles n’attirent bientôt autour de la chaire de notre zélé confrère un grand nombre de païens. Une bonne part de la reconnaissance du pasteur et du troupeau est due à M. Rautureau qui, pendant 18 mois, a consacré une grande partie de son temps à la construction de l’église du Sacré-Cœur, et aussi à M. Desaint qui s’est fait une joie d’employer ses ressources personnelles à l’achèvement de l’édifice.
« M. Combret a baptisé 32 adultes. 133 garçons et 35 filles fréquentent les écoles de la paroisse.
« 5º Saint-Joseph, 1.824 catholiques. — Cette cinquième paroisse est destinée à desservir les différents groupes de chrétiens qui se trouvent dans la cité proprement dite et aux alentours. Elle fut détachée de Sainte-Marie en 1856. L’éloignement des chrétiens de cette localité, l’extension que prend la ville indigène et l’augmentation toujours croissante de la population.vont rendre bientôt l’église insuffisante. La station de chemin de fer de la cité, devenue depuis peu tête de ligne pour trois nouvelles voies ferrées, a groupé là quelques centaines de catholiques européens et eurasiens, qui n’ont pas de chapelle à eux, tandis que les protestants en ont déjà deux. C’est ainsi que nous sommes forcés par les circonstances d’étendre notre action dans Bangalore.
« M. Troussé, nouvellement installé à Saint-Joseph, regrette de n’avoir eu, cette année, que 9 baptêmes d’adultes et 10 d’enfants de païens. Il se réjouit du bon esprit et de la piété de ses paroissiens, mais s’attriste vivement de l’impossibilité où nous sommes, pour le moment du moins, de fonder une école spéciale dans sa paroisse, ce qui oblige en quelque sorte les enfants des chrétiens de caste d’aller aux écoles protestantes.
« En résumé, nous devons rendre à Dieu de grandes actions de grâces pour tout le bien qui s’opère dans nos 5 paroisses de Bangalore et dans tous les districts du diocèse. Les consolations ne manquent pas à nos zélés confrères ; néanmoins ils ne peuvent s’empêcher de regretter avec moi l’insuffisance de notre personnel et la modicité des ressources dont nous disposons.
« Veuillez agréer...
« † E.-LOUIS,
« Ev. de Mysore. »
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