| Année: |
1896 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Coïmbatour |
| Rédacteur: | Mgr Bardou |
III. — Coïmbatour.
Population catholique 31.307
Baptêmes d’adultes 506
Conversions d’hérétiques 45
Baptêmes d’enfants de païens 1.234
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« L’année 1896, écrit Mgr Bardou, restera dans les annales du Coïmbatour comme une année pleine d’heureux souvenirs. C’est en 1845 que cette Mission fut détachée de Pondichéry, et en 1846 que Mgr Marion de Brésillac en fut nommé administrateur. L’ouverture de notre séminaire date aussi de 1846. Nos prêtres indigènes ont eu l’excellente idée d’en célébrer le cinquantième anniversaire. Au mois de mai dernier, ils vinrent m’expri-mer leur désir et en même temps me demander l’autorisation de solliciter, auprès des chrétiens de tout le diocèse, des souscriptions à l’effet de constituer un fonds pour le séminaire. J’approuvais bien volontiers leur louable intention, et ils se mirent à l’œuvre sans tarder, car il n’y avait que quelques mois avant la célébration de ce jubilé. Les missionnaires secondèrent de tout leur pouvoir les prêtres indigènes et les aidèrent à recueillir des aumônes auprès de leurs chrétiens. La solennité fut définitivement fixée au 5 octobre pour Caramattampatty qui avait été le berceau de l’établissement, et au 7 du même mois pour Coïmbatore où le séminaire fut transféré en 1859.
« Un moment on craignit que le choléra qui sévissait dans plusieurs localités, ne vînt mettre obstacle à la fête et empêcher les chrétiens d’y prendre part. Mais, dès le 4 octobre, ceux-ci étaient accourus nombreux pour la solennité de Notre-Dame du Saint-Rosaire, patronne de Caramattampatty, et ils demeurèrent pour les cérémonies du lendemain. Enfin voici la première journée du jubilé ; elle est annoncée par l’éclat et le bruit accoutumé des fêtes indiennes.
« Dès 7 heures du matin, je célébrai une messe pontificale avec le concours du clergé indigène vingt missionnaires ou prêtres étaient présents l’église ne pouvait contenir toute la foule qui se pressait pour remercier le bon Dieu des grâces qu’Il avait, pendant ces 50 ans, accorées au séminaire et au diocèse.
« Vers les 9 heures, devant la grande porte de l’église décorée pour la circonstance, missionnaires, prêtres, séminaristes et simples fidèles se réunirent. Un prêtre indigène lut alors, tant au nom de ses confrères qu’en celui des chrétiens, une adresse dans laquelle il redisait tous les bienfaits spirituels et temporels qu’ils avaient reçus des missionnaires, témoignait de leur entier dévouement et obéissance à la sainte Église, au Souverain Pontife, à leur évêque et offrait à tous l’expression de la plus sincère reconnaissance. Cette lecture fut suivie d’un rapport historique sur le séminaire durant les 50 ans écoulés, puis de la proclamation des sommes recueillies dans chaque district, et le total des souscriptions me fut solennellement remis en présence de tous.
« Aussitôt après, un des plus anciens membres du clergé, qui fut un de nos premiers séminaristes, fit des acclamations au Souverain Pontife Léon XIII, qui s’intéresse tant à l’œuvre des séminaires des Indes, à l’évêque du diocèse et à tous les missionnaires présents et absents, à la Société des Missions-Étrangères et enfin à tous les membres des Œuvres de la Propagation de la Foi et de la Sainte-Enfance. C’était à la vérité une bien touchante cérémonie. Aussi j’appelai de tout mon cœur la bénédiction du Père céleste sur nos chers chrétiens et leurs familles et, en leur montrant toute la satisfaction que j’éprouvais de voir l’intérêt qu’ils portaient au séminaire, je les invitai à aimer et à respecter leurs prêtres, et à offrir généreusement pour le service des autels ceux que le bon Dieu daignait appeler au sacerdoce.
« Le soir, une grande procession aux flambeaux et la bénédiction solennelle du Très Saint-Sacrement terminaient cette belle journêe.
« Le surlendemain, c’était le tour de Coïmbatore. Ce furent, mais avec plus de solennité, les mêmes cérémonies qu’à Caramattampatty : messe pontificale à la cathédrale, dont l’autel et le sanctuaire avaient été décorés avec beaucoup de goût par les séminaristes ; réunion au séminaire, qui n’était pas moins bien décoré et où clercs et laïques vinrent successivement remercier l’évêque et ses missionnaires des soins assidus dont ils entouraient les élèves du sanctuaire.
« Nos prêtres indigènes avaient eu l’heureuse idée d’ériger, comme mémorial de ce jubilé, une belle statue de saint Joseph. Le soir, après le chant du Te Deum à la cathédrale, je bénis cette statue qui fut portée triomphalement au séminaire dont saint Joseph est le patron. Un acte solennel de consécration à ce grand saint fut le digne complément des fêtes du jubilé. Daigne le père nourricier de Jésus bénir ce séminaire et faire avancer ses élèves dans la piété et la science, afin qu’ils deviennent, comme leurs devanciers, des prêtres fervents et zélés pour le salut de leurs frères ! De l’avis de tous, ce jubilé a eu un succès complet; il a fait une impression profonde sur le cœur de nos chrétiens en leur montrant la dignité du prêtre et en leur faisant mieux comprendre la vénération, le respect et l’affection qui lui sont dus.
« Par une heureuse coïncidence, ce même jour, vers les sept heures du soir, avait lieu, au collège Saint-Michel, la première distribution des prix. Elle fut présidée par M. Mackenzie, le juge catholique de Coïmbatore. En 1877, M. Mackenzie étant assistant-collector en notre ville, se convertissait au catholicisme dont il est depuis un membre exemplaire. Aussi l’avons-nous vu revenir au milieu de nous avec bien grand plaisir.
« Assistaient également à cette cérémonie plusieurs des principaux dignitaires indigènes de Coïmbatore, dont quelques-uns avaient tenu à honneur d’offrir les prix destinés aux lauréats. Après la distribution, M. Mackenzie se leva et prononça un petit discours où, après avoir exprimé la satisfaction et le plaisir qu’il avait d’être présent en cette occasion, il fit une heureuse allusion au jubilé du séminaire qu’on venait de célébrer. Puis montrant M. Launay, l’historien des Missions-Étrangères, qui était venu de Paris pour recueillir sur place des matériaux et des documents pour le grand ouvrage qu’il médite, il salua en lui le sacer vates qui ferait passer à la postérité la mémoire de tout ce qui avait été entrepris pour promouvoir la prospérité du diocèse, du séminaire et du collège Saint-Michel.
« Nous allons maintenant parler des travaux de nos confrères dans les districts, et tout d’abord je suis heureux de constater, pour le dernier excercice, un nombre de baptêmes d’adultes plus élevé que celui des années précédentes.
« Au Wynaad, M. Gudin dont le district se compose de vastes plantations qu’il lui faut parcourir successivement, pu baptiser 44 adultes et 20 enfants de parents païens. « Actuellement, m’annonce-t-il, j’ai une grande famille de Kouroumbers, composée de 10 « membres, qui étudie les prières et le catéchisme. Ces Kouroumbers sont une tribu des bois « fort nombreuse ; je crois qu’en les aidant un peu à payer l’impôt de leurs terres et en leur « fournissant des habits de temps à autre, on pourrait faire une trouée parmi eux. J’espère que « la sainte Vierge, sous la protection de laquelle j’ai placé les prémices de cette tribu, « m’aidera à faire des chrétiens de ces pauvres gens, qui jusqu’à présent vivent à l’instar des « bêtes fauves de la forêt. »
« A Outacamund, MM. Biolley et Foubert auront bientôt achevé la nouvelle église du Sacré-Cœur, laquelle permettra aux chrétiens, trop éloignés de l’ancienne, d’entendre la messe plus souvent et plus régulièrement et de recevoir les sacrements d’une manière plus assidue. Au milieu de leurs travaux de construction, nos confrères ont recueilli 56 baptêmes d’adultes.
« A Wellington, M. Robin qui, de concert avec M. Foubert, s’occupe de l’évangélisation des Badagas, n’est pas sans appréhension sur le résultat de leurs communs efforts. « Notre « pauvre chrétienté, dit-il, continue à être bien éprouvée. Une jeune fille de 14 ans qui, il y a « deux ans, se convertit à notre sainte Religion, malgré l’opposition de ses parents, vient de « mourir au couvent d’Outacamund. Cette chrétienté est bien petite et cependant jusqu’à « présent nous avons déjà enregistré une douzaine de morts. De plus, les quelques familles « que nous avons, sont divisées entre elles, malgré nos efforts pour y faire régner la paix et la « concorde. Après tout ce que nous avons fait pour cette tribu, ces dix dernières années, on « serait presque tenté de dire que l’heure du salut n’est pas encore venue pour les Badagas. « Cependant je ne cesserai pas de travailler à leur conversion, sans négliger les parias des « plantations, moins rebelles en général à la voix du bon Dieu. »
« Par rapport aux plantations sur les Nilgiris, il y a beaucoup à faire. Un grand nombre de chrétiens viennent y chercher les moyens de vivre qu’ils ne trouvent plus dans la plaine. Mais hélas ! loin de tout centre, obsédés par les agences protestantes que favorisent d’ailleurs les surintendants des plantations, beaucoup, sans toutefois embrasser l’hérésie, deviennent négligents dans l’accomplissement de leurs devoirs. Il serait nécessaire qu’il y eût un confrère spécialement chargé de ces chrétiens disséminés çà et là : ce sera une mission pénible et délicate, bien souvent ingrate ; mais elle s’impose désormais d’une manière tout à fait pres-sante. En attendant, on confie à des catéchistes le soin d’aller visiter les plantations, et il en est qui s’en occupent activement et avec fruit, témoin ce que m’écrit de Counour M. Denis Peyramalle.
« Le catéchiste de Hulicul visite régulièrement les plantations sur lesquelles travaillent « disséminés de trois à quatre cents chrétiens, que rien ne relie entre eux et le prêtre en dehors « de ces visites. Il encourage les chrétiens valides et malades, appelle le prêtre auprès des « moribons, ensevelit les morts, fait apporter les enfants au baptême. En un mot il surveille « cette chrétienté si exposée, tient le prêtre au courant de ce qui se passe et l’aide à procurer « les sacrements aussitôt que possible. »
« Si, descendant des montagnes bleues, nous jetons un coup d’œil sur la plaine, nous verrons, à Atticodou, M. Bachelard luttant, d’un côté, contre les agitations des luthériens qui cherchent à semer la zizanie parmi ses chrétiens, et, de l’autre, contre les procédés peu scrupuleux de certains individus qui sont la cause de toutes les disputes parmi ses ouailles. Cependant le nombre des confessions est bien supérieur à celui des années précédentes. Notre confrère a eu aussi la joie de baptiser 13 païens qui appartiennent au district même et dont la persévérance semble ainsi assurée.
« Le choléra, pendant plus de trois mois, a semé partout la terreur et la mort dans Atticodou et les environs. Les eaux, arrivées en abondance, mais trop tard, avaient grossi les rivières et plusieurs fois M. Bachelard, pour aller secourir les pauvres cholériques, a été obligé de se jeter à l’eau ; mais en habile et intrépide nageur, il a évité tous les dangers. Il a, par son dévouement et son zèle à toute épreuve, prouvé une fois de plus ce que peut la charité chrétienne.
« En vous faisant connaître, écrit M. Rivière qui administre Eritchambady, les résultats « obtenus dans le dernier exercice, je dois rendre grâces à Dieu spécialement pour la belle « fête du 25 janvier dernier, où Votre Grandeur voulut bien venir bénir solennellement la « nouvelle église, bâtie en l’honneur des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul. Ce « jour me fit oublier tous les tracas et les soucis qui n’avaient pas manqué au missionnaire, « architecte improvisé et à fonds réduits. Puisse cette nouvelle église être le gage d’une « prospérité nouvelle dans l’histoire de ce district ! Mais, comme en ce monde il n’y a point « de plaisirs sans mélange, à cette joie succéda la tristesse. Cela même dans les desseins de la « Providence était une bénédiction et une visite miséricordieuse. Vers la fin de juillet, on « annonça dans les villages voisins l’approche du terrible fléau, le choléra. Aux premiers jours « du mois d’août, il envahissait le village d’Eritchambady ; de là, grande frayeur qui ne faisait « qu’augmenter à mesure que les victimes se succédaient. Quinze de mes chrétiens ont été « emportés dans l’espace d’un mois, autant d’autres avaient été atteints, mais ont survécu. Ces « quelques jours de choléra n’ont pas peu contribué à ranimer la piété de tous. L’enfant « prodigue du village, celui qui s’est mis aux gages et aux ordres du ministre de Luther, fit « sans doute des réflexions salutaires. Sans toutefois dire : Surgam et ibo ad patrem, il « commença à dire : Peccavi, et, oubliant ses blasphèmes, il vint assister à la procession qui se « faisait en l’honneur de la sainte Vierge pour la cessation du fléau. J’espère qu’il finira par « faire une réparation complète. C’est ainsi que, même dans notre affliction, il y a lieu de « rendre grâces à Dieu. »
« A Palghat, M. Roy se réjouit de ce que, cette année, ses chrétiens ont été plus fidèles à « l’assistance à la sainte messe et à la fréquentation des sacrements. « C’est sans doute pour « éprouver la bonne volonté des vanniers de Poudoupaléam, me dit-il, que le choléra a sévi si « fort parmi eux. Le chef du village, un bon chrétien, était allé, le 27 août, avec un jeune « homme à ses rizières. En rentrant le soir, il fut, lui et son compagnon, saisi du terrible mal et « tous les deux succombaient la nuit même, avant d’avoir pu recevoir l’extrême-onction, mais « tous les deux avaient eu le bonheur de s’approcher des sacrements pour la fête de « l’Assomption. Deux jours auparavant, sept les avaient précédés dans la tombe après avoir « été administrés ; bientôt six autres succombèrent à leur tour. Les pauvres vanniers alors me « prièrent de venir moi-même soigner les malades.
« C’est ce que j’ai fait ; ma présence seule au milieu d’eux était un remède efficace ; ils « n’avaient plus peur. Quinze furent pris de nouveau, mais tous, excepté un enfant de cinq « ans, à qui je ne pus faire prendre de remède, ont été guéris. Espérons que le bon Dieu mettra « un terme à ce fléau. J’ai baptisé 3 protestants et 16 païens en dehors de l’hôpital. »
M. Louis Boulanger qui a remplacé M. Pageault à Valipaléam, a été plus heureux. « Le « bon Dieu a fait une grande faveur à mes chrétiens, écrit-il. Ils étaient effrayés et ils ont tenu « à s’approcher des sacrements, partout où ils ont eu l’occasion de le faire. De plus, les pluies « ayant manqué, au milieu du mois d’août, j’annonçai que je dirais la sainte messe pour « demander la cessation de la sécheresse et du choléra. Les chrétiens alors me prièrent de faire « une neuvaine, et les principales familles s’engagèrent à faire dire une messe tous les jours « pour obtenir la pluie. La neuvaine s’ouvrit par une procession autour du village. Pendant ces « neuf jours, matin et soir, l’église était pleine. Le premier jour, une petite ondée vint nous « donner l’espoir et lors de la clôture, une pluie abondante arrosa la région. Depuis, nous « avons eu des orages presque toutes les semaines, de sorte que pour une bonne partie de la « récolte, l’avenir est assuré. Quant au choléra, il n’a fait aucune victime jusqu’ici parmi les « chrétiens, tandis que certains villages païens aux alentours ont eu jusqu’à 10, 20 et même « 40 morts. Que le bon Dieu soit loué ! »
« A Savériarpaléam, M. Guerpillon voit avec une grande consolation que la belle statue de saint Antoine, offerte si généreusement par la Présidente de l’œuvre apostolique de Lyon, attire, dans la nouvelle et belle église de Péliancoulam, une grande quantité de clients au grand Thaumaturge. Non seulement les catholiques, mais des protestants, des païens, voire même des Turcs, viennent implorer saint Antoine qui est vraiment le saint de tout le monde.
« Je n’ai, dit notre confrère, que 7 baptêmes d’adultes et a deux d’enfants in articulo « mortis à enregistrer cette année. Cependant pour attirer les païens, je me suis mis à soigner « les corps, espérant gagner les âmes. Hélas ! beaucoup ont promis de se déclarer chrétiens, « mais qu’il est difficile de faire le pas décisif, ils ont tant de liens à rompre, tant de préjugés à « vaincre ! Ils tiennent beaucoup à me conduire chez eux pour voir les malades et les toucher. « Les médecins du pays eux-mêmes, à bout de ressources, disent que si je ne viens pas et n’y « mets pas la main, tel malade ne s’en tirera pas. J’y vais autant que possible, quoique je ne « puisse répondre aux désirs de tous. Puissent donc Notre-Dame de Lourdes et saint Antoine « ouvrir les yeux de ces pauvres gens et leur donner la force et le courage d’embrasser notre « sainte religion ! »
« Le district de Coïmbatore a, cette année, perdu son bon pasteur, le cher et regretté M. Baldeyrou. Je me contenterai de dire ici que son zèle pour la sanctification de ses chrétiens et la conversion des païens, sa patience à toute épreuve, sa charité pour les pauvres du bon Dieu, n’ont fait qu’augmenter de jour en jour jusqu’à ce qu’il plût à Dieu de l’appeler à Lui.
« Son zèle était bien secondé par M. Deniau, qui, suivant en tout l’exemple de son curé, a baptisé un assez bon nombre de païens. C’est surtout parmi les parias qu’il a vu ses efforts couronnés de succès. Il a su se concilier la confiance des gens de cette caste et voici ce qu’il raconte lui-même : « Le bon Dieu a visiblement béni nos efforts ; le chiffre des baptêmes de « païens, cette année, atteint 136. Les parias entrent au moins pour les trois quarts dans ces « nouvelles recrues, et comme ils sont tous en famille et de Coïmbatore même, il y a tout « espoir qu’ils persévéreront. Une femme de cette caste, appelée Amma-Kannou, m’a « beaucoup édifié. Depuis longtemps déjà, elle avait le désir de quitter le service du diable. « Elle s’en ouvrit même un jour à plusieurs chrétiens qui s’empressèrent de m’avertir. Je lui « envoyai le covilpoullai (catéchiste des parias), pour l’engager à mettre son bon désir à « exécution ; elle promit de venir sans plus tarder. Le soir même, lorsque son mari rentra du « travail, elle lui fit part de l’intention qu’elle avait de devenir chrétienne. Mais celui-ci qui « était loin de partager ses sentiments, employa d’abord la douceur pour la dissuader d’un « pareil dessein, puis voyant qu’il perdait son temps, il saisit un gourdin et en frappa à coups « redoublés sa malheureuse femme. Il espérait par là lui enlever à tout jamais l’idée de se « faire chrétienne ; il n’en fut rien. Le lendemain matin, lorsque son mari fut parti pour le « travail, Amma-Kannou prend ses enfants, ferme la porte de la maison conjugale, remet la « clef à une voisine avec cette commission : « Tu diras à mon mari que s’il veut de moi, il « n’aura qu’à venir me chercher près du Père. » Après cela, elle vint me trouver et me raconta « ce qui s’était passé. — Tu as souffert pour la bonne cause, lui dis-je, ne crains rien ; si tu es « ferme, ton mari se lassera le premier et finira bien par céder et t’accorder ce que tu « demandes ; d’ailleurs où pourrait-il trouver une meilleure femme que toi ? — Comme je « l’avais prévu, le mari récalcitrant ne tarda pas à donner de ses nouvelles ; des païens vinrent « me trouver, disant que si je ne renvoyais pas immédiatement la fugitive, l’affaire aurait de « graves conséquences. Je ne m’émus pas beaucoup de ces menaces, je fis même dire « officiellement à notre homme de venir me trouver, pour promettre, devant moi, qu’il « laisserait sa femme libre de recevoir le baptême et de vivre en chrétienne. Il ne tarda pas à « arriver. Il accepta toutes les conditions que je posais, et promit qu’il viendrait lui-même « étudier les prières. Il a tenu parole, lui et sa femme recevront bientôt le baptême, et j’ai tout « espoir qu’ils resteront, avec leurs enfants, de bons chrétiens. »
Après nous avoir ainsi entretenus des travaux des confrères, Mgr Bardou fait la revue des œuvres qui prospèrent dans sa Mission.
1º Hôpitaux. — « Les Missionnaires de Marie sont toutes joyeuses des grands succès obtenus dans les hôpitaux de Coïmbatore et de Palghat.
« A Coïmbatore, 32 baptêmes d’adultes, 230 d’enfants in articulo mortis, 17 d’enfants reçus à la crèche, tels sont les beaux fruits qu’elles ont pu recueillir pour le ciel. Leur zèle ne connaît point de bornes. Un malade qui allait mourir et qu’elles avaient cherché à convertir, avait montré quelques velléités de se faire baptiser. M. Terrat, averti par elles, alla voir le patient ; il se préparait à lui donner le baptême, lorsque celui-ci lui dit : « Qu’allez-vous faire ? Je ne veux pas de baptême, ce n’est pas pour cela que je suis venu ici. Si vous voulez, je m’en irai, mais je ne veux pas de votre baptême. » – Le malheureux devenait furieux ; force fut à M. Terrat de se retirer. Après son départ, la bonne mère Saint-Denis va trouver le malade, lui montre combien il a été méchant envers le Père et fait si bien que les larmes lui coulent des yeux, et bientôt il meurt régénéré. Le bon Dieu ne sait rien refuser à la foi vive de ces bonnes sœurs ; l’une d’elles me disait : — Si nous avons eu tant de baptêmes depuis ces derniers mois, c’est sans doute que le bon Père Baldeyrou prie pour nous dans le ciel. »
« A Palghat, il y a eu 15 baptêmes d’adultes et 229 d’enfants in articulo mortis. Tous ces résultats sont réellement bien consolants et je bénis le bon Dieu de vouloir ainsi récompenser nos religieuses qui se dévouent avec tant d’abnégation au soin des pauvres malades. Tout cela occasionne beaucoup de dépenses ; mais, après tout, le gain spirituel que nous retirons, nous compense largement de tout ce que nous pouvons faire pour rendre ces établissernents de plus en plus utiles au salut des âmes.
2º Ecoles. — « Nos maisons d’instruction continuent également à prospérer. A Coïmbatore même, nous avons actuellement, dans nos écoles de garçons, 800 élèves, dont 505 au collège Saint-Michel. Dans celles de filles, tenues par les religieuses indigènes, nous en comptons 285, dont 165 sont païennes. Ces dernières aiment les religieuses et voudraient bien prier comme elles, mais la crainte des parents arrête ces bons mouvements. Espérons toutefois que tôt ou tard ces semences germeront et porteront leurs fruits. On nous demande d’ouvrir de nouvelles écoles dans l’intérieur de la ville, et même dans les villages environnants ; nos ressources ne nous permettent pas de faire droit à ces demandes, et nous avons été obligés de refuser.
« Notre pensionnat de garçons peut être considéré comme un petit séminaire, puisqu’il s’y trouve actuellement neuf enfants qui se préparent à passer les examens requis pour prendre rang parmi les séminaristes. Il compte en tout 70 élèves dont la conduite est très bonne ; M. Rondy, qui en demeure toujours chargé, est heureux de rendre témoignage à leur obéissance et à leur régularité.
3º Fermes agricoles. — « La colonie de Saint-Michel, à Naglour, sous la direction de M. Vieillard, augmente chaque jour; il y a déjà 35 familles. Ce cher confrère se dévoue de tout cœur à la prospérité de son œuvre ; il creuse des puits, défriche de nouvelles terres. Cela ne l’empêche pas de travailler à la conversion des âmes : il a eu, cette année, 41 baptêmes d’adultes et 14 d’enfants de païens.
« Au Sinnapallam confié à M. Lefrançois, aidé par M. Rogues, il n’y aura bientôt plus de terres à donner aux nouveaux ménages, et il devient urgent de songer comment nous pourrons établir les futures familles de nos orphelins.
4º Œuvres de dévotion. — « La confrérie du Saint-Rosaire, érigée canoniquement à Coïmbatore et à Carmattampatty, voit grandir toujours le nombre de ses membres ; la procession du premier dimanche de chaque mois est bien suivie, et les beaux fruits que Notre Souverain Pontife Léon XIII espère de cette dévotion, se feront sentir, nous n’en doutons pas, parmi nos chrétiens. Déjà un bon nombre de familles récitent, tous les soirs, le chapelet en commun.
« Dans une lettre datée du 21 octobre 1895, M. le Supérieur des Chapelains du Sacré-Cœur de Montmartre m’annonçait qu’il avait inscrit, non seulement notre cathédrale, mais encore toutes les églises de Coïmbatore, comme affiliées à la Basilique. J’ai donc fait connaître à tous cette nouvelle faveur et dans les églises où le prêtre réside habituellement, l’exposition du Très Saint-Sacrement a eu lieu pendant douze heures, avec le plus de solennité possible. Missionnaires et prêtres indigènes ont été heureux de voir leurs chrétiens accourir à cette fête, et ils ont remarqué que cette dévotion est appelée à produire, chez nos Indiens, les mêmes bienfaits spirituels que dans notre chère France.
« Daigne le Sacré-Cœur de Jésus bénir nos travaux et nous aider à convertir ces innombrables païens qui nous entourent ! »
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