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Rapport annuel des évêques

Année: 1897
Pays: Inde
Mission: Coïmbatour
Rédacteur:Mgr Bardou

III. — Coïmbatour.


Population catholique 35.042
Baptêmes d’adultes 667
Conversions d’hérétiques 56
Baptêmes d’enfants de païens 1.197
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« Vous connaissez déjà, écrit Mgr Bardou, les divers fléaux qui sont venus fondre sur la pauvre terre de l’Inde. La peste, la guerre, la famine et le choléra y ont fait et font encore des ravages effrayants. Pour ne parler que de ma Mission, le choléra a porté partout la désolation. Le district de Coimbatour a souffert d’une manière spéciale : jamais cette épidémie n’avait duré aussi longtemps ; jamais peut-être elle n’avait été aussi violente.
« Ici même, à Coimbatore, écrit M. Deniau, dans une seule maison, neuf personnes sur « douze ont été atteintes par le choléra. Je n’oublierai jamais le spectacle qui s’est offert à mes « yeux, un matin que je fus appelé auprès d’elles. Dans un coin de cette maison beaucoup trop « étroite et privée d’air, gisait le cadavre d’une petite fille de 5 ans, enlevée en quelques « heures ; à côté, un petit garçon se débattait dans les étreintes de l’agonie ; un peu plus loin, « un grand jeune homme de 20 ans, en proie à des crampes affreuses, se tordait de douleur et « poussait des cris pitoyables. Je dus attendre près d’une heure avant de pouvoir l’administrer. « ─ Père, me disait-il, encore un instant ; je ne puis me confesser, je souffre trop. ─ Enfin, « lorsque la crise fut passée, je me hâtai de lui conférer les derniers sacrements qu’il reçut « avec beaucoup de piété. J’étais à peine rentré chez moi qu’on me rappelait. C’était la « quatrième victime que le choléra faisait dans cette maison en moins de vingt-quatre heures. « Que de familles ont été ainsi anéanties par le fléau ! Que d’orphelins il nous laisse sur les « bras !
« Mais comme toujours, les temps de calamité ont le précieux avantage d’ouvrir à « l’homme des horizons nouveaux que la prospérité trop souvent dérobe à ses yeux. Le « spectacle continuel de la mort a été une prédication bien efficace pour ceux de nos chrétiens, « qui n’étaient pas en règle avec leur conscience. Les païens, de leur côté, se sont montrés « plus dociles à la voix de la grâce. Environ 300 d’entre eux, abandonnant le culte des idoles, « ont été faits enfants de Dieu dans le cours de l’année. Sur ce chiffre de 300, le nombre des « ouvriers de la dernière heure monte à 40 environ.
« Un matin, je me rendais à l’église pour célébrer la sainte messe, une jeune femme « païenne m’aborde : ─ Père, me dit-elle, mon mari se meurt ; venez vite lui donner le « baptême ; s’il plaît à Dieu de me l’enlever, au moins qu’il meure dans votre religion. ─ Je « trouvai le malade à toute extrémité ; son corps était glacé, sa langue ne pouvait plus articuler « que des paroles incohérentes. J’indiquai les soins à donner, puis avant de me retirer, je lui « parlai du baptême. ─ Plus tard, plus tard, fut sa réponse. Sa femme,confuse de m’avoir « appelé en vain, le presse, mais inutilement. Je nie retirai donc, célébrai la messe, et avec « toute la ferveur dont j’étais capable, je demandai au bon Dieu d’avoir pitié de cette pauvre « âme.
« Sous prétexte de porter un remède très efficace, je lui envoyai un de mes bons chrétiens. « Celui-ci fit si bien que le malade consentit à recevoir le baptême de ses mains. Benoît ─ « c’est le nom qu’on lui donna ─ ne tarda pas à reprendre quelques forces, et il était « sensiblement mieux, lorsque je retournai le voir : ─ Père, me dit-il, vous me croyez un « mauvais garçon, parce que je vous ai résisté ; mais non, j’ai foi en votre religion. Puis me « montrant un livre de prières en grand usage parmi nos chrétiens : ─ C’est dans ce livre que « je prie depuis deux ans. ─ Pourquoi avait-il ainsi résisté à mes exhortations et attendu « jusqu’au dernier moment ? Dieu seul connaît ce secret.
« Benoît allait toujours de mieux en mieux ; nous espérions qu’il guérirait complètement. « Mais voici sa jeune femme elle-même atteinte par le choléra. Aussitôt je suis appelé. « Comme elle connaissait déjà les principales vérités de la religion, elle fut bien vite préparée. « Le mari conçut tant de chagrin de la voir si souffrante, que son mal empira et il ne tarda pas « à mourir. Il venait à peine d’expirer que sa compagne rendait, elle aussi, son âme à Dieu, et « portait au pied du trône du divin Juge la robe immaculée de son baptême. »
« Depuis 8 mois, le choléra ne cessait de faire des victimes ; les remèdes qui jusque là avaient eu quelque efficacité, devenaient inutiles. Les chrétiens, de plus en plus effrayés, demandèrent à faire une procession en l’honneur de saint Sébastien. Elle eut lieu le jour de l’Ascension, et passa dans les principales rues où habitent les catholiques. Grâce sans aucun doute à l’intercession du saint, le terrible mal diminua peu à peu et finit par disparaître de la ville.

« Dans le précédent compte rendu, je parlai des agissements des luthériens dans les deux districts d’Atticodou et d’Eritchambady. Ils n’ont pas encore abandonné la place, car voici ce que m’écrivait dernièrement M. Sibuet, chargé de ce dernier poste depuis janvier 1897.
« Furieux de ce que j’ai pu ramener, à l’exception d’un seul, leurs adeptes d’Eritchambady, « les apôtres de l’erreur sont allés jusqu’à m’accuser auprès du Divan ou premier ministre du « roi de Cochin. Ils ont écrit que je faisais frapper leurs disciples, que j’excitais des révoltes ; « j’aurais même déclaré en chaire à mes fidèles que s’ils tuaient un protestant, ils iraient tout « droit au paradis ! La police est venue faire des perquisitions ici-même ; les agents m’ont « montré les plaintes des révérends ; ce n’est qu’un tissu de mensonges d’un bout à l’autre. « Aussi en vain cherchaient-ils des témoins ; personne ne se présenta. Alors un ministre qui se « trouvait à quelques milles de là, apprenant que la police n’avait pas réussi, réunit un « conciliabule avec l’aide du trop fameux apostat Ignaci Raya de Savériarpaléam, et à force « de menaces finit par suborner quelques témoins qui n’étaient pas même venus à l’église. J’ai « de mon côté écrit au Divan, je n’ai pas encore reçu de réponse. Qu’adviendra-t-il ? Je n’en « sais rien ; mais je constate une fois encore que les protestants sont nos plus grands ennemis. « Ne pouvant rien faire auprès des païens, ils ne cherchent qu’à pervertir nos chrétiens. »

M. Tour, qui a remplacé M. Roy à Palghat, paraît satisfait des dispositions manifestées par les différentes classes de ses chrétiens. Il a été très édifié de la constance qu’ils ont mise à venir le dimanche à l’église, même au plus fort de la mousson. Il a eu à déplorer la perte de son maître d’école de Kayrancode. Ce digne homme « qui a magnifiquement travaillé au point de vue chrétien », ne sera pas facile à remplacer pour la formation des enfants et le bon entretien de la chapelle.
Palghat possède un hôpital dirigé par les Franciscaines Missionnaires de Marie. « Je « n’entreprendrai pas, dit M. Tour, l’éloge de nos bonnes Sœurs ; mes paroles ne seraient rien « auprès de leurs œuvres. Leur zèle pour l’entretien de l’hôpital, pour la bonne tenue et la « décoration de l’église, pour l’édification du grand nombre de femmes de toutes les classes « qui vont les visiter, dépasse toute louange. Elles sont éminemment hospitalières, « convertisseuses et baptiseuses. 335 baptêmes d’enfants de païens, 4 de protestants in « articulo mortis, 9 baptêmes d’adultes, 213 malades assistés en moyenne par jour : tels sont, « pour l’année, les beaux résultats du dispensaire, lequel, je suis heureux de le constater, s’est « concilié la sympathie de la grande majorité du public et celle de tous les officiers du « gouvernement. »

« Le 24 juillet, continue Mgr Bardou, j’ai envoyé mon vicaire général prendre possession de l’église de Melarcodou, du rite Syro-malabar. C’est une petite chrétienté d’environ 320 âmes, qui se trouve enclavée au milieu de nos stations tamoules depuis 80 ans. Elle avait été jusqu’à présent soumise à la juridiction de l’archevêque de Verapoly ou à celle du nouveau vicaire apostolique de Trichur. Depuis 12 ans environ, elle est desservie par un prêtre syriaque, originaire de l’endroit même. J’aurais bien préféré qu’elle restât attachée à Trichur, mais la Sacrée-Congrégation de la Propagande, par un décret du 15 juin dernier, a décidé que la juridiction des nouveaux vicaires apostoliques du rite syro-malabar était toute territoriale et que les chrétiens du dit rite qui se trouvent dans les limites des autres diocèses dépendaient uniquement de l’Ordinaire du lieu. L’administration de cette petite chrétienté offrira quelques difficultés, vu le caractère turbulent de ces peuples qui veulent absolument avoir la haute main dans le gouvernement de l’église. J’avais fait mes observations à son Excellence le Délégué apostolique, mais à Rome, on a voulu, une fois pour toutes, mettre fin à la double juridiction qui présente toujours de graves inconvénients. »

Nous avons vu, dans le chapitre précédent, que la Mission du Mayssour avait deux districts dans le Wynaad. Le diocèse de Coimbatour étend sa juridiction sur la partie sud-est de la même région, laquelle forme le district de Gudalur administré par M. Gudin. Notre confrère, comme ceux de la Mission voisine, a beaucoup à lutter contre les ministres protestants. Cette année, ceux-ci ont tenté plus spécialement de lui arracher quelques néophytes de la castel Thier ; M. Gudin a su non seulement déjouer leurs menaces, mais encore profiter de leur défaite pour augmenter le nombre de ses fidèles.
« A Coonoor, M. Denis Peyramalle a eu 18 baptêmes de païens et 6 conversions d’hérétiques. Ces résultats sont bien consolants, si l’on considère la concurrence que nous font les ministres de l’erreur avec leurs écoles et leur argent, soit à Coonoor même, soit dans les plantations.
« A Wellington, M. Robin a encore, cette année, parcouru les villages païens des Badagas de la Montagne. Mais le succès n’a répondu, ni à son zèle, ni aux privations de tout genre qu’il s’est imposées pour étendre parmi ces peuples le règne du divin Maître. Toutefois il ne se décourage pas ; il espère au moins que d’autres recueilleront ce qu’il a semé au prix de bien des peines. Il fait en ce moment la visite des plantations de Kotaghiri. 32 baptêmes d’adultes et 2 conversions de protestants ont été obtenus par nos confrères de Wellington. »

Ootacamund est divisée maintenant en deux paroisses. L’ancienne, celle de l’Assomption, a une population catholique de 3.768 âmes ; elle est administrée par MM. Biolley et Tignous qui ont eu 46 baptêmes d’adultes, 17 d’enfants de païens et 7 conversions d’hérétiques.
La nouvelle paroisse du Sacré-Cœur, qui compte 1.100 fidèles, est confiée à M. Roy. L’église, construite sous la direction de M. Foubert, a été solennellement bénite le 28 février 1897 par Mgr de Coimbatour, entouré de huit missionnaires. Ce fut l’occasion d’une magnifique fête religieuse ; la cérémonie s’accomplit au milieu d’une foule évaluée à 4.000 personnes, parmi lesquelles des protestants, des musulmans et des païens qui observèrent le plus respectueux silence. Pendant la messe qui suivit la bénédiction, un chœur de catholiques anglais fit entendre, du haut de la tribune encore inachevée, plusieurs motets d’une grande piété, qu’accompagnait un habile organiste.
« Parmi les Anglais qui viennent respirer l’air réconfortant d’Ootacamund, dit M. Roy, « beaucoup tiennent à visiter l’église du Sacré-Cœur. Les plus bigots d’entre eux ne cachent « pas leur déplaisir, à la vue de ce nouvel édifice catholique, mais peu importe !
« Il y a quelques jours, j’allai demander une audience à S. E. le Gouverneur. Elle me fut « accordée aussitôt. ─ Dites donc, Père Roy, je veux aller visiter votre église avant de partir « pour Madras. ─ Je venais précisément inviter Votre Excellence à nous honorer de sa visite « ─ Quelques jours après, le Gouverneur arriva, accompagné de sa femme, Lady Havelock. « Ils ont d’abord admiré la situation de l’église qui domine toute la vallée. L’un et l’autre ont « été d’une amabilité charmante ; quoique protestants, ils se sont mis à genoux et ont fait une « courte prière devant le Saint-Sacrement. Ils m’interrogèrent ensuite sur les différentes « statues que je me propose de placer aux cinq autels. Lady Havelock, examinant la verrière « de l’abside, me demanda : ─ Père Roy, quelle est cette église peinte sur ce vitrail ? ─ « Madame, c’est Paray-le-Monial. ─ Paray-le-Monial !... là où Notre-Seigneur apparut, n’est-« ce pas ? ─ Parfaitement, Madame. ─ Allons ! votre église sera belle, quand elle sera « achevée ; mais vous avez beaucoup à faire pour la finir. ─ Oui, beaucoup à faire, répéta le « Gouverneur... Est-ce qu’elle est remplie de fidèles le dimanche ? ajouta-t-il. ─ Oh ! pas « encore, Excellence, et pour la remplir le travail sera peut-être plus rude que pour la terminer. « ─ Il demanda ensuite combien nous comptions de catholiques à Ootacamund. ─ Près de « 5.000 dans les deux paroisses. ─ C’est magnifique ! Oh ! les prêtres catholiques, ils font de « bonne besogne ! ─ En sortant, il me présenta une enveloppe : ─ Tenez, Père Roy, votre « église est pauvre ; ceci vous aidera un peu. C’est mon offrande au Sacré-Cœur. »

« Gloire donc au Sacré-Cœur ! conclut Mgr Bardou. Si cette nouvelle église nous a beaucoup coûté, j’ai la ferme confiance que la dévotion au divin Cœur de Jésus se répandra de plus en plus, et nous donnera la consolation de travailler avec plus de fruit à l’agrandissement du royaume de Dieu. »


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