| Année: |
1898 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Maïssour |
| Rédacteur: | Mgr Kleiner |
II. — Maïssour.
Population catholique 41.586
Baptêmes d’adultes 546
Conversions d’hérétiques 98
Baptêmes d’enfants de païens 401
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La peste qui a fait tant de victimes à Bombay, s’est abattue sur la Mission du Maïssour, et en particulier à Bangalore, où elle sévit d’une façon peut-être plus terrible que partout ailleurs. « Chaque jour, nous écrivait Mgr Kleiner en octobre dernier, nous comptons ici environ 250 décès, parmi lesquels une large proportion de nos chrétiens. » C’était au moment de nous envoyer le compte rendu de l’exercice qui finissait. Aussi Sa Grandeur d’ajouter aussitôt après : « Les afflictions, les soucis du temps présent ne nous laissent guère, ni à mes missionnaires ni à moi, le loisir et la volonté de nous occuper du passé. Un instant, j’ai songé à ne vous envoyer que le tableau général des comptes d’administration et l’état de nos œuvres. » Finalement, Mgr de Mysore nous a transmis les quelques détails qui lui ont été fournis par les confrères.
Le district de Mysore qui compte une population catholique de plus de 2.000 âmes et plusieurs établissements d’instruction et de charité très importants, était jusqu’ici sous la responsabilité d’un seul missionnaire. Cette situation a été heureusement modifiée, à la grande joie de M. Le Tohic.
Le couvent des Religieuses du Bon-Pasteur, avec son école et son pensionnat, son orphelinat et son refuge, a été confié à la sollicitude de M. Janssone qui a été remplacé comme curé de Saint-François-Xavier et chapelain militaire, à Bangalore, par M. Servanton. D’autre part, un prêtre indigène, le P. Lazarus, a été plus spécialement chargé de la chrétienté d’Anépaléam.
« Les fidèles de cette petite station, écrit M. Le Tohic, à cause de leur éloignement de la « principale église, la fréquentaient peu et par suite laissaient beaucoup à désirer. Les « Wesleyens qui sont magnifiquement installés dans leur voisinage, constituaient un danger « de plus pour ces pauvres gens. Afin de remédier au mal, un prêtre est allé résider à « Anépaléam. Une école a été aussitôt installée, laquelle compte aujourd’hui une quarantaine « d’élèves. Un certain nombre d’entre eux sont païens, mais ils apprennent les prières aussi « bien que les enfants catholiques. Dieu sait ce qui sortira de cette nouvelle situation ; « néanmoins, il est déjà permis d’augurer que cette petite chétienté, dédiée à saint Sébastien, « est appelée à prospérer. »
Shimoga forme un district de 1.281 chrétiens ; il est administré par M. Laurent que seconde M. Despatures. « Si aucun fait extraordinaire ne s’est passé cette année, écrit M. Lau« rent, nous pouvons du moins constater une marche en avant, lente, ordonnée, qui surmonte « ou tourne les obstacles. Les avertissements de Dieu sont mieux compris ; la grâce est reçue « d’une façon plus effective ; les volontés paraissent plus fixées dans le bien. Nous avons peu « conquis sur l’ennemi à l’extérieur, c’est vrai ; mais nous avons gagné beaucoup sur lui à « l’intérieur. Le jardin ne s’est pas agrandi, mais au dedans les vertus, fleurs du ciel, ont « poussé plus nombreuses et plus belles, comme le prouvent les 3.608 communions que nous « avons eu le bonheur de distribuer.
« A quarante milles de Shimoga, à Thirtally (village de l’eau sainte), chaque année des « milliers de païens accourent sur les bords du fleuve sacré pour y boire, s’y laver, s’y purifier « de leurs péchés. Là, au cœur de la place, il y a un noyau de plus de 250 chrétiens, mais pas « d’église. La pauvre hutte en terre qui leur servait de lieu de réunion et de prières a été « détruite par les pluies torrentielles de l’an dernier. Pourquoi Marie ne viendrait-elle pas là « broyer la tête du serpent ? Une petite église sur le flanc de la montagne dominerait toute la « ville et montrerait à tous la vraie source de salut. « La sainte Vierge vous fait dire qu’elle « veut avoir là un temple, disait Bernadette au vénérable curé Peyramale. » Comme la faible « enfant de Lourdes, Monseigneur, nous venons vous dire : L’Immaculée Conception veut « avoir là aussi un sanctuaire : Ubi Maria, ibi victoria.
« Dernièrement, écrit le même missionnaire, au mois d’août, arrivait à l’hôpital de « Shimoga une pauvre indienne qui eut le bonheur d’y être soignée par une infirmière « catholique. Forcée par la misère d’aller au loin chercher de quoi vivre, elle avait quitté son « pays avec un petit garçon de six ans et son mari. Celui-ci les avait bientôt abandonnés à leur « malheureux sort et n’avait plus reparu. Instruite et conseillée par l’infirmière, cette « infortunée ne tarda pas à venir me trouver : « Père, me dit-elle, je veux être catholique avec « mon enfant ; je ferai tout ce que vous voudrez. » Sur ces entrefaites, un protestant la « rencontra et chercha à la gagner moins par des raisonnements qu’à prix d’argent. Grâce à « Dieu, elle ne s’y laissa pas prendre et vint me raconter tout. Ainsi le démon a manqué son « coup ; mère et enfant sont maintenant en sûreté, l’une au couvent, l’autre à l’orphelinat. »
Une chrétienté a été fondée aux environs de la ferme agricole de Silvépoura. Elle est confiée depuis six mois à M. Tabourel, qui rend ainsi compte de la situation matérielle et spirituelle de ses ouailles
« Les récoltes ayant été mauvaises et les travaux se faisant rares, les trois quarts de mes « chrétiens se trouvent actuellement dans un état de véritable misère. Ils vivent au jour le jour, « heureux quand la paie d’une journée de travail a pu suffire aux dépenses quotidiennes de la « famille. Si la divine Providence ne nous vient en aide, je ne sais vraiment comment nous « atteindrons la prochaine moisson.
« Il m’est bien doux, par ailleurs, de pouvoir signaler toute la satisfaction que m’a apportée « la conduite des chrétiens. Tous s’approchent régulièrement des sacrements ; quelques-uns « tous les quatre ou cinq mois, la plupart tous les trois mois, ou même tous les mois. Aussi « quoiqu’ils laissent sous certains rapports tant soit peu à désirer, la grâce de la sainte « communion aidant, il sera possible un jour, je l’espère, de répéter au père de famille ces « paroles du Sauveur : Quos dedisti mihi, non perdidi ex eis quemquam. Antony lui-même, le « pauvre possédé ou obsédé, semble peu à peu revenir à ses anciennes bonnes dispositions. « Voici l’histoire de cette brebis perdue.
« Antony est un ancien poudjary (sacrificateur) de la caste des Bederou, baptisé, si je ne « me trompe, par M. Sigean. Marié ensuite et établi à Kasagatpoura, il semblait heureux et « vivait en bon chrétien, lorsqu’un jour, un secret par lui recueilli sur les lèvres de son père « mourant, et depuis lors oublié, se représenta tout à coup à son esprit. Il s’agissait d’un trésor « enfoui près d’un vieux goudi (temple) pendant longtemps desservi par sa famille. A cela il « sembla d’abord n’attacher qu’une importance médiocre, mais peu à peu, le démon sans « doute aidant, les paroles de son père devinrent plus obsédantes. Jour et nuit le secret occupa « la première place dans ses pensées, jusqu’à ce qu’enfin, ne pouvant plus résister à la « tentation, il crut devoir se mettre en route à la recherche du prétendu trésor.
« Pendant près de six mois, il ne reparut plus au village. Il fouilla à plusieurs reprises le « lieu indiqué, chercha dans tous les coins du temple et sous les pierres environnantes, mais « sans succès. S’il avait existé, le trésor avait évidemment disparu.
« Déçu dans ses espérances et honteux de revenir à son village, il résolut de renoncer à la « foi du Christ pour devenir païen. Mais la fermeté de sa femme fit échouer son malheureux « projet. Après bien des hésitations, il revint enfin à Kasagatpoura, mais hélas ! complètement « transformé, complètement changé. Depuis lors, quand on lui parle de religion, de Dieu, de « son âme, il entre en fureur et son état ressemble beaucoup à une possession ; quelquefois sa « bouche écume, et sa raison paraît l’avoir abandonné.
« Espérons que Dieu aura un jour pitié de lui et mettra fin au châtiment dont il a puni la « brébis pécheresse. »
« A la paroisse de Sainte-Marie de Bangalore, cette année-ci, dit M. Rautureau, la gerbe « des baptêmes est le double de celle de l’an dernier, à savoir : 81 baptêmes dont 42 d’adultes « et 39 d’enfants, plus 12 conversions de protestants. Les communions de dévotion sont aussi « plus nombreuses. La communion réparatrice se maintient au chiffre de 6 à 8 communions « par jour, et de 250 à 300 les jours de fête. Le catéchisme du dimanche m’amène toujours de « 150 à 180 enfants. Les écoles comptent environ 200 élèves, parmi lesquels une quarantaine « de païens ; les résultats aux examens ont été bons.
« Au mois de décembre, on m’amène un petit païen d’environ quatre ans trouvé sur le « chemin. Une famille chrétienne demandant à l’adopter, je lui confiai sans le baptiser. Un « jour, trois mois après, sa mère adoptive le surprit cherchant à briser le cordon qu’il avait au « cou, et auquel était attaché un petit tube en argent renfermant un morceau de papier avec des « écritures et des signes tracés par quelque prêtre des idoles. La mère lui demande ce qu’il « fait, et il répond : « Depuis que je suis chez vous et que je dis les prières, chaque nuit ce « chittou (billet écrit) me tourmente, me pique, et quelque chose me dit de m’enfuir. Voilà « pourquoi je veux m’en débarrasser et jeter le Katan (diable) dans la boîte aux balayures. » « Dès que j’appris la chose, je me hâtai de baptiser ce petit prédestiné.
« Un autre païen, un vieux celui-là, était allé l’an derneir à Bombay ; il y fut baptisé dans « un hôpital tenu par des religieuses. Après sa guérison il revint ici, mais se garda bien de dire « qu’il était catholique. Tombé malade de nouveau, il fut amené à l’hôpital où il se fit inscrire « comme païen. Mais bientôt son mal s’aggravant, il rentra en lui-même, se souvint de son « baptême, et dans une de mes visites aux malades, me dit qu’il était chrétien, lui aussi, et « qu’il voulait mourir chrétien. Après avoir pris quelques renseignements, je lui administrai « les derniers secours de la religion ; il mourut pieusement la nuit suivante. »
M. Cochet qui est chargé d’une partie du Wynaad, commence son rapport par rendre grâces à Dieu pour la tranquillité relative dont il a joui dans l’administration de son district de Vyitri. L’an dernier, il avait eu beaucoup à souffrir des menées des protestants. Cette année, la lutte a encore existé, mais moins vive. C’est surtout à l’enfance que les ministres de l’erreur se sont attaqués.
« Pour avoir voulu retirer un petit garçon de leurs mains, écrit-il, je me suis attiré leur « haine, et ils ont porté plainte contre moi devant le tribunal. J’espère sortir victorieux de ce « procès, car je suis bien armé et bien résolu à ne pas me laisser enlever les âmes de nos « enfants. »
Passant en revue les différentes stations de son district, M. Cochet ajoute : « L’état « spirituel dans les trois postes principaux, Vyitry, Mépady et Sultan-battry, laisse quelque « peu à désirer, à Sultan-battry principalement. Toutefois, cet état ne doit pas être attribué à la « mauvaise volonté des chrétiens, mais plutôt à leur dissémination et à la difficulté de leur « administrer régulièrement les secours spirituels. Mettez-les auprès de l’église et du prêtre, « nul doute qu’ils ne reprennent leurs pratiques religieuses. En général, il règne partout le « district, et surtout à Vyitri, un meilleur esprit qu’il y a deux ans. Je n’entends plus jamais les « chrétiens mécontents menacer de passer au protestantisme. »
Au point de vue de l’évangélisation, M. Cochet résume ainsi les résultats qu’il a obtenus : 5 baptêmes d’adultes, 2 d’enfants de païens, 2 conversions de protestants, et l’envoi de deux païennes au couvent.
Manantoddy est un autre district du Wynaad, administré par M. Adigard, qui continue à nous intéresser par l’histoire de la conversion des Kourchers.
« L’an passé, écrit-il, j’avais eu la joie de baptiser le premier Kourcher qui fût venu à « nous ; son bon esprit, son attachement à sa nouvelle foi me permettaient d’espérer qu’il me « serait de quelque secours dans la formation des nouveaux catéchumènes, mais la mission « que le Seigneur lui avait donnée était remplie, et Il l’a appelé à la récompense ; que son « saint nom soit béni !
« Rayappa, après une courte maladie, est mort à l’hôpital, revêtu du scapulaire et muni des « sacrements de la sainte Église.
« De lui, comme de celui qui l’assistait à ses derniers moments et qui le suivit dans la « tombe quelques mois plus tard, je puis dire en toute vérité que notre sainte religion eut sur « eux une action très sensible. Leur caractère avait visiblement gagné et ils donnaient un très « bon exemple à ceux qui, dans la suite, étaient venus se joindre à eux.
« Fidèles à leur tactique principale, les protestants essayèrent de renverser ce que je venais « d’édifier, et détailler leurs faits et gestes donnerait à mon rapport une longueur démesurée, « quoique parfois bien amusante. Quelques païens aussi ont cherché à me créer des embarras. « Ils ont été jusqu’à inquiéter mes gens la nuit. J’en ai été quitte pour quelques veilles et avec « l’aide de M. Fernandez, l’inspecteur de police, tout est rentré dans l’ordre. Actuellement j’ai « cinq familles Kourchers chrétiennes ; quatre autres apprennent les prières ; une cinquième « est attendue d’un jour à l’autre.
« Non contents de s’attaquer aux Kourchers, les protestants qui ont maintenant deux « catéchistes ici pour une douzaine d’adeptes, s’attaquent de nouveau à nos anciens chrétiens. « Ils n’ont réussi qu’à nous enlever un seul individu. Celui-ci a fait tout son possible pour « attirer sa femme ; il est allé jusqu’à l’affamer, lorsqu’elle était depuis quatre mois étendue « sur sa natte par suite d’un mal de pied. Elle a courageusement résisté aux menaces comme « aux offres, et actuellement le transfuge est en pourparlers avec mon catéchiste pour rentrer « au bercail.
« Jusqu’ici encore, c’était une coutume chez nos adversaires de déblatérer tant et plus « contre notre école. Aux derniers examens, le bon Dieu nous a dédommagés : sur 39 enfants, « 33 ont été reçus, et notre école a été classée la première de toutes celles du Wynaad. »
Nous citerons encore le fait suivant que nous extrayons du rapport adressé par le même missionnaire à son évêque : « A trois milles d’ici, de l’autre côté de la rivière, demeure un « païen télégou, Muniappa, qui a sept enfants. Je le connais depuis quelques années et je n’ai « manqué aucune occasion de chercher à le gagner à Dieu.
« Vers le mois de décembre, il me fit appeler. Le pauvre homme était là, entouré de sa « petite famille, mais tout à fait incapable de se mouvoir, cloué qu’il était par de douloureux « rhumatismes. Pour comble de malheur, ses ouvriers s’étaient enfuis, et il n’avait personne « pour faire sa récolte que voleurs et sangliers venaient piller à tour de rôle. Je lui promettais « l’aide de mes Kourchers, lorsqu’arrive un païen, soi-disant médecin, qui s’assied gravement « en face du patient, le regarde attentivement et finit par lui dire : « Je vois ce que c’est, un « sort ! Un sacrifice à telle divinité et deux jours de médication te rendront la santé. Mais pour « cela il me faut différentes choses : une toile neuve, quelque monnaie, une poule, une noix « de coco, etc..,. etc. » Bref, de quoi habiller à neuf et gorger toute la faculté. Muniappa qui « avait écouté ce boniment d’un air assez calme, lui répondit : « Tout cela est fort bien, mais « je me contenterai d’un remède, si tu en as. Quant au maléfice dont tu me dis victime, la « bénédiction du Père ici présent, qui a pris la peine de venir me voir, m’en guérira plus vite et « mieux que tous tes sacrifices. » Et il congédia le sorcier.
« Tout en se rapprochant de nous, Muniappa ne s’est pas encore fait baptiser ; il m’a « cependant offert d’administrer le sacrement de la régénération à deux de ses enfants. J’ai cru « meilleur d’attendre et ai bon espoir qu’avec votre bénédiction et l’aide de vos prières, nous « réussirons à faire de lui un adorateur du vrai Dieu.. »
Mgr de Mysore termine par ce trait son compte rendu de l’exercice 1898. Il n’ajoute plus qu’un mot où il exprime sa reconnaissance envers Dieu pour le bien accompli et son désir de voir le fléau qui décime sa Mission tourner au profit des âmes : « Que le Seigneur soit béni pour les grâces dont Il nous a comblés et le bien qu’Il nous a donné de faire ! Qu’Il daigne nous garder et nous conduire au milieu de l’épreuve, afin qu’un plus grand nombre d’âmes soient sauvées. Nous dirons tous les jours : Fiat voluntas tua ... Adveniat regnum tuum. »
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