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Rapport annuel des évêques

Année: 1903
Pays: Inde
Mission: Coïmbatour

III. — Coïmbatour


Population catholique 36.700
Baptêmes d’adultes 384
Conversions d’hérétiques 43
Baptêmes d’enfants de païens 1.209
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La mission du Coïmbatour a perdu successivement, dans le courant de 1903, son évêque vénéré, Mgr Bardou, mort le 7 février, et Mgr Peyramale, nommé successeur de Mgr Bardou, mort le 17 août, avant d’avoir reçu la consécration épiscopale. Aussi ne sommes-nous pas surpris d’entendre M. Rondy, supérieur intérimaire de cette mission désolée, pousser un cri de détresse en commençant le compte rendu des travaux de l’exercice :
« Levavi oculos meos in montes unde veniet auxilium mihi... Hélas ! qui viendra combler le vide immense creusé au milieu de nous par la mort de notre si regretté et tant aimé Mgr Bardou, suivie bientôt de celle de son successeur, Mgr Peyramale, évêque élu, que le bon Dieu nous a montré et qu’Il a rappelé presque immédiatement à Lui ? Nos regards sondent l’horizon ; chacun se demande quel est celui qui réjouira nos cœurs et relèvera notre courage. Mais pourquoi envenimer encore une plaie vive, cette plaie, qui ne se cicatrisera que quand Dieu nous aura envoyé « quem missurus est » , le « messie » si ardemment désiré ?
« A ces accablantes épreuves est venu s’adjoindre le terrible fléau de la peste bubonique. Pendant plus de deux mois, seul, éloigné de tout confrère, M. Gudin est resté au milieu de ses chrétiens du Wynaad pour les réconforter par sa charité et son dévouement sans bornes. Le bon Dieu ne l’a pas délaissé : « Mes chrétiens, écrit-il, ont été bénis de Dieu ; peu d’entre eux « ont été emportés par le fléau. Comme ils se confessaient bien pendant que la peste exerçait « ses ravages ! La population païenne, au contraire, a été décimée ; les conversions deviennent « rares. Les 54 baptêmes d’adultes qui composent ma modeste gerbe, ont été presque tous « administrés avant l’épidémie.
« Dès que la peste diminua d’intensité, j’ouvris de nouveau l’école. J’étais au milieu des « enfants, lorsqu’un jeune païen tomba soudain malade. L’inspecteur, mandé, déclara qu’il « était atteint du fléau. Je fis venir les parents de l’enfant, qui promirent solennellement que « leur fils serait baptisé, s’il échappait à la mort. Envoyé au camp des pestiférés, l’enfant « guérit, et aujourd’hui, il se prépare au baptême. »

« Malgré toutes les précautions que prit le gouvernement pour empêcher le fléau d’arriver à Ootacamund, ce charmant sanatorium du sud de l’Inde ne fut pas épargné. Ici je laisse la parole à M. Biolley : « Arrivée à pas de loup de Gudalur à Ootacamund, vers les premiers « jours de mai, la peste choisit ses premières victimes parmi les brahmes, et gagna bientôt les « trois principaux centres : le bazar, Muttouchey et Kandel. La situation devenant de jour en « jour plus critique et l’épidémie faisant de rapides progrès, le gouvernement organisa une « ambulance. Médecins, apothicaires, inspecteurs, sous-inspecteurs, infirmiers, infirmières, « tous gens diplômés, se mirent à parcourir la ville dans tous les sens, à la grande stupéfaction « des habitants. Bientôt après, cinquante soldats indiens arrivaient de Coonoor, pour « désinfecter les maisons des pestiférés. La vue des charrettes qui emportaient les malades, et « les visites des inspecteurs jetèrent la panique parmi la population.
« Désinfecter une maison n’est point une bagatelle : jugez-en plutôt. On met d’abord dans « la rue tout ce qu’elle contient, depuis une épingle jusqu’aux plus lourdes armoires, et cela, « parfois, sous une pluie battante ; ensuite l’aspersion du mobilier et de l’immeuble « commence et se poursuit jusqu’à ce que tout soit parfaitement mouillé. Le propriétaire est « au désespoir, car il doit rentrer lui-même ses meubles et s’installer dans une maison où tout « est trempé.
« Pour éviter ces tracas, plus encore que par la crainte de la peste, les habitants quittèrent la « place en masse. En quelques jours, plus de trois mille personnes s’enfuirent dans la plaine : « plusieurs emportaient avec eux le germe de la maladie ; ils moururent en route, ou peu après « s’être fixés ailleurs.
« La principale rue de la ville indigène, d’ordinaire si encombrée, fut bientôt déserte. Plus « de trois cents marchands fermèrent boutique et s’en allèrent, sans même laisser un gardien « dans la maison.
« Le nombre des victimes du fléau, officiellement reconnues pendant les trois derniers « mois, s’élève à deux cent cinquante. Malgré la grande et belle procession que nous « organisâmes en ville pour conjurer la peste, les catholiques lui ont largement payé tribut. « Quelques familles ont été particulièrement éprouvées : l’une a perdu six de ses membres, et « l’autre, quatre, en un mois ; d’autres, privées de leur chef, sont maintenant dans la misère « noire et très exposées à se laisser tenter par l’or des protestants.»
« Au début de l’épidémie, la municipalité avait installé, à la hâte, sur les flancs d’une « colline, un hôpital pour les malades. C’est là que tous les pestiférés étaient portés et soignés « par des infirmières dont le dévouement m’a souvent édifié. C’est là aussi que la grâce « attendait le retour de plusieurs pécheurs. Parmi les chrétiens qu’il a plu à la Providence d’y « envoyer, plusieurs avaient négligé, depuis de longues années, leurs devoirs religieux : ils se « sont convertis sincèrement et ont fait une mort bien chrétienne. Nos fréquentes visites à « l’hôpital produisaient le meilleur effet sur les protestants et les païens. Des mères protes-« tantes me demandèrent d’ondoyer leurs enfants ; une païenne sollicita la même faveur pour « sa petite fille, promettant d’étudier la doctrine, dès que son enfant serait guérie. Elle a tenu « parole, et, aujourd’hui, elle se prépare au baptême avec toute sa famille.
« Jaloux du bien que nous faisions au camp, le démon ne pouvait manquer de nous susciter « des entraves. Le 3 août, j’appris, à sept heures du soir, qu’un jeune protestant venait d’être « transporté au camp. Je le connaissais depuis longtemps, et je savais pertinemment qu’il « désirait abjurer l’hérésie. Je m’empressai d’aller le voir. Il me reçut en souriant. Après « quelques mots d’encouragement, je lui parlai de religion et, sur sa demande expresse, je le « baptisai sous condition. Le ministre protestant, qui jusqu’alors s’était tenu prudemment loin « du foyer de la peste, ayant eu vent de la chose, n’eut rien de plus pressé que d’aller trouver « mon néophyte et de lui reprocher d’avoir déserté la foi de ses ancêtres. Grande fut la « surprise du révérend lorsque le jeune homme lui déclara en toute franchise qu’il n’avait plus « besoin de ses services. Furieux de ne pouvoir décharger sa bile sur la brebis qui venait de lui « échapper, le ministre court au bureau du pharmacien, et se fait donner le livre des visiteurs. « Il écrit une vigoureuse protestation contre le zèle intempestif du prêtre catholique, et somme « l’autorité compétente de faire respecter la liberté de conscience ! Ses remarques ne furent « prises en considération par personne, et nous continuâmes de visiter l’hôpital, à la grande « satisfaction des employés et des malades. »
« M. Terrat m’écrit de son côté que, si la peste a désorganisé toutes les écoles, elle a du moins épargné le couvent et le pensionnat. « Jusqu’à présent, dit-il, le bon Dieu a protégé le « couvent ; nous n’avons eu à déplorer aucun cas dans la maison, et les pensionnaires sont « toutes restées chez les Sœurs. Lorsque la Mère supérieure informa les parents « qu’Ootacamund était infecté et que leurs filles pourraient bien être atteintes, tous « répondirent qu’ils laissaient la Mère supérieure juge de les garder ou de les renvoyer. Nous « savons, ajoutaient-ils, quel soin vous prenez de nos enfants, et nous nous en rapportons à « vous.
« Le dispensaire de Kandel continue toujours à faire le bien, et les bonnes religieuses qui le « dirigent ont envoyé 233 petits anges au ciel. »
« D’Ootacamund, la peste est descendue à Coonoor, où elle sévit depuis un mois ; Wellington est aussi infecté. En m’envoyant le compte rendu de l’année, M. Morin, vicaire du cher et regretté Mgr Peyramale, qui administrait Coonoor avant d’être élu évêque de Coïmbatour, écrit les lignes suivantes : « Pour l’année qui vient de s’écouler, il n’y a rien de « bien particulier à signaler dans le district de Coonoor. M. Vieillard, nouveau curé de « Coonoor, s’applique à répandre la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Nous avons glané 24 « baptêmes d’adultes, dont 7 in articulo mortis. Ces derniers n’ont pas été les moins « consolants ; témoin ce pauvre homme qui désirait embrasser la religion catholique, mais « qu’une situation irrégulière retenait loin de l’Église. Étant tombé gravement malade, il me « fait appeler et me dit : « Père, je ne veux pas aller en enfer ; de grâce, ne me laissez pas « mourir sans baptême. — Mais, lui dis-je... » Il ne me laisse pas achever, se jette à mes pieds, « et les larmes aux yeux, il ajoute : « Je cesse pour toujours mes relations coupables, et, si « Dieu me donne la santé, je me conduirai en bon chrétien ; baptisez-moi, car je veux aller au « ciel. » La grâce avait triomphé de sa longue résistance. Quelques jours après, je le baptisai, « et son âme, régénérée par l’eau sainte, ne tarda pas à s’envoler au ciel. »
« Mgr Peyramale a pu voir, avant de mourir, la fin des travaux qu’il avait entrepris pour doter Coonoor d’une belle école dirigée par les Sœurs de Saint-Joseph de Tarbes. Les soucis et les peines ne lui ont pas manqué, mais saint Joseph l’a visiblement soutenu dans la réalisation de l’œuvre qu’il avait conçue. La petite paroisse de Coonoor peut être fière de son école, destinée aux filles européennes et eurasiennes, et qui est sinon luxueuse, du moins très confortable ; le nombre des élèves a augmenté en fort peu de temps ; au mois de juin, il était de soixante-dix.
« Mgr Peyramale avait bâti encore deux autres écoles, pour les garçons et les filles indigènes. Elles sont dans un état de prospérité incontestable.
« Je dois ajouter ici que, le 27 août, au milieu d’un grand concours de peuple, j’ai bénit solennellement le couvent et la grande école de Coonoor, qui resteront comme un monument du zèle et du dévouement sans bornes du cher et regretté prélat.

« De Coonoor, la peste s’est répandue dans la plaine, et voici qu’elle est arrivée au milieu de nous, ici, à Coïmbatore ; la population est affolée ; plus de 10.000 personnes ont déjà quitté la ville. A la grâce de Dieu !
« Cette année, la paroisse de Coïmbatore a fourni 70 baptêmes. Ce chiffre, un peu inférieure à celui du précédent exercice, n’en est pas moins un encouragement pour les missionnaires ; ils savent, en effet, que les nouvelles recrues seront fidèles à leur foi, et qu’elles ont renoncé pour toujours aux superstitions païennes.
« A 4 milles de Coïmbatore, se trouve une station de 360 chrétiens environ : c’est Podanur. La chapelle du poste, bâtie autrefois par Mgr Bardou, lorsqu’il était curé de Coïmbatore, menaçait ruine. M. Robin, au prix de grands sacrifices, est parvenu à construire une magnifique chapelle, dédiée comme la première à saint Joseph. J’ai eu le bonheur de la bénir solennellement au mois de juillet. Les protestants avaient contribué généreusement à la construction de cette chapelle ; ils assistaient en foule à la cérémonie. Le petit sanctuaire ne laisse rien à désirer au double point de vue des dimensions et du bon goût.
« Le 15 août, assisté de tous les confrères qui se trouvaient à Coïmbatore, je bénissais encore le nouveau séminaire qui venait d’être terminé. Ce bel édifice, dû à la générosité d’une insigne bienfaitrice et commencé du vivant de Mgr Bardou, restera comme un pieux souvenir du vénéré défunt, qui aurait été si heureux de le bénir lui-même. Qu’il me soit permis ici en mon nom et au nom de tous mes confrères, d’offrir nos plus sincères remerciements à notre charitable bienfaitrice. Le jour de la bénédiction, nous avons tous prié la Reine du ciel de vouloir bien la récompenser de ce qu’elle a daigné faire pour nous et la conserver longtemps encore sur la terre dans l’intérêt de nos missions.

« A M. Guerpillon, qui s’applique avec zèle à former de nouveaux centres dans le sud de la mission, j’ai adjoint M. Hedde. Ce jeune missionnaire est heureux de seconder son curé, et je ne doute pas que nos deux confrères ne réussissent à établir bientôt, sur des bases solides, quelques nouvelles chrétientés. Déjà, ils ont baptisé un certain nombre de païens et réconcilié avec Dieu plusieurs apostats de la dernière famine.

« Je n’ai rien de bien nouveau à vous signaler sur le district de Valypaléam, m’écrit M. Le « Bonzec ; je vous ferai remarquer toutefois que la construction d’une nouvelle église devient « de plus en plus nécessaire à Valypaléam. Il est pénible de voir, le dimanche, tant de « chrétiens se tenir dehors, au soleil, à la pluie, pendant la messe, sans entendre un mot du « sermon ni des prières qui se récitent à l’intérieur de l’église.
« Le nombre des communions de dévotion a augmenté sensiblement, cette année ; c’est un « des fruits de l’Apostolat de la prière que j’ai établi en janvier dernier et qui compte déjà plus « de cent membres. Tous les associés entendent la sainte messe, le premier vendredi de « chaque mois et font, une fois par mois, la sainte communion.
« Je suis extraordinairement consolé de voir mes chrétiens quitter ainsi leurs travaux pour « remplir ces pratiques religieuses. D’un autre côté, les membres de l’Apostolat de la prière « contribuent beaucoup, par leur conduite édifiante et les bons exemples qu’ils donnent, à « améliorer la chrétienté et à procurer la conversion des païens des environs, si rebelles à la « foi. »
« Comme le dit M. Le Bonzec, la construction d’une nouvelle église s’impose à Valypaléam, et je serais heureux de lui fournir les fonds nécessaires. Hélas ! nos ressources sont trop limitées pour que la mission puisse prendre à sa charge, même une moitié des dépenses. Que Dieu vienne en aide à notre cher confrère, qui ne s’épargne ni peines ni privations pour arriver à son but !

« Les luthériens suscitaient beaucoup de difficultés à nos confrères de l’ouest. Aujourd’hui, les missionnaires sont un peu plus tranquilles, et M. Trembleau consacre tous ses efforts à ramener au bercail les brebis égarées de cette région. Les succès qu’il a déjà obtenus sont un gage de ceux qu’il remportera dans la suite.
« M. Rivière, à Erode, parcourt les nombreux villages de son district où nous avions eu quelques conversions de parias. Il les instruit, les encourage, et j’aime à croire qu’il ne tardera pas à faire de nouvelles conquêtes. Mais il est entouré de protestants, et les difficultés qu’ils lui suscitent sont parfois bien pénibles. Que Dieu lui donne la force de triompher de l’opposition systématique qu’il rencontre !
« Une nouvelle chapelle a été bâtie à Shoranur. M.Tour, avant son départ pour la France, en avait jeté les fondements, et M. Bachelard, qui le remplace à Palghat, vient de la terminer. J’espère qu’elle sera bientôt ouverte au culte pour le bien spirituel des chrétiens de l’endroit. C’est ainsi que, chaque année, nous allons peu à peu de l’avant. Le manque de ressources est un grand obstacle au zèle des confrères qui, tous, travaillent avec ardeur à étendre parmi les idolâtres le règne de Jésus-Christ et à le consolider parmi les fidèles confiés à leurs soins.
« Les œuvres de la mission sont en progrès. Le collège, par suite des succès qu’il a obtenus aux derniers examens, a vu s’accroître le nombre des élèves, surtout dans les classes supérieures. Mais voici que la peste menace de tout désorganiser. Nous avons dû fermer l’établissement, et il est à craindre que la rentrée du mois de janvier prochain ne soit pas nombreuse. De là, un surcroît de dépenses pour la mission : il faudra payer les maîtres et la pension des élèves sera diminuée. Et cependant, le prestige dont nous jouissons aux yeux des païens nous vient surtout de notre collège et de nos écoles. »




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