| Année: |
1903 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Pondichéry |
| Rédacteur: | Mgr Morel |
CHAPITRE VIII
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GROUPE DES MISSIONS DE L’INDE
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I. — Pondichéry
Population catholique 141.024
Baptêmes d’adultes 877
Conversions d’hérétiques 40
Baptêmes d’enfants de païens 679
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M. Morel, vicaire général de Pondichéry, nous adresse le rapport suivant :
« Je vous établis aujourd’hui sur les nations et sur les royaumes pour arracher et détruire, perdre et dissiper, édifier et planter. » Ces paroles du Très-Haut à Jérémie, quand Il l’appelle pour être son prophète dans le royaume de Juda, montrent clairement les deux phases du travail que l’ouvrier apostolique est appelé à accomplir. Détruire l’empire de Satan, arracher les âmes à l’idolâtrie, dissiper les erreurs qui tiennent ces âmes ensevelies dans les ombres de la mort, ouvrir leurs yeux à la Lumière qui est venue éclairer le monde, leur donner la vie que Jésus-Christ est venu leur apporter en abondance, les planter dans le jardin de l’Église, les arroser, les cultiver avec amour pour leur faire rapporter des fruits de salut, telle est l’œuvre du missionnaire. Il y a dans cette œuvre deux parts : le travail de défrichement et le travail de construction.
« Défricher c’est, pour le cultivateur, abattre la forêt, débarrasser le sol des épines et des pierres, de tout ce qui pourrait être un obstacle au développement des semences ; pour le missionnaire, c’est prêcher, convertir, baptiser, et cela au milieu d’épreuves et de tribulations sans nombre. C’est ce travail qui est en voie d’accomplissement dans la partie nord de la mission de Pondichéry. Comme M. Fourcade et M. Darras l’écrivaient en détail dans le compte rendu de l’an dernier : avant la grande famine de 1877-79, dans toute la partie du diocèse qui s’étend en ligne presque directe du nord au sud, de Pondichéry et Villapuram à Arni, et de l’ouest à l’est de Cortampett à Tatchur, il y avait à peine quelques chrétiens ; aujourd’hui, il y a plus de 20 districts.
« M. Grandjanny est à la pointe est, à Cheyour, et la mer seule est capable de l’arrêter. M. Giraud s’avance à pas de géant vers le fleuve Palar. Il n’y a plus qu’un petit coin entre Arni, Vandiwash et Karuvapundi : MM. Mignery et Millard y font chaque jour des incursions et des conquêtes fort consolantes. Cette année, il est vrai, comme nous l’écrit M. Mignery, « il y a « un certain déficit pour les conversions et les baptêmes de païens. Il faut l’attribuer à « l’absence des néophytes qui sont partis travailler aux arachides, et aussi à un certain « abandon des pratiques religieuses, produit par le bien-être des temps présents. » Notre cher confrère se console à la pensée qu’il a fini son établissement matériel : « Presbytère, « dépendances, écoles, maisons de catéchistes, tout est construit, dit-il. Le Sacré-Cœur, qui « m’a permis de terminer l’édifice matériel, saura consolider l’édifice spirituel contre toutes « les ruses du démon et les coups de bélier des protestants. »
« A Tindivanam, M. Combes constate, au contraire, avec joie, que le nombre des confessions s’est accru considérablement. « Cela tient, dit-il, à deux causes : la première est « la visite pastorale de Monseigneur, la seconde est l’accroissement de la confrérie du Sacré-« Cœur. En outre, quelques chrétiens mieux instruits des vérités de la religion sont réguliers à « faire leur communion hebdomadaire. Nos œuvres, ajoute-t-il, continuent à faire le bien. A « l’hôpital, la moyenne des malades se maintient. Dans les orphelinats, tant de filles que de « garçons, il y a toujours bon esprit et bon appétit, deux excellentes choses dans des maisons « comme celles-là. »
« C’est aussi par un cri de joie que M. Clément, l’ancien compagnon d’armes de M. Combes et son voisin actuel, commence son compte rendu : « L’an passé, écrit-il, ce n’était « pas sans un sentiment de honte que je vous détaillais l’exercice 1901. Cette fois, je « n’éprouve pas la même confusion. Ayant résidé d’une façon permanente dans mon district, « j’ai pu m’en occuper sérieusement. C’est pourquoi les confessions, les communions et les « mariages ont été beaucoup plus nombreux que l’an dernier. »
« M. Maurice à Villapuram, M. Godec à Allhady, M. Surrel à Polur, occupent non moins glorieusement des avant-postes en plein pays ennemi. Je dois citer encore M. Autemard à Gengi , M. Chavanol à Sittamur, et il faudrait les nommer tous, car tous ont droit aux félicitations du général. C’est surtout en consultant les comptes rendus, en voyant le nombre des confessions et des communions qui va s’augmentant d’année en année dans ces nouveaux districts, que l’on sent son cœur chanter un cantique d’actions de grâces et que l’on voudrait pouvoir décorer tous ces braves qui bataillent pour la cause du bon Dieu. Mais ils servent un Maître qui voit tout, et qui a promis de payer au centuple tout ce qui serait fait pour l’extension de son royaume : c’est là leur consolation, c’est leur espérance qui ne sera pas confondue.
« Les missionnaires chargés des anciens chrétiens ont surtout à les perfectionner, à planter dans leurs âmes toutes les vertus, à les développer en obtenant de ceux dont ils ont le soin, qu’ils observent plus exactement les préceptes de la religion, qu’ils fréquentent les sacrements, qu’ils s’entr’aiment et qu’ils donnent le bon exemple. Tout en ayant de temps en temps la joie de faire entrer quelques brebis dans le bercail du bon Pasteur, ils doivent se consacrer tout entiers aux labeurs plus obscurs de la direction des âmes ; ce qu’ils font, je suis heureux de le dire, avec beaucoup de zèle et de dévouement : les chiffres des confessions en rendent témoignage. La dévotion au Sacré-Cœur, si chère à notre archevêque, et qui s’étend de plus en plus, est probablement le secret du succès extraordinaire obtenu dans certains districts. C’est, d’ailleurs, l’avis de tous les chefs d’anciens districts, et les lignes suivantes de M. Pungier finissent par le cri général d’action de grâces au Sacré Cœur de Jésus.
« Il n’y a eu de marquant, pour cet exercice 1902-03, que l’établissement de la confrérie du « Sacré-Cœur dans le village de Pungavadi. Ce village m’inspirait de grandes inquiétudes à « cause des disputes dont il était le théâtre. Au mois de janvier 1903, j’y suis allé avec M. « Teyssèdre, qui avait bien voulu me rendre ce dernier service avant de quitter Coneripatti. « Grâce au Sacré-Cœur, nous avons pu accorder nos gens, et tout le monde, ou à peu près, « s’est approché des sacrements. Nous avons immédiatement établi la confrérie du Sacré-« Cœur . Maintenant, je tâche d’aller tous les mois à Pungavadi, et j’obtiens chaque fois 35 à « 45 communions. Quoique tout n’y soit pas encore parfait, cependant la différence entre « l’état actuel et l’état ancien est immense. Gloire soit rendue au Sacré-Cœur ! »
« Mais dans ce travail de perfectionnement, la part la plus obscure, quoique non la moins méritoire, n’incombe-t-elle pas aux confrères qui se consacrent, dans les établissements, à la formation de la jeunesse ? A Pondichéry, le séminaire-collège fait, pour les enfants chrétiens, ce que font en France les écoles catholiques. Sous l’habile direction de M. P. Escande, et grâce aux ressources qu’il a su se procurer, les bâtiments ont doublé et le nombre des élèves a dépassé 800. Que le cher supérieur me permette ici de le féliciter, lui et ses collaborateurs. Les jeunes gens de Pondichéry reçoivent, au séminaire-collège, une solide instruction chrétienne, et nous pouvons espérer d’avoir plus tard des pères de famille foncièrement religieux. Il est à regretter que les mêmes efforts n’aient pu être encore faits pour l’éducation des filles : une seule école à Pondichéry semble loin d’être suffisante.
« A Saint-Joseph de Cuddalore, les mêmes résultats sont obtenus pour les jeunes gens chrétiens du territoire anglais. Les succès de cet établissement sont encore plus importants et tout aussi méritoires que ceux du séminaire-collège de Pondichéry. Je dis aussi méritoires, car, en pays anglais, c’est-à-dire protestant, si les moyens employés pour paralyser l’action catholique sont plus loyaux, ils n’en sont pas moins puissants. L’argent accomplit partout des merveilles, mais surtout dans l’Inde. Néanmoins, le seul collège concurrent que les protestants aient à Cuddalore, va tomber cette année à l’état de simple école primaire, parce que, d’après la loi anglaise, il n’a pas pu présenter de candidats aux examens depuis trois ans. Les élèves devront venir s’ajouter aux 1.300 élèves de notre collège Saint-Joseph s’ils veulent compléter leur instruction. — Ces succès sont aussi d’une bien plus grande importance, à cause du retentissement qu’ils ont dans cet immense pays des Indes et de l’influence qu’ils nous y donnent. Merci donc à nos chers confrères de Saint-Joseph pour le bien qu’ils font à la cause catholique dans notre mission et les missions voisines ! Daigne Notre-Seigneur ramener au milieu d’eux le plus tôt possible leur bien-aimé supérieur, M. Bertho, qu’une douloureuse maladie de cœur retient, pour le moment, à l’hôpital de Bangalore !
« Tout est miraculeux dans les victoires remportées sur Satan par le missionnaire, mais cela ne nous frappe point, parce que nos pauvres yeux mortels ne peuvent le constater. Aussi sommes-nous heureux d’ajouter à ce résumé des exploits spirituels de nos confrères, le récit d’une guérison miraculeuse dont M. Combes a été témoin et qu’il raconte ainsi :
« Sœur Yvonne, des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, souffrait depuis le mois de mai « d’une forte ophtalmie dont j’ignore le nom scientifique. Les deux yeux étaient atteints : « l’œil droit complètement perdu, enfoncé dans son orbite et les paupières paralysées ; l’œil « gauche, à peine ouvert, presque privé de la vue. La malheureuse Sœur ne voyait même pas « suffisamment pour passer d’une chambre à une autre. La lumière la plus douce lui était « insupportable, elle était prisonnière dans une chambre noire qu’elle ne pouvait quitter. Elle « ressentait au nerf optique des élancements tellement douloureux que, pour les calmer, le « médecin de Pondichéry avait recours aux injections de morphine.
« Le 25 septembre, Sœur Yvonne arrivait à Tindivanam sous prétexte de changer d’air : en « réalité, elle ne changeait que de chambre noire, et son état resta le même. Quelques jours « après, nous commencions à Tindivanam la célébration du mois du Rosaire. Je suggérai de « demander la guérison de la Sœur à notre bonne Mère du ciel. Tous, religieuses, enfants de « l’orphelinat et chrétiens, nous nous mîmes en prières. Vers le 20 octobre, la douleur du nerf « optique cessait, mais l’œil droit restait toujours fermé, les paupières paralysées ; l’état de « l’œil gauche ne s’améliorait pas.
« Il ne reste plus que neuf jours, dis-je alors, commençons une neuvaine à Notre-Dame de « Lourdes ! Ainsi fut fait. Tous et chacun redoublèrent de ferveur dans la prière. On semblait « pressentir quelque chose, la confiance gagnait tous les cœurs. Le mercredi matin, 28 « octobre, cinquième jour de la neuvaine, arrive : Sœur Yvonne se fait conduire à l’église « pour entendre la messe. Le saint sacrifice commence. Je lis à l’Évangile. Hœc mando vobis « ut diligatis invicem, ut (comme avait ajouté saint Augustin dans l’homélie du bréviaire) « quod cum que petieritis Patrem in nomine meo det vobis. Oh ! s’il en est ainsi, Sœur « Yvonne sera guérie, car c’est la charité qui l’a fait venir au milieu de nos pauvres Indiens, « et c’est cette charité qui lui vaut les ferventes prières qu’en ce moment on adresse au ciel « pour elle.
« Nous voici à l’élévation : c’est là que Notre-Seigneur doit réaliser sa promesse faite à « l’amour. Sœur Yvonne, subitement, sans transition, aperçoit tout à coup le prêtre à l’autel : « ses yeux sont ouverts, elle voit. Quel sentiment d’ineffable reconnaissance dut éprouver « alors la pauvre religieuse jusqu’à la fin du saint sacrifice !
« Après la messe, elle vint seule me trouver à la sacristie pour m’annoncer l’insigne faveur « dont elle venait d’être l’objet. Depuis ce jour, Sœur Yvonne lit sans difficulté son office, « écrit ses lettres, et jouit du grand soleil du bon Dieu en dehors de sa chambre noire.
« L’œil gauche a retrouvé son acuité de vision ordinaire. L’œil droit est un peu faible à « cause d’une petite tache qui affecte encore le cristallin ; mais elle tend à disparaître et a « beaucoup diminué depuis le jour de la guérison. »
« Nous espérons que ce miracle matériel est le présage d’un grand nombre de miracles spirituels, que beaucoup de malheureux plongés dans les ténèbres du paganisme vont voir luire bientôt le divin Soleil de justice !
« Notre compte rendu serait terminé, si la mort n’avait frappé dernièrement, presque coup sur coup, deux vétérans de notre mission.
« M. Giraud, vicaire général, vient de s’éteindre presque subitement, à l’âge de soixante-seize ans, après une vie toute de travail et d’abnégation, couronnée de longues souffrances supportées avec une patience et une résignation qui faisaient notre édification à tous.
« M. Pierre, qui est mort huit jours après, à quatre-vingt-trois ans, n’avait cessé que depuis un an tout travail matériel ; je dis matériel, car son esprit a continué, jusqu’au dernier moment, de concevoir des moyens toujours meilleurs pour le salut des âmes. En Normand qu’il était, il a « braconné » au bon Dieu tous les jours de vie qu’il a pu. Pendant les trois jours qui ont précédé sa mort, il ne mangeait absolument rien ; la goutte de sang généreux qui lui restait, suffisait pour animer son corps. Il avait tant de plans à réaliser, notre bon M. Pierre ! Nous avons perdu en lui un foyer, où les plus jeunes et les plus ardents pouvaient encore réchauffer leur enthousiasme.
« Que leurs âmes, à tous deux, reposent en paix aux pieds de l’Éternel, et y portent le vœu que font tous les missionnaires de voir leur archevêque vénéré, Mgr Gandy, que la maladie a obligé d’aller en France, revenir bien vite au milieu d’eux, complètement guéri et accompagné d’un grand renfort de missionnaires ! »
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