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Rapport annuel des évêques

Année: 1904
Pays: Inde
Mission: Coïmbatore
Rédacteur:Mgr Roy

III. — Coïmbatore


Population catholique 36.649
Baptêmes d’adultes 533
Conversions d’hérétiques 71
Baptêmes d’enfants de païens 854
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Mgr Roy, nouvel évêque de Coïmbatore, nous adresse le rapport suivant :
« L’année dernière, en commençant le compte rendu, M. Rondy, supérieur intérimaire de la mission, faisait entendre de douloureux accents. C’est que nous venions de perdre, à quelques mois d’intervalle, notre bien-aimé pontife Mgr Bardou, qui, pendant vingt-neuf ans, avait gouverné, d’une main ferme et douce, ce beau diocèse du Coïmbatour, et son digne successeur, Mgr Peyramale, si aimable pour tous.
« A peine ces deux grandes figures avaient-elles disparu, que la peste bubonique se déclarait à Coïmbatore. Cinq mois durant, elle promena ses ravages à travers les rues de la ville, semant la mort et l’épouvante de tous côtés.
« Mais, le jour de la fête des Saints-Innocents, 28 décembre, les cœurs renaissent à l’espérance. Un télégramme de Paris apprend au clergé et aux fidèles du diocèse que Rome, mère de toutes les Églises, a fait cesser le veuvage de sa fille de Coïmbatore.
« Le sacre du nouveau pontife fut fixé au 17 avril. Tous les prêtres de la mission, excepté deux, et de nombreux confrères des diocèses voisins, rehaussèrent par leur présence l’éclat de la cérémonie. Le cher M. Deniau, directeur du grand séminaire à Pondichéry, fut retenu, à son vif regret, par la préparation de ses élèves aux examens, et notre doyen, le vénéré M. Pageault, qui, pour employer son expression favorite, « est mort depuis longtemps », ne jugea pas à propos de « ressusciter » pour la circonstance. Ce vieillard mort au monde, que la cataracte a rendu presque aveugle, mais dont l’intelligence, le cœur, les jambes et la voix, la voix surtout, se maintiennent en fort bon état, vit dans la retraite au sanatorium Saint-Théodore. Là, du sommet des montagnes Bleues, il élève vers le ciel ses mains amaigries par la pénitence, pendant que ses frères plus jeunes sont aux prises, dans la plaine, avec l’ennemi des âmes.
« Le 17 avril fut donc pour le diocèse un jour de grande fête. Un physionomiste, venu là par hasard, eût pu, néanmoins, discerner, au milieu de l’allégresse générale, un front qui restait légèrement soucieux. C’était celui de l’élu, qui comprenait la lourde responsabilité qu’entraîne avec elle la charge épiscopale. A l’exemple du divin Maître, il avait prié et répété le Transeat a me calix iste ; mais, surmontant ses répugnances, il avait fini par dire avec Notre-Seigneur : Non mea voluntas sed tua fiat.
Le prélat consécrateur devait être le vénérable archevêque de Madras, Mgr Colgan. Sa Grandeur n’avait pas craint, malgré ses quatre-vingt-trois ans et les chaleurs de la saison, d’affronter les fatigues d’un long voyage, pour venir sacrer l’élu et donner cette marque de sympathique tendresse à l’église de Coïmbatore. Hélas ! contrairement au désir ardent de ce beau et saint vieillard, qui venait de fêter sa soixantaine d’apostolat à Madras, ses forces le trahirent, et ce fut de son lit de souffrance qu’il entendit la pieuse mélodie du Veni Creator et les joyeux accents du Te Deum.

« Me voici donc au lendemain de mon sacre. J’examine le terrain, je dresse des plans avant de placer mes troupes, officiers et soldats, en ordre de bataille. Avec la grâce de Dieu, l’esprit de discipline, de zèle et de sacrifice qui anime mes chers confrères, je ne doute pas de la victoire. Qu’il me soit permis ici d’exprimer ma reconnaissance aux ouvriers apostoliques du diocèse, pour l’affection et la confiance qu’ils me témoignent. Je n’ai qu’un petit reproche à leur faire : ils sont vraiment trop modestes...
« En effet, ils travaillent avec ardeur au salut des âmes : leurs sacrifices, leurs souffrances sont de tous les jours ; mais l’humilité les porte à ne voir, dans leur vie quotidienne, que des choses très ordinaires, indignes d’être mentionnées. Ils laissent à leurs anges gardiens le soin de compter leurs mérites, de recueillir leurs sueurs, d’enregistrer leurs victoires. A leur évêque, ils ne disent mot... à lui de se débrouiller pour rédiger le compte rendu !
« Je dois reconnaître cependant que, si peu de missionnaires m’ont envoyé un rapport étendu, tous du moins m’ont fourni des chiffres. Or, les chiffres, dit-on, sont en eux-mêmes très éloquents... Sans doute, je ne le nie pas ; mais les terrains sont plus ou moins faciles à défricher, et le nombre des baptêmes ne représente pas toujours exactement la somme du labeur accompli. Quoi qu’il en soit, si l’on veut bien se rappeler les comptes rendus de Mgr Bardou, dans lesquels sont énoncées les causes diverses qui rendent ce petit coin du monde très ingrat, et si l’on prend la peine de comparer les résultats actuels avec ceux du passé, on ne pourra s’empêcher de les trouver bien satisfaisants.

« De nos jours, même au Coïmbatour, l’esprit d’indépendance règne parmi la jeunesse des écoles. D’où vient ce mal ? Je l’attribue, pour une large part, à l’instruction elle-même. Les bambins savent lire et écrire, ce que ne savent pas d’ordinaire les papas. Ceux-ci, naturellement, sont fiers de leurs nourrissons. Ils les considèrent comme des êtres vraiment supérieurs. Si, cependant, ils se voient insultés par eux, ce qui arrive de temps en temps, car l’éducation ne marche pas toujours de front avec l’instruction, ils reviennent bien un peu de leur admiration sans bornes ; mais cela ne les empêche pas de vanter leurs gamins à tout propos et de les montrer comme de petites merveilles. Bientôt, le fils trouve que le métier de son papa est trop rude, ne rapporte pas assez, n’est pas digne de lui. Vivre aux dépens du gouvernement lui paraît beaucoup plus honorable, et il veut s’instruire ; il veut passer des examens, non pas par amour de la science, par ambition des honneurs, mais pour obtenir une bonne place, qui lui permettra de remplir sa bourse et... son ventre. Ah ! s’il pouvait passer les examens et obtenir l’emploi lucratif qu’il convoite, sans étude et sans peine, ce serait l’idéal de ses rêves. D’ailleurs, dès qu’il sait lire et écrire, il ne doute de rien, et il est prêt à discuter sur les matières les plus ardues, sans penser qu’il dit des sottises.
« Comme nous ne pouvons nous résoudre à passer pour des ignorants et que nous tenons à préserver nos enfants du danger qu’ils courraient dans les écoles païennes, surtout dans les écoles protestantes, où l’on fausse les idées sur la foi et la morale, nous sommes obligés d’avoir des écoles à nous. Or, les écoles coûtent beaucoup, parce que l’Indien est relativement pauvre et n’aime pas à débourser d’argent.
« Nous avons à Coïmbatore un collège affilié à l’Université de Madras. Deux pensionnats, un pour les enfants de caste, et l’autre pour les parias, sont attachés à ce collège. Les trois établissements sont placés sous la direction de plusieurs missionnaires, secondés par deux prêtres indigènes et des maîtres laïques. La peste avait dispersé nos élèves, mais ils sont revenus.
« Cette année, le collège de la mission a subi une véritable persécution de la part du collège protestant. Les membres du comité directeur de ce dernier se plaignaient amèrement de ce que notre établissement faisait tort au leur ; par conséquent, le nôtre devait disparaître. Après bien des démarches, nous avons obtenu gain de cause, et notre collège nous reste.
« Le diocèse compte, en outre, une soixantaine d’écoles secondaires et primaires. Elles sont dirigées par les Frères de Saint-Patrice, à Coonor ; par les religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie, à Coïmbatore, Palghat et Ootacamund ; par les Sœurs de Saint-Joseph de Tarbes, à Coonor. Les religieuses indigènes de la Présentation, dont la maison-mère est à Coïmbatore, dirigent les écoles primaires de filles dans les divers districts.

« Le diocèse se divise en cinq groupes bien distincts. Je crois utile d’indiquer les chefs-lieux de district, où résident les missionnaires, qui ont d’ordinaire plusieurs postes secondaires à desservir.

1º Groupe du centre : 8.000 catholiques. Résidences : Coïmbatore, Podanur, Saveriarpaléam, Pallapaléam, Karamattampatty et Puklipaléam.
« Coïmbatore a beaucoup souffert de la peste, qui, pendant un certain temps, en avait chassé presque tous les habitants. Le tiers de nos baptêmes d’adultes et d’enfants de païens a été fourni par ce district. Le dévouement des missionnaires et des religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie est au-dessus de tout éloge. Les païens eux-mêmes en sont singulièrement édifiés ; mais, de là à se convertir, il y a loin. Nos Indiens se croient en droit d’attendre tout de nous, sans se considérer jamais comme obligés à rien à notre égard. Nourrie de mensonge, de merveilleux, d’invraisemblable et d’absurde, la grande majorité de la population a le cœur atrophié et ne sait plus raisonner.
« M. Castanié, titulaire du district de Pallapaléam, a bâti une petite chapelle à Sheddapaléam. Il a été grandement aidé par les néophytes du village. D’ailleurs, les chrétiens de tout le district sont en général fidèles à leurs devoirs religieux et donnent de grandes consolations au missionnaire. Malgré cela, les païens ne s’ébranlent pas. La peste a fait de nombreuses victimes parmi les idolâtres ; au contraire, pas un chrétien n’a été atteint. M. Castanié attribue cette préservation de son troupeau à Notre-Dame du Mont-Carmel et à Notre-Dame de Lourdes.

2º Groupe du sud-ouest : 8.500 catholiques. Résidences : Palghat, Chittur, Atticodoo, Erichambady, Vadakancherry et Mélarco.
« A l’hôpital de Palghat, les baptêmes de païens ont été assez nombreux. Les chrétiens de toute cette région du sud-ouest laissent à désirer sous bien des rapports. Aux environs d’Atticodoo et d’Erichambady, on en voit qui se ruinent en procès les uns contre les autres, et ne savent pas écouter les conseils que leur donnent les missionnaires. Il n’y a pas lieu d’en être surpris outre mesure, car les protestants attisent souvent le feu de la discorde. M. Trembleau a eu la joie de ramener 26 chrétiens dans le giron de la sainte Église, Dieu sait au prix de quelles tribulations.
« A Saveriarpaléam, village voisin d’Erichambady, notre zélé confrère a relevé le prestige de son école qui, maintenant, peut lutter avantageusement avec celle des protestants. Il se plaint, à bon droit, de l’insuffisance de la chapelle de cette station, qui peut à peine contenir le tiers de la population catholique.

3º Groupe du sud-est : 1.800 catholiques. Résidences : Udumalpet, Dharaburam et Karur.
« Ce pays est immense, mais, malgré les efforts et les sueurs des ouvriers apostoliques, il reste à peu près stérile : Rorate cœli desuper. Oh ! quand nous sera-t-il donné de voir les cœurs endurcis des pauvres païens se fondre sous l’action de la grâce et s’élever vers Dieu, pour qui ils ont été créés ! Bientôt M. Tour ira s’installer à Dharaburam. Que Notre-Seigneur l’accompagne de ses bénédictions et le console dans les épreuves qui ne lui manqueront pas !

4º Groupe du nord-est : 7.000 catholiques. Résidences : Erode, Matur, Naglur, Kodiveri, Valeepaléam.
«A Erode, les hérétiques font une propagande effrénée. Ils sont arrivés à couvrir le pays d’écoles, et à pervertir les bons sentiments des gens simples qui voulaient venir à nous.
« A Valeepaléam, M. Le Bonzec rapporte un fait tout à la gloire du Sacré-Cœur de Jésus. Une personne, condamnée par les médecins indigènes, abandonna les remèdes humains et fut complètement guérie, à la fin d’une neuvaine au Sacré-Cœur. Les chrétiens du district de Valeepaléam sont très édifiants et ne donnent que des consolations à leur missionnaire.

5º Groupe du nord-ouest : 11.000 catholiques Résidences : Coonor, Wellington, Kotagiri, Ootacamund (deux paroisses) et Gudalur.
« La plupart des chrétiens de ce groupe sont des parias, domestiques chez les Anglais. Ces derniers, en hommes toujours pratiques, ont choisi cette région montagneuse du sud de l’Inde pour s’abriter contre les ardeurs du soleil de la plaine. La température varie entre 0º et + 22º centigrades. Comme pays de villégiature, c’est un idéal. Parmi nos parias de Coonor, il en est un bon nombre qui, sous le rapport de la conduite, de la politesse et de la bonne tenue, le disputent aux gens de haute caste ; néanmoins, toutes leurs qualités ne peuvent faire oublier à leurs concitoyens qu’ils sont d’une caste inférieure.
« A Coonor, M. Vieillard, successeur du regretté Mgr Peyramale, vient d’agrandir son église. Il trouve que les chrétiens de la ville ont fait beaucoup de progrès au point de vue de la piété. Il a baptisé 46 adultes. Ses écoles continuent à prospérer, au grand avantage de la jeunesse catholique.
« A Ootacamund (Sainte-Marie), M. Biolley se plaint de ne pouvoir arriver à maintenir son école sur un bon pied. Et cependant, dans cette ville de 20.000 habitants, dont 5.000 catholiques, une école est de première nécessité. A l’école, le missionnaire tient les enfants sous sa main : il leur fait le catéchisme, il les instruit et les éduque. C’est ainsi qu’il forme des chrétiens sérieux et éclairés.
« A Gudalur, M. Gudin travaille avec zèle sur un sol plutôt ingrat. En effet, le Whynaad est un peu le refugium peccatorum des environs. Notre cher confrère trouve que le diable est trop puissant dans son domaine. Les catéchumènes qu’il attire avec tant de peine vers les pâturages du Christ, sont persécutés par le malin esprit et souvent, avant d’être introduits dans la bergerie par le saint baptême, ils meurent d’une manière tout à fait mystérieuse. Ce que voyant, les parents et amis se découragent et retournent à leur pagode.
« Malgré les efforts de Satan, M. Gudin a baptisé 38 adultes, ce qui est déjà bien beau. Dans ce nombre, se trouve la grande sorcière canara, connue de tout le pays. « Si ma gerbe est
« petite, dit notre infatigable confrère, les espérances pour l’année prochaine sont bonnes. »



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