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Rapport annuel des évêques

Année: 1904
Pays: Inde
Mission: Maïssour
Rédacteur:Mgr Baslé

II. — Maïssour


Population catholique 45.450
Baptêmes d’adultes 796
Conversions d’hérétiques 64
Baptêmes d’enfants de païens 1.207
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« Mille cinq cent soixante et un baptêmes d’enfants de chrétiens, 796 baptêmes d’adultes, 64 conversions d’hérétiques, 1.207 baptêmes d’enfants de païens in articulo mortis, 21.326 confessions annuelles, 20.836 communions pascales, 532 mariages, 847 viatiques et 1.205 extrêmes-onctions ; tels sont les résultats de l’année qui vient de s’écouler, écrit M. Baslé, vicaire général de Mgr l’évêque de Mysore.
« Si, au Maïssour, nous ne pouvons compter sur de nombreuses conversions, chaque confrère, du moins, a la consolation de faire son devoir dans le poste qu’il occupe. Les œuvres établies non seulement se soutiennent, mais encore elles sont en progrès. Là où le prêtre réside d’une manière permanente, la communion mensuelle est en honneur ; les communions de dévotion deviennent de plus en plus nombreuses. Les missionnaires sont, en général, très satisfaits de la conduite de leurs chrétiens, et tous travaillent avec ardeur à affermir parmi eux le règne de Jésus-Christ.
« Je suis content de mes chrétiens, écrit, de Mercara, M. Cochet. Sans doute, je n’ai pas eu « de consolations extraordinaires, mais je n’ai point éprouvé non plus de sérieuses difficultés, « et mes ouailles ont montré une réelle bonne volonté dans l’accomplissement de leurs « devoirs. »
« Les baptêmes ont diminué de quelques unités, écrit M. Rautureau, de Sainte-Marie de « Blackpally ; mais le chiffre des communions a augmenté, les œuvres se sont bien soutenues « et la ferveur de mon troupeau grandit à vue d’œil. » — « Mes chrétiens ne sont pas tous des « saints, écrit M. Auzuech, de Vayitri, où il a remplacé M. Pointet ; mais la sainteté de « quelques-uns fait ma joie et mon édification. Le nombre des très bons dépasse de beaucoup « celui des tièdes. Il y en a qui font huit à dix milles pour venir à la messe, à travers les « sentiers de la montagne, fort pittoresques, sans doute, mais très peu commodes, si ce n’est « pour les chèvres.
« Parmi mes bons chrétiens, ajoute le même confrère, il y a un vieil ermite, émule de saint Antoine. La grotte qu’il habite est d’un accès très difficile et je me suis donné beaucoup de mal pour y monter. Je dois citer aussi une vieille femme, qui élève sa petite-fille, et à qui un jour la femme d’un riche planteur offrit 300 roupies pour qu’elle lui permit de faire élever l’enfant chez les protestants. « Gardez vos roupies, répondit la vieille ; quand je n’aurai plus de riz, j’irai mendier de porte en porte ; mais ma petite, vous ne l’aurez point. » Sur quoi, la femme du planteur se fâcha et insulta la généreuse chrétienne. Cette dernière en avait vu et entendu bien d’autres : elle a gardé sa petite-fille. »

« Un des événements les plus saillants de l’année a été, sans contredit, le troisième Congrès eucharistique de l’Inde, qui s’est tenu à Bangalore les 17, 18 et 19 mai. Le premier avait eu lieu à Madras en 1898 ; le second à Goa, en 1900. Le congrès de Bangalore dura trois jours ; jours de véritable triomphe pour le très Saint-Sacrement, d’allégresse pour les catholiques et d’éloquentes prédications pour les protestants et les païens. Toute la ville fut profondément remuée par cette grande manifestation catholique. Une dizaine d’évêques et une centaine de prêtres, représentant 21 missions, étaient accourus à Bangalore, malgré la chaleur et la distance. Quelques-uns, pour venir de Goa, d’Agra, voire même de Dacca, avaient dû supporter de grandes fatigues.
« Pour loger tous ses hôtes, le collège Saint-Joseph, dont les élèves étaient en vacances, ouvrit ses portes, ses dortoirs et son vaste réfectoire. C’était un spectacle nouveau et unique de voir fraternellement réunis sous le même toit tous ces prêtres européens et indigènes. Ils étaient là pour manifester leur amour envers le très Saint-Sacrement, et se concerter sur les industries de zèle qu’exposaient les rapports lus dans les séances.
« L’âme de ces séances, qui se tenaient au collège, était Mgr Hurth, évêque de Dacca, prélat d’une amabilité exquise et d’une science très étendue. Sa Grandeur, qui a passé une grande partie de sa vie en Amérique et est habituée aux conférences publiques, semblait se faire un jeu de diriger les débats de nos réunions avec un tact parfait.
« Quant aux cérémonies religieuses, elles se déroulèrent dans la cathédrale, voisine du collège, avec une pompe inusitée et un ordre admirable. Le matin, il y avait messe pontificale, avec sermon ; le soir, adoration et salut du très Saint-Sacrement, avec sermon. A chaque exercice, la cathédrale était remplie, longtemps à l’avance, et la procession des prêtres et des pontifes en vêtements de chœur avait juste la place voulue pour traverser la foule des fidèles.
« Le soir du troisième jour, après un long sermon, où l’évêque de Dacca déploya toute sa science et son éloquence, le Saint-Sacrement fut porté sous un dais par Mgr l’archevêque de Verapoly, et une procession aux flambeaux s’organisa dans le vaste enclos de la cathédrale. Spectacle inoubliable, que cette longue théorie d’enfants, de religieuses, de fidèles, de prêtres et d’évêques, se déroulant au milieu d’une foule de protestants et de païens respectueux, dans les allées fleuries et sous le feuillage des grands arbres, aux sons de la musique militaire, et rentrant à l’église aux accents du Te Deum.
« Les fêtes de ce genre sont une véritable prédication non seulement pour les fidèles, mais aussi pour les hérétiques, maintenant si nombreux, qui ont mis de côté leur ancienne aversion contre les catholiques et qui accourent à toutes nos fêtes, avec curiosité et sympathie tout à la fois. Les grandes démonstrations de notre foi sont autant de coups de pioche, donnés sans bruit dans le vieux mur du protestantisme. Notre unité dans la foi, dans les sacrements, dans les rites du culte, établit un contraste avec la diversité de foi et de pratiques religieuses des sectes protestantes, qui essaient souvent, mais toujours en vain, de se réunir entre elles. C’était la note discrète des grands journaux protestants de Madras et de Bangalore, lesquels racontant, jour par jour, ce qui se passait au Congrès eucharistique de Bangalore, disaient bien haut que les catholiques donnaient aux protestants une leçon d’union et de paix dont ils devaient faire leur profit.

« Un autre événement, d’ordre plus intime, a été la célébration, le 16 août, du cinquantième anniversaire de la fondation du couvent du Bon-Pasteur à Bangalore. La chapelle, récemment restaurée, s’était parée de ses plus beaux atours. Le grand jour de la fête fut consacré tout entier à l’action de grâces pour les bienfaits reçus. Le matin, à 6 heures, messe basse, avec chants et prières préparatoires à la communion : 19 petites filles européennes, du pensionnat et de l’école, avaient le bonheur de recevoir pour la première fois le Dieu de l’Eucharistie.
« A 8h. ½ messe solennelle avec diacre et sous-diacre, à laquelle assistaient une vingtaine de confrères, qui avaient voulu témoigner leur sympathie à nos bonnes religieuses. Après la messe, le Saint-Sacrement fut exposé. Religieuses, pensionnaires du couvent et chrétiens de la ville, se pressèrent auprès de Notre-Seigneur, pour le supplier de vouloir bien faire prospérer les œuvres du Bon-Pasteur.
« A 6 h. ½ du soir, la fête se termina par le salut solennel du très Saint-Sacrement.
« Les deux jours suivants, une représentation dramatique fut donnée par les enfants. Le résident anglais, plusieurs notables de la ville, un grand nombre d’amis du couvent et de parents des élèves tinrent à y assister, pour donner un nouveau témoignage de sympathie aux œuvres nombreuses entretenues par la communauté. Il y eut aussi une vente de charité et une loterie, dont le produit a été consacré à réparer l’orphelinat.

« Qu’il me soit permis de faire, en quelques mots, l’historique des principales œuvres du couvent du Bon-Pasteur. Je me bornerai à énumérer des faits et à indiquer des chiffres.
« Cinq religieuses du Bon-Pasteur, sous la conduite de leur supérieure, Marie de Sainte-Thérèse, quittaient Angers le 28 janvier 1854, prenaient la mer à Saint-Nazaire le 9 février, débarquaient à Pondichéry le 16 juillet, après plus de six mois de navigation, et arrivaient à Bangalore la veille de l’Assomption. Le lendemain, elles établissaient leur petite communauté, derrière la cathédrale, dans une maison qui, aujourd’hui, fait partie du séminaire indigène. Le 8 mai de l’année suivante, elles achetaient au prix de 12.000 roupies la résidence du général Alexander, avec le jardin et un vaste enclos. A cette époque, la communauté se composait de 5 religieuses, de 20 pensionnaires européennes ou créoles et de 30 orphelines indigènes. Mais les épreuves allaient commencer.
« Plusieurs religieuses tombèrent malades et moururent : la supérieure elle-même dut rentrer en France en 1861. Elle laissait les œuvres dans un état très précaire.
« La nouvelle supérieure, Sœur Marie de la Visitation, arriva à Bangalore, en novembre 1862. C’est elle qui doit être considérée comme la vraie fondatrice du couvent, aujourd’hui si prospère. Dès le début, elle reprend l’œuvre des Sœurs indigènes de Sainte-Anne. En 1862, elle établit un refuge pour les repenties indigènes. En 1863, elle commence les travaux de la chapelle et, aidée de M. Desaint, termine ce bel édifice en juin 1865. En 1866, elle établit un refuge pour les repenties européennes et créoles. En 1862, elle envoie des Sœurs au couvent de Vellore, qui plus tard fut transféré à Bellary. En 1878, elle fonde le couvent, aujourd’hui florissant, de Mysore. En 1879, elle établit la nouvelle communauté des Madeleines, dans l’ancien musée de la ville, gracieusement concédé par le vice-roi des Indes, lors de son passage à Bangalore, en reconnaissance des services rendus par les Sœurs durant la famine de 1877-1878.
« En 1884, elle fonde la crèche pour les petits enfants abandonnés. La même année, elle obtient du gouvernement de Mysore un vaste terrain, a l’entrée de la ville indigène de Bangalore. La première pierre de l’hôpital Sainte-Marthe est bénite le 28 août 1884, et, en janvier 1886, l’hôpital est ouvert : la chapelle de cet établissement est terminée en novembre de la même année.
« En 1889, elle jette les fondations de la nouvelle école européenne, dite Collège clu Sacré-Cœur, qui est terminée en 1892 et bénite, le 5 mai de la même année, par Mgr Kleiner. Épuisée par tant de travaux et des épreuves de toutes sortes, la Mère Marie de la Visitation part pour l’Europe en 1893, après avoir mis ordre à ses affaires, et elle meurt à Rome le 12 avril.
« De 1893 à 1902, trois supérieures se succèdent, à de courts intervalles, et continuent les œuvres commencées. La supérieure actuelle, Sœur Marie de Sainte-Paule, semble vouloir marcher sur les traces de la Mère Marie de la Visitation. En un an et demi, elle a terminé l’orphelinat européen, vaste bâtiment à étages et bien aéré. Elle a agrandi l’orphelinat indigène, reconstruit en partie les murs de clôture, restauré la chapelle, affilié l’école européenne à l’Université ; et enfin, elle a établi une école normale pour la formation des institutrices.
« Depuis la fondation de l’établissement du Bon-Pasteur, 9.674 baptêmes y ont été administrés ; 3.927 orphelins, 5.824 repenties et 1.021 petits enfants y ont été recueillis. Près de 15.000 personnes y ont reçu les soins spirituels et corporels qu’exigeait leur état.
« Aujourd’hui, l’établissement occupe un très vaste enclos et comprend : la chapelle et le couvent des Sœurs, l’école européenne, l’orphelinat des filles européennes, le couvent des Sœurs indigènes, le refuge des femmes indigènes, la crèche des petits enfants indigènes, l’orphelinat indigène, une maison de dames pensionnaires, le couvent des Madeleines, le refuge des femmes européennes ou créoles, la crèche des petites Européennes, et le parloir.
« Le personnel est ainsi composé : 36 religieuses du Bon-Pasteur, 22 religieuses Madeleines, 43 religieuses indigènes de Sainte-Anne, 72 élèves pensionnaires, 182 orphelines européennes ou indigènes, 123 repenties, 44 petits enfants : soit un total de 522 personnes. Les écoles comptent 345 élèves, sans parler de celles qui sont tenues par les religieuses indigènes de Sainte-Anne, dans 4 paroisses de la ville.

Mysore. — Nous avons vu, l’an dernier, comment un certain nombre de musiciens du radjah de Mysore avaient été renvoyés pour avoir refusé de jouer aux fêtes païennes. M. Despatures raconte ainsi la suite de cet incident. « Cette année encore, l’épreuve a été le « partage de la pauvre chrétienté de Mysore ; ce qui prouve que le bon Dieu ne nous « abandonne pas. Que sa main frappe ou qu’elle caresse, elle est toujours paternelle. Aussi, à « la fin de cet exercice, est-ce en un élan de reconnaissance que ma voix s’élève vers le « Seigneur.
« A cause de la peste qui a sévi une partie de l’année, la mortalité a atteint la proportion de « 1 sur 10. Il y a dans la ville 1.230 chrétiens, et le nombre des morts s’élève à 125. Dès « qu’elle fit sa réapparition, la peste s’acharna sur mes ouailles : on eût dit qu’elle ne voulait « frapper que les chrétiens. Les brahmes triomphaient. Vous voyez, clamaient-ils, les « chrétiens ont désobéi au grand roi, et voici qu’ils meurent tous. » Ils faisaient allusion au fait « des musiciens du roi, qui avaient refusé de jouer dans la procession en l’honneur de Gaouri, « déesse indoue.
« Pendant que la peste décimait mon troupeau, le roi se débarrassait des 19 musiciens qui « étaient encore à son service. Un officier anglais m’avait dit : « Père, vos gens seront tous « impitoyablement chassés. Si le roi les garde, ce n’est que pour un temps, parce qu’il ne peut « pas s’en passer ; mais leur sort est réglé, la sentence est déjà prononcée ; encore un peu de « temps, et elle sera exécutée. ,
« De fait, le roi gardait ces 19 musiciens pour les fêtes païennes du Dassarah. On les « attacha au service des Européens, hôtes du roi à l’occasion des fêtes ; mais dès que ceux-ci « furent partis, le roi renvoya le plus habile des musiciens. Il voulait garder les autres quelque « temps encore, pour enseigner la musique aux païens appelés à les remplacer. Les musiciens « écrivirent alors au roi : « La moitié de la musique du maharadjah a été renvoyée, et l’autre « moitié attend le même sort. Nous voudrions savoir si Votre Majesté entend nous garder à « son service jusqu’au moment, peu éloigné d’ailleurs, où nous aurons droit à notre pension, « et à la condition que nous ne serons pas obligés d’agir contre notre conscience ni de former « les nouveaux musiciens. En effet, il nous répugne d’être contraints de mettre notre riz, de « nos propres mains, dans la bouche de ceux qui se disposent à le manger. Si telle n’est pas « l’intention de Votre Majesté, nous préférons être renvoyés immédiatement, tous ensemble, « sans aucune exception. »
« Le lendemain, les pauvres gens venaient me trouver, le visage radieux : « Père, cette « fois-ci, nos tracas sont terminés, me dirent-ils ; on ne nous demandera plus de jouer en « l’honneur de Gaouri ; nous avons rendu nos uniformes : c’est bien fini. » Au dernier « moment, un brahme leur avait dit : « Réfléchissez pendant qu’il est temps encore ; dans cinq « minutes, il sera trop tard : c’est la misère qui vous attend. Le grand roi honore Gaouri ; « serait-ce donc vous déshonorer que d’en faire autant ? » Un chrétien lui avait répondu : « Si « le roi plaçait un âne devant nous et qu’il nous commandât de jouer, nous jouerions de toutes « nos forces ; mais pour sa déesse, nous ne pouvons pas jouer. »
« Tous furent renvoyés. A ce sujet, le journal païen de Mysore écrivit : « Le roi s’est « dispensé du service des musiciens chrétiens. La raison en est que, durant la fête de Gaouri, « les musiciens, par un scrupule de conscience, ont refusé de suivre la procession. Ce fait « montre le fanatisme et la bigoterie des chrétiens. »
« Au milieu de ses épreuves M. Despatures a eu la consolation de baptiser 53 adultes.

Mines d’or de Kolar. — « Le pays de Kolar était jadis inculte et inhabité. C’est en 1878 que les mines d’or ont été sérieusement exploitées de nouveau et, depuis lors, n’ont cessé de prospérer. Un prêtre indigène visita d’abord les quelques chrétiens qui s’y trouvaient ; puis, deux confrères du collège allèrent, à tour de rôle, leur dire la sainte messe. De 1887 à 1890, MM. Versheure et Correc résidèrent a Kolar d’une manière permanente, mais ces deux regrettés confrères ne purent s’occuper de leurs chrétiens comme ils l’auraient désiré.
« En 1890, M. Fraysse, qui leur succédait, réussit à bâtir une résidence et une église. Depuis lors, la population de Kolar a augmenté très rapidement. Là où il n’y avait pas une âme en 1878, le recensement officiel donne 7.085 habitants en 1891 et 37.964 en 1901, si l’on ajoute la population des faubourgs et des villages voisins.
La progression a été la même pour les catholiques. En 1886, on comptait environ 500 chrétiens à Kolar ; en 1890, il y en avait 1.200 ; 2.500, en 1893 ; 3.000, en 1895 ; 4.300 en 1898 ; près de 6.000, en 1900 et, aujourd’hui, ils sont environ 7.000. Sans doute, cet accroissement provient de l’immigration de nombreux chrétiens de Bangalore et des districts voisins ; toutefois, le missionnaire y a contribué pour une large part. De 1891 à 1895, la moyenne des baptêmes d’adultes a été de 50 chaque année ; à partir de 1896, elle a été de 100 : ce qui prouve que Dieu a ses élus partout, même dans ces agglomérations d’hommes, que groupent l’appât du gain et la soif de l’or.
« L’église de Kolar, terminée en 1892, se trouva bientôt trop étroite, et il fallut construire une chapelle à Balaghat. En outre, M. Fraysse dut, à plusieurs reprises, agrandir son église principale.
« Je n’insiste point sur les difficultés du ministère au milieu d’une population catholique composée d’Anglais, de Grecs, de Malais, d’Espagnols, de Portugais, d’Allemands, de Suisses, d’Autrichiens, de Bohémiens, de Polonais, d’Américains, de Canadiens, d’Arméniens et de Chinois. Une petite colonie de 150 Italiens se distingue par sa ferveur dans la pratique de
notre sainte religion et contribue, chaque dimanche, à rehausser par ses chants les cérémonies religieuses. Mais la grande majorité des mineurs sont de pauvres chrétiens de l’Inde qui, souffrant de la faim chez eux, viennent chercher à Kolar une aisance relative. Bon nombre d’entre eux restent fidèles à leur foi et fréquentent les sacrements d’une manière régulière ; mais il en est qui évitent la rencontre du missionnaire, pour n’avoir pas à lui rendre compte de leurs dérèglements. Ni M. Fraysse, ni son collègue M. Pessein, ne se laissent décourager par les difficultés. Aussi le bien qu’ils opèrent chaque année est-il considérable. Les écoles du district sont très prospères ; le nombre des élèves est actuellement de 240.

Manantoddy. — « Mon compte rendu ne sera pas long, cette année, écrit M. Veyret, et « ma gerbe n’est pas grosse. Je n’ai baptisé que 9 adultes, dont 5 Koorchers et 4 Tamouls ou « Maleyalis ; 4 Koorchers se préparent actuellement au baptême avec quelques autres païens. « Mais le devoir du missionnaire n’est pas seulement de faire de nouveaux chrétiens ; il doit « aussi s’occuper des anciens. Grâce à Dieu, mon district est bon. A l’exception de trois, tous « mes chrétiens se sont approchés des sacrements. Je suis particulièrement content de « l’assistance à la sainte messe ; même à l’époque des grandes pluies, mon église était « comble. »

Coorg. — « De son côté, M. Pinatel, qui administre un des trois districts de la petite province de Coorg, écrit de Sidapur, à la date du 6 septembre : « Le relevé annuel d’un district « de plantations de café est toujours chose difficile à faire. A cause des déplacements « fréquents des chrétiens d’une plantation à une autre, il est à peu près impossible d’avoir un « compte rigoureusement exact. En jetant un coup d’œil d’ensemble sur les résultats de « l’exercice 1903-1904, je constate qu’à part le chiffre des baptêmes, qui est le même que « celui de l’an dernier, tout a quelque peu diminué. Sans faire entrer en ligne de compte la « mortalité, qui est aussi la même, je m’aperçois que 34 chrétiens ont quitté Sidapur et 56, « Pollibetta. Les départs sont donc de 90 ; et, en y ajoutant les décès, j’arrive à un total de 133 « absences. Le chiffre de 42 baptisés et celui des nouveaux venus sont loin de combler un « pareil vide. Au commencement de septembre 1903, le nombre de mes chrétiens s’élevait à « 683 ; aujourd’hui, il n’est plus que de 639. »
« M. Pinatel attribue l’exode de ses chrétiens au peu de sécurité qu’offrent aujourd’hui les plantations de café, et il parle ensuite du petit sanctuaire qu’il a érigé à Pollibetta, où il compte 351 néophytes. « Jusqu’à cette année, écrit-il, le missionnaire était obligé de vivre chez « l’habitant, à l’époque de la visite. Le besoin d’un pied-à-terre se faisait sentir. Grâce aux « secours qui me sont venus de France, et à une souscription de mes paroissiens, j’ai pu élever « un modeste oratoire et bâtir une petite résidence. L’oratoire, dédié à Notre-Dame de « Lourdes, a été bénit le 11 février dernier ; mes deux confrères de Mercara et de « Veerajendrapet étaient présents à la cérémonie. Un protestant européen avait bien voulu « mettre le terrain de la chapelle à ma disposition. Toutes les fois que je suis venu à Pollibetta, « je n’ai eu qu’à me féliciter de l’assiduité de mes chrétiens aux offices. Le chiffre des « communions de dévotion s’est sensiblement accru parmi eux. » M. Pinatel à baptisé 16 « adultes.

Magghé. — « A Magghé, M. Bonnétraine se plaint de n’avoir pas encore pu faire une trouée dans la masse compacte d’infidèles qui l’entourent. En attendant le moment de la Providence, qui sonnera quand il plaira à Dieu, il tâche de maintenir ses chrétiens dans la bonne voie. Cette année, pendant que son collègue, M. Yverneau, faisait l’administration des chrétiens, il a été occupé surtout à bâtir. « Je vois avec plaisir, écrit-il, que mon district prend « figure de civilisation. J’ai terminé ma résidence de Magghé ; j’ai réparé l’église d’Hassan ; « actuellement, je finis la nouvelle église de Dasa-poora, avec le presbytère. Pour ceux qui « ont vu les choses dans leur ancien état, il y a progrès, et nos petits-neveux seront installés « comme des princes dans tous ces villages, où les anciens missionnaires étaient jusqu’ici si « mal à l’aise. »

Chickmaglur. — « A Tirthally, M. Marcon a construit une église. Quoique fort modeste, elle suffit pour le moment. D’un autre côté, M. Vesseyre a bâti une maison à Mudigéré. Désormais, ce cher confrère pourra s’occuper de ses chrétiens d’une façon plus suivie. « A « Chickmaglur, écrit M. Vesseyre, l’événement de l’année a été l’ouverture d’une école. Mon « cœur saignait de voir mes pauvres enfants chrétiens privés d’une bonne éducation et obligés « de fréquenter les écoles protestantes, au grand détriment de leurs âmes. Le 16 août, j’ai donc « ouvert une petite école que j’ai placée sous la protection de la sainte Vierge. J’espère, par ce « moyen, faire un grand bien dans ma paroisse, car les enfants apprendront plus facilement le « catéchisme et s’habitueront, dès le bas âge, à la pratique des devoirs religieux. »

Shimoga. — Dans le cours de l’année qui vient de s’écouler, la peste a sévi presque partout. « La dernière victime, parmi les chrétiens du district de Shimoga, écrit M. Poulnais, a « été un ancien orphelin, nommé Jules, qui était devenu plus que tiède. Il est mort dans un « village païen, à 52 milles d’ici. Un de ses enfants, âgé seulement de quelques mois, ayant « été atteint de la peste, Jules le baptisa lui-même. Quelques jours après, il tomba malade à « son tour. Au moment de mourir, comme il n’avait que deux roupies pour toute fortune, il dit « à sa femme d’en garder une pour ses dépenses, et de me remettre l’autre comme honoraires « d’une messe à célébrer pour le repos de son âme. Voilà un testament sui generis bien « édifiant. »
« A Shimoga, la confrérie de Notre-Dame du Mont-Carmel a perdu son président, qui s’est retiré auprès de sa fille, religieuse à Bellary, pour se préparer à la mort. On craignait que la confrérie ne disparût avec lui. Il n’en a rien été, grâce à Dieu. D’un autre côté, l’assistance à la messe, le premier vendredi du mois, est plus considérable depuis un certain temps, et les communions sont aussi plus nombreuses. »



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