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Rapport annuel des évêques

Année: 1905
Pays: Inde
Mission: Coïmbatour
Rédacteur:Mgr Roy

III. — Coïmbatour

Population catholique 37.080
Baptêmes d’adultes 373
Conversions d’hérétiques 25
Baptêmes d’enfants de païens 867
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« Cette année, écrit Mgr Roy, j’espérais offrir à Notre-Seigneur une belle gerbe, aux épis pleins et nombreux ; mais, malgré les efforts et le zèle tout apostolique de mes chers collaborateurs, mon espoir ne s’est point réalisé, du moins quant à la quantité.
« D’où cela provient-il ? De plusieurs causes : les unes particulières, les autres générales.
« Je dois alléguer d’abord l’absence momentanée de plusieurs missionnaires ; puis, le déplacement de plusieurs autres, qui sont allés planter leur tente dans un nouveau district, et qui, avant de rien entreprendre, ont dû s’orienter, étudier le caractère, le tempérament de leurs néophytes, afin de leur préparer une nourriture appropriée à leurs besoins.
« En outre, nos catéchumènes ont souffert de la famine. Au Coïmbatour comme ailleurs, le missionnaire est compatissant et généreux ; il donne tout ce qu’il a, et lorsqu’il n’a plus rien, il donne encore son cœur et de bons conseils ; mais les bons conseils seuls ne satisfont guère les affamés. C’est alors que les protestants, toujours à l’affût, se présentent, les mains pleines d’or et d’argent, et, par leurs calomnies qui vont jusqu’à nous faire passer pour des gens riches, mais sans cœur et sans compassion, éloignent de nous des âmes que nous avions lieu de croire affermies dans la foi.
« Les ministres protestants, en certains endroits, ont même essayé de pervertir nos anciens chrétiens ; et les missionnaires ont eu toutes les peines du monde à préserver leur troupeau des pièges de l’hérésie.
« La caste est aussi un obstacle à la conversion des Indiens. On fait croire aux cultivateurs, simples et ignorants, que celui qui embrasse la religion chrétienne renie sa caste ; or, pour tout homme honorable, mieux vaut mourir que de perdre sa caste.
« Enfin une cause plus générale du petit nombre de conversions, c’est que le païen est un homme désarmé. Entraîné par la loi des sens, il n’est plus régi par la loi de l’esprit, il a capitulé, il est prisonnier des passions les plus grossières ; en un mot, c’est un homme purement matériel, tel que le décrit la Sagesse. Adonné à un culte sensuel et monstrueux, il ne garde plus aucune honnêteté ; chez lui, tout est dans la confusion, la tromperie, la corruption, l’oubli de Dieu, le renversement de la nature. Voilà l’état d’abaissement moral dans lequel gît le peuple que nous avons la mission d’évangéliser. Notre tâche est pénible sans doute, mais qu’elle est glorieuse et noble !
« Avec son intelligence obscurcie, son cœur dépravé, quelle conception peut bien avoir le païen de l’Inde des perfections de la divinité, de la noblesse de l’âme humaine ? Il s’est créé des dieux à lui, leur a attribué toutes ses faiblesses morales, tous ses défauts, même les plus honteux. Quand nous lui expliquons la grandeur, la justice, la pureté, la sainteté, la bonté, la miséricorde infinie d’un Dieu Rédempteur, mort sur une croix par amour pour les âmes, l’Indien ne nous comprend pas ; il reste froid. Cette conception de la divinité ne cadre plus avec celle qu’il s’en était faite.
« Si vous voulez l’endormir, prêchez-lui la vertu. Si vous voulez le réveiller, faites sonner quelques roupies à ses oreilles ; ou encore parlez-lui de ses bœufs, narrez-lui une histoire ridicule quelconque, se rapportant aux gestes de ses dieux ; celle, par exemple, de Vishnou incarné en Ramen, pour détruire, avec une armée de singes, le terrible Ravana qui lui avait volé sa femme Sitha ; ces choses-là l’intéresseront sûrement.
« Un jour, après avoir expliqué à des païens le mystère touchant de l’infinie miséricorde de Dieu pour les hommes, un missionnaire, ému par sa propre éloquence où avait passé toute son âme, s’arrête un instant pour jouir de l’impression produite sur son auditoire. Quelle n’est pas sa stupéfaction d’entendre le plus intelligent de ses auditeurs lui faire cette question : « Samy, est-ce qu’on chique du tabac en Europe ? » N’est-ce pas le cas de dire : Aures habent et non audient ? L’indien a des oreilles, mais il n’entend pas. On arrive cependant à le convertir avec la grâce de Dieu et la prière, surtout si l’on ajoute à ces deux grands moyens l’humilité, la patience, la douceur et la charité. Le païen est un bloc informe, que le bon Dieu place sous le ciseau de notre zèle apostolique, et que nous devons dégrossir lentement, petit à petit ; c’est un malade à qui il faut donner une nourriture proportionnée à son état de faiblesse. Les Paul, terrassés sur le chemin de Damas, sont extrêmement rares chez nous. C’est pourquoi, en général, la première génération des convertis laisse toujours un peu à désirer. Que d’ennuis, que de tracas pour conserver un nouveau chrétien ! De quelle patience il faut faire preuve, pour l’aider à se défaire complètement de ses habitudes païennes ! Seul, le cœur du missionnaire, surtout celui du « père » qui l’a engendré dans la foi, est assez patient, assez aimant pour ne l’abandonner jamais, malgré ses défauts. Il le réprimandera quelquefois ; mais ses réprimandes seront si douces, si tendres... presque des caresses ; car seul, il sait ce que lui a coûté cette âme arrachée au démon et devenue si chère à Jésus-Christ. »

Après ces considérations d’ordre général, Mgr Roy passe en revue les divers postes de sa mission et fournit les intéressants détails qui suivent :
« M. Rondy, vicaire général et curé de la cathédrale, m’annonce 80 baptêmes d’adultes. Il s’étend longuement sur la belle manifestation qui eut lieu le 8 décembre dernier, jour de la clôture du jubilé de l’Immaculée-Conception. Les missionnaires n’ont rien négligé pour préparer les chrétiens à fêter dignement notre bonne Mère du ciel. Pendant les trois mois qui précédèrent la fête, le diocèse fut parcouru, dans tous les sens, par les apôtres de l’Évangile ; et là où une neuvaine était impossible, il y eut, au moins, un triduum de prières et de sermons. Aussi le souvenir de la journée du 8 décembre 1904 reste-t-il profondément gravé dans tous les cœurs.
« M. Rondy voudrait n’avoir dans sa paroisse que des chrétiens instruits et occupés. Pour atteindre ce but, son zèle ne connaît pas de bornes : souvent on le voit faire jusqu’à trois sermons par dimanche, et il vient de créer des bibliothèques paroissiales. Malheureusement, l’Indien ne s’ennuie point dans l’oisiveté ; il est peu enclin aux lectures sérieuses.
« Ce qui désole encore mon cher vicaire général, c’est que beaucoup d’enfants ne fréquentent pas les écoles, à cause de l’insouciance et de la pauvreté des parents.
« Les autres districts appartenant au groupe du centre, marchent assez bien ; mais les baptêmes d’adultes s’y font de plus en plus rares. M. Boissière, chargé de Karamattampathy, ancienne résidence des vicaires apostoliques du Coïmbatour, constate avec tristesse que les néophytes abandonnent peu à peu ce district. Il est assez satisfait de ses chrétiens ; seuls ceux du petit village de Somanur lui donnent des soucis.
« Pendant le carême, j’ai visité tout le sud-ouest du diocèse. Au cours de ma tournée, j’ai donné plus de 1.000 confirmations. Les chrétiens de cette région appartiennent, pour un grand nombre, à la caste des « vanniers » ; ils ont toujours été plus ou moins frondeurs. Pour les diriger utilement, le missionnaire ne doit pas perdre de vue que, dans certaines circonstances et à l’égard de certains individus, l’inertie est une force, et la patience, un trésor.
« A Erichambady, M. Trembleau a beaucoup souffert physiquement à cause de sa pauvre santé, et moralement, à cause du bien qu’il voulait faire peut-être un peu trop vite, étant donné le milieu où s’exerçait son zèle.
« A Palghat, M. Bachelard accuse 18 baptêmes d’adultes et 258 d’enfants de païens. Une petite chapelle lui semble nécessaire à Pudupaléam. Il est content de ses ouailles.

« M. Guerpillon va achever bientôt la construction d’une résidence à Udamalpet, gros village de 1.600 habitants qui dépend du district de Pollachy dans l’est de la mission.
« M. Tour, chef du district de Dharapuram, a été malade et absent pendant cinq mois. J’avais chargé un jeune prêtre indigène de le remplacer. « Le P. Michel, m’écrit M. Tour, m’a « très bien remplacé durant ma maladie ; et, après mon retour, il m’a secondé avec le plus « grand zèle. Les chrétiens l’estiment beaucoup, et ce n’est que justice. Je lui dois, après la « grâce de Dieu, l’augmentation du nombre des communions de dévotion que je suis heureux « d’enregistrer. »
« Je dois ajouter que M. Tour s’applique avec succès à développer l’enseignement religieux dans les écoles de son district.

« Au nord-est, à Érode, où les protestants ne cessent pas leur propagande, M. Rivière se donne beaucoup de mal et leur dispute le terrain pied à pied. Missionnaire infatigable, il va de village en village et annonce la bonne Nouvelle à tous les païens. Insensible à la chaleur, il aime cette vie errante qui, à son avis, ne manque pas de poésie. Lors de mon passage à Erode, 80 parias étudiaient la doctrine. Le missionnaire réussira-t-il à les baptiser tous ? Dieu seul le sait ; mais le démon, les protestants et les païens de caste s’uniront certainement contre ces pauvres parias, pour les intimider et en faire reculer au moins quelques-uns.
« Un nouveau district a été fondé par suite de la division de celui de Matur : il a nom Saveriarpaléam, et son titulaire est M. Gaymard. Ce cher confrère m’écrit : « La famine, la « fièvre des bois, la peste et un procès nous ont, tour à tour, fait passer par des transes peu « communes. La famine, surtout, a éprouvé les agriculteurs. Chaque jour ils se rendaient par « centaines à la montagne voisine, pour y couper de l’herbe qu’ils portaient ensuite au « marché. J’avais le cœur navré, en pensant qu’ils ne recevaient qu’une faible rétribution de « 10 centimes, après une marche de 15 kilomètres. Enfin, Dieu a eu pitié de nous, et la pluie, « qui n’était pas tombée depuis quatorze mois, vient de nous favoriser de sa visite...
« Au milieu de mes tristesses, Dieu m’a envoyé un rayon de joie. Plusieurs villages, où la « semence de 1’Évangile avait été déposée il y a vingt-huit ans, à l’époque de la grande « famine, réclament le missionnaire. »
« Dans le district de Kodiveri, qui est administré par M. Gaucher, j’ai envoyé M. Tignous, avec mission d’aller de l’avant et de faire une trouée parmi les païens. Il s’est établi à 15 milles de Kodiveri : mais sa santé n’est point en rapport avec son zèle, et je crains qu’il ne puisse supporter longtemps les fatigues de sa charge.

« C’est dans le nord-ouest du Coïmbatour que l’on trouve le plus grand nombre de chrétiens, et que l’on obtient le plus de conversions.
« Je donne la parole à M. Vieillard, chef du district de Coonoor. « L’année qui vient de « s’écouler, dit-il, ne mérite aucune mention particulière : les joies et les peines ; les heures « d’angoisse et celles, plus rares, de douce tranquillité ; les succès et les revers ; les mérites et « les démérites : tout s’est suivi et s’est entremêlé pour disparaître dans l’océan de la divine « miséricorde. Seule, la maladie qui a conduit le cher M. Béchu aux portes du tombeau, d’où « il est revenu plein de vie et de courage, nous laisse le souvenir d’une douloureuse épreuve.
« Les chiffres de l’administration attestent un léger progrès sur l’année dernière. Nos « écoles continuent de garder le premier rang que le passé leur avait acquis. Elles comptent « 462 élèves. Les confréries sont prospères, et le nombre total des confessions a été de 6.030, « y compris 525 confessions d’enfants qui n’ont pas fait leur première communion. »
« Je félicite les confrères qui ont pris l’habitude de confesser les enfants plusieurs fois par an. C’est là un puissant moyen de faire éclore, dans leurs jeunes âmes, la vie et les vertus chrétiennes. M. Vieillard a baptisé 45 adultes.
« M. Petit, curé de la paroisse du Sacré-Cœur d’Ootacamund, annonce 15 baptêmes d’adultes et raconte le fait suivant : « Un soir, dit-il, harassé par les labeurs de la journée, « l’idée me vint de faire une promenade. Armé de mon bâton, j’allais me mettre en route, « quand, me ravisant, je me dis : A quoi bon ? je vais continuer mon travail, cela vaudra « mieux » ; mais impossible de m’appliquer à quoi que ce soit. Je reprends donc mon idée « d’aller respirer l’air pur et réconfortant de la montagne. Je marche à l’aventure et, en passant « devant une vieille cabane d’ordinaire inhabitée, j’entends une voix qui me crie : « Père, « Père, venez vite. » Je cours et reconnais un homme que j’ai baptisé quelques mois « auparavant. — « Que veux-tu ? — Vite, Père. — Trop tard, gémit la mère qui est au « désespoir ; mon enfant est mort. » En effet, le pauvre nouveau-né ne donne plus signe de « vie. Je m’empresse toutefois de le baptiser sous condition. Peut-être n’est-il pas mort... Oh ! « bonheur, le bébé pousse encore un soupir ; et c’est le dernier. Je m’en retourne heureux, en « remerciant Dieu de m’avoir inspiré de faire cette promenade. Une âme, par mon ministère, « est montée au ciel, où elle chantera les louanges de Dieu pendant toute l’éternité. »
« A Gudalur, M. Gudin, gai et alerte malgré ses vingt-huit ans d’apostolat, a recueilli la belle gerbe de 102 baptêmes. Toujours à cheval, il parcourt les montagnes, le cœur plein d’espérance : « Quand j’étais jeune, m’écrit-il, ma pieuse mère me menait en pèlerinage à « Notre-Dame d’Arlot, sur la frontière de l’Helvétie. La pauvre femme priait avec ferveur et « se plaignait sans doute à la sainte Vierge d’avoir trop d’enfants à élever ; car elle me dit un « jour, toute heureuse : Enfin, la sainte Vierge m’a exaucée ; elle m’est apparue pendant mon « sommeil et m’a promis de prendre trois de mes enfants. » La Reine du ciel voulait parler du « missionnaire et des deux religieuses, que, de fait, elle a pris à ma bonne mère.
« Il y a environ douze ans, je bâtis, dans les forêts de Nellacotta, un petit sanctuaire à « Notre-Dame des Douleurs. De temps à autre, j’allais en pèlerinage à ma chapelle, comme « jadis à Notre-Dame d’Arlot. Arrivé là, je laissais paître mon cheval qui, tout en broutant « l’herbe, ne me perdait pas de vue ; car il appréhendait, et avec raison, la présence de quelque « fauve. Pour moi, assis au pied d’un arbre, je me livrais à de beaux rêves. Il y a, dans ces « forêts, plusieurs tribus de gens simples, timides, doux, qui n’ont pas encore été gâtés par la « civilisation moderne, me disais-je. Je convertirai une de ces tribus, et les néophytes « viendront nombreux prier dans ce petit sanctuaire. L’imagination s’en mêlant, je les voyais « déjà défilant à travers le bois, venant à la messe le dimanche, dansant en gambadant. les « jours de fête, faisant une brillante réception à l’évêque en tournée pastorale, et mille autres « belles choses. Revenu à moi-même, j’allais m’agenouiller au pied de la Mater dolorosa, et « lui faisais part de mon beau rêve. Je La nommais Reine des forêts de Nellacotta, et Lui « rendais hommage au nom des tribus sauvages qui les habitent.
« Tout d’abord, j’eus la joie de convertir une nombreuse famille ; puis, cinq ans après, une « seconde ; enfin, trois ans plus tard, une troisième. Mais, oh ! desseins insondables de la « Providence ; chaque fois la mort s’acharnait à me ravir le fruit de mes labeurs, et empêchait « la réalisation de mes rêves...
« Or, la veille de Noël 1904, les « Kurumbers », une magnifique tribu de sauvages, sont « accourus demandant le baptême. Aujourd’hui, j’ai une centaine de chrétiens de cette caste. « Ils sont fervents et me donnent de grandes consolations. Leur nombre augmente rapidement. « Ils forment déjà un village, où l’on voit une grande chapelle couverte en chaume et un « cimetière très convenable. »


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