| Année: |
1905 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Kumbakônam |
| Rédacteur: | Mgr Bottero |
IV. — Kumbakônam
Population catholique 87.719
Baptêmes d’adultes 140
Conversions d’hérétiques 70
Baptêmes d’enfants de païens 1.507
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« Voici deux ans et plus, écrit Mgr Bottero, que l’eau du ciel manque aux chrétiens de MM. Bricaud et Chapuis, qui, pour la plupart, sont des néophytes baptisés d’hier et dénués de toute fortune. Pas d’eau, pas de travail ; par conséquent, pas de quoi se nourrir, eux et leurs familles. Le missionnaire, qui n’a pas plus de 45 francs à dépenser par mois, ne sait à quel saint se vouer pour obtenir un peu d’argent et empêcher ses ouailles de mourir de faim. La première année de la famine, les pauvres gens épuisent d’abord leurs petites économies ; puis, ils mettent en gage les bijoux de leurs femmes et de leurs filles : enfin, ils empruntent quelque argent. Mais une seconde année sans moisson, c’est pour eux le comble de la ruine, car il ne leur reste plus ni crédit ni bijoux. Alors, on voit tous les hommes valides quitter femmes et enfants et s’en aller au loin, dans l’espoir de trouver du travail. Ils en trouveront peut-être et gagneront leur vie. Mais il n’est pas besoin d’être sorcier pour deviner que, loin du village, loin de la famille et trop souvent loin du prêtre, ils sont en grand danger de se mal conduire ou même de perdre la foi. C’est là l’épreuve des épreuves pour le missionnaire. Il a travaillé dix ans, vingt ans, pour se créer une communauté de nouveaux chrétiens. Il les a instruits, il les a mariés, leur a procuré des terres à cultiver ; il les a réunis en un village ; et voici qu’au moment où il se réjouissait d’avoir édifié quelque chose de définitif, tout est, sinon perdu, au moins remis en question. Oh ! quelles larmes amères coulent alors de ses yeux ! Vox in Rama audita est, ploratus et ulalatus multus. Rachel plorans filios suos et noluit consolari quia non sunt.
« En présence de la douloureuse situation de MM. Bricaud et Chapuis, je me suis bien empressé de leur envoyer quelques secours. Mais qu’ont-ils pu faire des 5 à 600 francs que je leur ai procurés, alors que 8.000 ou 10.000 leur étaient absolument nécessaires ? Et comment, dans la pénurie où ils se trouvent, vont-ils affronter une nouvelle année de famine, bien plus pénible que la précédente ? Dieu ait pitié de ces braves confrères ! Au milieu de leurs cruels soucis, ils ont pourtant baptisé près de 500 enfants d’infidèles in articulo mortis, et aussi une poignée d’adultes païens. Honneur à eux !
« Les fêtes du jubilé de l’Immaculée-Conception ont été, à la fin de l’année dernière, l’occasion de grandes merveilles de la grâce de Dieu. M. Mardiné, qui s’est, on peut le dire, épuisé pour prêcher en plusieurs villages les retraites préparatoires à l’indulgence du jubilé, m’écrivait le 24 novembre 1904 : « Monseigneur, je suis heureux de vous dire que le succès a
« dépassé notre attente dans le village de Conneycoudy. L’église débordait de monde, tant aux « instructions du matin qu’à celles du soir. Il n’est pas un seul chrétien qui ne se soit approché « des sacrements. En trois jours, nous avons donné, MM. Palluel, Guyon et moi, 533 « communions, sans compter 76 confessions d’enfants n’ayant pas encore fait la première « communion. Or, Votre Grandeur sait que ce village laissait un peu à désirer. »
« M. Gastineau m’écrivait de son côté en septembre 1904 : « Pour mieux se préparer à « l’insigne indulgence du jubilé marial, les membres de la Confrérie d’Ayampattai (Votre « Grandeur sera heureuse de l’apprendre), s’étaient engagés à communier chaque deuxième « dimanche du mois, à jeûner la veille, et à faire célébrer chaque samedi une messe en « l’honneur de la sainte Vierge ; et cela, pendant toute l’année jubilaire. Ils ont été bien fidèles « à leur résolution. Aussi y a-t-il eu plus de 8.000 confessions dans le district, alors que, « jusqu’à ce jour, je n’en comptais jamais plus de 4.800, même dans les années « exceptionnelles, comme par exemple l’année de la visite épiscopale. »
« Il en a été de même presque partout : et cela ne doit point étonner, car nos chers Indiens nourrissent une grande et tendre piété envers Marie immaculée.
« Notre plus grand désir à tous, à Kumbakônam, serait de pénétrer enfin dans les milieux tout à fait païens du diocèse, et d’y créer de nouveaux districts. Hélas ! jusqu’à ce jour, nous n’avons eu aucun succès en ce genre. Tant d’efforts infructueux ne doivent cependant pas nous décourager. Avec la grâce de Dieu et de la patience, les terrains, même les plus ingrats, finissent toujours par donner du fruit au laborieux cultivateur. Il semblerait que nous approchons du temps où nos désirs seront réalisés, au moins en partie. Voici ce que M. Palluel m’écrivait, au commencement de cette année :
« Je suis à peu près satisfait des chrétiens de mon district ; mais je ne puis vous cacher la « joie que j’éprouve, en voyant enfin poindre à l’horizon l’espoir d’un mouvement sérieux de « conversions parmi les païens. Tandis que je me trouvais à Avielour, au commencement de « décembre dernier, 10 familles d’ « Odeyârs » de Màthour sont venues me voir, et m’ont « déclaré qu’elles étaient disposées à étudier les prières aussitôt après la moisson. Quelques « jours plus tard, 4 familles de parias du même village m’ont fait la même déclaration. Les « unes et les autres m’ont dit que, si je bâtissais une petite chapelle dans cette localité, un bon « nombre de gentils se feraient chrétiens. J’ai promis de faire droit à leur requête, et, depuis ce « jour, je prie beaucoup pour que Dieu leur donne de persévérer en de si pieuses dispositions. « Cela étant, Monseigneur, ne pensez-vous pas qu’il serait avantageux d’acquérir un terrain « dans le village susdit ; et de m’y bâtir un pied-à-terre pour me permettre d’attiser la flamme « et de donner à ces gens l’instruction voulue ? Mon chef-lieu de Cocoudy est trop éloigné « pour qu’ils puissent y venir ; 25 kilomètres, c’est beaucoup de chemin à faire pour les « enfants et pour les femmes. Et qui, pendant leur absence, prendrait soin de leur bétail ? Je « sais bien que Votre Grandeur manque de ressources ; mais dussiez-vous vous endetter, « Monseigneur, de grâce, ne laissez pas échapper une occasion si favorable. N’est-il pas à « craindre que, si nous ne faisons rien pour ces braves gens, ils ne se livrent aux protestants ? « Déjà ces sectaires ont fait effort pour les attirer à eux et nous les enlever. Ils ont prêché dans « les rues de leur village ; ils leur ont exhibé des projections lumineuses : Jacob, Rébecca, « Joseph et ses frères, le saint roi David et saint Jean-Baptiste, tout y a passé. Ils leur ont « même promis un maître d’école. Pour toute réponse ; les « Odeyars » ont mis le catéchiste « protestant à la porte. Ils veulent être catholiques et non pas chrétiens bâtards. Cela est bien, « mais j’ai peur que les loups ne reviennent et ne finissent par les dévorer.
« Pour le moment, j’ai 4 catéchumènes qui se préparent au saint baptême. L’un d’eux, « Odeyar », lui aussi, est chef de son village dont il a été longtemps le maire. Il semble animé « des plus heureuses dispositions. Il ne cesse de répéter qu’il ne veut pas mourir avant d’avoir « vu, dans son village, une congrégation chrétienne aussi nombreuse que celle de Cocoudy. Il « y a donc lieu d’espérer que l’influence de ce bon vieillard amènera à notre sainte religion « beaucoup de ses concitoyens. Le diable ne manquera pas, j’en suis sûr, de leur susciter mille « difficultés ; mais je prie saint François-Xavier et les saints Rois Mages de prendre sous leur « protection ces âmes de bonne volonté, et de les amener coûte que coûte aux pieds du divin « Enfant. Je les recommande avec confiance aux prières de Votre Grandeur. »
« Le P. Roch, jeune prêtre indigène, se donne beaucoup de mouvement pour mettre sur un bon pied le district de Yéroukour que je lui ai confié. Il m’écrit ce qui suit :
« J’ai eu la grande consolation d’instituer à Shyalli, ville de 15.000 habitants environ où « nous avons 300 catholiques, une fête et une procession publique en l’honneur de Notre-« Dame de Lourdes, en souvenir du Jubilé de 1904. J’avais à craindre que le fanatisme bien « connu des païens de l’endroit ne suscitât de grands troubles, si je faisais passer la procession « dans les rues principales de la cité. Je fus donc obligé d’agir avec prudence. Ordre fut donné « aux chrétiens de ne pas ébruiter la chose, et d’attendre la nuit pour faire les préparatifs de la « fête. On resta tranquille jusqu’à une heure avancée. A minuit, les « Pallers » des environs, « au nombre de quelques centaines, arrivèrent à Shyalli pour prêter main forte à leurs frères « dans la foi. La procession sortit du terrain de la chapelle, sous la protection de la police « anglaise, et pénétra dans les grandes artères de la ville. Réveillés au milieu de leur sommeil « par le bruit de la musique et des tambours, les païens ouvrent de grands yeux, et sont bien « surpris de voir les chrétiens en train de faire une solennelle manifestation religieuse. Ils « avaient grande envie de s’opposer au passage de la procession ; mais d’une part, ils n’eurent « pas le temps de se concerter pour agir ; de l’autre, ils étaient sous le charme des chants « mélodieux qui s’élevaient, dans le calme de la nuit, comme une prière des anges. C’est là un « bon précédent. Dorénavant, on pourra, sans se gêner, faire des processions à Shyalli : « l’usage en est établi. J’ai fait la même chose chez les gens de Silouvétchéry le 15 août. Là, « j’ai eu la joie de voir un bon nombre de païens de bonne caste venir, au milieu de nos « pauvres parias, vénérer, le front contre terre, la statue de Notre-Dame de Lourdes, et lui « offrir leurs présents. Ce jour-là, un chrétien peu fervent de l’endroit avait manqué la messe « pour aller à une foire des environs acheter des bœufs. Il fut bien puni de son méfait. Comme « il rentrait le soir au village, il fut assailli à mi-chemin, dans un endroit désert, par une bande « de voleurs, qui le rouèrent de coups et s’emparèrent des deux paires de bœufs qu’il avait « achetés. C’était pitié de le voir, le lendemain, contrit et repentant, pleurer à chaudes larmes « aux pieds de la Madone, en s’accusant de son péché.
« Le même jour, un autre chrétien qui avait assisté au saint sacrifice, s’en allait labourer « son champ. Je le grondai sévèrement de cette profanation du saint jour. Après un instant « d’hésitation, il reconnut son tort et retourna chez lui ; mais déjà la justice de Dieu l’avait « atteint. Il trouva en effet, en rentrant, sa fille dangereusement malade. »
« M. Bailleau, curé de la cathédrale, m’écrivait au commencement d’octobre : « Monseigneur, souvenez-vous de l’horrible sacrilège qui fut, il y a quelques années, commis « dans l’église de Kumbakônam, lorsque le tabernacle fut fracturé et le ciboire contenant les « saintes espèces, emporté par une main criminelle. Sans doute, on prit alors les mesures « nécessaires pour que pareil attentat ne se renouvelât plus ; mais je vous prie d’apporter de « France, à votre retour, un tabernacle coffre-fort, qui ne dépare pas l’autel comme celui que « nous avons actuellement.
« Et maintenant que je vous ai demandé un logement convenable pour Notre-Seigneur, « permettez-moi de vous exposer le triste état dans lequel se trouve la chapelle de Notre-« Dame de Lourdes. Dans la nuit du 30 au 31 mai dernier, un terrible ouragan s’est déchaîné « sur Kumbakônam. La chapelle, bâtie par M. Tambou-Sâmy Moudeliar en 1877 en l’honneur « de l’Immaculée, qui lui avait miraculeusement rendu la vue, a été à moitié démolie par la « tempête. Le vent en a soulevé la toiture, brisant les poutrelles de fer sur lesquelles elle « s’appuyait, et faisant voler à plusieurs centaines de mètres les plaques de zinc qui la « recouvraient. Les murs du petit édifice sont horriblement crevassés. Tout est à rebâtir. Mme « Tambou-Sâmy Moudeliar est disposée à me venir en aide, mais la somme qu’elle peut « donner sera loin de suffire. Je dois donc, Monseigneur, m’adresser à votre charité pour que « vous me donniez un bon appoint.
« L’ouragan dont je parle a ruiné aussi l’hospice, où tant de pauvres Indiens ont trouvé, à « la fois, un paisible asile pour leurs vieux jours, et, ce qui leur était plus précieux encore, la « grâce du saint baptême.
« Hélas ! l’édifice est maintenant si délabré qu’il nous faudra le reconstruire en entier ; ce « qui demandera sans doute 18 à 20.000 francs. »
« Durant les douze mois qui viennent de s’écouler, nous avons pu, en dépit de notre pauvreté, fonder un sanatorium pour ceux de nos confrères indigènes qui tombent malades, ou dont le grand âge et les infirmités exigent des soins plus particuliers. C’est à Tranquebar que nous l’avons construit, non pas avec l’argent de la mission, mais avec des fonds en grande partie fournis par le clergé indigène lui-même. Je vous parlerai plus au long de cette œuvre dans le compte rendu de 1906.
« Une autre entreprise a été aussi menée à bon terme, il y a six mois environ. Jusqu’à présent, nous n’avions pas eu le moyen de pourvoir d’une manière satisfaisante à l’éducation des enfants parias venant du paganisme. Comme nous ne pouvions, à raison des préjugés de caste, mélanger ces enfants avec ceux des familles hindoues, nous n’avions d’autre ressource que de les placer en pension dans des familles de leur propre tribu. Au point de vue matériel, cela n’était pas trop à regretter ; mais au point de vue religieux ou simplement moral, il y avait beaucoup à redire ; surtout pour les filles qui se trouvaient ainsi trop exposées. D’autre part, les pauvres enfants parias, garçons et filles, ne recevaient généralement aucune instruction profane. Nous avons donc songé à les relever de cet état d’abaissement. Avec le concours empressé des Sœurs Catéchistes Missionnaires de Marie-Immaculée, du zèle et du dévouement desquelles , je vous ai plusieurs fois parlé, un orphelinat annexe a été ouvert, pour les enfants parias, dans le même terrain que celui occupé par les enfants de caste, mais dans un bâtiment séparé. Les Sœurs Catéchistes sont chargées des deux établissements. On y a attaché une école où des religieuses indigènes, venues de Pondichéry, donneront aux filles pariates l’instruction voulue, en langue tamoul. Ces pauvres enfants n’auront donc plus rien à envier aux enfants de caste. C’est là une excellente œuvre et je bénis le bon Dieu de nous avoir facilité le moyen de l’entreprendre.
« Nos Sœurs Catéchistes ont ouvert une nouvelle maison dans la ville de Mayavaram. Ah ! si Dieu vous donnait de pouvoir considérer un instant de vos yeux l’installation de ces chères et pieuses filles, quelle ne serait pas votre admiration ! Imaginez une paillote indienne composée de 2 petites pièces de 10 pieds de côté, et précédée d’une véranda. C’est bas, c’est obscur, c’est étroit, c’est peu aéré, cela sent la boue. Une autre pauvre cabane, au fond d’un jardinet, tient lieu de cuisine, salle de bain, etc... Elles sont là deux Sœurs, sans compter une servante indienne et leurs trois anges gardiens ; elles vivent heureuses et joyeuses, ne se plaignant de rien et prétendant qu’il ne leur manque rien. Que font-elles là ? Elles font la classe, elles prient, elles consolent les affligés, elles distribuent des remèdes et des bons conseils à qui en a besoin, et profitent de toute occasion favorable pour baptiser les enfants des païens ou des musulmans in articulo mortis. Oui, deux filles françaises de bonne maison vivent dans ce taudis pour l’amour de Jésus-Christ et des pauvres Indiens, sous une température de 37o centigrades à l’ombre, mangeant du riz et buvant l’eau de la rivière ! Qui ne serait pas touché d’un pareil dévouement ? Les chrétiens, les idolâtres, les infidèles musulmans eux-mêmes, ne peuvent en croire leurs yeux ni leurs oreilles. Ils chantent les louanges des Sœurs sur tous les tons. S’ils étaient aussi « civilisés » qu’on l’est au Parlement de France, ils leur défendraient sans doute de fouler du pied le sol de leur pays, et les en chasseraient, au besoin, manu militari ! Heureusement, cette civilisation-là n’a pas encore pénétré chez eux.
« Notre école de catéchistes en est arrivée à son point tournant. M. Mette, qui l’avait fondée il y a quatre ans, se vit bientôt obligé de la quitter pour aller, en France, réparer ses forces épuisées. Le voici de retour, après une trop longue absence. Il reprend la direction de cette très importante institution, récemment transférée à Mayavaram. Aussitôt que les nouvelles bâtisses seront terminées, il aura à agrandir le cercle des études, dans le dessein d’obtenir du gouvernement anglais que son établissement soit reconnu comme « École normale ». Alors nous aurons atteint notre but : celui de préserver les étudiants chrétiens qui se destinent à l’enseignement du danger que fait courir à leur foi et à leur vertu la fréquentation de la jeunesse universitaire et des professeurs protestants.
« Nos écoles sont assez prospères. Celles destinées à l’éducation des filles païennes de haute caste obtiennent les succès les plus encourageants. Que n’avons-nous assez d’argent pour les multiplier sur tous les points de la mission ! En novembre dernier, les jeunes brahmines de la principale école païenne de Kumbakônam, dirigée par les Sœurs indigènes du Saint-Cœur de Marie, m’ont envoyé une lettre que vous serez heureux de lire. Je vous la traduis du tamoul ; « Notre Père très affectueux, les filles de l’école Kadhabangoudhy (Kumbakônam) se mettent à genoux devant vos pieds sacrés, et, après avoir pieusement baisé votre anneau pastoral, voici ce qu’elles vous font savoir :
« Nous sommes très affectées de ce que nous n’avons pas vu depuis plusieurs mois votre « visage éclatant comme la lune en son plein. Nous avons demandé des nouvelles de votre « Révérendissime Seigneurie à nos chères maîtresses. Elles nous ont répondu que vous étiez « parti pour la France, votre pays natal, avec le dessein d’aller visiter à Rome et vénérer le « Seigneur Pape, chef de la vraie religion ; et elles nous ont montré sur la carte d’Italie, le « point précis où réside le grand Docteur des chrétiens catholiques. Elles ont ajouté que votre « voyage se terminerait dans deux ou trois mois, et qu’alors vous reviendriez à Kumbakônam. « Nous comptons un à un les jours, dans l’attente de votre heureux retour. Est-ce que cette « date tardera beaucoup à venir ? O Père bien-aimé, en l’attendant, nous demandons sans « cesse à Dieu de vous ramener bien vite au milieu de nous, vos enfants chéries, afin que nous « puissions nous réjouir à vos pieds fleuris. Nos familles sont malheureusement plongées dans « les ténèbres de l’idolâtrie. Dans vos saints sacrifices, priez pour qu’un jour nous puissions « adorer, avec vous, le Dieu, seul véritable. C’est ainsi.
« Nous restons, avec grand respect, vos enfants de l’école des filles de Kadhalangoudhy. »
« M. Cabiran, chef du district de Mikelpatty, a réussi à bâtir son église :
« C’est là, m’écrit-il, un point important : car, de 1865 à 1901, les païens de l’endroit, gens « fort riches, nous avaient contesté la propriété du terrain, nous avaient intenté plusieurs « procès, et s’étaient montrés fort hostiles aux chrétiens qui sont là au nombre de 500. Dieu a « fait triompher nos néophytes parce que, tout parias et méprisés qu’ils soient, ils ont le zèle « de la maison de Dieu. Ah ! c’était beau de les voir charrier les briques et la chaux, le matin, « avant de se rendre à leur travail chez les païens ; le soir, quand ils rentraient au village ! « Hommes, femmes, adolescents des deux sexes et petits enfants, tous se rendaient au chantier « et travaillaient chacun selon ses forces et de tout cœur. »
« Je regrette, ajoute notre confrère, de n’avoir pas réussi à convertir des païens. Je prépare « cependant quelques catéchumènes : une famille de protestants influents et trois jeunes gens. « L’un d’eux, âgé de dix-sept ans, vient de faire preuve d’une énergie et d’une force de « caractère peu communes. Il y a trois jours, il s’approcha de moi et me dit : Samy, mon père « vient d’arriver, il veut à tout prix m’empêcher de devenir l’enfant du bon Dieu. — Va, ne « crains rien, mon enfant, Dieu te donnera du courage », lui répondis-je. L’entrevue fut « excessivement pénible. L’amour paternel n’épargna rien pour s’assurer la victoire : paroles « caressantes, prières, larmes, menaces, tout fut employé pour vaincre ce jeune homme qui, du « reste, aimait passionnément ses parents. Rien n’y fit ; le catéchumène, sans manquer au « respect qu’il devait à son père, resta inflexible. Ils se séparèrent en sanglotant tous les deux. « C’était un spectacle à fendre le cœur. »
« Voilà ma tâche accomplie ; chaque année, je fais des rêves dorés, où je vois des païens en grand nombre me demander une place dans le bercail de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et, jusqu’à présent, j’ai toujours été déçu. En mai dernier, je me disais en voyageant de l’Inde en France : Je vais donc revoir le pays, la douce France. En voyant ma barbe blanche et mon teint colonial, beaucoup de personnes, pieuses et avantagées des biens de la fortune, vont sans doute se sentir prises d’une immense pitié pour le vieil évêque de Kumbakônam. Elles dénoueront largement les cordons de leur bourse et me permettront, de retour en ma pauvre mission, de me construire une cathédrale.
« Hélas ! j’arrive en France pour voir le triomphe de l’esprit révolutionnaire, la séparation de l’Église et de l’État. Évêques, prélats, chanoines, curés et vicaires vont se voir bientôt réduits à toute extrémité... Les personnes charitables le savent, et naturellement elles se réservent pour être à même de leur venir en aide. Je rentre donc à Kumbakônam presque aussi pauvre que j’en suis sorti ! Décidément, la patience est une maîtresse vertu, une des plus nécessaires à l’homme apostolique. »
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