| Année: |
1905 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Maïssour |
| Rédacteur: | Mgr Baslé |
II. — Maïssour
Population catholique 45.724
Baptêmes d’adultes 956
Conversions d’hérétiques 81
Baptêmes d’enfants de païens 1.106
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« Cette année comme les précédentes, écrit Mgr Baslé, les missionnaires de Maïssour ont rivalisé de zèle et de dévouement. Nous avons eu 513 baptêmes d’adultes bien instruits, 443 baptêmes d’adultes in articulo mortis et 1.106 baptêmes d’enfants moribonds ; 2.583 garçons et 1.435 filles ont fréquenté nos écoles ; 661 enfants ont été entretenus dans nos orphelinats ; 2.613 pensionnaires et 52.502 externes ont été soignés dans nos hôpitaux.
« La population catholique a fort peu augmenté depuis quelques années, quoique nous ayons enregistré une moyenne annuelle de 500 baptêmes d’adultes. Il faut attribuer cet état stationnaire au fléau de la peste qui, chaque année, exerce ses ravages çà et là dans la mission ; à la misère qui pèse de plus en plus sur nos néophytes et les oblige à émigrer ailleurs ; à l’abandon par les ouvriers chrétiens des plantations de café, qui n’offrent plus les mêmes garanties de sécurité qu’autrefois ; enfin, au licenciement des régiments indigènes qui se recrutaient dans la présidence de Madras, et dont bon nombre de catholiques faisaient partie. Ouvriers et soldats sont allés, pour gagner leur vie, en dehors du diocèse.
« Quoi qu’il en soit, nous n’avons pas reculé, je me plais à le constater. Le chiffre des baptêmes d’infidèles bien préparés dépasse un peu celui de l’année dernière. A Bangalore même, M. Briand a baptisé 130 païens, tous gens de caste, chose inouïe dans les annales de la mission du Maïssour.
« Le collège Saint-Joseph, que dirige M. Froger, soutient sa réputation et continue de l’emporter sur les établissements anglais du même genre. Malheureusement, plusieurs professeurs sont tombés malades, et M. Vandenbossche nous a été ravi par la mort, au moment où il commençait à nous rendre les plus grands services. Les autres confrères, surchargés de travail, allaient succomber à la tâche, si les vacances de mai n’étaient venues leur procurer un peu de soulagement et leur permettre de prendre un repos bien mérité.
« Je laisse maintenant la parole aux chefs de district.
Bangalore. — Église Saint-Joseph. « Depuis longtemps, écrit M. Briand, mon ambition « était de faire une trouée dans les rangs des païens, de m’attaquer aux plus hautes castes et de « m’établir au milieu de la vieille ville de Bangalore, qui demeurait jusqu’ici inabordable. De « mémoire d’homme, aucune famille de haute caste ne s’était déclarée chrétienne. Or, les gens « de caste sont à mes yeux la plus sûre garantie de l’avenir. Ils habitent les mêmes quartiers, « de père en fils, et il n’y a pas à craindre qu’ils aillent s’établir dans quelque autre ville ou « village de l’Inde. Je cherchais donc, de tous côtés, des hommes de caste qui pussent former « un petit noyau catholique, mais je ne trouvais personne.
« J’avais presque perdu tout espoir, quand, à la fin de janvier dernier, je vois arriver chez « moi une femme distinguée qui se nomme Van-Kabhai. « J’appartiens, me dit-elle, à la caste « des Kchatrias, et, après avoir beaucoup hésité, j’ai résolu de me faire chrétienne. Les païens « de la ville m’ont parlé de vous, et je veux me convertir avec mes enfants. » En présence de « cette femme qui appartenait à une caste élevée, je me demandais avec anxiété ce qui allait « arriver, quand on apprendrait sa conversion. — « Que vont dire les gens de ta caste ? Que « deviendras-tu, quand tous se seront déclarés contre toi ? — Pour les gens de ma caste, je me « charge de leur répondre, me dit-elle ; ils me chasseront de la caste et de leurs maisons. Et « après, que peuvent-ils faire ? Pourvu que vous ne m’abandonniez pas, cela me suffit. »
« Je soumis ma catéchumène à une longue épreuve. Elle dut apprendre toutes les prières et « tout le catéchisme. Ses enfants firent de même. L’un d’entre eux se faisait remarquer par « son intelligence et la facilité avec laquelle il comprenait l’explication de la doctrine. Bientôt, « cette femme m’amenait une famille de sa parenté, et quelques semaines plus tard, je « comptais, grâce à elle, une trentaine de familles catéchumènes. Le mouvement était donné. « J’avais peine à croire ce que je voyais.
« Tout d’abord, le secret fut bien gardé : mais il ne pouvait l’être très longtemps, car les « enfants répétèrent bientôt dans les rues les prières qu’ils avaient apprisés. — Qu’est-ce que « cela ? demanda-t-on. Quelles sont ces paroles que disent les enfants ? Les esprits « s’agitèrent, on voulut savoir à quoi s’en tenir. Un jour que je baptisais un groupe de mes « chers néophytes, on me montra une douzaine de Kchatrias païens, qui montaient la garde « autour de l’église. Ils étaient là, envoyés par leurs chefs, pour prendre les noms de ceux qui « entraient chez moi.
« Quand tous les catéchumènes furent baptisés, je me sentis un peu rassuré, mais les « difficultés ne tardèrent pas à surgir. Dès qu’on apprit ce qui s’était passé, ce fut une « explosion de colère dans toute la ville. Un incendie eût éclaté dans un quartier de la cité, « qu’il n’y aurait pas eu plus d’émoi. Les chefs de caste se réunirent, chacun donna son avis. « Que faire ? Poursuivre le prêtre catholique ? Mais on ne voyait pas trop ce qu’on pourrait lui « reprocher. Les avocats furent consultés ; ils trouvèrent ma conduite irréprochable. On parla « bien d’assommer le maître d’école, qui me sert d’auxiliaire, mais on comprit qu’après avoir « fait ce beau coup, les choses n’en iraient pas mieux. Enfin, on s’arrêta au parti suivant : les « nouveaux chrétiens seraient solennellement chassés de la caste ; mais ils s’y attendaient et « n’en furent nullement émus.
« Un événement porta bientôt à son comble la mauvaise humeur de nos ennemis. Un « certain Ampanna, grand et beau vieillard, qui, dans leurs solennités religieuses, remplissait « les fonctions de grand prêtre, et à qui était réservé l’honneur de s’asseoir sur un trône à la « place du prêtre absent, se fit catholique à son tour. Personne n’aurait cru qu’un homme de « son rang pût jamais se déshonorer ainsi ; aussi la surprise fut-elle grande, quand on apprit « qu’il avait renoncé au paganisme et embrassé la religion chrétienne.
« Je lisais, il y a quelques jours, que sainte Lucie, veuve romaine, avait été trahie et « dénoncée par son fils Eutrope, et je me disais : Il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil ; « le fils païen de mon Ampanna a fait exactement ce que fit Eutrope. Sachant que son père « était chrétien, il l’a dénoncé aux chefs de la caste. On a appelé le vieillard, on lui a demandé « compte de sa conduite. « Oui, a-t-il répondu, je suis chrétien, et je ne trahirai pas rna foi. » « On l’a chassé de la caste, et s’il eût vécu dans Rome païenne, il eût payé de sa tête le « courage dont il avait fait preuve en cette cirsconstance.
« Tout le monde, dans la ville, parle du mouvement catholique ; on se demande quelle est « cette nouvelle religion, on la discute dans les réunions ; on va jusqu’à dire qu’elle a du bon, « qu’elle n’est pas seulement la religion des parias, comme on le croyait jusqu’ici, mais « qu’elle s’adapte même aux castes les plus hautes. Toutefois le démon se remue ; les « nouveaux chrétiens sont boycottés : on ne veut plus les voir, on leur refuse même les choses « de première nécessité : mais, j’en ai la confiance, le Sacré-Cœur de Jésus ne les « abandonnera pas. »
Bangalore. — Saint François-Xavier. « M. Servanton apporte une gerbe de 61 baptêmes d’adultes. « Je suis heureux, écrit il, de constater qu’il y a du progrès dans ma paroisse, où les « communions pascales et les communions de dévotion ont été plus nombreuses, cette année. « Un très grand nombre de chrétiens assistent aux offices et s’approchent des sacrements les « jours de fête. Sous ce rapport, je dois des éloges aux gens de caste, qui sont toujours les « premiers rendus à l’église, bien que leurs villages en soient éloignés de 4, 5 et même 8 « kilomètres. Quant à mes pauvres parias, malgré leurs défauts, ils se montrent très attachés à « leur religion. S’ils avaient, comme les gens de caste, la facilité de quitter leur travail quand « bon leur semble, ils seraient encore plus assidus à la messe et aux offices.
« J’ajoute un mot sur la bibliothèque créée pour les indigènes. Elle date de 1898, époque « de l’apparition de la peste à Bangalore. Quelques chrétiens instruits se présentèrent un jour « chez moi, me priant de vouloir bien les aider à établir un salon de lecture. Après un moment « d’hésitation, j’approuvai le projet. Tout le monde se mit à l’œuvre ; une souscription fut « ouverte ; on se procura des livres en anglais, en tamoul et en canara ; une vieille masure fut « mise à la disposition du lecteur dans un coin du vaste enclos de l’église. Dès lors, la « bibliothèque était fondée, et elle n’a pas cessé de se développer. Les païens eux-mêmes sont « bientôt venus se joindre aux chrétiens. Cette année, une âme charitable, voulant assurer « l’avenir d’une œuvre si utile, a donné la somme nécessaire pour construire une belle salle de « 80 pieds de long sur 26 de large, qui servira en même temps de lieu de réunion pour mes « paroissiens. »
Mines d’or de Kolar. — « MM. Fraysse et Pessein, à Champion, et Koehl à Balagat, ont enregistré 79 baptêmes d’adultes, 28 d’adultes ou d’enfants moribonds et 6 conversions d’hérétiques. Le seul fait important de cet exercice est l’établissement, à Champion, d’une nouvelle école de Sœurs de Saint-Joseph. Le bon Dieu a déjà béni les travaux de ces dévouées religieuses. Ouverte avec une trentaine d’élèves, leur école en compte aujourd’hui 125, dont 56 protestantes ; ce qui prouve évidemment qu’elles ont la confiance non seulement des catholiques, mais encore des hérétiques.
Manantoddy. — « M. Veyret se consacre corps et âme à la conversion des Koorchers. Il se plaint de ne pouvoir mener de front l’administration des anciens chrétiens et l’évangélisation de cette intéressante tribu. De plus, la fièvre est venue contrarier son zèle, et l’a obligé de quitter momentanément son poste pour refaire sa santé sur les bords de la mer.
« Tant que le nombre de mes Koorchers était restreint, dit M. Veyret, le catéchiste « suffisait, à l’occasion, pour me remplacer auprès d’eux ; mais, depuis le dernier exercice, « j’ai baptisé 8 nouveaux adultes, et j’aurais pu en baptiser 5 autres, si la fièvre ne m’avait « empêché de les préparer. Durant mon absence, 7 personnes de cette caste se sont présentées, « et hier encore, un père de famille me demandait de l’admettre avec ses deux enfants. « L’œuvre est en bonne voie, car je sais que d’autres viendront. Il convient d’ajouter que les « Koorchers , une fois baptisés, ne retournent pas au paganisme. En effet, outre qu’ils seraient « repoussés par les gens de leur caste, ils ont une si haute idée du baptême, qu’ils disent eux-« mêmes que, s’il leur prenait envie de retourner à leurs idoles, les démons se tourneraient « contre eux. »
Vayitri. — « M. Auzuech, qui partage avec M. Veyret l’administration du Wynaad, annonce 10 baptêmes d’adultes. Il m’écrit de Vayitri, chef-lieu de son district :
« Au point de vue spirituel, Vayitri est le meilleur des postes de mon district ; celui de « Meppadi est moins fervent, et celui de Sultan’s-battery me paraît un peu tiède. Mon « prédécesseur résidait à Vayitri : de là, il visitait Meppadi une fois par mois, et Sultan’s-« battery, une fois tous les deux mois. Je fais exactement comme lui. De plus, je passe, chaque « année, trois semaines à Meppadi, et autant à Sultan’s-battery.
« La première semaine est employée à visiter de droite et de gauche les chrétiens que je « peux atteindre ; les deux suivantes, à enseigner le catéchisme aux enfants et aux néophytes. « A Vayitri, je fais le catéchisme, au moins une fois par semaine, à une trentaine d’enfants « grands et petits. Si quelqu’un d’entre eux s’absente sans raison, je vais le trouver chez lui, et « lui donner une correction paternelle sous les yeux de ses parents. »
Sidapur. — « A cause du peu de sécurité qu’offrent aujourd’hui les plantations de café, M. Pinatel voit avec peine son troupeau diminuer de jour en jour. Les communions de dévotion, ajoute-t-il, sont en baisse ; mais il attribue ce déchet à la maladie de son voisin, le P. A. Noronha, qui administre le district de Veerajendrapet, et qui a été absent une bonne partie de l’année.
« Les ronces et les épines, dit-il, poussent abondamment dans nos plantations ; les fleurs y « sont rares. Le bon Dieu, qui demande non le succès, mais la bonne volonté, en fait « néanmoins éclore çà et là quelques-unes, pour la consolation du missionnaire. Ainsi, j’ai eu « la joie de voir rentrer au bercail plusieurs brebis égarées, qui ont entendu l’appel du bon « Pasteur. Je ne citerai que Sinnamale, chrétienne de Mysore, qui, au lendemain de son « mariage, était venue s’établir à Mercara. Restée veuve de bonne heure, elle vécut longtemps « dans le désordre avec un païen, qui finit par l’abandonner en lui laissant le soin de payer ses « dettes.
« Revenant un jour de Pollibeta, je rencontrai sur la route la pauvre Sinnamale, et « l’exhortai à venir entendre la messe le dimanche. Elle vint, me raconta l’histoire de sa vie et « me demanda de l’admettre aux sacrements. A ma grande surprise, elle me dit qu’elle avait « passé à peine quelques jours sans réciter les prières du matin et du soir, et sans invoquer « Marie refuge des pécheurs. La Mère de miséricorde lui a obtenu la grâce d’un sincère retour « à Dieu. »
Chickmagalur. — M. Veyssère a régénéré 14 adultes et converti 2 protestants.
« L’école que j’ai ouverte l’an dernier, écrit ce cher confrère, donne déjà d’heureux « résultats. Afin d’attirer les enfants, j’ai établi une classe de couture et de tricotage pour les « filles, et une classe de chant pour les garçons. Quand je passe dans la ville, j’entends « souvent mes élèves chanter, de leurs voix fraîches et pures, les louanges du bon Dieu et de « la sainte Vierge.
« Le bon Dieu, qui m’a donné de grandes consolations, a voulu aussi mettre l’épreuve sur « mon chemin. L’homme ennemi est venu semer l’ivraie dans le champ du Maître. Jusqu’ici, « il n’y avait a Chickmagalur qu’un catéchiste protestant, et ce monsieur, grassement payé, ne « s’occupait guère de faire des adeptes. Mais un jeune ministre est arrivé d’Europe et a fait « une propagande effrénée, même auprès des chrétiens. Ne pouvant tolérer de pareils « agissements, je suis allé trouver ce pasteur audacieux, et ma visite, qui ne fut pas « précisément amicale, a eu du moins l’avantage de refroidir son zèle et de le contenir dans de « juste limites. »
Tirthally. — « Depuis que j’ai une église à Tirthally, écrit M. Marcon, je remarque un « grand changement parmi mes chrétiens ; tous assistent à la sainte messe et beaucoup « s’approchent souvent des sacrements. — L’église de Nagar, qui menaçait ruine, a été « réparée. Il me faudrait aussi une église à Kallurkatte ; les fondations sont jetées depuis « quatre ans ; mais, hélas ! le nerf de la guerre me manque, et je suis forcé de remettre à plus « tard les travaux de construction.
« Enfin, j’ai eu le bonheur de ramener à de bons sentiments les schismatiques d’un petit « village qui, jusqu’ici, demeuraient réfractaires à la grâce. Mon prédécesseur avait déjà « converti une famille ; aujourd’hui, tous se sont mis en règle avec le bon Dieu et la sainte « Église. »
Sainte-Enfance. — « Sous ce titre je comprends les orphelinats et les fermes agricoles. Les orphelines, au nombre de 407, sont entretenues par les deux couvents du Bon-Pasteur de Bangalore et de Mysore et par le couvent des Sœurs indigènes de Sattihally. Les orphelins, au nombre de 254, sont élevés dans nos fermes et dans plusieurs orphelinats à Bangalore et dans les districts.
Siloovepoora. — « Lors de la grande famine de 1877-78, les missionnaires du Maïssour eurent la joie de donner le baptême à environ 13.000 adultes et 10.000 enfants. Presque tous les adultes furent baptisés in extremis et moururent ; la plupart des enfants moururent également et s’en allèrent au ciel. Les survivants furent établis dans des villages ou fermes agricoles, que la mission fonda pour eux. La première de ces fermes fut organisée près de Kaskatpoora, à 13 milles de Bangalore. Elle prit le nom de Siloovepoora, village de la Croix. Dieu sait au prix de quels sacrifices M. Bonnétraine réussit à fonder l’œuvre dans un pays très sain, il est vrai, mais relativement stérile. MM. Sigean, Teissier, Marcon et Gouarin continuèrent l’entreprise de M. Bonnétraine, et initièrent peu à peu nos orphelins à la culture des champs et à la pratique des vertus chrétiennes. Je suis heureux de pouvoir citer le rapport que m’adressait M. Gouarin, avant d’aller en France refaire sa santé complètement délabrée.
« C’est avec une bien douce émotion, écrit-il, que hier matin, premier vendredi du mois, je « voyais 75 de mes néophytes s’asseoir à la Table sainte pour s’y nourrir du pain des anges. « Demain, premier dimanche, 15 à 20 autres prendront part au divin banquet. La piété et le « recueillement avec lesquels tous reçoivent la sainte Eucharistie, prouvent que la dévotion au « Sacré-Cœur de Jésus est bien comprise à Siloovepoora. L’empressement que montrent ces « pauvres gens, naguère encore païens, console de bien des déboires passagers, et prouve « que les soins qu’on leur a prodigués jusqu’ici n’ont pas été perdus. Et ce n’est pas une fois « en passant qu’ils viennent, si nombreux et si fervents, puiser force et courage à la source de « la foi, de l’espérance et de la charité : c’est chaque premier vendredi du mois, c’est à toutes « les fêtes de Notre-Seigneur et de la très sainte Vierge, qu’ils goûtent ce bonheur. Aussi la « piété est-elle en honneur parmi nos anciens orphelins.
« Si la piété est en honneur, le travail est en grande estime parmi eux. Il doit en être ainsi « d’ailleurs, car le paresseux n’a pas d’avenir à Siloovepoora ; le prodigue, non plus. Le bon « ménager seul peut réussir, parce que la terre est naturellement stérile, et qu’un travail assidu « est nécessaire pour obtenir une récolte passable.
« Grâce à sa situation climatérique, le village de Siloovepoora échappe aux maladies, « fièvres, choléra, dysenterie, a qui entraînent la ruine de beaucoup de villages dans notre « mission. Est-ce à dire que les gens ne meurent pas à Siloovepoora ? Hélas ! non, la peste y a « fait son apparition l’an dernier : 23 personnes en ont été atteintes ; 15 en sont mortes.
« Ma petite école de 32 élèves, qui date de dix-huit mois seulement, ne mérite pas qu’on en « parle, si ce n’est pour dire que mes futurs bacheliers lisent beaucoup de livres et dépensent « beaucoup de sable pour écrire. A la fin de la journée, ils récitent le catéchisme en chœur, « avec un Pater, un Ave et le Credo, devant le Saint-Sacrement, pour la conversion des « païens, la sanctification des chrétiens et le triomphe de la sainte Église. »
Taipaleam. — « En 1878, la mission fit l’acquisition du village de Doresanipaleam, où plusieurs familles de néophytes étaient déjà établies. En 1881, une chapelle convenable y fut construite et, dès lors, Doresanipaleam s’appela Taipaleam, village de la Mère de Dieu. M. Rouch, qui dirige aujourd’hui ce poste, est content de ses ouailles. Depuis qu’il réside dans ce petit village, le nombre des néophytes a doublé.
« A Taipaleam se rattachent les anciennes chrétientés de Beggor, de Kamanhally, d’Adugondhafly et de Kodatty. Les chrétiens qui habitent ces villages sont presque tous cultivateurs ; ils ont bon esprit, écoutent volontiers le prêtre et fréquentent assez bien les sacrements ; mais ils n’ont guère de zèle pour la conversion de leurs compatriotes, et c’est là une grosse lacune.
Mariapoora. — « L’insuffisance des terres de Siloovepoora engagea bientôt la mission à fonder une ferme à Tatoocoope, près de Somanhally, à 20 milles sud de Bangalore. La facilité de se procurer du bois dans les forêts voisines et d’ouvrir des rizières en cet endroit, promettait une plus grande prospérité aux jeunes familles. M. Sigean fut chargé de la nouvelle fondation, et, depuis cette époque, c’est-à-dire depuis vingt et un ans, il n’a point cessé d’y consacrer son temps et son argent.
« C’est au mois de mars 1884, écrit ce confrère, que Mgr Coadou me charge de fonder le « village de Mariapoora. J’emmenai avec moi une petite colonie de 16 familles et de 60 « orphelins. Le terrain sur lequel je plantai la croix avait été abandonné par les païens, à cause « de l’insalubrité du climat ; mais il était fertile et de vastes terrains pouvaient être arrosés par « l’eau d’un grand étang. Les premières années furent pénibles ; beaucoup de mes orphelins « tombèrent malades, quelques-uns moururent. Toutefois, à mesure que le terrain était « défriché, la santé de mes enfants s’améliorait, et aujourd’hui, j’ai le bonheur de constater « que le village, sous le rapport de la salubrité, n’est inférieur à aucun des villages « environnants. »
« L’événement le plus remarquable de l’année 1904-1905 a été la bénédiction de l’église, toute en granit, que M. Sigean a élevée au Dieu de l’Eucharistie, et qui est un des plus beaux monuments de la mission du Maïssour.
« Le compte rendu de 1884, écrit encore M. Sigean, accusait une population de 70 « chrétiens établis et de 60 garçons à l’orphelinat. Cette année, le nombre des chrétiens est de « 408 dans les trois villages de Mariapoora, Mariacopeloo et Arlandapoora, et de 42 « orphelins. Tous les orphelins, une fois sortis de la ferme, ne sont pas restés près de moi ; un « certain nombre ont été placés dans des villages d’anciens chrétiens ; d’autres ont préféré « exercer un emploi et forment une petite colonie dans la ville de Bangalore ; quelques-uns « sont devenus soldats. Environ 200 orphelins ont été établis et mariés, soit ici, soit ailleurs, « donnant ainsi naissance à 200 nouvelles familles.
« Une petite école de garçons, qui compte 32 enfants d’orphelins mariés, a pour maître un « brahme, le seul orphelin de cette caste que nous ayons pu recueillir. Avant de lui confier la « fonction d’instituteur, je l’avais envoyé passer quelques années au collège Saint-Joseph.
« Laissez-moi maintenant vous raconter comment le village de Mariapoora a été préservé « de la peste, par l’intercession de saint Roch. Cette terrible maladie qui, depuis 1898, n’a « cessé d’exercer ses ravages à Bangalore et dans toute la mission, venait fondre, l’année « dernière, sur le village de Somanhally, à deux milles de distance de la ferme. Au mois « d’octobre, un de nos enfants était atteint : je l’envoyai aussitôt à Bangalore, d’où il nous « revint guéri après un mois d’absence. Deux autres orphelins tombaient bientôt malades, et « leur état était si grave, que je crus devoir leur administrer les derniers sacrements. C’est « alors que j’eus recours à saint Roch ; toute la chrétienté se mit en prières et fit vœu de « célébrer en grande pompe une messe votive en l’honneur du saint, le lendemain de la fête de « l’Immaculée-Conception. J’achetai une petite statue de saint Roch que nous portâmes en « procession. Non seulement les deux malades, dont je n’espérais plus la guérison, furent « sauvés, mais, à partir de ce jour, la peste n’a plus reparu dans le village. Saint Roch est et « restera à nos yeux le protecteur de ceux qui l’invoquent contre la peste. »
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