| Année: |
1905 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Pondichéry |
| Rédacteur: | Mgr Gandy |
CHAPITRE VIII
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GROUPE DES MISSIONS DE L’INDE
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I. — Pondichéry
Population catholique 143.124
Baptêmes d’adultes 1.014
Conversions d’hérétiques 39
Baptêmes d’enfants de païens 1.405
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« Je constate avec tristesse, écrit Mgr Gandy, que depuis plusieurs années, le nombre des baptêmes d’adultes est inférieur à ce qu’il était autrefois. Cette diminution ne doit pas être attribuée à un ralentissement du zèle des missionnaires, car je trouve chez eux la même ardeur et la même bonne volonté. Elle a deux causes : le manque d’argent et l’émigration.
« Autrefois, nous pouvions recevoir tous les catéchumènes qui se présentaient, les nourrir tandis qu’ils apprenaient la doctrine, et leur donner un petit secours en les renvoyant dans leurs villages. Après le baptême, les néophytes revenaient souvent auprès du missionnaire, lui racontaient leurs peines, leurs tristesses, leurs besoins, et s’en retournaient avec une aumône. Cette année, la misère extrême, causée dans un grand nombre de districts par le manque de récolte, aurait pu nous amener un grand nombre de conversions. Hélas ! dois-je le répéter, l’état de nos ressources, plus que modestes, m’a obligé à poser des règles très strictes pour l’admission des catéchumènes. Les missionnaires n’ont pu accepter que ceux dont la conversion offrait des garanties très sérieuses.
« L’émigration a été la seconde cause du petit nombre des conversions. Jadis, quand un païen avait à souffrir quelque injuste tracasserie de la part de ses semblables, quand la famine ou la maladie venait le visiter, il songeait aussitôt à aller trouver le missionnaire, qui l’accueillait avec bonté et profitait de l’occasion pour le convertir. L’émigration a changé tout cela. Il y a quelques années, les recruteurs d’émigrants ne pénétraient dans les villages qu’avec une certaine crainte d’être fustigés ou même arrêtés par la police. Ils n’emmenaient leurs recrues que de nuit, en suivant les chemins détournés, pour ne pas se voir arracher ceux qu’ils avaient embauchés par de belles promesses. Aujourd’hui, la situation est tout autre. Les recruteurs se sont enrichis aux dépens des pauvres coolies. Ils reviennent avec de beaux habits, avec beaucoup d’argent et se présentent la tête haute devant les chefs de village, leur font des cadeaux et deviennent ainsi les maîtres. Ajoutez à cela, que l’Indien n’a plus peur, comme autrefois, de quitter son pays. Il a vu tant de pauvres gens partir et revenir ; on lui a raconté de si belles choses sur les pays lointains, que le désir de s’expatrier est devenu une vraie tentation, à laquelle souvent il succombe.
« D’après les statistiques du gouvernement, il n’y a pas moins de 17.000 émigrants par an. C’est le sud de l’Inde qui fournit le plus fort contingent.
« J’ai fait, cette année, la visite d’un district dont j’avais été chargé autrefois, et j’ai été effrayé du grand nombre des absents. Dans une chrétienté, jadis florissante, je n’ai trouvé que des vieillards avec des veuves et des enfants. Je ne sais vraiment comment le chiffre de la population catholique du diocèse a pu se maintenir et même augmenter. On ne voit pas, d’ailleurs, de remède à un mal qui prend chaque jour des proportions énormes. Comme les émigrants se portent généralement vers Ceylan, le Natal et Malacca, qui sont des colonies anglaises, les autorités, au lieu d’enrayer le mouvement ou tout au moins de le régulariser, semblent plutôt disposées à le regarder d’un bon œil.
« Je parle longuement de l’émigration, parce que j’y vois un danger pour nos districts de nouveaux chrétiens, surtout si la série des années de famine se continue. Vous trouverez, du reste, par les extraits des lettres de plusieurs missionnaires, que mes craintes sont fondées. Dieu veuille préserver de ce nouveau fléau notre chère mission, déjà si éprouvée !
« Un mot maintenant sur les différentes œuvres de la mission. Tous nos établissements d’instruction qui se trouvent en territoire français ont subi, plus ou moins, le contre-coup des lois de laïcisation. Cependant, en dépit des menaces du présent et des appréhensions de l’avenir, le petit séminaire ne compte pas moins de 900 élèves. Quel sort nous attend demain ? Nul ne peut le dire ; mais le supérieur de l’établissement est un vaillant et habile lutteur. Donc, spes contra spem.
« Laïcisés, eux aussi, les établissements d’instruction pour les filles. Toutefois les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny ont ouvert une école libre, dans la ville blanche, pour la population européenne, créole et eurasienne. Ces vaillantes filles ne cessent de répandre le bien autour d’elles, comme si l’horizon n’était pas couvert de gros nuages menaçants. Leur inébranlable confiance en la divine Providence leur permet de continuer avec calme, modestement comme toujours, les œuvres qui leur sont confiées. Elles dirigent l’hospice Desbassyns, où les pauvres de l’un et de l’autre sexe trouvent, sur leurs vieux jours, un asile de paix et de bonheur, où ils peuvent mourir tranquilles et confiants, les yeux tournés vers le bon Dieu que les religieuses leur ont appris à connaître. A côté de l’hospice, les Sœurs ont un atelier de dentelle, où 60 jeunes filles travaillent à confectionner quantité de petits chefs-d’œuvre, qui vont à Madras, à Bangalore, voire même en France, faire l’admiration des connaisseurs, et qui procurent aux ouvrières un bon gagne-pain.
« La laïcisation des hôpitaux, de la léproserie et de la maison d’éducation du gouvernement pouvait faire craindre un encombrement de religieuses à la maison-mère. Mais Dieu se joue des desseins des méchants. « L’homme s’agite et Dieu le mène », a dit un profond penseur. Les Sœurs qui venaient de ces établissements ont trouvé matière à l’exercice de leur zèle, dans les nouveaux dispensaires que la mission a ouverts à Cheyur et à Alladhy. Ces deux fondations portent à quatre le nombre des dispensaires établis dans la mission, où ils produisent un grand bien. La population a confiance dans la science médicale de nos religieuses ; aussi les cas graves, les maladies les plus compliquées ne sont-elles point rares au dispensaire ; point rares, non plus, les guérisons. Un haut employé du gouvernement anglais, visitant dernièrement le dispensaire de Tindivanam, ne pouvait cacher son admiration : « Votre dispensaire fait beaucoup de bien, disait-il, et le gouvernement vous en est « reconnaissant : vos religieuses sont des femmes admirables. »
« Il y aurait beaucoup à dire encore sur les conversions nombreuses que nous procurent les dispensaires ; mais ce sujet dépasserait les limites d’un compte rendu ordinaire.
« Après avoir parlé des œuvres dirigées par les Sœurs de Saint-Joseph, je suis amené à parler de la Congrégation des Sœurs des Saints-Cœurs de Jésus et de Marie, qui s’occupent exclusivement d’éducation. A Pondichéry, les nombreuses écoles qu’elles dirigeaient, dans la ville et dans les paroisses environnantes, ayant été laïcisées, les Sœurs ont ouvert des écoles libres, qui se soutiennent assez péniblement, à cause de la concurrence qui leur est faite.
« Au milieu de ces tristesses, voilà que l’action de la divine Providence devient manifeste. « Quand les hommes vous persécutent dans une ville, a dit Notre-Seigneur, fuyez dans une « autre. » Nos Sœurs ont suivi le conseil du divin Maître, et elles sont allées, les unes à Ayampett et à Shyalli, dans le diocèse de Kumbakonam ; les autres à Omalur et à Irudayampatty, dans la mission même de Pondichéry, où de nouvelles fondations les appelaient, et où de nouveaux couvents venaient de se bâtir. D’autres villages encore réclament les Sœurs ; et je vois déjà le jour où la Congrégation n’aura plus assez de sujets pour toutes les écoles. Une fois de plus, on peut dire que la persécution n’éteint pas la lumière ; elle ne fait que changer le flambeau de place.
« Sur le territoire anglais, nos établissements d’éducation jouissent de la plus grande liberté. A Cuddalore, le collège Saint-Joseph, sous la direction de maîtres habiles et dévoués, continue à faire le bien que tout collège catholique est appelé à faire dans un pays païen, où les enfants des meilleures familles chrétiennes, sans ce collège, seraient exposés aux pires dangers de perversion. L’instruction est très à la mode dans l’Inde, et volontiers on juge un homme par le nombre de diplômes qu’il a obtenus. Aussi le rêve le plus cher aux enfants de bonne famille est-il l’obtention de ce fameux diplôme, qui permet d’arriver aux postes rétribués par le gouvernement. Les païens, les missions protestantes qui émaillent de la diversité de leurs sectes le sol indien, les mahométans, tous ont leur collège. Les catholiques ne pouvaient donc rester en arrière et en dehors du mouvement, étant donné surtout que le collège chrétien est moins un établissement d’instruction qu’une maison d’éducation fortement catholique. Là, nos jeunes Indiens, sous l’œil de zélés missionnaires, tout en s’initiant aux secrets des sciences modernes, apprennent avant tout la pratique des vertus chrétiennes, reçoivent une saine et forte formation morale, qui sera leur sauvegarde dans la vie, et aussi la gloire du collège qui les a instruits. La meilleure preuve que je puisse donner du bon esprit et de la piété des élèves du collège Saint-Joseph, est le chiffre des confessions et des communions : 11.124 confessions, 17.380 communions. Un pareil résultat est le plus beau des comptes rendus.
« Je ne puis terminer ce court aperçu sur nos œuvres, sans dire un mot de notre École industrielle, établie, depuis un certain temps, à Tindivanam. C’est le premier essai de ce genre qui ait été tenté dans notre mission ; et, bien que l’œuvre soit encore à ses débuts, je suis heureux de constater que les résultats obtenus dépassent de beaucoup tout ce que nous aurions pu espérer. L’établissement de cette école ouvre un horizon tout nouveau à notre orphelinat de garçons ; car c’est là que les plus grands de nos orphelins, sous la surveillance des Frères Jean-Baptiste et Bonnin, apprennent les métiers qui, demain, en feront d’habiles ouvriers, capables de gagner leur vie. Deux branches sont déjà ouvertes : la menuiserie et la statuaire. Les apprentis, par leur application, leur bonne tenue et leur docilité, et d’aucuns disent par leur habileté à manier le ciseau et le maillet, nous donnent la plus grande satisfaction. L’école vient d’être reconnue par le gouvernement anglais, qui nous a promis aide et secours. L’inspecteur est venu s’assurer que l’établissement remplissait bien toutes les conditions voulues pour jouir du privilège de la reconnaissance officielle, et est reparti enchanté de ce qu’il avait vu, en nous promettant de faire son possible pour hâter l’heure de l’approbation définitive.
« Il a tenu parole. Avec les secours que le gouvernement ne tardera pas à nous accorder, nous espérons agrandir, augmenter, améliorer ce qui existe déjà, et en faire une œuvre complète en tous points.
« Nous avons passé en revue presque toutes les œuvres établies dans la mission : œuvres d’éducation et œuvres de charité. Il est grand temps de nous occuper un peu des missionnaires, qui travaillent, avec tant de zèle et d’abnégation, à faire connaître de plus en plus le saint nom de Notre-Seigneur.
« Voici quelques extraits des comptes rendus que j’ai reçus :
« Le district de Villupuram, écrit le P. Antoine, me donne beaucoup de consolations. « Presque tous les dimanches, les chrétiens arrivent à l’église avec un admirable « empressement. Quelques-uns viennent de villages fort éloignés. Après avoir assisté fort « dévotement à la messe, ils s’assemblent devant le presbytère et écoutent une instruction sur « le catéchisme. Les nouveaux chrétiens doivent répéter leurs prières sans faute, et ceux qui « les ont un peu oubliées, sont réprimandés devant tout le monde. Ce petit examen dominical « tient les tièdes en haleine et encourage les bons. La confrérie du Sacré-Cœur compte « actuellement une centaine de membres, qui s’approchent des sacrements, chaque premier « vendredi du mois. Je n’exagère point en disant que l’influence exercée par le bon exemple « des associés du Sacré-Cœur est très grande. Les disputes, les rancunes, les mauvaises « habitudes disparaissent bien vite d’un village qui compte un certain nombre d’associés. »
« M. Goarzin me donne sur son district les renseignements que voici :
« En quittant Pondichéry après la retraite, mon intention était de visiter, avant les chaleurs « de l’été, les nombreux villages qui forment le district de Polur. J’avais déjà passé dix jours à « Marthuvambady, quand, subitement, les chrétiens de Polur vinrent me prier de rentrer au « chef-lieu, où la peste bubonique venait d’éclater. A mon arrivée, les autorités anglaises « avaient déjà donné l’ordre d’évacuer la ville. La paroisse chrétienne, se trouvant un peu « isolée, ne fut pas inquiétée. La peste a sévi pendant les mois de février, mars et avril. On ne « connaît pas le nombre des victimes fauchées par le terrible fléau. Le Sacré-Cœur a protégé « mes chrétiens : pas un mort, pas même un seul malade. Que Dieu soit loué !
« Mais si la peste a épargné mon petit troupeau de Polur, je ne puis en dire autant de la « famine. Beaucoup de chrétiens ne trouvant pas de travail, et, par conséquent, n’ayant pas de « quoi manger, ont quitté le pays. Les uns sont allés au Natal, les autres à Ceylan ou à « Singapore, laissant femmes et enfants à la garde de Dieu. Que deviendront ces pauvres « créatures ainsi abandonnées ? Actuellement, c’est la misère noire dans beaucoup de « familles. Malgré des temps si tristes, j’ai pu faire la première communion à 197 enfants. Les « confessions et les communions de dévotion ont été très nombreuses. J’espère visiter, cette « année, tous les postes du district. Dieu veuille me donner force et courage ! »
Dans l’intéressant compte rendu de ses travaux, M. Colas me dit :
« Le vénéré M. Darras m’a confié son cher district de Chetput, il y a un an. Je remercie « bien sincèrement le divin Maître de m’avoir envoyé dans ce coin de sa vigne, et surtout de « m’avoir accordé la faveur de faire mes premières armes sous la direction d’un saint « missionnaire. Le premier devoir d’un nouveau capitaine est de connaître son armée et le « terrain où il doit manœuvrer. Aussi ai-je parcouru déjà les 50 villages qui forment le district « de Chetput. A ma grande joie, j’ai constaté que si mes nombreux néophytes ne sont pas « encore des saints, ni des docteurs de la loi, il y a au moins, chez la plupart, une réelle bonne « volonté.
« A Setchambady, à l’occasion de la visite annuelle, un petit terrain a été acheté et une « école installée. Une trentaine d’enfants la fréquentent.
« Deux cent dix-sept enfants ont eu le bonheur de faire leur première communion. Tous « ont étudié avec ardeur et m’ont donné beaucoup de consolation. Enfin, plusieurs familles « sont venues apprendre la doctrine et ont reçu le baptême.
« Le chef de l’une de ces familles, homme d’une trentaine d’années, m’a vraiment édifié. « Sa mère, vieille païenne enracinée dans la superstition, avait promis de se faire chrétienne, « si elle guérissait d’une plaie qu’elle avait au bras gauche. Elle vint à Chetput et recouvra la « santé, grâce aux soins du missionnaire. Après sa guérison, elle reprit en toute hâte le chemin « de son village, pour ne pas recevoir le baptême. Mais Sillamani, l’un des fils de cette « femme, vint aussitôt me trouver, avec sa femme et ses enfants, et demander à étudier. Ses « parents et ses frères firent tout ce qu’ils purent pour le détourner de son projet : tout fut « inutile : Ma mère, leur répondit-il, avait donné sa parole, elle y a manqué : moi, jamais je ne « manquerai à la promesse que j’ai faite à Dieu. » Voilà qui est consolant pour le « missionnaire.
« M. Darras, après avoir confié le district de Chetput à M. Colas, est allé s’établir à Budamangalam. Voici ce qu’il m’écrit : « Je me suis installé à Budamangalam le 2 février « 1905. Le nombre des premières communions (68) et le nombre de baptêmes d’enfants de « chrétiens (44) montrent que le chiffre des familles attachées à la religion est assez « considérable. Je crois pouvoir dire que le nombre des premières communions eût été double, « si mon installation avait été, dès l’abord, plus satisfaisante, et les moyens d’action mieux « organisés. L’exercice qui s’ouvre sera, je l’espère, plus consolant. Pendant un mois environ, « j’ai été contrarié par les démarches des agents de l’émigration. Mais le choléra s’étant « déclaré à Madras, et les règlements étant devenus plus stricts, le premier engouement a « disparu. Cette tranquillité relative m’a permis de baptiser 75 païens. »
« Écoutons maintenant M. Combes, titulaire du district de Tindivanam : « Cette année « encore, écrit-il, je dois commencer mon compte rendu par un cri d’action de grâces, car, en « ces temps de famine et de disette, le district de Tindivanam a été véritablement privilégié : « de petites pluies locales ont permis à mes pauvres chrétiens de cultiver les menus grains qui « sont la base de leur nourriture, et de vivre tant bien que mal, en attendant des jours « meilleurs, des pluies plus abondantes et des vivres moins chers. Ainsi, je n’ai pas eu la « douleur de les voir émigrer.
« Ma gerbe de baptêmes d’adultes n’est pas lourde, à peine quelques unités. Je ne m’en « désole pas plus que de raison, car cette accalmie dans le mouvement des conversions me « permet de consacrer tout mon temps à la formation chrétienne de mes nombreux néophytes. « J’ai visité presque tous les villages qui composent le district de Tindivanam, et je suis « heureux de dire que les chrétiens ont montré un grand empressement à accomplir leurs « devoirs religieux. En un mois, j’ai entendu 800 confessions et fait faire la première « communion à 40 enfants. Du mercredi des Cendres au jeudi saint, j’ai enregistré plus de « 3.000 confessions. Bref, au 15 août, je constate que 72 chrétiens seulement n’ont pas fait « leurs pâques, dans tout le district.
« Si l’état spirituel du district me donne de grandes consolations, l’exiguïté de ma pauvre « église me remplit le cœur de tristesse et de confusion. Depuis quelques années, la « communauté chrétienne a quadruplé, des œuvres se sont fondées, deux orphelinats ont été « ouverts, si bien que, le dimanche, je suis très embarrassé pour loger, dans ma petite église, « chrétiens et orphelins. Le problème me paraît tellement difficile à résoudre, que la seule « solution pratique, à mes yeux, est de bâtir une église plus grande, plus digne du Dieu que « nous adorons. »
« De Tindivanam à Minnur, il n’y a qu’un pas. Là, nous trouvons le cher M. Clément.
« Il se réjouit des bienfaits que la visite épiscopale a apportés à ses chrétiens : 485 confirmations, 1.751 confessions, 1.763 communions et une belle gerbe de 120 baptêmes d’adultes : tel est le bilan de l’année.
« Passons maintenant au district de Cheyur. « L’année 1905 a été mauvaise, écrit M. « Grandjanny. Le choléra et la famine ont fait leur apparition, et des milliers d’Indiens ont « quitté Cheyur pour aller chercher fortune ailleurs. Parmi les chrétiens, l’émigration a été « relativement peu considérable : elle ne m’a enlevé que 70 néophytes ; mais elle s’est faite « dans de si misérables conditions, qu’elle a produit un mal immense. Trompés par les « promesses fallacieuses des recruteurs d’émigrants, les hommes ont quitté leurs femmes et « leurs enfants, et, aujourd’hui, plus de 50 familles (soit 300 chrétiens) sont dans le deuil et la « détresse. »
« M. Giraud, à Madurandakam, se plaint également des ravages que l’émigration a faits dans son district, durant les deux dernières années. Il évalue à 500 le nombre des néophytes qui ont quitté le pays. « A cela, écrit ce cher confrère, est venue s’ajouter une persécution en « règle de la part des protestants. Deux villages de Sakkilis ont été sur le point de faire « défection. Grâce à Dieu, j’ai pu ramener ces pauvres égarés, et les protestants en ont été « pour leurs frais d’argent et d’éloquence.
« A Pudur, Tatchoor, Velayapattur, l’esprit des chrétiens est excellent, et j’éprouve une « vive consolation à visiter ces trois postes.
« J’espère, l’an prochain, apporter une belle gerbe de baptêmes d’adultes, car j’ai reçu un « grand nombre de demandes.
« Dieu veuille m’accorder, pour cette œuvre, des ressources abondantes et une santé « solide. »
« Ce dernier souhait de M. Giraud réveille en moi de bien tristes souvenirs. Depuis quelque temps, la mort a fait parmi nous de nombreuses victimes. L’année dernière, elle a emporté MM. Giraud et Renevier, mes deux vicaires généraux ; M. Fourcade, dont le nom restera célèbre dans les annales de la mission, et le jeune M. Pouliquen. Si les trois premiers étaient usés par l’âge et les travaux, que dire de M. Pouliquen ? Hélas ! lui aussi n’a fait qu’entrevoir la terre promise, sans pouvoir y entrer. Sa vie si courte de missionnaire a été une lutte continuelle avec la maladie qui l’a emporté. Cette année, à quatre mois de distance, la mort nous a ravi MM. Journoud et Surrel, deux missionnaires pleins de zèle et d’expérience, qui auraient pu rendre encore de nombreux services. En ce moment, nous avons trois missionnaires à l’hôpital Sainte-Marthe de Bangalore. Autant le sanatorium de SaintThéodore, par son admirable situation, son climat délicieux, convient aux convalescents, aux anémiés, à ceux qui sont épuisés par les travaux, et ont beaucoup plus besoin de repos et de tranquillité que de remèdes ; autant l’hôpital SainteMarthe convient aux missionnaires atteints de maladies sérieuses. Là, si le mal n’est pas trop invétéré, les soins d’un docteur dévoué et habile et des Sœurs du Bon-Pasteur parviendront à rendre le malade à la santé et à sa chère mission. Qu’il me soit permis d’offrir ici, au personnel de Sainte-Marthe et aux confrères de Bangalore, l’expression de notre très sincère et très vive reconnaissance, pour l’affectueux intérêt qu’ils témoignent à nos malades et les soins qu’ils leur prodiguent. »
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