| Année: |
1906 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Kumbakonam |
| Rédacteur: | Mgr Bottero |
IV. ─ Kumbakonam
Population catholique 87.072
Baptêmes d’adultes 185
Conversions d’hérétiques 47
Baptêmes d’enfants de païens 1.992
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« A mon retour d’Europe, au mois de février dernier, écrit Mgr Bottero, j’ai trouvé la famine installée dans plusieurs districts du diocèse, surtout dans la région montagneuse. La sécheresse y régnait depuis deux ans, et des milliers de chrétiens n’avaient, pour soutenir leur pénible existence, que des racines et des fruits sauvages. J’ai eu aussi la douleur de voir, successivemnent, tomber malades plus de la moitié de mes missionnaires et quelques-uns de nos collaborateurs indigènes. Cela fait entrevoir la raison pour laquelle le chiffre total de notre population catholique est tombé de 89.000 à 87.072, et la cause d’une diminution sensible dans le nombre des confessions et communions annuelles. Oui, 1906 a été une rude année pour la mission de Kumbakonam ! Ce qu’ont eu à souffrir nos zélés et courageux confrères est plus facile à deviner qu’à décrire. Leur dévouement a été à la hauteur de la situation. Pour descendre dans le détail du bon labeur qu’ils ont fourni, il me suffira de citer des extraits de leurs lettres :
« Monseigneur, m’écrit le cher M. Gastineau, voici, en deux mots, l’état de mon district : « J’ai entendu 6.000 confessions, mais la maladie m’a surpris au moment où je préparais les « enfants à la première communion. J’ai pu faire, néanmoins, l’administration régulière du « chef-lieu (Ayampetthai) et des paroisses annexes. Les villages de Pattanan, Kowutsy et « Pouttour m’ont donné beaucoup de consolation, par la régularité avec laquelle les chrétiens « ont suivi tous les exercices.
« Je prends la liberté d’appeler de nouveau l’attention de Votre Grandeur sur l’état « pitoyable des églises et chapelles de mon district. L’église d’Ayampetthai est devenue, « grâce à Dieu, de beaucoup trop étroite. Le dimanche et les jours de fête, c’est à peine si un « tiers des fidèles peut y trouver place ; des centaines de néophytes restent à la porte, exposés « à l’ardeur du soleil, incapables de voir le prêtre à l’autel et d’entendre la parole de Dieu. « Mais que vous dirai-je des huttes informes qui, dans plusieurs gros villages, servent de « chapelles aux chrétiens ? Elles ne sont vraiment pas convenables...
« L’école des filles d’Ayampetthai, fréquentée par plus de 100 enfants, prospère, sous la « direction intelligente et dévouée des Religieuses du Saint-Cœur-de-Marie. Celle des « garçons parias va moins bien. Elle a pourtant un très bon maître ; mais les parents, trop « pauvres pour pouvoir se passer du bénéfice que leur rapporte le travail de ces jeunes gens, « refusent de les envoyer à l’école. Peut-être aussi les païens, dont ils sont les serfs, les en « empêchent-ils.
« Le voisin de M. Gastineau, missionnaire de Tennour, m’écrit, de son côté :
« Parmi les chrétiens que Votre Grandeur m’a confiés, il en est qui ont, comme les anciens « Israélites, le « cou raide » et sont enclins à la colère. Pour un rien, ils se querellent et se « disputent, au point de faire croire que c’est là leur principale affaire en ce monde. Après « avoir bien crié, ils viennent me soumettre leur différend, et je fais mon possible pour les « réconcilier. Un de mes confrères avait, non loin de son presbytère, une famille chrétienne « dans laquelle tantôt le mari et sa femme, tantôt la belle-mère et sa bru, se chamaillaient du « matin au soir. Fatigué d’entendre ce tapage, mon confrère eut, un beau jour, l’idée de faire « venir le tambour et le trompette, qui sont chargés de sonner la marche funèbre à la porte des « maisons en deuil, et il leur dit : « Je vous paierai bien ; installez-vous près de la paillote « d’un tel et, chaque fois que vous entendrez les gens se quereller, en avant la musique ! ... » « Le tambour et le trompette n’eurent pas à attendre longtemps. La dispute commence bientôt « à l’intérieur de la maison ; au dehors, résonne l’air des morts ! Chacun veut savoir ce qui se « passe. La belle-mère, grincheuse, suivie de sa bru, paraît sur le seuil et demande : « Qui « donc est mort ? ─ Nous n’en savons rien, répliquent le tambour et le trompette. On nous a « dit de sonner la marche funèbre, et nous le faisons. » Or, ici, c’est un mauvais présage « d’entendre l’air des morts. Les querelleurs rentrent chez eux, le cœur un peu troublé ; et, si « j’en crois la légende, oncques n’ont osé se disputer depuis. J’ai eu souvent l’idée de « recourir, moi aussi, au tambour et au trompette du village, mais nous n’avons qu’un « tambour et un trompette à Tennour, et, parfois, il me faudrait une dizaine d’artistes de l’un « et de l’autre genre.
« Se quereller est, sans doute, un grave défaut ; je le trouve cependant moins dangereux « que la tendance à frayer trop facilement avec les protestants. Dans certains districts, on peut « avoir des raisons sérieuses de permettre les mariages mixtes, mais l’expérience prouve que « la chose n’est pas pratique à Tennour, où la partie hérétique ne se préoccupe nullement de « tenir la parole donnée, et met tout en œuvre pour pervertir le conjoint catholique. Cela « étant, je me montre absolument intransigeant : je ne permets même pas à mes chrétiens « d’inviter à leur mariage ou à leurs funérailles leurs amis protestants. Au commencement, il « y a eu du tirage », comme on dit, mais, avec le temps, j’ai eu gain de cause.
« Il faudrait des écoles catholiques, en grand nombre, à Tennour aussi bien qu’ailleurs. Le « missionnaire qui m’a précédé, en avait établi sept dans le district, et y employait onze « professeurs. Comment s’arrangeait-il pour payer tant de maîtres ? c’est son secret. Quant à « moi, j’éprouve un véritable ahurissement, lorsque, le dernier jour du mois, je vois les onze « professeurs se présenter à la caisse. Mes petites économies y ont déjà passé, et il serait « temps que Votre Grandeur vint à mon secours.
« Je suis tellement occupé, du matin au soir, de l’administration de mes chrétiens, que je « n’ai guère eu le loisir de travailler à la conversion des païens. Une famille protestante et « quelques idolâtres étudient les prières ; c’est tout. L’autre jour, un brahmaniste vient me « trouver et me dit : Si tu me donnes des terres, je veux bien recevoir le baptême. ─ Et si je ne « t’en donne pas ? ─ Alors, je reste païen ! ─ C’est cela, il faut que je te donne de la canne à « sucre, et que je te paye pour en manger ?... Va te promener au grand air. » Il s’y promène « encore, sans doute. »
« De Tonamandurai, le cher M. Bulliard m’écrit ce qui suit :
« A mon arrivée, j’ai fait le recensement de mon troupeau ; il se compose de 1.475 « catholiques, répartis entre quatre centres principaux, et de quelques familles de « blanchis-« seurs », disséminées en quinze ou seize villages.
« Au chef-lieu, les offices sont bien suivis et le repos dominical est observé par les « chrétiens à l’aise ; mais ceux qui sont au service de maîtres païens, doivent se contenter de « faire leur possible pour assister à la messe, le matin, et au salut du Saint-Sacrement, le soir. « Il y a eu une très nombreuse première communion, cette année, et 35 garçons viennent, « régulièrement, à l’école.
« Mes trois autres postes sont beaucoup plus arriérés ; Annamaugalam, surtout, me donne « du fil à retordre ». Il y a, dans ce village qui compte 500 catholiques, des protestants de « deux sectes, dont chacune a son temple, son ministre et son école. Ce mélange engendre « une sorte de relâchement et d’indifférence en matière religieuse ; mais, avec le temps et la « grâce de Dieu, j’espère réagir là-contre. Il serait urgent de rebâtir l’église de la station, où « un quart à peine des néophytes peut trouver place.
« Je serais heureux de pouvoir m’adonner à la conversion des infidèles ; hélas ! je dois me « contenter, pour le moment, de cueillir les fleurs de la gentilité que Dieu met sur le bord de « mon chemin. La grâce m’a amené dernièrement un jeune homme de dix-huit ans, fort « intelligent, dont le père est le «poussari » (prêtre) de la pagode de son village. Dès que ses « parents eurent vent de sa conversion, ils mirent tout en œuvre pour le faire apostasier ; le « jeune homme est resté inébranlable. »
« M. Chapuis me mande que la famine qui, depuis deux ans, ravage le district de Konarypatty, a paralysé son ministère : « Ventre affamé n’a pas d’oreilles », dit le proverbe. Notre confrère a mis à profit ce temps d’épreuve pour baptiser les enfants païens à l’article de la mort ; plus de 600 ont été ondoyés par ses soins.
« Autrefois, la famine attirait les infidèles au missionnaire. Ils venaient lui demander un secours temporel, et il leur distribuait, avec le pain matériel, le pain de l’âme. Aujourd’hui, les moyens de communication sont faciles, et les païens qui n’ont plus de quoi manger, s’en vont chercher fortune à Ceylan, en Birmanie ou en Afrique. Les chrétiens de Konarypatty, eux aussi, ont émigré en grand nombre, et M. Chapuis en a perdu près de 600.
« M. Deltour, qui occupe le poste de Tirouvady, me parle des procès, engagés depuis deux ou trois ans par M. Playoust, pour défendre contre les tracasseries des brahmes les chrétiens du district. Ces brahmes sont riches et influents. Ils cherchent à empêcher les parias de se convertir, et poursuivent de leur haine les pauvres néophytes qu’ils espèrent intimider et amener à l’apostasie. Rien ne les arrête ; ils les chassent de leurs paillotes et s’emparent de leurs terres par la violence. D’un autre côté, ils veulent priver les chrétiens de caste de la liberté, qui leur est accordée par la loi, de pratiquer ouvertement la religion catholique. M. Playoust, si bien trempé pour la lutte et aguerri par vingt ans de séjour dans le Tanjore, a relevé le gant avec toute l’ardeur de son zèle et la fougue de son chaud tempérament. Le procès qu’il intenta aux brahmes de Tirupanduretty, qui avaient osé arrêter la procession annuelle des chrétiens dans les rues du village, vient d’avoir une heureuse issue.
« La sainte Vierge, écrit le cher M. Deltour, a triomphé de tous les obstacles. Le démon « s’était promis la victoire ; il vient de mordre la poussière. La décision de la haute cour de « Madras confirme la première sentence portée en notre faveur par le juge du district de « Tirouvady, déboute les brahmes de toute poursuite ultérieure et les condamne aux frais de « l’appel. Dieu soit loué, et bénie soit Marie immaculée qui nous a si visiblement protégée !
« Vous savez, Monseigneur, que M. Playoust, pour faire de plus en plus rayonner aux « yeux des païens la sainteté et la majesté de la foi catholique, a, dans le courant de 1905 et « les premiers mois de 1906, construit à Ayympeth l’église dont notre regretté M. Niel avait « jeté les fondements, il y a huit ans environ. Que vous dirai-je de ce beau monument, sinon « qu’on l’appelle, en toute la région, « le bijou du Tanjore » ? La bénédiction solennelle en a « été faite le 14 février, au milieu d’un grand concours de peuple. Un étranger aurait pu croire « que la province entière était catholique. La nouvelle église a saint Antoine pour patron ; un « des autels latéraux a été doté d’une très belle statue de Notre-Dame de Lourdes, don d’une « pieuse dame de France, et les parents de M. Playoust ont mis le comble à la joie de tous, en « faisant cadeau à l’église d’une splendide cloche qui, le dimanche et les jours de fête, appelle « les fidèles aux offices. Ah ! les chrétiens d’Ayyampeth sont fiers de leur missionaire. Ils ont « prié et ils prieront longtemps encore pour tous leurs bienfaiteur. »
« De Manday, le P. Ignacy m’écrit, à la date du 12 septembre : Aussitôt votre lettre reçue, « Monseigneur, je suis allé prendre possession de mon district. J’arrivai à Manday le 1er « février. Les chrétiens de l’endroit m’attendaient à l’entrée du village, pour recevoir ma « bénédiction.Y a-t-il une chapelle ici ? leur demandai-je. Ils me répondirent affirmativement, « et s’offrirent à m’y accompagner. Ils me conduisirent donc à l’autre extrémité du village et, « me montrant un acre de terrain, sur la droite : « Voici, dirent-ils. » Hélas ! ça n’était pas « gai ! Le sol n’était que du sable brûlant ; deux huttes en bambou, recouvertes tant bien que « mal de feuilles de palmier, se dressaient au milieu. « La plus grande, me dirent-ils, c’est « notre église ; la plus petite, c’est l’habitation du Père. « Saint François d’Assise, qui avait « épousé sainte Pauvreté », la « veuve du Christ », se serait sans doute réjoui d’entendre ce « discours ; moi je pleurai de voir le Créateur du ciel et de la terre si misérablement logé, et je « me demandai comment je me mettrais moi-même à l’abri du soleil et de la pluie. « Heureusement, Votre Grandeur ne me laissa pas longtemps dans la détresse ; Elle « m’envoya de l’argent. Je suis heureux de lui apprendre que Manday possède maintenant « une chapelle convenable, en briques et tuiles, et que j’ai un bon petit presbytère, où je n’ai « rien à craindre de l’intempérie des saisons. Les fidèles de Manday sont bons et obéissants, « et ils bénissent Dieu d’avoir un prêtre au milieu d’eux. Un puits, creusé tout près de mon « habitation, nous fournit à tous de l’eau potable. »
« Le P. François-Xavier, chargé depuis neuf ans du très remuant district de Pratacoudy, continue de lutter avec énergie contre les protestants et les païens.
« Le ministre wesleyen, écrit-il, fait un nouvel effort pour intimider les 150 chrétiens « pallers qu’il avait détournés de leur devoir en 1898, et que le bon Dieu m’a donné la « consolation de ramener au bercail. Il leur réclame, devant les tribunaux, 300 roupies qu’il « prétend leur avoir prêtées, au moment de leur défection. Nous prouverons qu’en réalité, il « les leur a données pour les débaucher. De plus, un certain nombre de ces Pallers, qui se « trouvaient à l’étranger en 1898 et qui viennent de rentrer au pays, font un contre-procès au « ministre, l’accusant de s’être emparé de leur église tandis qu’ils étaient absents, sans « s’inquiéter des droits qu’ils avaient sur elle, et ils lui demandent de gros dommages-intérêts. « Voilà de quoi batailler pendant un an ou deux.
« Pour ne pas rester en arrière, le wesleyen a déchaîné contre nous la colère des païens qui, « jusqu’à ce jour, étaient plutôt nos amis. Ils prétendent maintenant vouloir forcer nos parias « à battre le tambour aux fêtes idolâtriques. Quelques-uns de ces derniers se sont laissé « intimider ; les autres, en grande majorité, sont restés fidèles, et je les aide de mon mieux à « se défendre. Vous dire, Monseigneur, toutes les attaques et les injures que j’ai à subir de la « part de nos ennemis, serait trop long. Je me console en méditant cette parole de Notre-« Seigneur Jésus-Christ : Si mundus vos odit, scitote quia me priorem vobis odio habuit, et je « vais tranquillement mon chemin, travaillant à la gloire de Dieu et au salut de mes frères « hindous, autant que je puis. »
« Un troisième prêtre indigène, le P. Roch, m’écrit de Shyally : « Vous vous souvenez, « Monseigneur, que, l’an dernier, j’avais réussi à faire passer une procession solennelle dans « les rues principales de Shyally. Nous avons renouvelé cette fête en l’honneur de « l’Immaculée-Conception. L’affluence des païens était considérable ; il n’y a pas eu le « moindre incident. Désormais, l’usage est établi ; la Reine du ciel a triomphé.
« Le lendemain de ce beau jour, après la grand’messe, le vicaire général a béni la première « pierre de notre nouvelle église. Il a ouvert aussi, pour les jeunes filles païennes de la ville, « une seconde maison d’éducation, que dirigent des Sœurs indigènes du Saint-Cœur de « Marie. Soixante-douze élèves fréquentent déjà l’école. »
« Depuis mon retour d’Europe, j’ai fait la visite pastorale des trois districts de Cocoudy, « de Tolourpatty et de Cottapaléam. Je suis heureux de dire que la paroisse de Cocoudy, sous « l’intelligente direction de M. Palluel, a sensiblement progressé pendant ces quatre dernières « années. Les gens de ce village, bons chrétiens au fond, laissaient à désirer sous plusieurs points de vue. A force de douceur et de patience, M. Palluel a réussi à leur inculquer de grands sentiments de piété et leur a appris à se conduire comme des gens bien élevés. Il en a aussi formé quelques-uns au chant grégorien, et c’est merveille de les entendre, aux jours de fête, exécuter les messes en plain-chant. La tenue des fidèles, durant les offices, est si respectueuse et si dévote que c’est à en pleurer de joie. Cocoudy, qui était autrefois regardé comme le tout dernier poste de la mission, est en voie de devenir la paroisse modèle du diocèse.
« Dans un village voisin, à 3 milles à l’est de Cocoudy, j’ai eu le plaisir de poser la première pierre d’une nouvelle église. Les chrétiens de l’endroit, au nombre de 250 environ, ont promis de fournir, chaque année, 10 roupies (17 francs) par famille, jusqu’à la fin des travaux. De plus, j’ai eu la grande consolation de voir que le curé du district a baptisé un certain nombre de païens, et qu’il peut se promettre un grand nombre de conversions dans un avenir prochain.
« Le district de Tolourpatty, moins en progrès que celui de Cocoudy, n’a pas laissé que de me donner grande satisfaction. M. Massol, jeune missionnaire, n’est là que depuis deux ans, et déjà il a gagné l’estime et l’affection de tous, chrétiens et idolâtres. Il travaille sans bruit, sous le regard de Dieu, à instruire, à moraliser et à civiliser le peuple qui lui est confié. Sa douceur, sa piété, son assiduité au travail me sont un gage de très notables succès pour l’avenir.
« Cottapaléam a pour curé un prêtre indigène. Le P. Marie-Joseph a puisé, dans son cœur sacerdotal, le courage d’entreprendre la construction d’une vaste église, sans avoir à sa disposition plus de la dixième partie des fonds nécessaires. Pour ne pas avoir la tentation de reculer, il a brûlé ses vaisseaux ; je veux dire qu’il a commencé par abattre une portion considérable de la vieille chapelle, afin de faire place à la nouvelle construction. J’avais cru devoir le blâmer pour cet acte d’audace. Il me répondit avec humilité et franchise : « Monseigneur, j’ai 1.400 chrétiens à la messe du dimanche, et l’ancienne chapelle ne pouvait « en contenir plus de 300 : la bâtisse d’une grande église s’imposait donc à moi. Aidé par mes « chrétiens et par Votre Grandeur, je me suis mis à l’œuvre. Tout mon espoir est en Jésus, « Marie et Joseph ; Jésus, Marie et Joseph ne me laisseront pas dans l’embarras. On me dit « que, jusqu’à ce que l’église soit finie, les gens seront obligés d’entendre la messe à ciel « ouvert ; c’est vrai, mais déjà ils y étaient habitués, puisqu’un quart à peine trouvant place « dans la vieille chapelle. Au reste, je ne les laisserai pas longtemps dehors. Si vous me « donnez encore 500 roupies, je me charge de terminer les voûtes. » La confiance aveugle de ce cher confrère et la divine Providence me toucha vivement, mais je ne voulus rien lui promettre, sans avoir examiné de près le travail déjà fait. Or, la visite pastorale m’en a donné le moyen. Qu’ai-je vu et arrivant à Cottapaléam ? Une vaste église à trois nefs, longue de 120 pieds sur 12 pieds de haut déjà. La bon Père a acheté le terrain ; il a creusé les fondations à 14 pieds de profondeur, il a élevé les murailles, tout à chaux et à sable, et il m’a prouvé qu’il saurait faire venir, de divers côtés, 7.000 ou 8.000 francs encore ! J’avais peine à croire que je ne rêvais pas. Ah ! cette paroisse est heureuse d’avoir à sa tête un curé aussi zélé ! Trois autres annexes de Cottapaléam sont déjà dotées d’églises.
« Les rapports de mes confrères et ce que j’ai cru devoir y ajouter suffiront, je l’espère, à démontrer que mes collaborateurs ont continué, en dépit de toutes les épreuves qu’ils ont subies, de tous les obstacles qui se sont dressés devant eux, à faire l’œuvre de Dieu, à sanctifier les autres, et se sanctifiant eux-mêmes. »
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