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Rapport annuel des évêques

Année: 1906
Pays: Inde
Mission: Maïssour
Rédacteur:Mgr Baslé

II. ─ Maïssour

Population catholique 46.147
Baptêmes d’adultes 990
Conversions d’hérétiques 93
Baptêmes d’enfants de païens 1.416
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« L’année qui vient de s’écouler, écrit Mgr Baslé, coadjuteur de Mgr Kleiner, ressemble beaucoup aux années précédentes. J’ai le regret, toutefois, de constater que, malgré le zèle et la bonne volonté de nos chers collaborateurs, le chiffre des baptêmes d’adultes, bien préparés, est un peu inférieur à celui de l’an dernier. Je n’insisterai point sur les causes de cette diminution ; elles sont, toujours les mêmes ; apathie naturelle chez l’Indien pour les choses spirituelles, manque de catéchistes, manque de ressources, dispersion des chrétiens, qui empêchent les missionnaires de se livrer, comme ils le désireraient, à l’évangélisation des païens. S’il y a une légère diminution de ce côté, il y a augmentation sensible dans le nombre des baptêmes d’enfants moribonds.

« Le 25 juillet dernier, nous avons eu le bonheur, rare en mission, de célébrer les noces d’or de prêtrise et d’apostolat de M. Desaint. Les missionnaires de Bangalore et des environs, au nombre de 33, ont pris part à la fête. Depuis que le Maïssour est séparé de la mission de Pondichéry, c’est-à-dire depuis soixante ans, seul M. Jarrige avait célébré ses noces d’or. Puisse notre second jubilaire vivre vingt ans encore comme le premier, et mourir, comme lui, plein de jours et de mérites, après soixante-dix ans d’apostolat !

Séminaire. ─ « Notre séminaire marche fort bien, sous la direction ferme et paternelle de M. Gerbier. Actuellement, sept de nos élèves étudient au séminaire provincial de Pondichéry : deux d’entre eux vont être ordonnés prêtres à la fin de l’année. Deux autres avaient été envoyés au séminaire pontifical de Kandy ; ils ont reçu la prêtrise, en décembre dernier, et exercent déjà le saint ministère.
« Que je serais heureux, écrit M. Gerbier, si je pouvais constater de beaux résultats pour le « présent, et en espérer encore de plus beaux pour l’avenir ! Mais je dois me contenter du « modique succès que le Seigneur daigne accorder aux faibles efforts de son indigne serviteur. « Du reste, on le sait, un séminaire de mission ne peut rivaliser avec ceux de France : les « conditions sont trop différentes. Notre mission, d’ailleurs, présente une difficulté spéciale, « au point de vue du recrutement du clergé indigène : en effet, bien restreint est le nombre des « chrétiens qui appartiennent aux castes susceptibles de fournir les sujets dont nous avons « besoin.
« Une autre difficulté, plus grande encore peut-être, c’est que les parents de nos élèves, « pauvres des biens de ce monde, sont naturellement portés à retirer leurs enfants du « séminaire, dès qu’ils les voient suffisamment instruits pour obtenir un emploi lucratif.
« Enfin, nos enfants avaient, naguère encore, à lutter contre les mauvais exemples qu’ils « avaient sous les yeux pendant les vacances, et plusieurs ont perdu leur vocation, dans le « court espace de temps qu’ils passaient au milieu de leurs familles. Pour obvier à ce grave « inconvénient, nous avons dû nous imposer de nouveaux sacrifices et retenir les élèves au « séminaire, jusqu’au moment où ils prennent la soutane. Depuis lors, nous obtenons des « succès relatifs.
« La communion fréquente est en honneur au séminaire, et la plupart de nos élèves sont membres de l’Apostolat de la prière et de l’Archiconfrérie du Sacré-Cœur. Au commencement de l’année, nous avions 8 de nos élèves au séminaire provincial, dont 2 diacres, 1 sous-diacre, et 2 minorés. Un de ces derniers a dû se retirer pour raison de santé, mais un autre se prépare à aller prendre sa place, au mois de janvier prochain. »

Pensionnat Saint-Louis pour les parias. ─ « Cette école, établie dans le but de relever le niveau social des pauvres parias, en les initiant aux études secondaires et en leur facilitant l’admission aux carrières libérales, fut fondée en 1898, et, depuis cette époque, elle n’a cessé de donner d’excellents résultats.
« Les débuts furent pénibles, mais le succès est venu peu à peu. Le pensionnat compte actuellement 60 élèves. Ce petit monde, sous la direction de M. Aucouturier, a pris l’habitude et le goût du travail intellectuel. Plusieurs jeunes parias tiennent la tête de leur cours au collège Saint-Joseph, et remportent nombre de prix à la fin de l’année. A l’époque des examens, ces parias passent comme les Européens et les brahmes. Quelques-uns ont déjà terminé leurs études et occupent de beaux emplois. L’un a même trouvé une place au secrétariat du gouvernement de Madras ; d’autres ont conquis les grades nécessaires pour exercer la médecine. Ces résultats, outre qu’ils attirent la considération publique sur ceux qui les obtiennent, ne peuvent que relever les parias aux yeux de la société. Le pensionnat Saint-Louis pourra, dans un avenir prochain, servir à la formation de maîtres d’école, ou même de catéchistes, ce qui sera un grand bien pour la mission.

Petites Sœurs des Pauvres. ─ « Les Petites Sœurs des Pauvres continuent d’exciter l’admiration publique par leurs œuvres de charité, et reçoivent partout un accueil sympathique. Arrivées à Bangalore le 29 avril 1900, elles ouvraient leur maison le 1er mai, et commençaient leurs courses à travers la ville, pour obtenir la nourriture nécessaire à leurs vieillards. Le bon Dieu a béni leurs travaux en leur accordant des conversions bien consolantes. Tantôt c’est un protestant, tantôt un mahométan, ou encore un apostat, qui meurt dans d’excellentes dispositions. Ici, c’est une vieille femme de cent ans, qui reçoit le baptême, et qui attendra encore trois ans avant de faire sa première communion et de s’envoler au ciel. Là, c’est un vieux païen, très attaché à ses superstitions, qui manifeste d’abord du regret d’être entré dans une maison où l’on prie tant, mais qui, vaincu par les prévenances des Petites Sœurs et touché de la grâce, demande lui-même le baptême, et donne, depuis, tous les signes d’une sincère conversion.
« Les Petites Sœurs ont aujourd’hui 92 vieillards, 33 hommes et 59 femmes, dont 4 protestants, 9 païennes et 1 musulmane.

Sainte-Marie de Blakpally. Bangalore. ─ « Cette année, écrit M. Rautureau, la « population de ma paroisse a augmenté de 637 personnes. En effet, plusieurs familles « chrétiennes sont revenues ici et plusieurs familles païennes se sont converties. Le chiffre des « baptêmes, qui s’élève à 61, est à peu près le même que l’an dernier.
« Nos œuvres marchent bien ; les écoles, aussi. L’orphelinat des petits parias compte une « trentaine d’enfants. Jusqu’ici, ils n’ont eu qu’un hangar pour habitation : je me propose de « leur bâtir bientôt un asile plus confortable, si je réussis à me procurer des fonds. »

Arsikéré. ─ « Ce district n’a pas moins de 260 milles de long sur 35 de large. « La « population catholique a angmenté, cette année, écrit M. Pointet. En 1905, je comptais 864 « fidèles ; en 1906, j’en trouve 919.
« Les communions pascales ont été beaucoup plus nombreuses que d’ordinaire. D’un autre « côté, depuis la visite de Votre Grandeur, je remarque une amélioration sensible dans « l’accomplissement des devoirs religieux. Mon district comprend 35 stations, espacées sur « une superficie de 10.000 kilomètres carrés. »

Mines d’or de Kolar. ─ « Les trois confrères qui administrent cette contrée ont eu la joie « d’enregistrer 62 baptêmes d’adultes, 19 baptêmes d’enfants moribonds, et 5 conversions « d’hérétiques. « Parmi mes nouveaux convertis, écrit M. Kœhl, il y a une famille de 8 « personnes ; 5 ont déjà reçu le baptême, et 3 apprennent les prières. Depuis longtemps le père « connaissait notre sainte religion ; il avait même composé des hymnes en l’honneur de la « sainte Vierge, mais la mère résistait toujours : « Si tu fais baptiser nos enfants, disait-elle à « son mari, je te quitte et je m’en vais ; je ne veux pas donner mes enfants au prêtre. » Le père « ne se laissa point ébranler par les menaces de sa femme. Il reçut le baptême, mais, le jour « même où je baptisai deux de ses enfants, il perdit son emploi. Et sa femme de s’emporter : « Vois, lui dit-elle, cette bonne religion... « Qu’as-tu gagné à faire baptiser tes enfants ? ─ « C’est une épreuve que le bon Dieu nous envoie, aie confiance, il ne nous abandonnera pas, « répondit le mari. » Quelques jours plus tard, il retrouvait sa place. Dieu devait encore « l’éprouver, car le jour du baptême d’un troisième enfant, il perdait de nouveau son emploi « et, quand le fils aîné fit sa première communion, le malheureux père tomba malade et se « trouva une troisième fois sans travail. Il persévéra néanmoins ; mais toutes ces épreuves ne « firent que confirmer la femme dans l’idée que la religion catholique ne valait rien. Or, il « arriva qu’une de ses filles, mariée depuis un certain temps, fut abandonnée par son mari. La « vieille promit alors de se convertir, si je réussissais à faire revenir son gendre à la maison, et « à ramener la paix dans un ménage qui n’avait pas été heureux jusque-là. Grâce à la « protection de la sainte Vierge, j’ai réussi, et aujourd’hui la mère, la fille et le gendre « apprennent les prières et vont bientôt recevoir le baptême. »

Manantoddy. ─ « En parcourant ma feuille d’administration, écrit M. Veyret, vous « pourrez remarquer, Monseigneur, que les chiffres se maintiennent à peu près.
« Sur les 37 baptêmes de païens que j’ai administrés, il y en a 31 de Koorchers. L’œuvre « de la conversion de cette caste si intéressante est donc en progrès.
« En février dernier, j’écrivis à Votre Grandeur au sujet d’une trentaine de personnes de la « caste des Panniers, qui demandaient à s’établir dans ma petite colonie de nouveaux « chrétiens. Faute de ressources, je dus me borner à recevoir une seule famille, qui me donne « beaucoup de satisfaction. Je vais la baptiser dans le courant de l’année qui commence. Je « compte sur cette famille pour m’amener d’autres Panniers.
« Ces Panniers forment la plus basse caste de nos montagnes du Wynaad. Ils sont en « quelque sorte esclaves des propriétaires, et, pour leur échapper, ils n’ont pas d’autre moyen « que la fuite. Tandis que les Koorchers ont une teinte de civilisation, les Panniers sont pour « ainsi dire sauvages, et beaucoup d’entre eux fuient encore à l’approche de personnes qu’ils « ne connaissent pas. Un peu au-dessus d’eux, se trouvent les Adyers. Tout dernièrement, une « cinquantane de ces derniers parlaient de se convertir avec une famille de Kurumbers, autre « caste qui ne vit qu’au milieu des forêts. Il semble donc bien qu’il y ait un mouvement vers « notre sainte religion parmi ces castes primitives, qui, une fois converties et formées à la « pratique des vertus chrétiennes, donneront au missionnaire plus de consolation que les « autres. La difficulté est de les établir et de leur procurer le nécessaire, jusqu’à ce qu’elles « puissent vivre de leur travail. »

Ganjam. ─ M. Laurent, qui administre ce district, constate avec plaisir qu’au prix de « beaucoup de peines et de fatigues, il a rétabli la concorde parmi ses ouailles. A Palhally, qui « compte 50 chrétiens, 160 païens sont morts du choléra. « La petite communauté chrétienne, « écrit M. Laurent, s’est mise, à cette occasion, sous la protection du Sacré-Cœur. Elle a fait « une neuvaine et tous les fidèles, moins un, se sont approchés des sacrements. Une « procession a été organisée, et la statue du Sacré-Cœur, portée triomphalement dans la partie « du village qu’habitent les chrétiens. La cérémonie s’est terminée par une amende honorable « et un acte de consécration au Sacré-Cœur de Jésus. Les païens, voyant que les chrétiens « avaient été si efficacement protégés contre le fléau, sont venus eux-mêmes à l’église et ont « offert des fleurs et de cierges au Sacré-Cœur. On parle même de guérisons extraordinaires « parmi eux.
« J’ai dit qu’un seul chrétien ne s’était pas approché des sacrements. Après la procession, « je rencontrai ce pauvre homme qui, plutôt par indifférence que par malice, ne s’était pas « confessé. Je ne pus m’empêcher de le réprimander : « J’avais du travail, me répondit-il, je « n’ai pas eu le temps de venir ; soyez-en sûr, j’irai prochainement à Ganjam, et je mettrai ma « conscience en règle avec le bon Dieu. » Il vint en effet, quelques jours après, mais il mourut « du choléra, sans avoir eu le temps de mettre ordre à sa conscience, car je me trouvais absent. « J’espère, toutefois, que le Sacré-Cœur aura eu pitié de lui. Avant d’expirer, il demanda « pardon de sa négligence, et manifesta les sentiments d’un sincère repentir. »


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