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Rapport annuel des évêques

Année: 1906
Pays: Inde
Mission: Pondichéry
Rédacteur:Mgr Gandy

CHAPITRE VIII
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GROUPE DES MISSIONS DE L’INDE

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I. ─ Pondichéry

Population catholique 143.124
Baptêmes d’adultes 993
Conversions d’hérétiques 85
Baptêmes d’enfants de païens 1.204
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« Il faut remonter bien loin dans les annales de notre mission, écrit Mgr Gandy, pour rencontrer une année marquée au sceau de tant d’épreuves. Si certaines épreuves sont la source de bénédictions abondantes, il en est d’autres qui rendent le bien plus difficile à faire, voire même impossible. Ainsi, depuis quelques années, le chiffre des confessions était toujours allé en augmentant ; cette fois, il a diminué de 12.000, et celui des communions, de 5.000.
« A quoi attribuer cette diminution ? Ce n’est, certes, ni à la négligence, ni au manque de zèle des missionnaires. Cette année comme toujours, ils ont rempli leurs devoirs avec courage et abnégation ; mais la maladie en a condamné plusieurs à un repos forcé. Ils ont dû aller chercher la guérison : qui, à l’hôpital Sainte-Marthe de Bangalore ; qui, au sanatorium Saint-Théodore. Actuellement encore, trois sont à l’hôpital, trois autres à Saint-Théodore ; un septième est si gravement atteint qu’il ne peut être transporté pour être soigné ailleurs. Les districts de nos chers malades n’ont pas été administrés.
« Grâce à Dieu, cette épreuve, si pénible qu’elle soit, n’est que passagère, et nous avons le consolant espoir de voir bientôt nos chers malades reprendre la direction de leurs postes respectifs.
« La mort, de son côté, a éclairci les rangs de nos ouvriers apostoliques : quatre d’entre eux, deux missionnaires et deux prêtres indigènes, sont allés recevoir au ciel la récompense de leurs travaux.
« Trois confrères, après avoir passé plusieurs années en France, étaient revenus au milieu de nous avec le désir sincère de mourir en mission. Hélas ! quelques mois seulement après leur retour, la maladie les terrassait de nouveau et ils ont dû repartir pour l’Europe. Deux autres ont été autorisés à changer de mission pour raison de santé. »
« En récapitulant le chiffre de nos pertes de l’année, j’ai la douleur de constater que neuf confrères nous ont quittés définitivement. Neuf vides dans nos rangs, déjà si éclaircis ; quel désastre pour nous !

« A la désorganisation de notre personnel, occasionnée par la mort et la maladie, est venue s’ajouter la cherté extraordinaire des denrées de première nécessité. Les grains se sont vendus et se vendent encore à un prix de famine. Je ne crois pas qu’un seul de nos chrétiens soit mort de faim, mais Dieu seul sait ce qu’ils ont souffert, dans les districts où la récolte avait été à peu près perdue.
« D’un autre côté, le choléra et la petite vérole ont fait de nombreuses victimes, un peu partout ; en particulier, dans la ville de Pondichéry où les deux fléaux ont sévi simultanément.
« Malgré tant d’épreuves, nous avons eu la joie d’enregistrer 993 baptêmes d’adultes et 85 conversions d’hérétiques.

« Après cet aperçu sur la physionomie générale du dernier exercice, il convient de donner quelques détails sur les travaux des missionnaires et les œuvres de la mission.

District d’Erayur. ─ « Cette année, écrit M. Leroy, chef du beau district d’Erayur, nous « avons entendu 13.228 confessions et distribué la communion à 13.881 personnes ; 207 « enfants ont reçu Notre-Seigneur pour la première fois. Nous avons eu deux très belles fêtes « à cette occasion, en mai dernier. Pendant un mois et demi, du matin au soir, on n’entendait « que la voix de ces chers enfants qui récitaient prières et catéchisme : les garçons, à l’ombre « des tamariniers touffus de notre enclos, et les filles, au couvent des Sœurs du Très-Saint-« Cœur de Marie.
« J’ai fait le recensement de mes chrétiens. Le district d’Erayur compte 4.002 fidèles « baptisés. Le village d’Erayur, à lui seul, en compte 1.909. J’ai vraiment une belle paroisse, « où les commandements de Dieu et de l’Église sont respectés, où la pratique des vertus « chrétiennes et la fréquentation des sacrements sont en honneur. Mes ouailles entendent « régulièrement la messe chaque matin, et récitent la prière du soir en commun. Que peut-on « désirer de mieux ? »
« Pour affermir les bonnes dispositions de ses chrétiens et les rendre meilleurs encore, M. « Leroy vient d’établir, dans l’église d’Erayur, l’Archiconfrérie du Saint-Rosaire et de « l’Adoration perpétuelle en union avec Montmartre.

Cuddalore (Old town, vieille ville). ─ « A mon arrivée à Cuddalore, il y a un an et demi, « écrit M. Bruyère, je trouvai l’église de la paroisse, le presbytère, et plusieurs chapelles du « district dans un état pitoyable. Aujourd’hui, église, presbytère et chapelles, tout a été réparé « et remis à neuf. Mes ressources personnelles épuisées, j’ai tendu la main à mes chrétiens, « qui ont répondu généreusement à mon appel. »
« Beaucoup d’épines et de ronces avaient poussé dans la vigne qui était confiée à M. Bruyère. L’ignorance avait engourdi beaucoup de bonnes volontés, et l’indifférence avait éloigné plus d’une âme de la pratique des sacrements. Le missionnaire a rassemblé les enfants, il leur a appris les prières et le catéchisme. De grands jeunes gens, qui n’avaient pas fait leur première communion, l’ont faite. Aujourd’hui, la paroisse est toute transformée. Que Dieu en soit béni ! »

Cuddalore (New town, nouvelle ville). ─ « La paroisse, dont M. Drouhin est titulaire, a été éprouvée par le choléra.
« L’Indien tremble, non pas seulement devant cette terrible maladie quand elle sévit, mais encore quand il l’appelle par son nom. Quelqu’un est-il atteint du fléau, on le voit comme abandonné par sa famille. Ses parents, accroupis dans un coin de la maison, gémissent et se lamentent, sans penser à faire quoi que ce soit pour sauver le pauvre malade.
« Trois semaines durant, le fléau a frappé païens et chrétiens à Cuddalore. Le jour et la nuit, M. Drouhin s’est prodigué pour donner aux cholériques les secours de son ministère et les soins que réclamait leur état. Auprès d’eux, on le voyait tour à tour prêtre, médecin et infirmier. Prêtre, il consolait, fortifiait, administrait les mourants ; médecin, il indiquait les remèdes utiles ; infirmier, il les présentait lui-même aux malades.
« Païens et chrétiens garderont longtemps le souvenir de la belle conduite et de l’héroïque dévouement de notre cher confrère.
« Il y a à Cuddalore (New town), un établissement des Sœurs du Saint-Cœur de Marie, une école normale pour la formation des maîtresses d’école, un pensionnat pour les jeunes filles indiennes, et une école primaire.

Vellanthangeul. ─ « Je maintiendrai la paix dans les familles « qui seront dévouées à mon divin Cœur, » disait Notre-Seigneur à la Bienheureuse Marguerite-Marie. Or, à Vellanthangeul, ce n’était souvent que disputes, batailles et procès. Tous les dimanches, sans en excepter un seul, le misionnaire était obligé de réunir les chrétiens pour examiner leurs querelles de la semaine, réprimander celui-ci, punir celui-là. Aujourd’hui, la situation a complètement changé. Le P. Régis ayant établi la communion du premier vendredi du mois, l’influence bienfaisante du Sacré-Cœur s’est fait sentir de suite. Disputes, batailles et querelles ont cessé, les ennemis se sont réconciliés ; les semeurs de discorde, qui s’approchaient des sacrements une fois l’an, s’en approchent chaque mois. Mille fois béni soit le divin Cœur de Jésus !

Mahé. ─ « Pendant les huit mois que je viens de passer à Mahé, écrit M. Maurice, je n’ai « eu qu’à me féliciter de la bonne conduite et du bon esprit de mes chrétiens. Il y a bien, de-« ci, de-là, quelques ombres au tableau, mais qui ne sait que le soleil lui-même a des taches ?
« Les anciens chrétiens vivent, presque tous, du produit de la pêche : ce sont de rudes « travailleurs, faisant parfois des journées lucratives, qui leur permettraient de mettre quelque « chose de côté en prévision de l’avenir. Mais ici, comme partout ailleurs du reste, nos « Indiens sont d’une imprévoyance... indienne, et c’est prêcher dans le désert que leur parler « d’économie. J’aimerais à les voir s’enrôler plus nombreux dans la Confrérie du Sacré-Cœur « et communier plus régulièrement.
« Les nouveaux chrétiens, au nombre d’une soixantaine, possèdent bien la doctrine, sont « assidus à entendre la messe le dimanche, et s’approchent de la sainte table aux principales « fêtes de l’année. Mais, comme la plupart nous sont venus du protestantisme, il faut encore « attendre quelques années, avant de dire le dernier mot au sujet de leur persévérance. »
« En terminant son rapport, M. Maurice parle de son couvent : « C’est, dit-il, une ruche « laborieuse de 60 abeilles, où l’on réussit à vivre avec de très modestes revenus. L’atelier de « dentelle marche fort bien, et, maintes fois, les visiteurs ont été émerveillés de voir de petits « chefs-d’œuvre sortir des mains de nos orphelines. Une fois de plus, cet orphelinat prouve « l’esprit d’initiative, l’habileté et la sainteté des religieuses de Saint-Joseph, qui en sont « chargées. »

« Jetons maintenant un coup d’œil sur les districts de nouveaux chrétiens.
« Si l’on examine le bien qui s’est fait au cours de l’exercice qui finit, écrit M. Mignery, « de Wandiwash, nous avons des actions de grâces à rendre au Seigneur. Toutefois, si l’on « examine le bien qui reste à faire, il faut avouer qu’il y a, dans la vigne qui m’est confiée, « quelques terrains encore stériles, et d’autres où poussent les ronces et les épines. Cette « année, je me suis occupé surtout de préparer les enfants à la première communion. « L’administration s’est faite comme d’ordinaire. J’ai passé cinq mois à Tiruvattipuram et « sept à Wandiwash. J’ai entendu 1.702 confessions de néophytes. Avec du temps, de la « patience et une instruction chrétienne plus sérieuse, ces pauvres gens deviendront de « fervents chrétiens. »
« Notre jeune confrère, M. Eug. Boyer, qui fait ses premières armes a Budamangalam, sous la direction du vénéré M. Darras, est tout heureux de me signaler les progrès accomplis depuis un an. « Ce n’est pas, dit-il, que le district ait fait un bond de géant, mais il y a une « différence notable entre les résultats obtenus cette année et ceux des exercices précédents. « Voilà pour la quantité. Sous le rapport de la qualité, je puis vous assurer que des « améliorations sensibles ont été réalisées. Une petite école, qui marche bien, a été ouverte à « Budamangalam. L’année prochaine je connaîtrai mieux les hommes et les choses ; je serai « moins embarrassé pour parler tamoul et je compte sur des résultats plus importants. »
« A Madurantakam, M. Giraud a baptisé 103 adultes, dont 21 in articulo mortis. Ces 21 baptêmes sont dus au choléra qui a fait 160 victimes, dans la seule ville de Madurantakam. Par une grâce toute spéciale de la Providence, aucun chrétien n’a été atteint.
« Depuis quelques années, les protestants font une propagande active dans ce district. Leur but est moins de convertir les païens que de pervertir nos chrétiens. L’or brille entre leurs mains ; ils ont sur les lèvres de fallacieuses promesses. Néanmoins, leurs efforts sont presque toujours infructueux ; témoin, le fait suivant : « Une famille catholique de Madurantakam, « raconte M. Giraud, s’était laissé prendre dans les filets du wesleyen. Elle avait abandonné « l’église pour aller au temple, et plusieurs autres familles parlaient d’imiter son exemple. « C’était le loup dans la bergerie. Je voyais déjà mon troupeau exposé tout entier au danger « de la contagion, mais Notre-Dame de Lourdes veillait sur lui. A quelque temps de là, le « chef de la famille apostate se vit accusé, avec deux individus païens, d’avoir volé une peau « de buflle et dut subir la prison préventive. Le juge d’instruction fit relâcher les accusés « païens ; seul, l’apostat fut déclaré coupable et condamné. Cela suffit pour prouver aux « païens que le protestantisme ne les mettait pas à l’abri des justes sévérités de la loi.
« La femme du voleur fut atteinte du choléra. J’allai la voir et la consoler. La lumière se fit « alors dans son âme, et aujourd’hui, complètement guérie, elle est revenue à la véritable « Église.
« Dans cette famille, il y avait un jeune garçon de quatorze à quinze ans. Lorsque ses « parents apostasièrent, il s’enfuit à Madras, pour ne pas se faire protestant. Son père alla le « chercher, le ramena de force et le plaça à l’école protestante, où il était gardé à vue. Le « jeune homme réussit à s’échapper et, malgré les menaces, les supplications et les mauvais « traitements,demeura inébranlable dans la foi. J’ai l’intention d’en faire un catéchiste, car il « est pieux et intelligent. »

« Pendant l’année 1905-1906, dit M. Grandjanny, la population du district de Cheyour a « diminué sensiblement. En effet, près de 300 de mes néophytes ont émigré ; d’autre part, le « chiffre des baptêmes d’enfants de chrétiens a été inférieur à la moyenne. L’année dernière, « j’avais eu la joie d’enregistrer 96 baptêmes ; cette année, je n’en compte que 43.
« Quoi qu’il en soit, j’ai pu enfin exécuter un projet que j’avais à cœur depuis longtemps, « et contre la réalisation duquel toutes les puissances de l’enfer semblaient conjurées ; je veux « parler de la construction de l’église de Nirpair.
« Un mouvement de conversion s’était déclarés à Nirpair et aux environs en 1898-1899. Je « conçus, dès lors, le projet de bâtir un oratoire pour les néophytes de ces parages. Je priai le « petit roitelet de l’endroit de m’accorder un terrain. Ma demande fut très mal accueillie. Le « zemindar (roitelet) jura ses grands dieux que jamais, au grand jamais, il ne m’accorderait la « moindre parcelle de terrain. Comme, du côté des hommes, tout espoir était perdu, je confiai « l’affaire au bon Dieu. Je ne tardai pas à être exaucé. En effet, quelques jours après le refus « du roitelet, les sakkilis de Nirpair vinrent m’offrir un petit emplacement. On dit qu’il faut « toujours saisir l’occasion par les cheveux, car souvent elle n’en a qu’un. J’achetai donc le « terrain, séance tenante. Mais quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre, un peu plus tard, « que ces braves sakkilis m’avaient cédé un terrain qui ne leur appartenait pas, et dont ils « avaient l’usufruit seulement ! Que faire ? Payer d’audace... Un beau matin, je fais préparer « quelques colonnes de granit, trois ou quatre paquets de bambous, et plusieurs centaines de « feuilles de cocotier tressées. Le soir, à la faveur des ténèbres, on transporte le tout de « Cheyour a Nirpair. Le lendemain à l’aurore, j’avais à Nirpair l’abri qu’il me fallait. A 8 « heures, le garde champêtre se présente et me somme de déguerpir au plus vite. Je ne daigne « même pas lui répondre. Il se retire, et arrivent des gens du village, envoyés par le zemindar « pour m’intimider. Je reste coi devant eux, comme devant le garde champêtre. On s’en prend « à mes chrétiens et on les met en quarantaine : chacun les évite comme des lépreux et refuse « de leur donner du travail. Toutes ces tracasseries, loin d’affaiblir la foi de mes néophytes, ne « servent qu’à l’affermir. Cependant, je dois l’avouer, à partir de ce moment, les païens n’ont « plus demandé le catéchuménat ; mais, en revanche, le zemindar est devenu mon ami. De lui-« même, il m’a offert un terrain mieux situé, plus vaste et plus sain, pour bâtir mon oratoire, et « c’est sur ce terrain que s’élève aujourd’hui, gracieuse et triomphante, la petite église de « Nirpair. Le poste est désormais fondé. Une fois de plus, l’archange saint Michel a vaincu « l’ange des ténèbres. Quis ut Deus ? »

« Nous ressentons ici le contre-coup des événements de France, écrit M. Combes, titulaire « de Tindivanam. Les ressources diminuent, les besoins augmentent ; il y a encore tant à faire « pour organiser d’une manière définitive nos chrétientés de néophytes ! Les chapelles « d’administration manquent et, par le fait même, la visite des chrétiens est difficile et « irrégulière.
« Cependant l’œuvre du bon Dieu progresse chaque jour. Le district, outre l’église du « chef-lieu, compte quatre chapelles d’administration : à Alagramam, Perramanday, « Terkonam et Pulitchappalam. Ces postes secondaires ont été tous visités, cette année. Pour « ne point allonger mon rapport, je résume mes impressions en quelques lignes. J’aime à « constater, chez nos néophytes, une grande soumission au missionnaire, beaucoup « d’empressement à s’approcher des sacrements et de sérieuses habitudes de vie chrétienne. « Je ne dis pas qu’ils sont parfaits, non ; mais j’ai l’espoir fondé de les envoyer à peu près « tous en purgatoire, ce qui doit suffire à mon bonheur, comme nous disait le regretté M. « Péan.
« Tindivanam, le chef-lieu du district, mérite néanmoins, une mention spéciale.
« Avec ses communautés de Frères et de Sœurs, ses orphelinats de filles et de garçons, sa « population catholique qui augmente à vue d’œil, Tindivanam a fort bon air, le dimanche et « les jours de fête, quand l’église déborde de fidèles qui se tiennent bien et prient bien.
« La Fête-Dieu et la fête du Sacré-Cœur ont été célébrées, cette année, sinon avec un éclat « extraordinaire, du moins avec une ferveur peu commune. A la Fête-Dieu, le Saint-« Sacrement a été exposé toute la journée et, le soir, il y a eu procession. Quand je me décidai « à exposer le Saint-Sacrement pour la première fois dans mon église, j’hésitais bien un peu, « me disant : Tes nouveaux chrétiens, comment vont-ils se tenir ? comment vont-ils prier ? « auras-tu des adorateurs?
« Et, aujourd’hui, je me dis : Homme de peu de foi, pourquoi n’as-tu pas commencé plus « tôt ? En effet, l’expérience prouve que le nouveau chrétien est plus porté, mieux disposé à « la prière, les jours d’exposition du Saint-Sacrement. Celui qui est assis sur son trône, au « milieu du rayonnement des cierges, n’a-t-il pas dit : Cum exaltatus fuero, omnia traham ad « me ipsum ?
« Il y a exposition du Saint-Sacrement, à Tindivanam, trois fois par an : le jour de la Fête-« Dieu, le jour de la fête du Sacré-Cœur, et le 15 août, qui est notre jour d’adoration en union « avec Montmartre. »

« Après les nombreuses conversions de 1897 et 1898, je me vis dans la nécessité de séparer Minnur de Tindivanam, pour en faire un district à part. M. Clément s’y installa en 1900. Sous son habile direction, cette petite chrétienté est vraiment florissante. Les gens y sont simples, pieux et bons ; ils aiment beaucoup leur missionnaire et sont toujours prêts à lui obéir.
« Au début, l’installation du missionnaire, à Minnur, était tout à fait insuffisante. Il n’y avait pas d’église, car on ne peut appeler église une petite masure en terre, recouverte en feuilles de cocotier. Aujourd’hui, cette lacune est comblée. Minnur possède une jolie église, dont la façade stuquée forme un beau piédestal à la statue de Notre-Dame des Victoires, patronne du district.
« Voici, en effet, ce que m’écrit M. Clément : « Ne pouvant, cette année, être partout à la « fois, « au four et au moulin », comme disent les braves gens de mon pays, je me suis « presque exclusivement occupé de la construction de l’église. Je pensais avoir fini en quatre « ou cinq mois. Malheureusement, je comptais sans la lenteur calculée des « chevaliers de la « truelle », si bien qu’en dépit de ma bonne volonté, le premier semestre de cet exercice n’a « pas été brillant, comme résultats d’administration. »

« Avant de clore ce compte rendu, il me reste à donner un aperçu général de nos œuvres, et à dire un mot de ce qui a été fait dans la mission de Pondichéry, pour obéir à l’encyclique de S. S. Pie X sur l’enseignement de la doctrine chrétienne.
Œuvres. ─ « L’an dernier, je disais que la meilleure preuve du bon esprit et de la piété de nos élèves du collège de Cuddalore était le chiffre consolant des confessions (11.125) et des communions (17.350). Cette année, il y a eu, dans l’établissement, 12.210 confessions et 21.250 communions.
« Si le collège chrétien, en pays de mission, est nécessaire pour la formation des enfants appartenant aux classes aisées, il est loin d’être inutile pour les païens de haute caste, dont l’influence grandit sans cesse. Les enfants païens, qui sortent de nos établissements, gardent toujours un bon souvenir de leurs éducateurs et, comme employés du gouvernement, ils rendent parfois de précieux services au missionnaire dans le district duquel ils se trouvent. Témoin, ce jeune brahme, notre ancien élève. Au collège, il étudiait la doctrine catholique et les prières, nous questionnait souvent, nous soumettait ses doutes, nous ouvrait sa conscience et son âme. Que de fois ne nous a-t-il pas répété : « Je suis chrétien de cœur ! » A cause de son jeune âge, nous lui conseillâmes d’y aller prudemment, de ne pas compromettre son avenir en s’exposant aux persécutions des autres brahmes, alors qu’il n’était peut-être pas encore assez sûr de lui-même. Aujourd’hui, il occupe une place dans les bureaux du gouvernement et habite une ville où les païens dominent, où les brahmes sont nombreux. Malgré ce milieu peu favorable, il persiste dans l’intention de se convertir. Il est en rapports suivis avec le missionnaire, qui le reçoit avec bonté, et auquel il ouvre son âme avec la simplicité d’un enfant et la sincérité d’un véritable chrétien.
« Notre collège Saint-Joseph a été bien éprouvé dans son personnel enseignant. M. Bertho qui, depuis dix-sept ans, dirigeait l’établissement avec tant de sagesse, a dû prendre du repos. Longtemps, le cher supérieur a souffert en silence ; il a lutté avec courage contre la maladie. A mon grand regret, j’ai été contraint de lui accorder un congé illimité, et de l’autoriser à se rendre au sanatorium Saint-Théodore, pour y rétablir sa santé.

« M. Combes, qui, en plus de son district de Tindivanam, a la charge d’œuvres nombreuses, me donne des détails bien consolants. A l’hôpital, le nombre des malades augmente toujours ; parfois les religieuses ne savent où donner de la tête. Tout le monde crie ensemble, mais les infirmières arrivent à contenter tout le monde, à force de patience et de dévouement.
« A l’École industrielle, nos orphelins apprentis font de sérieux progrès en menuiserie, dessin, modelage, sculpture sur bois et dorure. L’école est reconnue par le gouvernement qui nous accorde un subside. Espérons que bientôt, sortant de la période toujours pénible des débuts, cette école nous aidera à entretenir nos orphelins et à leur assurer, pour l’avenir, de sérieux moyens d’existence.
« Cette année, nous avons bâti un grand orphelinat, afin de loger, non pas confortablement, mais commodément, tout notre petit monde. C’est une construction de 20 mètres de long sur 10 de large, avec véranda, au sud, servant de réfectoire. C’est vous dire que ni l’air ni l’espace ne manquent, pas plus que la gaieté et l’appétit, à ces bons enfants. Les Frères de Saint-Gabriel sont chargés de la direction générale de l’orphelinat, surveillance et discipline. Ce sont, pour nos orphelins, non seulement des professeurs habiles et dévoués, mais de véritables pères, réellement soucieux des intérêts, tant spirituels que matériels, de ceux dont ils ont la charge.

« Dans sa magnifique encyclique sur l’enseignement de la doctrine chrétienne, Pie X nous ayant répété la parole de Notre-Seigneur aux apôtres : Euntes docete, nous ne pouvions ne pas obéir. Les instructions de Sa Sainteté ont été reçues avec respect et soumission. Tous, évêque et missionnaires, ont à cœur de s’y conformer. Ce ne sera pas l’affaire d’un jour, car il nous faudra du temps, du courage et de la persévérance pour établir les catéchismes partout et d’une manière définitive. De louables efforts ont déjà été faits dans ce but. Ainsi, à Cuddalore, M. Drouhin a construit une salle de catéchisme. Il a pris d’abord les enfants de la première communion et de la confirmation. Lors de ma visite pastorale, il y eut distribution de prix de catéchisme, et, pour rendre cette cérémonie plus solennelle, je la présidai moi-même.
« Mais M. Drouhin ne s’est pas arrêté là. Il a convoqué les grandes personnes, pensionnaires du couvent, religieuses, chrétiens et chrétiennes de la paroisse ; tous ont répondu à son appel, se sont mis à l’étude sérieusement et ont écouté avec attention les explications du missionnaire. Pour stimuler cette belle ardeur et l’encourager, M. Drouhin a institué des concours publics de catéchisme.
« A Pondichéry, M. Veaux, nommé récemment curé de la cathédrale, a inauguré son ministère par un acte d’obéissance au Saint-Siège. Laissant à ses deux vicaires le soin de faire le catéchisme aux enfants, il a pris, pour sa part, l’instruction des grandes personnes. Son catéchisme n’est pas un catéchisme ordinaire, avec questions et réponses ; mais il traite, avec beaucoup de détails et après une longue préparation, les principales vérités de la doctrine catholique. Sa parfaite connaissance de la langue tamoule lui facilite grandement ce travail : 150 personnes environ viennent l’écouter régulièrement ; ce chiffre ira certainement en progressant.
« M. Durier, à Karikal, n’a pas hésité, lui non plus, à instituer des cours de catéchisme pour les grandes personnes. « Chaque dimanche, m’écrit-il, le soir, entre le chant des litanies de la « sainte Vierge et la bénédiction du Saint-Sacrement, il y a instruction catéchistique. « L’assistance y est aussi nombreuse qu’aux messes du matin. Ces conférences auxquelles, « du reste, j’apporte tous mes soins, ne manqueront pas de faire du bien et contribueront « sérieusement à l’instruction de mes paroissiens. »
« Ce que M. Durier fait à Karikal, M. Leroy le fait à Erayur. Cette paroisse, d’ailleurs, s’y « prête bien, car les chrétiens y sont nombreux, bons, pieux, fervents et assidus aux offices.
« Le dimanche et les fêtes d’obligation, écrit M. Combes, curé de Tindivanam, il y a « catéchisme pour les enfants et pour les adultes. A 10 heures, quelques instants après la « messe de paroisse, je fais sonner la cloche. Criant, sautant, dansant, gambadant, les enfants « arrivent tous, même les plus petits. Ces derniers, je les confie au catéchiste qui leur apprend « le signe de croix, les prières, et les éléments de la doctrine. Je me charge des plus âgés, ceux « qui bientôt devront faire leur première communion. La séance dure une heure.
« Le soir, à 5 heures, c’est le tour des grandes personnes, des adultes. Cette section « comprend tous ceux qui ont fait leur première communion, jusqu’aux vieillards. Les « absences sont rares, l’attention est soutenue. Un soir, en sortant du catéchisme, un loustic « disait : « Avec de pareilles instructions, nous serons bientôt d’anciens chrétiens. » Autre « fait : Une pariate se disputait un soir, quand une commère avisée lui dit : « Ce n’est pas la « peine d’aller au catéchisme, pour dire de mauvaises paroles comme autrefois. »

« Puisse Dieu bénir ces modestes commencements et nous aider à instruire convenable-ment nos chrétiens ; car, dit avec raison Pie X, « l’ignorance de la religion est la cause du malheur des temps »


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