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Rapport annuel des évêques

Année: 1907
Pays: Inde
Mission: Coïmbatour
Rédacteur:Mgr Roy

III. — Coïmbatour

Population catholique 37.843
Baptêmes d’adultes 525
Baptêmes d’enfants de païens 1.185
Conversions d’hérétiques 31
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« Pendant ces trois dernières années, écrit Sa Grandeur Mgr Roy, évêque de Coïmbatore, j’ai visité mon diocèse dans tous les sens. J’ai vu tous les ouvriers apostoliques à l’œuvre. J’ai trouvé partout des consolations et des épreuves, des joies et des tristesses, des espérances et des déceptions, du bon grain et de l’ivraie. Mais, au-dessus de tout cela, la grâce de Dieu anime le zèle des apôtres, éclaire et soutient les âmes de bonne volonté, ramène au bercail les brebis égarées, et donne aux œuvres l’élan, la fécondité et le progrès.
« L’œuvre de Dieu se fait mystérieusement et sans bruit. Loin d’être la mort, ce silence, au contraire, renferme des trésors d’énergies et de bénédictions, dont je rends grâces au Seigneur et à mes zélés confrères. »
Le regard de l’évêque constate un progrès général, mais à des degrés très variables selon les districts. Il y a des contrastes dus à différentes causes et surtout « au caractère de certains éléments plus rebelles, plus opiniâtres et plus ingrats ».
« Certaines castes, en effet, sont difficiles à manier, et le missionnaire a besoin d’une patience et d’un tact peu ordinaires, pour se faire tout à tous, ne froisser personne et consacrer l’union et la paix dans son troupeau. Il y a des habitudes, des susceptibilités parfois mesquines, qu’on ne peut attaquer de front, sans briser le roseau fragile, ou éteindre la mèche qui fume encore.
« L’Inde n’est pas un pays ; c’est un monde, dit-on. On pourrait presque le dire de chacun des districts, tant les éléments, qui parfois le composent, sont divers.
« Mais, si ceux qui parlent au coin du feu, d’échec du catholicisme en Extrême-Orient connaissaient les difficultés que les missionnaires ont à affronter et à vaincre, ils s’étonneraient plutôt que ceux-ci aient accompli une si vaste besogne, avec si peu de moyens humains.
« Cette année, nous n’avons à déplorer la mort d’aucun confrère, mais plusieurs ont payé leur tribut à la maladie. M. Tignous, pour la seconde fois, a dû nous quitter pour aller refaire ses forces au pays natal. Je l’ai remplacé, comme chapelain militaire, par M. Morin, supérieur du séminaire, comptant que celui-ci, depuis longtemps d’une santé chancelante, pourra se guérir sur les Nilgiri-Hills. La direction du séminaire a été de nouveau confiée à M. Villien.
« Nos séminaristes ne sont pas nombreux. La raison en est que nous attendons, pour les admettre, qu’ils aient passé leurs examens du Lower Secundary. Ils sont alors reçus au séminaire, sur les bonnes références du supérieur de l’école Saint-Michel, où tous étudient, et du directeur du pensionnat ou de leur curé respectif. A partir de ce moment ils restent à la charge de la mission. Toutefois leur admission n’est définitive qu’après les examens de Matriculation. En suivant ce système, l’esprit du séminaire est meilleur. Les départs et les exclusions sont plus rares. La formation sérieuse qu’ils reçoivent nous assure, pour l’avenir, de précieux collaborateurs.
« Actuellement six séminaristes de Coïmbatore étudient la philosophie et la théologie au grand séminaire provincial de Pondichéry, où M. Trembleau représente le diocèse dans l’enseignement et la direction.
« Grâce à notre pensionnat, et à l’esprit meilleur des familles, les vocations sacerdotales sont relativement nombreuses. Mais, il importe qu’elles soient libres, solides et bien éprouvées. En général, de telles vocations ne se rencontrent que dans les vieilles familles chrétiennes. Car le baptême ne détruit pas aussitôt les traces de la descendance idolâtrique. C’est l’œuvre d’un temps relativement long.
« Comme je l’avais fait prévoir l’an passé, une partie des orphelins a été transplantée à Karamattampathy, sous la direction de M. Panet, curé du district. Ils y sont présentement au nombre de 67. Les grands et les moyens restent à Coïmbatore, où quelques-uns suivent les cours de l’école Saint-Michel. Les autres, c’est la majorité, apprennent un métier à l’école industrielle. M. Rogues, assisté de M. Guibal, en a la charge.
« L’administration des districts a suivi son cours normal. Tous les confrères m’ont envoyé des chiffres pour comptes rendus ; peu les ont fait suivre d’explications, et aucun ne m’a rapporté de faits merveilleux, qui intéressent tant les lecteurs. Pourtant, Dieu sait les sacrifices qu’ils s’imposent et les merveilles même qu’ils opèrent. Les conversions de païens ne sont-elles pas autant de miracles ? Le nombre croissant des communions de dévotion (90.441 pour cette année) n’est-il pas le signe du progrès dans la foi et dans la piété, et le gage d’un avenir meilleur encore ?
« C’est là un sujet de joie pour mon vénéré vicaire général, curé de la cathédrale. Secondé par l’activité de son zélé collaborateur, le P. Ambroise, il a obtenu cette année une augmentation considérable de confessions et de communions. De 9.215, le chiffre est monté à 13.495.
« N’ayant pas réussi avec les Indiens à fonder une salle de lecture, il a repris son projet avec les congrégations anglaise et indienne réunies. Les livres, journaux et revues seront en anglais et en tamoul. Elles satisferont ainsi le goût de tous les lecteurs.
« M. Petite écrit de Shodanur : « Je regrette de constater que le manque de chapelles à « Metupalayam et à Shoranur ait entravé considérablement mon administration. Le défaut de « ressources m’a empêché de me livrer davantage à l’œuvre de la conversion des païens. « Mais, tout bien considéré, je dois remercier de tout mon cœur la divine Providence, qui m’a « permis d’enregistrer 26 baptêmes d’adultes, et 50 d’enfants à l’article de la mort. »
« M. Jambeau, titulaire d’Erichambady, se plaint de l’esprit remuant et tracassier de ses paroissiens. L’exemple pernicieux de quelques mauvais sujets fait beaucoup de mal aux autres. Le missionnaire espère arracher cette ivraie. D’ailleurs, le nombre croissant des confessions et des communions de dévotion prouve qu’il y a encore un bon noyau de fidèles sérieux.
« M. Boissière est tout nouvellement chargé de Pollachy. Il résume ainsi ses premières « impressions : « Dans ce nouveau district, il y a encore peu de chrétiens, et cependant pour « les visiter tous il m’a fallu multiplier les marches et les contre-marches. Le district mesure « 70 milles du nord au sud, et presque autant de l’ouest à l’est. Cette étendue de mon champ « d’action nécessite, çà et là, dans les centres principaux, quelques pied-à-terre, pour faciliter « le ministère et protéger les forces et la santé du missionnaire.
« Les protestants sont déjà solidement installés sur les points importants d’Annamaley et « de Maleyandi, où ils ont deux écoles prospères. Mais, en revanche, nous les avons devancés « sur les montagnes, où nous aurons bientôt, j’en ai la confiance, une station appelée à prendre « du développement.
« J’ai visité ce pays au mois de mai. J’ai parcouru toute la partie défrichée.
« Ce voyage pénible, dispendieux, mais intéressant, m’a demandé trois semaines. Tout « récemment ouvertes au progrès de la civilisation, ces montagnes, appelées Pounachi, « portent déjà un certain nombre de plantations, en pleine prospérité, de thé, de café, de « caoutchouc, etc. Mais, la plus grande partie reste encore inculte. Elle est habitée par une « caste de demi-sauvages, les Kaders. Dans ces plantations, jai rencontré quelques familles « chrétiennes. »
M. Guerpillon, ayant cédé la moitié de son district à M. Boissière, s’est réservé une vaste étendue de pays, qui constitue le nouveau district d’Udamalpet. Les chrétiens y sont encore peu nombreux. Il avait eu la joie d’augmenter son petit troupeau de 72 nouvelles brebis. La désertion de quelques-unes lui a broyé le cœur.
« J’ai visité en juillet et août, continue Mgr Roy, Naglur, Matur et Savériaspa. Les chrétiens de ces districts ont gardé la simplicité des anciens temps. Pleins de bonne volonté, ils font, en général, la joie et la consolation des missionnaires. Ces bons paysans sont pauvres et se nourrissent de grains grossiers. Ils ont si souvent souffert de la disette ! Ils ne se paient un repas au riz que dans les grandes circonstances. Malgré leur pauvreté, ils ont royalement reçu leur évêque et ont profité de sa présence pour s’approcher, en masse, des sacrements. J’ai été très satisfait de constater, de mes yeux, l’ardeur du zèle de leurs prêtres et le grand bien qu’ils opèrent dans ces âmes simples.
« M. Gaymard, en charge de Savérirpaliam, y a bâti un grand et confortable presbytère, indispensable à la santé du missionnaire, dans ce district si fiévreux. Dieu seul sait les sacrifices qu’il s’est imposés pour mener à bonne fin, dans ce pays, des travaux si importants. Son œuvre restera, et ses successeurs, après son évêque, lui en seront reconnaissants.
« De Collapulur, M. Deniau envoie son compte rendu, résumé en termes substantiels. Il est assez content de ses chrétiens de Gavundapalayam. Il y a piété et progrès à Accareipalayam, ainsi qu’à Yalyampalayam. Pudur semble se réveiller. En revanche, Cottampalayam attriste le cœur du missionnaire. Les passions du jeu et de la boisson perdent bien des âmes. S’il y a quelques points noirs à Gopipalayam, il y a aussi des consolations de la part d’un bon noyau de fidèles. Les adultes convertis sont peu nombreux, mais 117 petits enfants de païens se sont envolés au paradis, après avoir reçu le baptême. Les confessions et les communions ont augmenté.
« Coonoor progresse sous tous les rapports. M. Vieillard a eu près de 7.000 confessions, 51 conversions de païens, 5 de protestants. Je lui ai adjoint M. Ligier, pour le seconder.
« M. Beyls, en l’absence de M. Tignous, envoie le compte rendu de Wellington :
« Je suis heureux de constater que cette année tout a progressé, écrit-il. Les travaux du « chemin de fer Coonoor Ootacumund ont augmenté notre population catholique. « Nous « avons enregistré 40 baptêmes de païens ou de protestants, et, parmi ces derniers, deux « européens. Deux soldats anglais ont fait leur première communion, et trois autres, apostats, « sont revenus à l’Église véritable. Dieu nous a préservés de la peste et de la petite vérole qui, « l’an dernier, ont fait tant de victimes. Le nombre des extrêmes-onctions a diminué, et celui « des mariages a doublé. Que Dieu en soit béni !
« Il faudrait multiplier les écoles, en avoir une surtout à Aruvankadu, où la population « devient de plus en plus dense. Les protestants se glissent partout. Dans chaque village, ils « ont une école, et nos parias ne se font pas scrupule d’y envoyer leurs enfants.
« M. Gudin, le vieil apôtre du Wynaad, écrit de Gudalur : Mes récoltes spirituelles sont « bonnes. Grâce à la rosée céleste, j’ai enregistré 57 baptêmes d’enfants de chrétiens. Chez les « néophytes kurumbers, toutes les naissances, qui, depuis le commencement des conversions « parmi eux, avaient un dénouement fatal, ont été heureuses cette année. La source des « catéchumènes n’est point tarie. J’ai eu 54 baptêmes de païens. La seule famille que les « protestants aient pu récolter à Gudalur, en dix-huit ans, est aujourd’hui dans notre bercail. « Mais ils ne capitulent pas et entretiennent à grands frais une école pour les enfants « musulmans et païens. Pour préserver mon troupeau de leur influence néfaste, je suis obligé « d’avoir une école égale à la leur.
« Naduratam, longtemps aride, a été enfin fécondé par la grâce et a produit de bons fruits « de conversions.
« Monseigneur a fait sa tournée pastorale dans mon district, en décembre et en janvier. « Pendant plus d’un mois, Sa Grandeur et moi avons parcouru tous les coins de mon immense « paroisse. Il y a eu 349 confirmations.
« Le nombre des confessions, 1.224, est le plus élevé que j’aie jamais obtenu. Dieu soit « béni ! Merci à la sainte Vierge et aux saints Patrons de Wynaad ! »
« On remarquera sans doute, dit Mgr Roy, en terminant ce compte rendu, la force avec laquelle les missionnaires insistent sur la nécessité des écoles. C’est là, en effet, aux Indes, la grande sollicitude de notre époque. Pour nous, l’école est une arme contre l’influence pernicieuse des protestants, un rempart contre la corruption du paganisme, un moyen de conserver notre position et notre action sur les âmes, de détruire les racines idolâtriques et d’inculquer solidement la foi dans le cœur des générations nouvelles. Cette œuvre est de plus en plus difficile et coûteuse, mais aussi de plus en plus nécessaire. C’est notre devoir surtout d’éduquer la femme. Aux Indes rien n’est plus négligé que l’éducation des filles. L’indouisme condamne la femme à l’ignorance. Il suffit, pense-t-on, qu’elle sache préparer un repas et obéir à son mari sans raisonner. Avant les missionnaires, il n’y avait pas d’écoles pour les filles dans le pays.
« Que dire de sa formation morale et religieuse ? Que deviendront les enfants gâtés, dès leur bas âge, par des mères ignorantes et indiscrètes ? Ce sont les femmes qui ruinent ou soutiennent les maisons. Les désordres des hommes ne viennent-ils pas souvent de la mauvaise éducation qu’ils ont reçue de leurs mères ? Là où la femme est ignorante, l’homme est brutal et sensuel. Là où la femme n’est qu’un tissu de superstitions, l’homme est sceptique et sans honneur.
« La femme est l’éducatrice née, établie par Dieu. Depuis le temps où la Vierge Marie a bercé dans ses bras le divin Enfant, la femme chrétienne éduquée a toujours été la grande servante du Christ, la protectrice infatigable des petits et des faibles. Plus elle sera civilisée, instruite, fortifiée, plus nous travaillerons efficacement à purifier la vie, à faire aimer la justice, la tempérance, l’honnêteté, toutes les vertus chrétiennes. Mais, tant qu’elle restera enfermée dans les ténèbres de l’ignorance, la religion ne pénétrera pas jusqu’au foyer de la famille et de la société, dont elle est 1’âme.
« Si nous n’avons pas conquis le cœur de plus d’hommes, ne serait-ce pas parce que l’éducation de la femme a été trop négligée ? Nous comptons sur le dévouement de nos religieuses enseignantes pour arriver à ce but si noble. Le travail sera dur et pénible sans doute, mais la récompense sera si belle après la moisson, qui ne manquera pas d’être abondante et de réjouir les cœurs si aimants de Jésus et de Marie ! »



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