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Rapport annuel des évêques

Année: 1907
Pays: Inde
Mission: Maïssour
Rédacteur:Mgr Baslé

II. — Maïssour

Population catholique 46.708
Baptêmes d’adultes 986
Baptêmes d’enfants de païens 1.444
Conversions d’hérétiques 80
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« Malgré les difficultés qui s’opposent au zèle de nos chers confrères, écrit Sa Grandeur Mgr Baslé, coadjuteur de l’évêque de Mysore, l’année que nous venons de passer a été relativement bonne, sans qu’aucun mouvement extraordinaire de conversions soit venu la signaler. Le chiffre total des baptêmes a été de 4.188, dont 1.678 d’enfants de chrétiens, 986 d’adultes, 1.444 d’enfants de païens in articulo mortis et 80 abjurations d’hérétiques. Si le chiffre des baptêmes d’adultes à l’article de la mort a subi une légère diminution, celui des baptêmes de païens, après une sérieuse préparation, dépasse la moyenne des dix dernières années et n’a pas été atteint depuis 1899. Mais, cette année, comme les années précédentes, l’augmentation de la population catholique, n’est pas en proportion avec le nombre des baptêmes administrés. Car, la peste, qui depuis dix ans ne cesse d’exercer ses ravages dans plusieurs parties de la mission, les fièvres, le choléra et surtout la petite vérole, ont fait de nombreuses victimes dans certains districts. Aussi, plusieurs comptes rendus accusent-ils un plus grand nombre de décès que de baptêmes.
« Les autres sacrements administrés sont : 1.806 confirmations, 24.872 confessions annuelles, 21.895 communions pascales, et 215.176 communions de dévotion pour ces dernières, il y a augmentation de 35.000 dans le courant du présent exercice. Sans doute, nos communautés religieuses en fournissent un assez grand nombre ; mais beaucoup sont dues à la confrérie du Sacré-Cœur, à l’Apostolat de la prière, établi dans presque tous les districts, aux confréries du Saint-Rosaire et de Notre-Dame du Mont-Carmel. C’est ainsi qu’à Bangalore même, en dehors des communautés religieuses, les cinq paroisses de la ville fournissent, à elles seules, le beau chiffre de 58.886 communions.
« Au 1er septembre 1907, la mission comptait 46.708 chrétiens, répartis dans 42 districts ou établissements, renfermant 104 chrétientés. Le personnel comprend 53 missionnaires, 11 prêtres indigènes, 7 grands séminaristes au séminaire provincial de Pondichéry, 20 séminaristes à Bangalore, 80 catéchistes, 134 religieuses européennes et 14 indigènes.
« Nos maisons d’éducation continuent de progresser et de l’emporter sur les écoles rivales des protestants et des païens. Le collège Saint-Joseph se maintient toujours au premier rang, malgré la grande concurrence qu’on essaie de lui faire. Il compte près de 600 élèves, et, cette année, pour la première fois, il atteint le chiffre de 140 pensionnaires. M. Froger, le supérieur, a été nommé Fellow (membre) de l’Université de Madras, et, en cette qualité, il va prendre part aux délibérations du Sénat de l’Université.
« L’école Saint-Aloysius, avec ses 200 élèves, sous la direction d’un Frère de l’Immaculée-Conception, continue aussi sa marche en avant et, depuis trois ans, a été déclarée chaque année, par l’inspecteur, la mieux orgarnisée de toutes les écoles indigènes du même degré.
« Les écoles de filles, tenues par les religieuses du Bon-Pasteur et par celles de Saint-Joseph, ont aussi continué de progresser. Elles comptent 1.028 élèves dont 245 protestantes et 114 païennes.
« Enfin, nos écoles primaires de Bangalore sont aussi sur un bon pied. Mais je ne saurais en dire autant de celles des districts. Il faudrait augmenter leur nombre. Malheureusement le personnel enseignant et les ressources nécessaires nous font défaut. Il est en outre pénible de constater que la grande majorité de nos chrétiens de race canara ne se sentent aucune inclination pour l’étude. Dès que les enfants sont capables du moindre travail, les parents s’empressent de les employer à la garde des troupeaux on à la culture des champs. Dans ces conditions, il est facile de comprendre que l’instruction soit négligée. Dans plusieurs districts, le missionnaire a même beaucoup de peine à réunir les enfants pour leur apprendre les prières, leur expliquer le catéchisme et les préparer d’une manière convenable à l’acte si important de la première communion.
« Je ne puis ici passer sous silence la perte considérable que la mission a éprouvée, par la mort si imprévue du cher M. Fraysse, emporté en quelques jours par une dysenterie infectieuse. Il est tombé au champ d’honneur, au moment où il aurait encore pu fournir une longue carrière. La mort de ce confrère, si zélé, si humble, si exemplaire, m’a causé la peine la plus sensible, et a été ressentie cruellement non seulement par tous nos confrères, mais encore par toute la population des mines d’or de Kolar, catholiques, protestants et païens, qui avaient eu, pendant dix-sept ans, l’occasion d’apprécier son dévouement sans bornes. J’ai la douce confiance que notre cher et regretté M. Fraysse continuera, par son intercession auprès de Dieu, le bien qu’il n’a pu terminer ici-bas, et qu’il se souviendra de ceux qui supportent le poids du jour et de la chaleur dans le champ du Père de famille.
« Dans le compte rendu de l’année dernière, j’indiquais, parmi les obstacles à la conversion des païens, la trop grande dispersion de nos chrétiens, qui empêche le missionnaire de se livrer comme il le voudrait à l’évangélisation des infidèles. Avec de si vastes districts, il a même beaucoup de peine pour instruire ses chrétiens. J’en ai eu la preuve dans la première tournée pastorale, qu’il m’a été donné de faire en décembre dernier. Pour atteindre les 4.000 chrétiens disséminés dans les deux districts de Tirtahally et de Chick-maglur, j’ai dû parcourir en charrette, dans l’espace de deux mois, 400 milles bien comptés, sans parler des 170 milles qui séparent Bangalore de Shimoga, et qui, grâce au chemin de fer, ont pu être franchis en 12 heures. L’étendue de ce rapport ne me permet pas de raconter ce voyage. Je me contenterai de dire quelques mots sur l’état des chrétientés que j’ai visitées. Partout les fidèles ont rivalisé d’ardeur et de bonne volonté pour venir à ma rencontre. C’était bien là une fête de famille, qui s’est renouvelée sur tout le parcours de la visite.

Shimoga. — « Parti le matin du 9 novembre, en compagnie du bon M. Sigean, j’arrivai le soir à Shimoga. Cette chrétienté se compose de 800 fidèles, divisés en deux groupes principaux. Le premier comprend surtout des chrétiens conconis, qui sont tous des employés du Gouvernement. Quand le Maïssour était administré par les Anglais, ces fonctionnaires étaient nombreux. Plusieurs d’entre eux occupaient de hauts emplois. Aujourd’hui la plupart ont disparu, et le gouvernement indigène les a remplacés par des Brahmes. Outre les Conconis, il y a encore quelques familles de caste mahratte et des métis, descendants des Portugais, également fonctionnaires,
« Tous ces fidèles connaissent bien leur religion et, en général, la pratiquent avec ferveur ; à ces chrétiens se rattachent des familles d’orphelins, débris de l’ancienne ferme d’Ossoor, qui ont préféré lutter contre le climat et la maladie, plutôt que d’aller rejoindre leurs frères de Bangalore.
« Les catholiques de race tamoul, qui forment la deuxième catégorie et les deux tiers de la communauté, se divisent en militaires et civils. Ceux-ci exercent à peu près tous les métiers. Il y a surtout, parmi eux, des fonctionnaires subalternes du Gouvernement, et des serviteurs d’Européens. Ils sont très fidèles à tous leurs devoirs religieux. D’ailleurs, la chrétienté de Shimoga est excellente, une des meilleures, sinon la meilleure de toute la mission. La belle église gothique, bâtie par Mgr Kleiner, est un vrai bijou de propreté. Elle a été très intelligemment restaurée par M. Poulnais. L’apostolat de la prière y est en honneur, moins toutefois que la confrérie du Mont-Carmel, qui maintient la ferveur dans toute la communauté.
« A Shimoga se rattachent les deux chrétientés de Tarikere et de Kumsi. Tarikere est un grand marché pour les plantations de café. Une soixantaine de chrétiens y exercent différents métiers. Une petite chapelle leur serait bien utile. A cet effet, un terrain a été acquis. Les ressources n’ont pas encore permis au missionnaire de commencer les constructions.
« Kumsi est un nom tout nouveau dans l’histoire de la mission du Maïssour. Il y a deux ans, on y aurait à peine trouvé une ou deux familles catholiques égarées au milieu des païens. Aujourd’hui il y a cent chrétiens, qui y sont installés, attirés par les mines de manganèse que l’on vient de découvrir. C’est un poste à organiser. M. Poulnais s’est mis à l’œuvre avec son zèle ordinaire.

Tirtahally. — « Après avoir donné la confirmation à 166 fidèles, tant anciens que nouveaux, j’entrais dans le district de Tirtahally, administré par M. Marcon. Voici Sagar, à 45 milles de Shimoga. Une chapelle très convenable y a été bâtie par le P. Laurent, grâce à un don d’un riche planteur protestant. Jusqu’alors, les chrétiens venaient y passer quelques mois chaque année. Dès qu’ils n’y trouvaient plus de travail, ils s’empressaient de retourner à la côte malabare. Aujourd’hui, les choses ont changé. La plupart sont établis d’une manière permanente. Plusieurs s’adonnent à la culture des terres ; d’autres sont de simples manœuvres, vivant du fruit de leur travail au jour le jour. D’autres, enfin, ont quelques petits emplois dans le gouvernement. Ils ne sont, ni les uns, ni les autres, riches des biens de ce monde. En revanche, ils ont la foi et aiment leur prêtre.

Kallourkatte. — « Cette chrétienté, établie à 21 milles de Sagar, se compose également d’une centaine d’âmes. Ici, comme à Sagar, les chrétiens sont très pauvres et, quoique doués de bonne volonté, ils n’ont pas les moyens de se construire une chapelle. Cependant ils la désirent très ardemment. Puisqu’ils sont établis là d’une manière permanente, on ne peut leur refuser plus longtemps cette consolation. Aussi, un terrain a été acheté. Les fondations de la nouvelle chapelle sont creusées, une partie des matériaux réunis. M. Marcon n’attend plus qu’un signe et un petit secours pour se mettre résolument à l’œuvre .
« Neuf milles plus loin, se trouve Nagar, l’ancienne Bedmur, la ville aux « cent mille maisons », l’ancienne capitale d’un grand royaume, entourée d’une muraille de 13 kilomètres de circonférence. Elle fut prise en 1763 par Haider-Ali, qui s’empara du trésor, évalué à 300 millions. Cette ville, autrefois si considérable, n’est plus aujourd’hui qu’un gros village insalubre, qui tend toujours à diminuer d’importance, depuis surtout que les bureaux du gouvernement ont été transportés à Kallourkatte.
« Nagar est une des plus vieilles chrétientés de la mission. On montre encore l’emplacement où se trouvait, dit-on, l’ancienne église, détruite par Tippoo-Sultan, le tigre de Mysore, le persécuteur des chrétiens. Actuellement la population catholique y est de 200 âmes, mais le plus grand nombre habitent le village de Kable, distant de 5 milles, sur la route de Tirtahally. Ces chrétiens sont presque tous cultivateurs, possèdent des terres et jouissent d’une certaine aisance. Ils sont très fidèles à la pratique de leurs devoirs. Ils se surveillent les uns les autres, et quiconque aurait le malheur de faire une brèche à la morale publique serait expulsé sans pitié. La chapelle actuelle, élevée en 1847 par Mgr Chevalier, occupe l’emplacement de l’ancien palais de la reine de Bedmur. Elle menace ruine, et les chrétiens de Kable, qui, à cause de leur plus grand nombre, voudraient l’avoir chez eux, ne sont guère empressés de contribuer à son entretion.
« Après un séjour de quarante-huit heures seulement, sous ce climat insalubre, qui fit payer son tribut à M. Sigean, par une forte attaque de fièvre paludéenne, nous partons pour Tirtahally, le chef-lieu du district, situé à 32 milles de Nagar. Une nouvelle route a été construite, mais elle est coupée par quatre torrents absolument infranchissables pendant cinq mois de 1’année. Tirtahally, « le village de l’eau sainte », est ainsi nommé parce que, chaque année, des milliers de païens viennent se laver dans le fleuve du Tonga, pour se purifier de leurs péchés. Là, au cœur de la place, nous avons un noyau de 300 chrétiens. Une église y a été bâtie par le P. Marcon, sur le flanc de la montagne, et domine toute la ville. Nous nous y arrêtons huit jours pour l’administration des sacrements de baptême et de confirmation. Tant que le missionnaire n’a fait que passer, cette chrétienté a beaucoup laissé à désirer. Un grand changement s’est opéré en elle, et M. Marcon en est si content qu’il l’a publiquement félicitée à la fin de l’administration.
« De Tirtahally nous nous rendons à Koppa, la dernière station du district, distante de 16 milles. Ici, l’aspect du pays change. Nous entrons dans les plantations de café, où 300 chrétiens sont dispersés sur un espace de 8 à 10 milles à la ronde. Le prêtre ne peut les visiter qu’à de rares intervalles. Leur conduite se ressent de cet isolement, du moins pour quelques-uns. Une chapelle est nécessaire, si l’on veut y faire un bien durable et opérer des conversions. Le nombre des confirmations administrées dans ce district a été de 229. M. Marcon a baptisé 31 adultes ou enfants de païens, dans le cours de cet exercice.

Chickmaglur. — « A Koppa, je me sépare de mes deux chers missionnaires. M. Sigean retourne à Bangalore, et M. Marcon reste dans son poste, où sa présence allait devenir nécessaire. Car, le mois suivant, la pauvre chrétienté de Tirtahally devait être éprouvée par la petite vérole, qui emportera un certain nombre de fidèles.
« J’entre dans le district de Chickmaglur, administré par M. Veysseyre. Ce district est encore plus vaste que celui de Tirtahally, et l’administration plus difficile, car les chrétiens sont dispersés dans une centaine de plantations de café. Le missionnaire doit passer plusieurs mois de l’année à les visiter. Il nous faudrait quelques chapelles, pour permettre au prêtre de résider au centre de ces plantations, et de les administrer d’une manière vraiment fructueuse et sans excès de fatigue.
« Nous commençons cette œuvre si importante. Mudigere a déjà son église et son presbytère. Kalasa aura la sienne dans un avenir assez prochain. Un terrain avait été acheté par M. Veysseyre. Les Brahmes, tout-puissants dans ce village, ont pris peur et ont finalement réussi à empêcher le gouvernement de nous l’accorder. Mais, la partie n’est pas perdue. Il y a dans ce quartier plusieurs centaines de chrétiens, dont quelques-uns sont établis d’une manière définitive et s’adonnent à la culture des rizières. J’y ai administré 76 confirmations, et quelques baptêmes ont été donnés. Tout le district en a enregistré 16, et 334 personnes y ont été confirmées.
« Les 4.000 chrétiens, qui forment les deux districts de Chickmaglur et de Tirtahally, sont presque tous des Conconis, originaires de la côte malabare. Ils sont divisés en quatre principales castes : les Bâmons ou Brahmes, les Cheroudis, les Gaoudis et les Souders. Les Brahmes sont actifs et entreprenants. Quelques-uns sont doués d’une intelligence supérieure, parviennent facilement aux plus hauts emplois du gouvernement. Ils sont foncièrement chrétiens et très attachés à leur religion, qu’ils pratiquent avec une grande fidélité. Les Cheroudis sont de pauvres travailleurs, sans instruction soignée, vivant au jour le jour. D’une nature calme et d’un caractère assez ouvert, ils font de bons chrétiens, dès qu’ils reçoivent une instruction religieuse suffisante. Les Gaoudis et les Souders sont plus batailleurs, plus turbulents. Ils se laissent moins facilement diriger par le missionnaire. Quelques-uns s’adonnent même à la boisson. Ce sont de rudes travailleurs, les femmes surtout. Quand ils voient que le prêtre s’intéresse à leur sort et s’occupe de leurs intérêts, ils l’aiment et s’attachent à lui. Enfin, chose consolante, chez les Conconis, le prêtre peut s’adonner à l’instruction spirituelle des enfants, l’espoir de l’avenir, sans que les parents pensent à y mettre obstacle. Ils les enverront de n’importe quelle distance et aussi longtemps qu’on le jugera nécessaire pour assister au catéchisme. La raison en est qu’ils ont une foi plus vive que les chrétiens des autres races, et ne ressentent aucune inclination pour le protestantisme.

Mysore. — « Les épreuves continuent à fondre sur la pauvre chrétienté de Mysore. « La « question des musiciens à peine terminée, écrit M. Despatures, on s’en prend aux villages « mêmes des chrétiens, qu’on veut démolir, sous prétexte d’assainir la ville. On a commencé « par le village d’Anepaleam. Toutes les maisons des fidèles ont été renversées. Il ne reste que « celles du catéchiste et du chef de la chrétienté. Le reste a été transporté à 2 milles de là. La « chapelle est abandonnée, et le gouvernement a refusé, jusqu’ici, de nous dédommager.
« Voici le tour de la grande église. On a décidé d’enlever les maisons qui lui font face. « L’immense tort que nous avons, c’est d’occuper une trop belle position dans le quartier. On « veut y implanter de riches Indous. Nous ne pouvons laisser élever des résidences de « mahométans et de païens devant le portail de l’église. Ce terrain avait été donné aux « chrétiens par le roi lui-même, il y a quatre générations. Un simple caprice d’un haut « fonctionnaire ne saurait donc nous en « déposséder. »
Le même missionnaire rapporte le fait d’une touchante conversion :
« Un soir, un païen de caste m’envoyait chercher. Il était dangereusement malade. Il « m’appelait à l’insu de sa famille. Profitant du moment où il se trouvait seul, je l’instruisis « aussi bien que je pus et lui conférai le baptême. Le lendemain, la personne qui lui avait servi « d’intermédiaire vint me rappeler. « Père, le malade veut vous voir absolument. Le temps est « propice, il est seul, venez. » J’y vais. Le mourant n’a qu’un souffle de vie. « Père, dit-il, j’ai « reçu le saint baptême. Je suis heureux. Mais, il y a autre chose. » Que voulait-il dire ? je ne « le compris pas d’abord. Je l’exhortai de mon mieux à la contrition de ses fautes passées, et « lui donnai l’absolution. Il fallait se hâter pour éviter de graves difficultés avec la famille. A « peine m’étais-je éloigné de quelques mètres, qu’on me rappelle. — « Père, me dit le malade, « je vous ai vu assister des chrétiens mourants. Vous bénissiez leurs yeux, leurs lèvres, leurs « mains. Donnez-moi donc cette bénédiction, et je mourrai content. » C’était l’extrême-oction « qu’il désirait si ardemment. Je m’empressai d’aller chercher les saintes huiles et lui « administrai le sacrement des mourants. Un quart d’heure après, il était devant le bon Dieu. « Le lendemain, son enterrement se fit solennellement à la païenne. Il y eut de la musique, des « tambours, des pétards. Un héraut d’armes s’escrimait, en avant du corps, à pourfendre les « mauvais esprits. Quand le cortège s’arrêtait entre deux roulements de tambours, le maître « des cérémonies chantait et proclamait les louanges du défunt. Il vantait sa piété envers les « faux dieux. Pour moi, en secret, je remerciais le bon Dieu, qui choisit ses élus où il veut. »

Wynaad. — « M. Veyret m’écrit de Manantoddy : « Cette année a été particulièrement « pénible pour tout le monde, au Wynaad. Malgré la récolte passable de l’année dernière, les « vivres sont restés excessivement chers. Mes chrétiens, étant pour la plupart de pauvres « ouvriers, vivant au jour le jour, ont ressenti vivement cette cherté, surtout aux époques où ils « ne pouvaient trouver de travail. Les santés ont été aussi éprouvées par les fièvres et la « dysenterie. Moi-même je n’ai pu y échapper. La raison de ces maladies se tire de la « sécheresse et de la chaleur extraordinaires, qui ont régné dans ces pays jusqu’en juillet « dernier. Sont venues, à la suite, des pluies torrentielles qui ont tout dévasté. Une grande « quantité de bétail est mort de faim. C’est la ruine de mes pauvres chrétiens.
« Malgré tant de misères, le spirituel n’a pas été négligé. Les communions de dévotion se « sont accrues. J’ai enregistré 13 baptêmes d’adultes et 5 d’enfants de païens. J’instruis « actuellement une excellente famille de catéchumènes. »
« A Yavitri, M. Auzuech a administré le baptême à 9 païens. Il en a remis quelques-uns à plus tard. Il a, en outre, envoyé une dizaine de catéchumènes au couvent de Mysore, pour y parfaire leur préparation et assurer plus parfaitement leur persévérance.
« Le chiffre de mes chrétiens, écrit-il, est tombé de 754 à 740. La mortalité plus grande que « d’habitude, quelques départs ont créé cette différence. Le recensement d’ailleurs est très « difficile à établir exactement, à cause de la dispersion des fidèles, de leur situation fort peu « sédentaire, de la diversité de leurs pays d’origine et de leurs races. Il y a parmi eux des « Tamouls, des Canaras, des Conconis, des Malealis, des Syriaques, des métis d’Anglais et de « Portugais, etc. Il m’arrive de voir parfois une brebis égarée rentrer d’elle-même au bercail, « après de longues années de séparation. L’éducation première, la foi qui n’a jamais été « étouffé complètement, l’appel pressant de la grâce, accomplissent ces prodiges. Je « comprends de mieux en mieux l’importance d’une sérieuse préparation à la première « communion, qui laissera dans l’âme des souvenirs ineffaçables. Il me faudrait au Wynaad, « un couvent qui me servirait, à la fois, d’école, d’orphelinat et de refuge. Que de bien une « telle institution pourrait accomplir dans ce district, où les chrétiens ont tant de mauvais « exemples sous les yeux, et sont éloignés de plusieurs milles de l’église ! »

Bangalore. — A Sainte-Marie de Blackpally, M. Rautureau a obtenu 59 baptêmes, dont 55 de païens et 4 d’hérétiques, administrés sous condition. Il a reconstruit son orphelinat et ouvert une bibliothèque paroissiale pour attirer ses chrétiens et les empêcher de s’affaiblir au contact permanent des païens et des protestants. Déjà 116 membres font partie de cette association. Ce nombre s’accroîtra dès que le local sera un peu plus vaste.
A Saint-Joseph, M. Briand a régénéré dans les eaux du baptême 281 adultes, dont 2 seulement à l’article de la mort, et 72 enfants de païens. Là aussi, un cercle de lecture a été fondé pour maintenir les chrétiens. Dès la première année, il a obtenu un succès qui laisse bien augurer pour l’avenir.
Au Sacré-Cœur, 44 baptêmes ont été administrés. M. Jacquemin, qui a pris la direction de cette paroisse dans le cours de l’année, a établi l’Apostolat de la prière sur un excellent pied. Le Sacré-Cœur l’en a déjà récompensé. La neuvaine de sermons, qui a lieu chaque année, n’avait jamais été aussi suivie. Aussi les communions ont été plus nombreuses. La paroisse, sous l’action de ce zélé confrère, a pris un nouvel essor.
A Saint-François-Xavier, M. Servanton et son vicaire, M. Meyniel, ont enregistré 39 baptêmes.
M. Servanton rapporte deux conversions édifiantes, et un fait d’une véritable importance pour les Indes : le mariage de veuves de caste.
La première conversion est celle de « Pâpamma, qui appartenait à une nombreuse famille « de parias païens, dont plusieurs membres étaient déjà devenus chrétiens. Elle connaissait « notre sainte religion et entretenait une dévotion toute spéciale envers la sainte Vierge. Elle « différait cependant le pas décisif de la conversion. Car son fils aîné, un mauvais sujet, s’y « opposait formellement. Il lui répétait sans cesse qu’elle devait aller rejoindre son mari au « cimetière païen. La pauvre femme ne se lassait pas de prier la sainte Vierge et de lui « demander la grâce de mourir chrétienne. Marie vint enfin à son secours, et lui accorda la « faveur depuis si longtemps sollicitée. Voici par quel concours de circonstances. C’était le 8 « décembre de l’an passé, le jour même de la belle fête de l’Immaculée-Conception. « Pâpamma se sentit tout à coup mal à l’aise. Effrayée, elle m’envoya aussitôt sa petite fille « païenne, pour me prier de venir la voir. J’y accourus immédiatement. En me voyant, elle me « dit : Faites-moi chrétienne tout de suite et donnez-moi le nom de la sainte Vierge. — C’est « bien, lui répondis-je. Mais, dis-moi d’abord qui tu es, et ce que tu connais de notre « religion. » Pendant une heure, elle me raconta tout au long son histoire, son désir persistant « de devenir chrétienne, sa dévotion envers Marie, et les tracasseries incessantes de son fils, « qui s’opposait à sa conversion.

« Tout en constatant qu’elle connaissait bien les vérités essentielles, je profitai de « l’occasion pour l’instruire davantage, et je lui promis de la baptiser, mais seulement après en « avoir référé à son mauvais fils. « Peu importe mon fils, me répond-t-elle. Qu’il le veuille, ou « qu’il ne le veuille pas, il faut me faire chrétienne. — Soit, lui dis-je, apprends encore un peu « mieux les prières, et je te baptiserai. »
« Je la laissai bien résignée et bien consolée. Le lendemain j’eus l’occasion de voir son fils. « Touché de ma démarche, il me donna son consentement formel au baptême de sa vieille « mère. Puis, il ajouta avec malice : « Vous avez agi avec habileté et prudence ; car, si vous « aviez baptisé ma mère sans me consulter, je ne vous aurais jamais permis de l’enterrer « chrétiennement. J’aurais appelé tous les païens, et, par vengeance, l’inhumation se serait « faite dans notre cimetière. »
« Fort de cette permission, je me rendis de nouveau à la maison de Pâpamma, et la baptisai « sous le nom de Mariamma. Son fils, de dépit, quitta la maison, refusant de subvenir aux « besoins de sa mère. La pauvre Mariamma se trouva seule avec sa petite fille. La voyant ainsi « abandonnée, j’eus pitié d’elle et lui proposai quelques secours. — « Non, me répondit-elle. « Je ne vous ai pas fait venir pour cela. Vous m’avez donné le baptême, qui va m’ouvrir le « ciel. Que voulez-vous me donner de plus ? » Baptisée le 9 décembre, Mariamma mourait le « lendemain comme une prédestinée. Il va sans dire que je lui fis un enterrement solennel « auquel les païens eux-mêmes assistèrent. On parle encore aujourd’hui du baptême de « Pâpamma et de ses funérailles.
« La conversion de Sundrapillai, un prédicant protestant de la secte des wesleyens, n’est « pas moins édifiante que celle de Pâpamma. Sundrapillai appartient à une famille indigène, « dont les membres sont protestants depuis deux générations. Son père et sa mère sont payés « par les ministres pour aller lire la bible de maison en maison. Quant à lui, après avoir fait de « bonnes études, et passé ses examens en anglais et en tamoul, il était devenu un prédicant « zélé. Il allait dans les rues, prêchant la religion protestante. Mais, à l’encontre de ses « coreligionnaires, jamais il n’avait parlé contre la sainte Vierge. La chose lui répugnait. Mais « il invectivait volontiers les catholiques et surtout les prêtres. N’ayant qu’une notion très « vague du catholicisme, il résolut de l’étudier à fond, dans le but de le réfuter. La grâce « l’attendait là. A force de lire et de méditer nos dogmes, il comprit qu’il était dans l’erreur, et « se décida à abjurer le protestantisme. Il me fit écrire par un de ses amis, pour me demander « une entrevue. Je lui fixai un jour, et, fidèle au rendez-vous, il me pria sans aucun préambule « de le recevoir dans l’Église catholique. Examen fait, je compris que j’avais devant moi un « homme de bonne foi. Quinze jours plus tard, je lui administrai le baptême sous condition. « Depuis lors, il a fait sa première communion et reçu le sacrement de confirmation. « Aujourd’hui, il est professeur dans une école militaire. Sa conduite est édifiante.
« Aux Indes, le deuil d’une veuve parmi les Brahmes et les gens de caste est perpétuel. « Elle ne peut plus se remarier. Ce préjugé est encore très enraciné, même parmi les chrétiens, « surtout chez ceux de haute caste. Ainsi, il y a, dans la paroisse de Saint-François-Xavier, de « 800 à 1.000 chrétiens de la caste des reddis, qui avaient jusqu’ici refusé d’épouser ou de « laisser épouser des veuves. Il en était résulté de graves désordres. Les jeunes gens, même les « hommes mariés, étaient exposés à se perdre, à cause de toutes ces veuves. Je ne savais « comment remédier à cet état de choses, lorsque la peste vint à mon secours. Dans un village « de chrétiens reddis, elle emporta à peu près tous les jeunes hommes mariés et les filles en « état de l’être, ne laissant que les garçons. Une fois le fléau disparu, les chrétiens furent tout « surpris de ne plus trouver de femmes pour leurs enfants. Il ne restait que des veuves. Que « faire ? Ils vinrent me consulter, et me prièrent d’examiner si on ne trouverait pas dans les « diocèses voisins des jeunes filles qui consentiraient à s’expatrier. Je leur fis comprendre que « la chose était très difficile, et qu’ils se ruineraient en faisant venir des femmes d’ailleurs. « Finalement, après leur avoir donné de bons avis, j’arrangeai sur place trois mariages de « veuves. Mais, pour leur éviter la honte et les tracasseries, je les mariai sans cérémonie ni « appareil extérieur. Voyant cela, d’autres se présentèrent et me demandèrent, eux aussi, à « épouser des veuves. Présentement le nombre des veuves mariées s’élève à 19. Le plus « curieux de l’histoire, c’est que tous ces mariages ont réussi. Ils ont fait de bons ménages et « ont plusieurs enfants. Les païens eux-mêmes n’en reviennent pas. Dernièrement un chrétien « reddis se présentait chez moi : « Père, me dit-il, trouvez-moi une veuve, et je l’épouserai, « car Dieu bénit ces mariages. Vous en avez fait 19, et tous sont heureux. »




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