| Année: |
1907 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Pondichéry |
CHAPITRE VIII
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GROUPE DES MISSIONS DE L’INDE
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I. — Pondichéry
Population catholique 142.233
Baptêmes d’adultes 715
Baptêmes d’enfants de païens 1.673
Conversions d’hérétiques 115
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Dans le tableau d’administration de l’archidiocèse de Pondichéry, pour l’exercice 1906-1907, tous les chiffres, celui des baptêmes d’adultes seul excepte, sont supérieurs à ceux des dernières années. C’est une consolante preuve d’une vie chrétienne plus intense. Elle dénote aussi un surcroît de travail de la part des missionnaires, qui n’ont rien épargné pour donner abondamment à leurs fidèles tous les secours de la religion, et les engager à s’approcher souvent des sacrements.
Il y a eu 215.486 confessions. En I897, avant la division de la mission, qui a donné 83.000 chrétiens au nouveau diocèse de Kumbakônam, le chiffre total des confessions ne dépassait que de 33.000 celui de cette année. C’est donc une augmentation très sensible dans la réception de ce sacrement.
Les communions s’élèvent à 340.716. C’est 3.000 de plus qu’en 1897, avant la séparation de Kumbakônam. C’est un progrès bien doux au cœur des missionnaires, dans l’attrait des fidèles pour la sainte Eucharistie.
Un chiffre est également remarquable, c’est celui des conversions de protestants, dont 115 ont abjuré l’erreur, pour entrer dans le sein de la véritable Église.
Sa Grandeur Mgr Gandy, archevêque de Pondichéry, après avoir exposé le résumé numérique de l’administration de son archidiocèse, jette un regard sur le mouvement des conversions de païens. Si elles sont moins nombreuses que par le passé, il faut en rechercher une des causes dans la facilité avec laquelle l’Indien peut aujourd’hui, grâce au chemin de fer, s’expatrier vers quelque terre lointaine, où il espère faire fortune. Autrefois, les souffrances, la maladie, la pauvreté, les dettes tournaient vers le prêtre tous les malheureux, qui recevaient de lui, avec les consolations, les secours matériels, l’enseignement de la véritable religion qui les conduisait au ciel. Ils souffraient tous sur place. L’idée ne leur venait point de laisser leurs femmes et leurs enfants et de s’en aller à l’étranger. Les temps ont changé. Toutes ces âmes, que la misère aurait amenées dans les filets du divin Pêcheur, sont emportées bien loin par le flux de l’émigration.
« Si cette émigration, dit Mgr Gandy, n’entraînait que les païens, ce serait un demi-mal ! Mais, hélas ! le nombre des chrétiens qui quittent les Indes est aussi considérable, toute proportion gardée, que celui des païens. C’est un véritable fléau, qui désorganise et ruine une partie de nos districts. Un missionnaire m’écrivait, dernièrement, que 500 de ses chrétiens avaient émigré. En voyant tout cela, on se demande comment le nombre des catholiques, non seulement se maintient, mais augmente dans un grand nombre de postes.
« Après ce coup d’œil général, j’exposerai, dit Sa Grandeur, l’état de notre chrétienté de Pondichéry et je terminerai en donnant quelques détails sur les districts de l’intérieur, dont j’ai reçu les comptes rendus complets.
« A Pondichéry, nous possédons deux importantes paroisses, celle de Notre-Dame des Anges, appelée aussi « paroisse européenne », et celle de la ville indigène, où se trouvent nos établissements, je veux dire le grand et le petit séminaire.
« Dans mes comptes rendus précédents, j’ai trop souvent passé sous silence nos chrétiens de Pondichéry. Il est donc juste que j’entre aujourd’hui dans quelques détails à leur sujet.
Paroisse Notre-Dame des Anges. — « La paroisse de Notre-Dame des Anges a été rattachée à l’archidiocèse de Pondichéry en 1887. Elle formait, avant cette date, une préfecture apostolique, sous la juridiction des Pères du Saint-Esprit. Elle est actuellement administrée par deux prêtres des Missions-Étrangères de Paris, sous l’autorité de l’archevêque de Pondichéry. Elle compte 1.500 catholiques environ. Dans ce nombre, la population blanche (tant européenne que créole) entre pour la moindre partie. La portion la plus considérable, de descendance européenne et native, forme ce que l’on appelle la population eurasienne ou métisse. Les Européens sont généralement des employés de l’administration, et occupent toutes les situations quelque peu lucratives de la colonie. Au point de vue religieux, ils sont, pour le plus grand nombre, indifférents ou sectaires, et exercent sur nos chrétiens créoles une influence néfaste, en les poursuivant de leurs railleries et de leurs sarcasmes. Ils scandalisent nos fidèles indigènes par leur impiété et leur esprit haineux pour tout ce qui porte le caractère religieux. Le peuple créole, au contraire, est franchement attaché à la foi. Il aime ses prêtres, fréquente son église et s’approche souvent des sacrements. D’un tempérament très calme par nature, le créole est bon et généreux, mais ne sait pas toujours se borner dans ses dépenses. Depuis quelques années, la population créole diminue. La raison en est que les jeunes gens, ne trouvant plus à s’occuper chez eux, vont chercher en Cochinchine ou au Tonkin le travail qu’on leur refuse dans leur propre pays.
« Les Eurasiens ou métis n’ont ni les mêmes qualités morales, ni les mêmes ressources matérielles. Ils végètent dans un état voisin de la misère, et ne font rien pour en sortir. Peu travailleurs par tempérament, ils perdent un temps précieux à boire ou à s’amuser. Quant au côté religieux, ils tiennent de leurs pères, et pour rien au monde ils ne consentiraient à changer de religion, ou à mourir sans recevoir les derniers sacrements. Mais ils sont d’une négligence très grande pour accomplir leurs devoirs quotidiens envers Dieu. Ils se plaisent dans une sorte d’indifférence pralique, qui les arrête sur le chemin de l’observation des commandements.
« La paroisse de Notre-Dame des Anges a été dotée d’une école libre de jeunes filles, dirigée par les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny. Autrefois, en possession des écoles communales, ces bonnes religieuses en ont été expulsées. Mais elles ont toujours la confiance des familles, qui n’ont pas cessé de leur envoyer leurs enfants. On petit dire qu’elles ont, à la fois, et le nombre et la qualité.
« Une œuvre qui ne manque pas d’intérêt est celle des catéchistes volontaires, qui consacrent et leur temps et leurs deniers à instruire et à soutenir les enfants abandonnés.
« Enfin, l’apostolat de la prière réunit un bon nombre d’associés, et le premier vendredi du mois voit près de 250 personnes s’approcher de la sainte Table.
« Cette année, le compte rendu de la paroisse accuse 7.706 confessions, dont 553 d’enfants n’ayant pas encore communié, et 20.847 communions.
Paroisse indigène ou cathédrale. — « A tous les points de vue, écrit M. Veaux, curé de la « cathédrale, cette paroisse est la première du diocèse. Elle en est la tête, la plus populeuse « (elle comprend 8.000 fidèles environ) et la plus foncièrement chrétienne... On y trouve « toutes les satisfactions que peut désirer un cœur vraiment sacerdotal. Mon témoignage « pouvant paraître suspect, la Providence a voulu qu’ aujourd’hui même un vieux journal « tamoul, publié à Madras, me tombât sous la main. Il date de janvier 1880. Le périodique « allait recevoir les honneurs du feu, quand un mot, placé en tête d’un petit entrefilet, a attiré « mon attention... Poudouvéi-Pondichéry. Que peut-on dire sur Pondichéry ? Je traduis « littéralement sans y rien ajouter ni en rien retrancher :
« Pondichéry. — J’ai vu bien des églises. Or, je ne crois pas me tromper en affirmant qu’il « n’en est point de plus édifiante que celle de Pondichéry. Les chrétiens y sont d’une politesse « exquise, de cette politesse, fleur naturelle de la charité chrétienne. Les fêtes s’y célèbrent « avec piété, ordre et décence. Toutes les églises de cette paroisse sont resplendissantes de « propreté et décorées avec goût.
« Levez-vous de très grand matin, parcourez les rues. De toutes parts, vous verrez, le « chapelet à la main, silencieux et empressés, de nombreux petits groupes de chrétiens « s’acheminant vers l’église. Ils vont assister au saint sacrifice de la messe. Dans le lieu saint, « c’est le recueillement le plus parfait. Bien rares sont ceux qui manquent la messe le « dimanche. L’instruction, que les chrétiens de Pondichéry recherchent avec une légitime « passion, les a vraiment civilisés. Chez quelques-uns, la science, comme on dit de nos jours, « est une source d’orgueil et de corruption. Elle est un moyen de faire plus savamment le mal. « Les chrétiens de Pondichéry, au contraire, y ont puisé les sentiments qui font la véritable « grandeur de l’homme. Ils reçoivent le prêtre qui va les voir chez eux avec tous les égards « dus à sa dignité. Ils lui témoignent une cordiale reconnaissance pour sa visite, considérée « par eux comme un grand bienfait et un grand honneur. Ils vivent en harmonie parfaite avec « tous. Ce que je viens d’écrire, je l’ai constaté de mes yeux. »
« Je souscris volontiers à cette appréciation sur les chrétiens de Pondichéry, ajoute M. « Veaux. Elle est aussi vraie aujourd’hui qu’elle l’était, il y aura bientôt quarante années. »
« Cependant il y a un changement. Les écoles sans Dieu, la mauvaise presse, les libres-penseurs, les sectaires, les protestants, tous s’unissent pour battre en brèche la foi et les pratiques religieuses de cet excellent peuple. Le mal est encore à la surface. Mais son action se poursuit avec une méthode et une constance, qui ne permettent pas de douter qu’il ne pénètre peu à peu les masses, et ne les pervertisse, si la divine miséricorde ne les arrache pas rapidement à ce danger.
« La mission de Pondichéry oppose aux écoles athées du gouvernement son petit séminaire-collège et l’école des religieuses. Pour atteindre le peuple et le préserver contre la presse impie, elle a créé, cette année, un journal tamoul, dont les premiers succès font bien augurer de son avenir.
« Le petit séminaire, officiellement fermé en 1905, a continué, sous le nom d’ « Ancien Petit Séminaire », à ouvrir ses portes à la jeunesse de Pondichéry et des environs. Autrefois, le chiffre de ses élèves ne s’élevait guère au-dessus de 400. Aujourd’hui, il en reçoit 1.100, dont 700 environ sont chrétiens. Les autres sont païens ou musulmans.
« Vainement, l’administration emploie tous les moyens pour attirer les enfants dans ses palais scolaires ; elle n’inspire pas confiance aux parents. Cette confiance, le séminaire l’a gagnée depuis longtemps, et la garde intacte. La population constate de jour en jour que les enfants qui fréquentent le séminaire sont plus dociles à l’égard de leurs parents, ont une conduite plus régulière ; en un mot, ont une éducation bien supérieure.
« Quant à l’instruction, elle marche de pair avec l’éducation. Tous les ans, le palmarès enregistre une longue suite de lauréats. Les élèves du petit séminaire ont d’autant plus de mérite à acquérir leurs diplômes, qui sont le couronnement de leurs études, que leurs examinateurs sont les maîtres des écoles rivales. Autrefois, un ou deux de nos professeurs faisaient partie de la commission des examens, mais ils gênaient. Ils ont été remerciés. Malgré cela, la force des élèves contraint les examinateurs à enregistrer d’excellents résultats. »
Séminaire provincial. — Dans les quatre diocèses de notre province ecclésiastique les vocations sacerdotales sont rares. La différence des castes en est la principale cause, car les chrétiens de caste, dont les enfants peuvent être élevés au sacerdoce, sont relativement peu nombreux. D’un autre côté, le climat du pays est très débilitant, et les chaleurs excessives épuisent les forces. Aussi, bon nombre de nos séminaristes restent en chemin, à cause de leur santé.
Autrefois, chaque diocèse avait son séminaire particulier. Les élèves s’y trouvaient nécessairement peu nombreux. L’émulation laissait à désirer. Les dépenses se multipliaient pour chaque diocèse. Pour obvier à ces inconvénients, la pensée est venue de réunir tous les séminaristes dans un établissement commun. Il se trouve à Pondichéry et porte le nom de « Séminaire provincial ». Les études y sont les mêmes que dans nos séminaires de France. Il y a deux années de philosophie et quatre années de théologie dogmatique et morale, avec les cours de droit canon, de liturgie, d’Écriture sainte et d’histoire ecclésiastique.
Les séminaristes étudient aussi l’anglais et le français. Ils parlent anglais pendant les récréations, pour s’exercer à cette langue nécessaire sur le territoire anglais de la mission. Ils doivent pouvoir lire, parler et écrire en francais. Les communications avec le supérieur et les missionnaires se font en français, de même que tous les exercices de la retraite.
De 10 à 15 enfants qui commencent leurs études pour l’état ecclésiastique, un seul, en moyenne, arrive au grand séminaire et au sacerdoce. Ceci montre quelles énormes dépenses doit s’imposer une mission pour former quelques prêtres indigènes, qui sont complètement à sa charge depuis le premier jour.
L’ordination de juin a donné 3 prêtres, 2 diacres, 2 sous-diacres, 4 minorés et un tonsuré.
Districts de l’intérieur. — « Le présent exercice, écrit M. Combes, chargé du district de « Tindivanam, n’offre rien de bien saillant dans son ensemble. Comme ceux des années « précédentes, les résultats de cette année ont été encore très satisfaisants. J’ai eu, en effet, la « consolation d’enregistrer 8.000 confessions, 12.942 communions, 39 mariages et 22 « baptêmes d’adultes. Ces derniers mois ont été particulièrement pénibles pour nos pauvres « chrétiens, à cause de la disette et de la cherté des vivres, qui en est la conséquence. Au mois « de janvier, le district a été éprouvé par le choléra, qui a semé partout le deuil et la mort. « Dans le petit village de Karanai, j’ai administré, le même jour, un père de famille et deux de « ses enfants. Je dois dire à la louange de mes chrétiens, qu’une fois munis des sacrements de « l’Église, ils ne craignent plus la mort. La vie n’a, en effet, rien d’attrayant pour ces pauvres « gens, qui n’ont jamais eu un instant de bonheur depuis qu’ils sont au monde. »
La grande préoccupation de M. Combes serait de construire une petite chapelle dans plusieurs villages, très éloignés du chef-lieu du district, afin d’avoir un pied-à-terre lors des visites, et de réunir plus facilement les fidèles pour le temps de l’administration. La divine Providence lui permet de commencer celle de Kutticollatoor, situé à 11 milles de Tindivanam. « Elle sera, dit M. Combes, une petite chapelle d’avant-garde, et de là, rayonnant dans les « villages voisins, je porterai à tous le grand bienfait de l’Évangile. »
« Au sud-est du district, à 17 milles de la résidence ordinaire du prêtre, s’échelonnent sur « un espace de 3 milles de rayon, Pérumpakan, Karsemour et Cammam, villages chrétiens. Ils « auront bientôt aussi leur chapelle. Les murs, bâtis en pierres, sortent de terre et ne « demandent qu’à s’élever.
« Quand elle sera finie, et que le missionnaire pourra séjourner plusieurs jours dans le « village de Pérumpakam, où elle est placée, non seulement nos chrétiens deviendront « meilleurs, mais j’espère aussi que de nombreux païens demanderont le baptême.
« Je dois une mention spéciale aux chrétiens sekkilys de mon district. Répandus dans 12 « villages différents, tous éloignés de Tindivanam de plus de 8 milles, ces braves gens sont « très exacts à venir entendre la messe du dimanche. Ils se confessent et communient aux « principales fêtes de l’année, et donnent ainsi à tous, un bel exemple de fidélité à leurs « devoirs de chrétiens. C’est parmi les enfants et les jeunes gens de cette caste, que je recrute « mes plus fidèles membres de l’apostolat de la prière et de la communion mensuelle. »
Wandiwash. — « La station de Wandiwash, dont M. Mignery a la charge, a été fondée en 1894, et celle de Tiruvitipuram en 1899. Le district de Wandiwash peut avoir près de 60 kilomètres de longueur, sur 30 kilomètres de largeur. Son église et celle de Tiruvitipuram sont à 20 kilomètres l’une de l’autre. Les chrétiens, rattachés à l’une des deux, en sont, pour la plupart, éloignés de 3 à 4 lieues, et disséminés dans près de 80 villages. L’administration du district est donc pénible, et les distances ne permettent pas au missionnaire de travailler, au gré de ses désirs, à la formation spirituelle de ses ouailles. Voici cependant à quelles peines M. Mignery se condamne pour les instruire et les soutenir. « Deux fois, trois fois par semaine, « je partais avec mon bâton à 3 heures du matin, et je ne rentrais guère chez moi que vers « midi. Après trois mois de voyage par toute espèce de chemin, j’avais terminé toutes mes « visites. Partout les néophytes ont montré le plus grand empressement à venir me saluer et « m’exposer leurs multiples besoins. Les païens eux-mêmes, dans bien des villages, se sont « montrés très polis et très sympathiques. »
M. Mignery se félicite de la visite épiscopale faite à Wandiwash et à Tiruvitipuram. « La « présence du premier pasteur du diocèse, dit-il, et ses exhortations paternelles ont suscité des « miracles de conversion, dont j’ai été le témoin non moins heureux que surpris. Une dizaine « de protestants sont entrés dans le bercail de la véritable Église, dès l’arrivée de Mgr Gandy. « Plusieurs néophytes négligents se sont amendés. De tous les points du district, les fidèles « sont accourus pour se confesser et recevoir le sacrement de confirmation. »
Il y a eu 356 communions et 197 confirmations à Wandiwash, 300 communions et 190 confirmations à Tiruvitipuram.
« Le district d’Eraiyur, grâce à Dieu, s’est maintenu dans l’esprit de foi et la ferveur qui lui « sont propres, écrit M. Leroy, qui en est titulaire. Cette année, nous avons enregistré 14.336 « confessions, 15.177 communions et 1.010 confessions d’enfants. C’est là une preuve « manifeste que la grâce divine s’est abondamment répandue sur ces âmes. Ont été régénérés « dans l’eau sainte du baptême, 180 enfants. L’extrême-onction a été administrée à 93 « mourants. »
M. Grandjanny, chargé de Seyur, a été pendant cinq longs mois arrêté par la fièvre. Il a néanmoins fait l’administration de son district, confessé ses chrétiens, préparé 20 enfants à la première communion à Virpair. Il n’a eu que 4 baptêmes d’adultes. Il se console en s’écriant : « Le bon Dieu, heureusement, n’exige pas le succès, et j’ai la douce espérance qu’un jour il « fera produire à cette terre, arrosée par la sueur des missionnaires, des fruits abondants de « bénédiction et de salut. »
Une disposition d’esprit nouvelle de la part des païens, trappe M. Grandjanny. Ils ne méprisent plus les chrétiens comme autrefois. Ils nouent volontiers des relations avec eux, les invitent à leurs repas, ils les visitent, même ils commencent à demander des chrétiennes en mariage. Ce contact plus fréquent avec les païens est regrettable si on considère leurs intérêts spirituels. Ce sera un danger pour eux de participer à des actes superstitieux et d’affaiblir leur foi par des compromis dangereux dans les mille détails de la vie commune. Ce sera aussi pour le missionnaire un surcroît de travail et la cause de beaucoup d’ennuis, car il pourra difficilement surveiller ses chrétiens dans une multitude de petits villages.
M. Seyrès exprime comme il suit ses impressions, quand il fut nommé à Villupuram : « C’est à pareille époque que, l’année dernière, le cœur gros d’appréhensions, j’arrivais à « Villupuram. Tout jeune encore et n’ayant qu’une connaissance très imparfaite de la langue, « j’assumais la terrible responsabilité de conduire 2.000 chrétiens dans le chemin du devoir et « de la vertu. Je me sentais bien petit devant une pareille tâche et, si l’obéissance ne m’y avait « contraint, je n’aurais jamais pu me résoudre à accepter la direction d’un district aussi « considérable et aussi difficile. Ce qui ajouta à ma tristesse, ce fut de voir, en arrivant dans « mon district, que les protestants, quoique inférieurs en nombre aux catholiques, avaient la « direction de presque toutes les écoles. Je conçus alors le plan d’une école qui serait capable « de rivaliser avec les leurs. Je fis appel à la générosité de mes chrétiens et demandai un « secours au gouvernement, qui m’accorda une allocation de 500 roupies. Il ne me restait que « quelques centaines de francs à trouver pour conduire l’œuvre à bonne fin. Les travaux sont « commencés. Je compte sur la divine Providence pour les achever. »
La station de chemin de fer de Villupuram a été élevée au rang de gare de première classe. La compagnie vient de construire cent nouvelles maisons pour les employés. D’un autre côté, les européens viennent s’y établir de jour en jour plus nombreux. La chrétienté y gagnera aussi en importance Malheureusement, la population païenne est hostile aux chrétiens et ne manque aucune occasion de les molester. Le missionnaire a dû plusieurs fois, cette année, intenter des procès pour soutenir le droit de ses ouailles. Les meneurs ont été condamnés et jetés en prison. Il semble que le calme est rétabli pour un long temps.
Les néophytes de l’intérieur du district ont encore besoin de formation. Pour les instruire plus facilement et les attacher à la pratique parfaite de tous leurs devoirs, M. Seyrès se propose d’élever une petite chapelle dans chaque village, et de séjourner parmi eux tout le temps nécessaire pour faire une sérieuse administration, dont les fruits puissent durer.
M. Colas a fondé une école de garçons à Chetput. Elle est son espoir pour former une belle génération de bons et fidèles chrétiens. Il donne toute sa sollicitude aux catéchismes. Le dimanche avant la messe, et chaque jour la messe finie, il y a la récitation des prières et du petit catéchisme. Elle est suivie d’une explication donnée par le missionnaire. Puis, le catéchiste réunit les jeunes gens ; les religieuses de leur côté emmènent les chrétiennes de bonne volonté au couvent et les commentaires de la doctrine continuent de part et d’autre.
Une nouvelle école de filles a été aussi établie dans le village de Payampeth, où les religieuses du Saint-Cœur de Marie se sont installées sans bruit ni trouble, malgré les mauvaises dispositions d’un certain nombre de païens de marque. L’avenir est plein d’espérance.
M. Colas aurait voulu pouvoir grouper plus souvent les enfants des villages voisins, pour les préparer à la première communion. Mais ses voyages lui occasionnent des dépenses supérieures à ses ressources.
Après ce résumé d’une partie des travaux de ses missionnaires, qui offrent quelques points plus saillants, ou sont la représentation des œuvres qui se continuent normalement dans tous les postes, Mgr Gandy ajoute un mot sur ses tournées pastorales.
« Comme d’habitude, j’ai fait cette année deux tournées pastorales, pendant lesquelles j’ai donnée 1.565 confirmations. Dans nos missions, le travail de l’évêque en visite ne consiste pas seulement à donner la confirmation. Sa visite est l’occasion d’une lessive spirituelle pour toute la chrétienté. L’évêque a son confessionnal comme le simple missionnaire, et beaucoup de chrétiens tiennent à s’adresser à lui et à recevoir de sa main la sainte communion. On apporte aussi à l’évêque toutes les affaires en litige, les disputes de famille et les querelles de caste, qui divisent les chrétiens et les tiennent éloignés des sacrements.
« Parmi les chrétientés visitées durant le cours de l’année, je dois une mention spéciale à Iélattaghéry, sans oublier son digne pasteur, le P. Dominique. A part quelques familles païennes et deux ou trois protestantes, tout le village est catholique. Dans une visite précédente, en voyant l’église si pauvre et si petite, qu’elle pouvait à peine contenir la moitié des chrétiens, je leur promis un secours pour en bâtir une autre. Un beau terrain fut bientôt acheté, et ils se mirent à l’œuvre avec un entrain admirable. Tous donnèrent selon leurs moyens et firent sans aucune rétribution une grande paille des travaux. Malheureusement la pluie manqua durant deux années consécutives, et amena une famine terrible, qui leur fit oublier quelque temps les constructions commencées. Leurs champs restèrent en friche et leur bétail périt de misère. Chez beaucoup de chrétiens, les souffrances de la faim furent affreuses. La pluie, si désirée, arriva enfin en grande abondance. Oubliant leurs souffrances passées, ils se mirent de nouveau au travail avec ardeur. Les champs furent ensemencés. Tout faisait espérer une excellente récolte. Le village tout entier était dans la joie et le bonheur, quand soudain la peste apparut et plongea ces pauvres gens dans la consternation. Dans leur affolement, ils s’enfermaient dans leurs maisons, sans même oser communiquer avec leurs voisins.
« Le fléau sévissait depuis plusieurs jours, quand le gouvernement, informé de la chose, donna ordre aux magistrats, au docteur et à l’inspecteur de Kichnaghéry de se rendre sur les lieux, et de prendre toutes les mesures nécessaires pour enrayer le mal.
« Ils arrivèrent à Iélattaghéry au point du jour, avec une forte escouade de pions de police. Ils firent aussitôt battre le tam-tam pour rassembler les habitants. La première pensée de ces pauvres gens fut qu’on les appelait pour leur distribuer des remèdes efficaces contre la peste. Déjà, ils se croyaient délivrés du terrible fléau. Quelle ne fut pas leur stupéfaction, quand ils entendirent une voix de stentor, proclamer l’ordre suivant : « La peste est dans le village. Il « vous faut quitter vos maisons, après les avoir découvertes, afin que l’air puisse y circuler « librement. Cherchez un abri hors du village, dans vos champs, sous quelque arbre touffu, ou « dans un village voisin. N’essayez pas de résister. Ce serait complètement inutile. La mesure « est irrévocable. Si vous n’obéissez pas promptement, nous avons ordre de brûler vos « maisons. »
« Le P. Dominique, obligé de fuir comme tout le monde, alla s’établir dans un champ, un peu éloigné du village. Sans doute, il eût été plus agréable pour lui de se réfugier dans un bourg des environs, où il possédait une chapelle d’administration. Mais les habitants du lieu ne lui eussent pas permis de conserver des relations avec ses chrétiens, dans la crainte qu’il n’apportât la peste chez eux. Ne voulant pas abandonner son troupeau, il alla s’établir au milieu des champs, à côté de ses malheureux pestiférés. Avec l’aide de son domestique, il se construisit une pauvre cabane qu’il couvrit de chaume. Deux planches fixées sur des piquets lui servirent d’autel. Une chaise et un petit lit en corde furent tout son ameublement. La première nuit lui parut bien longue. Le sommeil ne venait pas. Le matin, après avoir célébré la messe et fini son action de grâce, il commença ses visites, sans distinction de catholiques, de protestants, ni de païens. Il prodigua à tous ses soins, ses encouragements, ses consolations jusqu’à la fin du fléau, partout où il les trouvait réfugiés, les uns sous un rocher, les autres derrière un pli de terrain, sous quelques poignées de chaume jetées sur trois ou quatre branches entrelacées...
« De temps en temps, le Père allait faire un tour dans le village. Dans les rues régnait un silence de mort, et l’herbe y croissait comme dans une prairie. Le cœur bien gros, il entrait à l’église et demandait à Dieu d’avoir pitié de lui et de son peuple. Un jour, il lui vint à la pensée de visiter le presbytère. Comme sa cabane était ouverte à tout venant, et que rien n’y était en sûreté, il avait laissé dans une malle fermée à clef, ce qu’il avait de plus précieux, l’argent qu’il avait ramassé roupie par roupie, pour terminer son église, les bijoux des statues et les objets de valeur que ses chrétiens lui avaient confiés. Quelle ne fut pas sa tristesse, en voyant sa malle défoncée et complètement pillée. Il entra à l’église, et avec le saint homme Job, il s’écria : « Seigneur, vous m’aviez tout donné, vous m’avez tout ôté. Que votre saint « Nom soit béni ! »
« La visite d’Iélattaghéry était terminée. Après avoir reçu les derniers adieux des chrétiens, et les avoir bénis, je montai en voiture et partis. Je me trouvais à une certaine distance du village, quand les gens qui m’accompagnaient me firent signe d’arrêter. Tout en me retournant, j’aperçus un vénérable vieillard, aux cheveux blancs comme la neige, qui accourait, appuyé sur un bâton, et qui semblait vouloir me parler. Arrivé près de moi, il me dit d’un ton suppliant : « Vous êtes le grand prêtre des missionnaires. Je n’adore pas le Dieu des « chrétiens, mais j’ai le plus grand respect pour votre religion. Ne me refusez pas la grâce que « je vais vous demander. » « Et laquelle lui dis-je ? » Il continua : « Le P. Dominique est « notre père à tous. Au moment où le choléra faisait de grands ravages parmi nous, nuit et jour « il était à notre disposition. Que de cholériques il a sauvés par ses remèdes et ses bons soins ! « Pendant que la peste sévissait dans notre village, le Père ne nous a jamais quittés. Il allait de « champ en champ, de cabane en cabane pour porter aux malades ses remèdes, ses soins et ses « consolations. Laissez donc notre Père travailler et mourir au milieu de nous. Sa présence « sera pour nous une bénédiction. »
« Je lui promis qu’il en serait ainsi, et je continuai mon chemin en remerciant Dieu d’avoir donné à ma mission un prêtre si plein de dévouement, de charité et de vertus apostoliques. »
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