| Année: |
1908 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Coïmbatour |
| Rédacteur: | Mgr Roy |
III. – Coïmbatour
Population catholique 38.731
Baptêmes d’adultes 330
Baptêmes d’hérétiques 54
Baptêmes d’enfants de païens in articulo mortis 1.040
« Les ouvriers apostoliques de la mission du Coïmbatour, écrit Mgr Roy, m’ont remis les épis d’or, mû sous l’influence bienveillante des rayons de la grâce, et glanés péniblement, pour ainsi dire un par un, dans le champ confié à leur zèle. Je les ai réunis en gerbes, et je les présente au Père de famille avec d’autant plus d’empressement et de joie qu’elles sont les fruits de beaucoup de sueurs, et d’une vie toute d’abnégation et de sacrifice.
« Ces gerbes, tous nous aurions désiré les voir mieux fournies et plus lourdes. Mais si nous pouvons assurer le travail, le temps de la moisson et la quantité de la récolte restent dans les conseils de la divine Sagesse et de son adorable Providence.
« Ce serait certes d’un véritable intérêt de rechercher quelles peuvent bien être les causes, du moins d’après nos vues humaines, de la lenteur de nos progrès et parfois d’un arrêt momentané.
« Qu’il nous soit permis d’en indiquer trois, et de montrer auparavant dans quelle catégorie de personnes Dieu, dans son infinie sagesse, fait germer sa grâce.
« Quelques-uns seraient peut-être inclinés à croire que c’es parmi les instruits, les intellectuels. Eh bien, ceux-là se trompent !
« Ces demi-savants, aux manières policées et élégantes, sortis des moules d’une instruction troquée, n’ont point d’attrait pour une religion qui leur prêche la pénitence et l’humilité. En général, leur culte se limite à l’adoration de leurs propres perfections, dont ils ne sauraient douter, et de leur « sambalam » (paye), à leurs yeux toujours inférieure à leurs mérites. Leurs intelligence, saturée de théories creuses, leur cœur avide de jouissances terrestres, ne s’élèvent guère au-dessus de la matière. La vie présente suffit amplement à leurs méditations et à leurs entretiens de tous les jours. Jouir, se pavaner, avoir l’air de quelqu’un qui n’est pas sot, mépriser son prochain par vanité, lui parler avec arrogance, si c’est un humble et un petit, avec flatterie, si c’est un grand, pérorer en docteur sur tout ce qu’ils savent souvent très superficiellement, et parfois sur ce qu’ils ignorent d’une manière complète, voilà à quoi est employée la vie de cette classe d’hommes.
« Pour arriver à faire pousser dans un pareil terrain une fluer d’humilité chrétienne, si petite soit-elle, ce n’est pas chose facile. J’ensuis convaincu, les aimables critiques qui parlent avec tant de sans-gêne et d’assurance de l’échec de l’apostolat des missionnaient en dans l’Inde, ne réussiraient pas mieux. D’ailleurs, ils pourraient en faire l’essai. Leurs résultats, qui sait? Ne seraient peut-être pas sans utilité pour les vieux travailleurs.
« Ceux qui se convertissent de braves gens, peu instruits et pauvres, venant à nous sans avoir discuté, pas même la religion. Leur premier pas n’est point toujours bien surnaturel. Ils se présentent au missionnaire parce qu’ils le savent bon, charitable, disposé à les secourir leurs besoins. Ils sont tous inclinés à écouter ses bons conseils, à croire les vérités de la religion ; en un mot, à obéir à la grâce, dont les premiers rayons éclairent leurs âmes.
« Ces païens n’ont pas les manières extérieures aimables du « dandy » intellectuel. Ils sont plutôt grossiers et pleins de défauts. Ils ne savent rien dissimuler dans leur nature primitive et fruste. Mais le missionnaire, par sa bonté, sa patience et son immense charité, fera de cet être difforme et rugueux, sinon une pièce d’art, du moins quelque chose d’assez passable, et trouvant sa place dans la construction de l’Eglise de Jésus-Christ. Si le néophyte n’arrive pas lui-même à une haute perfection, à cause des habitudes mauvaises, contractées dans sa vie passée, ses enfants, soignés et nourris, dès leur plus tendre jeunesse, sur le cœur plein d’affection du prêtre, deviendront d’excellents chrétiens et sauront récompenser amplement le missionnaire de ses peines et de ses dépenses. Ils réjouiront son âme d’apôtre.
« Ces préliminaires posés, nous reviendrons à notre question : Quelle est la cause de la lenteur des progrès, d’un arrêt même, qui s’est traduit cette année par diminution de baptêmes?
« Quelques missionnaires l’attribuent au manque de ressources. Les grains sont à un prix exorbitant. Le riz est réservé aux plus fortunés. Le missionnaire, dont l’humble viatique ne suit pas les fluctuations du commerce, se trouve quelquefois très gêné lui-même, et dans l’impossibilité d’aider, comme au vieux temps, de ses deniers personnels, les pauvres païen qui viendraient se faire instruire, s’ils avaient espoir d’être un peu secourus…
« D’autres font remonter la cause de cette diminution de conversions au mouvement nouveau, dit « patriotique ». L’Indien s’agite ; des prédicateurs de patriotisme ont parcouru et parcourent encore, mais avec moins d’entrain, depuis que l’Angleterre en a arrêté et enfermé quelques-uns, les villes et les villages, pour engager le peuple à boycotter les marchandises de l’étranger et aussi sa religion. Ils prêchent le retour à la politique de leur vieux culte païen. Ils l’exaltent pour avoir, prétendent-ils, produit tant brillants personnages, élevé leurs ancêtres si haut dans l’échelle de la civilisation et dans la pratique de la vertu et de la vraie sainteté! Malgré leur profonde déchéance actuelle, ils sont encore, affirment-ils, très supérieurs aux autres peuples.
« Les Indiens ayant oublié d’écrire leur histoire des temps anciens, ces beaux parleurs ont un vaste champ ouvert à leur imagination. Leur vanité et leur orgueil sont d’ailleurs admirablement servis par la crédulité de leurs compatriotes.
« Dans quelques districts, les ouvriers apostoliques se sont plus particulièrement appliqués à perfectionner les convertis des années dernières. Ils ont voulu leur donner une forme toujours de plus en rapport avec leur dignité de chrétiens. Ce travail n’est pas le moins long ni le moins pénible.
« En vérité, nos fidèles semblent avoir fait un pas en avant dans les pratiques religieuses. Ils s’approchent plus souvent du tribunal de la pénitence et du banquet eucharistique. Il y a toujours quelques vieux retardataires, quelques pécheurs endurcis. Mais où n’y en a-t-il pas? Ici, ils ne nous échappent presque jamais, quand arrive le grand jour. Car, chez eux, c’est faiblesse et ignorance plutôt que malice.
« Les événements religieux les plus considérables de l’année ont été les jubilés de Notre-Dame de Lourdes et de Sa Sainteté Pie X. L’un et l’autre ont été célébrés très solennellement partout où cela a été possible. Dans ces circonstances, les chrétiens ont apporté un grand zèle à suivre les exercices religieux et ont assiégé les confessionnaux. Malgré leur pauvreté, les chrétiens de la paroisse de la cathédrale ont donné, en l’honneur du Souverain Pontife, un grand banquet aux pauvres, catholiques ou païen. Le journal protestant écrivit dans ses colonnes que plus d’un millier d’indigents y avaient pris part. C’était une exagération de deux à trois cents.
« Quatre chapelles de secours ont été construites pendant le dernier exercice. Trois sort dues à la charité des fidèles et au zèle de leurs prêtres, qui se sont ingéniés pour trouver les ressources nécessaires. Une grande église sort de ses fondations, à Valipaléam. Nous l’espérons, l’an prochain, elle pourra être livrée au culte.
« Le plus âgé de nos prêtres indigènes, impotent depuis plusieurs années, nous a quittés pour un monde meilleur. Le matin même de sa mort, il a les sacrements de notre sainte Mère l’église. Il avait soixante-seize ans.
« Grâces soient rendues à Dieu, l’évêque et les autres missionnaires ont joui d’une bonne santé pendant cet exercice 1907-1908. Ils n’ont pas été arrêtés dans leur ministère.
« Nos séminaires, orphelinats divers, institutions et pensionnats nous ont donné satisfaction, à une exception près. Dans un de ces pensionnats, le chapelain voudrait une discipline plus forte et mieux observée.
« M. Rondy, vicaire général, a la charge de la paroisse de la cathédrale. Il a eu la joie d’enregistre 46 baptêmes d’adultes, 10 conversions de protestants et 16.000 communions, sans compter celles de nos maisons religieuses. Il est content de ses fidèles, bien qu’il les reconnaisse encore assez éloignés de la perfection. Pour leur en montrer la voie, il a institué, pour les grandes personnes, un cours de catéchisme qui se fait chaque dimanche. Dans les désirer chez quelques-uns.
« M. Petite a achevé la chapelle de Podanur. Elle a été solennellement bénite et placée sous le vocable de saint Antoine. « Espérons, dit le missionnaire, que la croix qui vient d’être «plantée sur ce sol encore nouveau abritera plus tard un grand nombre d’enfants de Dieu et de «l’Église. Advenial regnum tuum. »
« A Metupalayam, M.Petite s’est procuré un terrain, et y a bâti une petite hutte en terre, couverte de feuilles de palmier. C’est son église et son presbytère. C’est là qu’il fait l’administration de cette chrétienté, en attendant de pouvoir construire une petite chapelle.
« Le P. Michel se plaint de la diminution de ses chrétiens de Saveriarpalayam. Elle est due à l’émigration au Natal, au Tanjore et aux Montagnes. « Le mouvement de conversions, même parmi les gens de la campagne, est arrêté, écrit-il, par l’esprit d’irréligion et de fausse philosophie. La ligue de la Croix pour la tempérance, qui a fait de bien à Saveriarpalayam, s’étend à Piliakulam et à Canampalayam, où elle a corrigé déjà de fameux buveurs. »
« Il serait à désirer que cette ligue prit un développement général, car, pour le plus grand mal de la paix dans les familles et dans les chrétientés, beaucoup de nos Indiens s’adonnent à l’ivrognerie. Ce défaut, jadis restreint aux basses castes, a fini par se glisser dans les milieux les plus aristocratiques.
« A Palghat, M.Bachelard a établi l’apostolat de la prière. Les chrétiens de Manaryath lui ont promis de bâtir une chapelle. Il en faudrait une également à Pudupalayam. Mais les fidèles sont trop pauvres pour commencer cette entreprise.
« M. Boissière administre la chrétienté de Pollachy. Il est content de son petit troupeau. Il a réussi à retirer des écoles protestantes, que l’insouciance des parents y avait envoyés. La caste des Chattis lui a donné 8 baptêmes. « Oh ! quand donc viendra, s’écrie-t-il, le temps où « les Gavounders, cette belle caste de propriétaires, si nombreux ici, abandonnant leur large « salapa (turban), voudront-ils goûter dans mon église le bonheur incomparable de « s’agenouiller devant Dieu ? »
« M. Rivière déplore la grande négligence apportée par les parents dans l’éducation de leurs enfants.
« Peu comprennent, remarque-t-il, l’avantage d’envoyer leurs enfants à l’école, ne serait-« ce que pour les retirer de la rue, où ils vagabondent et contractent de mauvaises habitudes. » Mais, en revanche, il a la consolation d’enregistrer quelques nouvelles conversions, entre autres celle d’un « sastri » (savant) gavounder, dont l’influence lui promet de gagner plusieurs personnes de son entourage. M. Beyls a eu 10 baptêmes d’adultes à Erode. Il travaille en ce moment à l’agrandissement de son église.
« La sécheresse et la disette, suivies du choléra, ont désolé Kolapulur. La misère et la souffrance sont devenues une bénédiction qui a fécondé le champ de M. Deniau. Il compte 159 baptêmes.
« M. Vieillard a converti 52 païens à Coonoor, et a dépensé son zèle au développement de son école : « Je viens d’achever, écrit-il, la construction, qu’il a été nécessaire d’ajouter à « l’école des filles européennes. Cette institution a grandi chaque année. Aujourd’hui, elle « compte une centaine d’élèves dont 35 internes. Ce travail m’a pris presque tout mon temps « depuis trois mois. Mais grâce au zèle du cher M. Ligier, à son savoir-faire, à ses rapides « progrès dans l’étude des langues, la paroisse n’a pas souffert. »
« A Wellington, il y aurait beaucoup de bien à faire. Malheureusement, la présence des troupes est un grand obstacle pour le, la présence des troues un grand obstacle pour le missionnaire. Les pauvres indiens, faibles de volonté, ne peuvent résister aux mauvais exemples, placés journellement sous yeux par les soldats de la garnison. M. Morin, chargé du district, cherche des forces pour ses chrétiens, en les enrôlant dans la confrérie de l’apostolat de la prière.
« Au Wiynaad, remarque M. Gudin, les pécheurs publics sont rares. Les protestants ont « disparu. Quelques païens viennent ou se laissent amener facilement au bercail du Christ.
« Dernièrement, une vieille rentière païenne est apportée mourante à l’hôpital. Je vais la « voir et l’invite à se convertir. Elle est inébranlable comme un rocher. Je lui glisse une « médaille de saint Benoît et me retire. Deux ou trois jours après, elle me fait appeler. Je la « trouve changée. Elle est convertie. Je fais semblant de ne pas consentir à la baptiser si vite. « Elle insiste chaque jour, si bien que je lui donne le sacrement de baptême après l’avoir « instruite de mon mieux. Le lendemain, elle reçoit l’extrême-onction. Depuis, elle est allée « de mieux. Aujourd’hui, elle est guérie et complète son instruction religieuse.»
Le missionnaire déplore, en terminant, la perte d’un bon chrétien, M. Archer, planteur, qui lui était un auxiliaire zélé pour la conversion des Kurumbers.
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