| Année: |
1909 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Maïssour |
| Rédacteur: | Mgr Baslé |
II. — Maïssour
Population catholique 48.202
Baptêmes d’adultes 1.137
Baptêmes d’enfants de païens 1.563
Conversions d’hérétiques 113
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« Les résultats de l’année qui vient de s’écouler ne diffèrent pas sensiblement de ceux des années précédentes, écrit Mgr Baslé, coadjuteur de Mysore. Nous constatons cependant ne légère augmentation, une progression ascendante et continuelle du nombre des baptêmes d’adultes, et d’enfants de païens in articulo mortis.
« La plupart des hérétiques qui ont reçu l’eau sainte du baptême sont des Européens ou des Eurasiens ; il est difficile, en effet, de compter sur la sincérité des conversions des protestants indigènes qui ne recherchent souvent que le bien-être et se donnent au plus offrant. Il y a, toutefois, de consolantes exceptions. Dans le Kollégal, quelques familles païennes, au milieu des bois, s’étaient laissé séduire par les ministres protestants et avaient fini par embrasser leur secte. Dès qu’elles apprirent qu’un prêtre catholique était dans le voisinage, elles allèrent le trouver et, d’elles-mêmes, demandèrent à se faire instruire des vérités de notre sainte religion et à recevoir le baptême, ne posant à leur conversion qu’une condition, bien légitime du reste, à savoir : que leur école, établie par les protestants, fût maintenue dans le village. Après un temps d’épreuve assez long, ces familles ont reçu le baptême sous condition et n’ont cessé, depuis ce temps, de donner entière satisfaction au zélé prêtre indigène qui a eu le bonheur de les recevoir dans le sein de la véritable Église.
« Les baptêmes de païens ont été administrés principalement dans les paroisses des villes de Bangalore et de Mysore, à Manantoddy et aux mines d’or de Kolar. M. Briand, à SaintJoseph, a recueilli une belle gerbe de 285 baptêmes, et le village qu’il a fondé non loin de l’église compte déjà plus de 600 nouveaux chrétiens.
« Les comptes rendus des confrères accusent 256.331 communions de dévotion ; c’est une augmentation de près de 20.000 sur l’exercice précédent. Nous sommes heureux de constater, une fois de plus, que la communion fréquente est de mieux en mieux comprise des fidèles et pratiquée dans un grand nombre de paroisses et de districts.
« Les Petites-Sœurs des Pauvres viennent de terminer un vaste bâtiment pour loger leurs vieillards et en augmenter le nombre.
« A l’hôpital Sainte-Marthe, un pavillon spécial pour les missionnaires malades a été construit dans le cours de cette année et bénit le 5 juillet dernier. Ce nouveau bâtiment permettra aux dévouées religieuses du Bon-Pasteur d’augmenter le nombre des internes, en cédant à ceux-ci les chambres occupées jusque-là par les confrères. Les Sœurs ont enregistré 39.258 visites ou consultations dans le cours du dernier exercice et soigné, à l’intérieur, 2.533 malades. Le nombre de baptêmes administrés a été de 265 pour les adultes et de 1.089 pour les enfants. D’un autre côté, les Sœurs de Saint-Joseph, soit à Bangalore, soit à Mysore, ont régénéré 136 adultes et 151 enfants, également in articulo mortis.
« Le 21 juillet dernier, la mission a perdu un de ses meilleurs et de ses plus vaillants ouvriers dans la personne du P. Shantappa. Après avoir commencé ses études au séminaire de Bangalore, il avait été renvoyé dans ses foyers comme dépourvu des capacités requises pour exercer le saint ministère ; mais, grâce à l’intervention d’un missionnaire, il fut réadmis quelque temps après, réussit à terminer ses études et reçut la prêtrise en juin 1868. Placé à Sainte-Marie de Blackpally, il y a passé quarante ans et n’a jamais cessé de donner la plus entière satisfaction à ses supérieurs. Ame simple et droite, humble, zélé, obéissant, grand prédicateur et surtout travailleur infatigable, il n’a jamais consenti à prendre de repos. Que de milliers de païens il a baptisés ! que d’âmes lui doivent leur salut éternel ! Il était aimé de tout le monde à cause de son zèle, de sa candeur et de sa simplicité. S’agissait-il de donner quelque aumône, quelque secours à ses chrétiens, sa bourse était toujours ouverte ; il se privait même du nécessaire pour exercer la charité. Lorsque, épuisé par l’âge, il dut se rendre à l’hôpital Sainte-Marthe, où il allait bientôt rendre son âme à Dieu : « Hélas ! s’écria-t-il, je ne pourrai donc plus travailler. » Ce fut la seule plainte qu’il proféra, et jusqu’au dernier moment il ne songea qu’à ses chers chrétiens qu’il avait soignés pendant tant d’années. Aussi ses funérailles ont-elles été un vrai triomphe plutôt qu’un deuil et j’ai la douce confiance que Notre-Seigneur n’aura point tardé à couronner, dans le ciel, les travaux et les vertus vraiment apostoliques de ce bon et fidèle serviteur.
Le district de Mattigiri comprend les chrétientés d’Anekallou, Mattigiri, Moothookondapaly, Dasarhally et Mardanhally. Anekallou était autrefois une petite ville de 10.000 âmes ; mais, chaque année décimée par la peste ou le choléra, elle a diminué d’importance et compte, aujourd’hui, à peine 1.000 habitants. La petite chrétienté de 100 fidèles qui s’y trouve date au moins du XVIIe siècle et peut être considérée comme la plus ancienne de la mission. L’église actuelle fut construite en 1850.
« Lorsque, dans le cours de l’année dernière, l’évêque vint en faire l’administration, la ville entière était sur pied pour le recevoir et le saluer au passage. A. voir cette foule curieuse et enthousiaste, un étranger aurait conclu que l’heure de la grâce avait sonné, que la conversion de ce peuple était proche, qu’il n’y avait qu’à frapper un grand coup pour l’amener à la vraie religion. Hélas ! si l’évêque avait eu le bonheur ou le malheur de baptiser un seul de ces Brahmes qui avoisinent l’église, la foule, qui le suivait avec tant d’enthousiasme, se serait empressée, avec la même ardeur, de le jeter à l’eau. L’esprit de Dieu souffle où il veut et il ne souffle pas fort dans ce pays resté stationnaire depuis de longues années. L’esprit de caste des brahmes, est très exclusif et c’est précisément parce que la petite chapelle catholique est située au milieu du quartier des Brahmes que nos chrétiens de caste avaient eu peur, jusqu’ici, de se compromettre aux yeux de ces derniers en entrant en contact avec leurs frères parias. Pendant de longues années, ceux-ci n’avaient pas le droit de mettre le pied dans la chapelle et ils devaient se rendre à Mattigiri, distant de 10 milles, pour y être admis aux sacrements. Il y a quelque temps, un premier pas fut fait : les chrétiens de caste consentirent à la construction d’un bas-côté pour recevoir les parias, mais à la condition que ceux-ci ne seraient pas admis publiquement à la sainte communion. Cette condition, qui ne pouvait être acceptée que transitoirement, vient d’être écartée et le dernier obstacle levé : désormais les uns et les autres, ayant chacun leur côté, pourront librement, comme partout ailleurs, assister aux offices et recevoir publiquement tous les sacrements. Ces chrétiens du reste, autrefois si inflexibles sur la caste, se sont bien améliorés et, depuis quelque temps surtout, ils reconnaissent que la révolte et l’insubordination ne sauraient leur profiter et ils se montrent très soumis et très obéissants au prêtre qui les administre.
« Mattigiri compte 293 catholiques. C’est la chrétienté du district qui donne le plus de satisfaction au prêtre ; la communion fréquente, parmi les jeunes gens de caste surtout, y est en honneur. Un nouveau presbytère y a été construit par M. Gouarin en 1893 et la chapelle restaurée par le même confrère en 1895.
« Moothookondapally, qui compte 395 chrétiens, tous de la caste des Pallis ou Tiglerous, a été jusqu’ici la résidence principale du missionnaire. L’assistance à la messe le dimanche et la fréquentation des sacrements laissent encore à désirer et le prêtre a fort à faire pour amener les fidèles à la pratique régulière de leurs devoirs religieux.
« Il n’en est pas de même des deux postes de Dasarhally et de Mardanhally. Quoique de la même caste et de la même famille que les précédents, les chrétiens y ont meilleur esprit, sont plus réguliers dans l’accomplissement de leurs devoirs et donnent plus de satisfaction à leur pasteur. Malheureusement, l’église et la maison de Dasarhally menacent ruine ; le village lui-même est établi dans un endroit malsain. Il faudrait le transporter ailleurs et construire une nouvelle église et un nouveau presbytère. Un emplacement a été désigné, une croix érigée pour en prendre possession et on espère qu’avant peu ce projet absolument nécessaire recevra un commencement d’exécution.
« Mardanhally ou Christpalea, avec ses 261 chrétiens, sa belle église construite par M. Gouarin, son gentil clocher à jour, ses maisons bâties avec ordre et symétrie et couvertes de tuiles au lieu de chaume, est un village tout chrétien et très intéressant qui a beaucoup augmenté depuis quelques années et qui progressera encore à l’avenir. A ce village se rattache la chrétienté de Dankanikote, qui a sa petite chapelle où les fidèles se réunissent pour la prière, mais, pour la réception des sacrements, ils vont à l’église de Mardanhally.
« A l’exception d’Anekallou, qui appartient au royaume du Maïssour, tous ces villages dépendent de la présidence de Madras ; mais, à cause de leur proximité de Bangalore, ils furent autrefois cédés à la mission du Maïssour par celle de Pondichéry. Ils comptaient alors de 800 à 900 chrétiens ; leur nombre n’a progressé que très lentement, il s’élève aujourd’hui à 1.400. En résumé, ce district est très intéressant et, à part un seul endroit, donne beaucoup de consolation au missionnaire ; mais là, comme dans tous les districts de langue canara, les chrétiens manquent de zèle pour répandre la religion autour d’eux. Aussi les baptêmes de païens sont-ils peu nombreux.
« M. Veyret m’écrit de Manantoddy : « Dans le cours de cet exercice, rien de saillant n’est « venu changer la face de mon district ; l’année a été une année de misère pour mes pauvres « chrétiens, par suite de la cherté des vivres et du manque de travail. Au point de vue spirituel, « j’ai constaté une amélioration notable et les quelques jours de prédication que Votre « Grandeur a consacrés à mes chrétiens avant de leur administrer le sacrement de « confirmation ont produit d’excellents résultats. L’assistance à la messe le dimanche a été « bien plus régulière et le nombre des communions de dévotion a augmenté.
« Quant aux néophytes Koorchers, un grand nombre vont prochainement faire leur « première communion. J’ai beaucoup retardé leur préparation à ce grand acte, d’abord parce « que je n’avais pas beaucoup de temps à leur consacrer et aussi parce que leurs dispositions « sont loin d’être parfaites : Ils ont bonne volonté ; ils croient toutes les vérités que je leur « enseigne ; mais ils sont encore bien matériels et les choses de l’âme les laissent trop « indifférents. De plus, séparés des autres chrétiens, ils n’ont point l’exemple des anciens pour « les confirmer dans la foi et les initier à la pratique des devoirs religieux. »
Ce confrère a conféré 23 baptêmes et admis un certain nombre de païens au catéchuménat ; 66 de ses nouveaux chrétiens ont reçu le sacrement de Confirmation. Depuis un an, il semble qu’un vrai mouvement de conversions se produit dans le pays. Aussi, après avoir visité ce district, j’ai désigné, en avril dernier, deux jeunes confrères, MM. Meyniel et Jauffrineau, pour travailler exclusivement à la conversion des peuplades aborigènes du Wynaad. Le temps presse, en effet, si nous voulons obtenir quelque succès et sauver quelques âmes dans cette région. Les protestants s’agitent, les musulmans envahissent tout. Un ministre protestant le constatait dernièrement, lorsque, dans un rapport, il écrivait que la province de Wynaad deviendrait ou catholique ou musulmane. A nous de faire en sorte qu’elle devienne catholique.
« Naganhally, situé à 35 milles au sud de la ville de Mysore, non loin de la route de Manantoddy, porte le nom d’un ancien village païen qui a complètement disparu pour faire place à la petite chrétienté du même nom. A 8 milles de là, dans le village de Kanakanhally, étaient établies de longue date quelques familles d’anciens chrétiens de la caste des Ganiguerous, vivant du produit de leurs terres ou d’un petit commerce. Le regretté M. Fraysse d’abord, puis un prêtre indigène, le P. Xavier, réussirent à convertir et à baptiser une centaine de païens qu’ils établirent dans l’endroit même, les formant à la culture des terres en même temps qu’ils leur enseignaient, la pratique des vertus chrétiennes. Une chapelle et une résidence assez convenable pour le prêtre furent construites ; la petite chrétienté animée d’un bon esprit commençait à prospérer. Mais le démon veillait : plusieurs de ces nouveaux chrétiens moururent : les survivants ne cessèrent point d’être en butte aux tracasseries, et aux vexations de leurs parents restés païens. Le P. Xavier, voyant qu’on cherchait à les faire apostasier, résolut de tenter un suprême effort. A l’exception de quatre familles qui refusèrent de le suivre et qui, du reste, ont persévéré jusqu’à ce jour, il emmena avec lui a petite chrétienté et vint s’installer au village de Nanganhally, où il construisit des maisons pour recevoir les pauvres, réfugiés. Des terres cédées par le gouvernement furent aussitôt défrichées, et aujourd’hui ce village est en pleine voie de prospérité et vit dans une grande aisance. Une belle et vaste église et une résidence y ont été bâties dernièrement. Le bon Dieu a béni visiblement cette chrétienté naissante, et, dans la dernière visite épiscopale, le sacrement de Confirmation a été administré à 32 de ces néophytes.
« Thumboochettypalea est un nom tout nouveau dans l’histoire du Maïssour. Ce village établi par M. Thumboochetty, l’ancien grand juge catholique et ministre du royaume, date d’une vingtaine d’années ; mais les premiers chrétiens ne vinrent s’y installer que plus tard, vers 1895. Une chapelle en terre fut d’abord érigée, puis elle céda la place à l’église actuelle, bâtie vers 1901, et qui se trouve déjà beaucoup trop étroite. C’est que la population catholique a augmenté rapidement et aujourd’hui il ne reste plus dans le village que quatre familles païennes dont deux seulement possèdent quelques terres. Dans le principe, cette chrétienté dépendait pour le spirituel de l’église Saint-François Xavier de Bangalore ; puis un missionnaire alla de temps en temps la visiter et fut chargé de l’administration des sacrements. Après la cession du village à la mission, en 1906, on pensa qu’un prêtre devrait y résider, au moins plusieurs mois de l’année. M. Guiraud y passa quelque temps, puis le regretté M. Barré y fut nommé définitivement et alla s’y installer le 15 mars 1907 ; M. Gerbier, supérieur du séminaire, profitant de la salubrité du climat, y construisit, en 1902, un vaste bâtiment pour servir de maison de campagne à ses séminaristes : cette année, il vient d’y ajouter un petit oratoire. Enfin, le couvent du Bon-Pasteur, en 1907, achetait une large parcelle de terrain, restaurait et élargissait la maison de l’ancien propriétaire et bâtissait quelques chambres qui servent aujourd’hui de maison de campagne et de sanatorium aux orphelines, aux pensionnaires, et même aux religieuses. Une école de filles y sera bientôt installée, ainsi qu’une école de garçons. J’ai eu la satisfaction de visiter ce village en mai 1909 et de confirmer 47 enfants ou grandes personnes ; c’est la première visite pastorale qu’un évêque faisait à cette chrétienté naissante et la première confirmation qu’il y administrait. C’est ainsi que Thumboochettypalea, qui ne possédait pas un seul chrétien il y a quinze ans, compte aujourd’hui un peu plus de 500 fidèles. »
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