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Rapport annuel des évêques

Année: 1910
Pays: Inde
Mission: Coïmbatour
Rédacteur:Mgr Roy

III. — Coïmbatour


Population catholique 38.700
Conversions de païens 394
Baptêmes d’enfants de païens 736
Conversions d’hérétiques 57
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« Nous venons de traverser une année d’épreuves, écrit Mgr Roy, évêque de Coïmbatore. Sans merci, la mort a fauché dans nos rangs. En ne considérant que l’âge et la bonne santé de ceux qu’elle nous a ravis, nous serions tentés de penser qu’elle a agi en aveugle ; mais nous savons que Dieu lui-même, de sa main toute-puissante et miséricordieuse, dirige ses coups et que tout ce qu’Il fait est pour notre bien. Nous n’avons donc qu’à courber pieusement et profondément notre entendement devant l’expression de sa très sainte et divine volonté et à prier pour le repos de l’âme de nos chers disparus.
« Vers la fin d’octobre, notre vaillant M. Deniau vint à Coïmbatore nous apprendre qu’il était malade ; le lendemain de son arrivée, il était mort. Dans les joyeux jours de l’Épiphanie, le Père Marie-Joseph, prêtre indigène, fut trouvé par le docteur, qui venait, selon son habitude, se confesser avant la messe, assis sur son lit, le dos appuyé au mur, la main sur le cœur, son livre de méditation gisant à côté de sa lampe encore allumée : il était mort, mort probablement vers 11 heures du soir en préparant sa méditation pour le lendemain. Au mois de mai, le 17, nous apprenions la maladie et la mort de notre jeune M. Ligier. Beati mortui qui in Domino moriuntur. Six jours auparavant, notre cher M. Terrat, nous avait quittés pour aller subir à Paris une opération. Que Dieu daigne nous ramener bientôt ce cher Confrère !
« Du côté des chrétiens, outre la peste qui semble vouloir élire définitivement domicile dans notre Mission, la maladie, la misère, et même la persécution les ont éprouvés de toute façon.
« Une petite chrétienté de 85 foyers, à quelques milles de Coïmbatore, chassée par les païens du puits public, est forcée, depuis plus de quatre mois, d’aller s’approvisionner d’eau à près de deux kilomètres. Cette persécution commença par un incident bizarre. Quelques païens, la fleur des vauriens du pays, décidèrent, pour vexer les chrétiens, de jouer une comédie obscène, en plein air et sur la place, devant la chapelle. Les chrétiens les prièrent de ne pas faire cela. Ils refusèrent, évidemment, d’obtempérer à leurs désirs. Les chrétiens s’adressèrent aux autorités qui défendirent de jouer la comédie dans ce lieu. Pour se venger, les païens construisirent, quelques jours après et dans l’espace de quelques heures, un mur d’enceinte autour de leur pagode, en y enfermant le puits public. Et maintenant ils soutiennent que ce puits appartient à la pagode, que jamais aucun chrétien n’y a puisé, que son eau est de l’eau lustrale, que sais-je encore ? Chrétiens et païens y ont puisé de père en fils, depuis des générations jusqu’à ce jour. Mais les païens se sont entendus pour dire tous le même mensonge et ils espèrent que cela réussira. Le procès est fixé au mois d’octobre.

Institutions. — « Pour les garçons de descendance anglaise, nous possédons, à Coonoor, sur les Nilgiris, dans un site délicieux, l’Institution Saint-Joseph, confiée aux soins des Frères Irlandais de Saint-Patrice. Dans la même ville une autre Institution Saint-Joseph, pour les filles de la même descendance, est tenue par les Religieuses de Saint-Joseph de Tarbes. Les Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie dirigent deux autres maisons, l’une à Ootacamund et l’autre à Coïmbatore. Outre ces écoles anglaises, elles ont encore, sous leur direction maternelle, deux orphelinats de filles indigènes, des crèches, des ouvroirs, un hôpital, trois dispensaires, etc.
« Toutes ces œuvres progressent lentement, comme toutes les entreprises posées sur des fondements solides, creusés pour assurer une longue durée aux édifices qui les couronnent. Les trois Congrégations dont je viens de parler nous rendent de très grands services et je suis heureux de pouvoir leur en exprimer ici toute notre reconnaissance.
« Les écoles de filles indigènes sont sous la direction de nos religieuses indigènes de la Présentation. Elles ont, à Coïmbatore et dans quelques districts de la plaine et des montagnes, des écoles fréquentées par plus de 1.200 enfants. Si leur pauvreté n’obligeait nos religieuses de recevoir un salaire du gouvernement, — car malheureusement les élèves ne paient aucun honoraire pour leur instruction, — l’éducation de ces enfants gagnerait, à tous points de vue, à être faite d’après un programme indépendant et purement catholique.
« Quant aux écoles de garçons indigènes, elles sont toutes sous la direction des chefs de district, excepté notre Institution Saint-Michel, à Coïmbatore, qui est sous la direction d’un Missionnaire, aidé de deux Confrères et de 17 professeurs laïques. Pour fournir à tous nos diocésains les bienfaits d’une instruction plus soignée, un pensionnat est attaché à cette école : il est dirigé par un Missionnaire assisté d’un prêtre indigène.
« Ce pensionnat a subi, cette année, une petite diminution dans le nombre de ses élèves. Nous avons dû élever légèrement les honoraires. Nos chrétiens, comme la grande masse des païens, sont pauvres. Beaucoup, il est vrai, en étant très économes et en s’imposant des sacrifices parfois assez durs, pourraient payer pour l’instruction de leurs fils ; mais l’économie est un arbuste très rare et peu vigoureux dans ce terrain sec et brûlant de l’Inde ; il produit peu de fruits et le peu qu’il produit a un goût détestable d’égoïsme. De plus l’Indien est très friand de protestations, au moins temporaires, pour tout changement apporté à ses habitudes. Ces protestations lui donnent un sujet de conversation ; elles le montrent, elles l’occupent. Il y a donc eu une vingtaine d’enfants dont les parents se sont crus trop pauvres, ou obligés de protester avec dignité en retirant leurs héritiers.
« Dans ce pensionnat, l’étude, le travail, la conduite, la piété sont très satisfaisants. D’ailleurs, pendant cinq ans, la main ferme autant que douce de M. Béchu avait obtenu ces heureux résultats. M. Lesponne, son successeur, n’a donc qu’à maintenir la bonne impulsion imprimée par son prédécesseur. Afin que M. Béchu pût se former à l’administration des chrétiens dans les districts, je l’ai envoyé à Dharapuram remplacer notre très regretté M. Ligier.
« Nos grands orphelinats de garçons sont, l’un dans le désert de Karamattampatty, à l’ombre du Rosaire de Notre-Dame ; l’autre, à Coïmbatore. Karamattampatty, jadis célèbre, a vu consacrer deux évêques dans son église ; elle était la capitale catholique de Coïmbatour ; il ne reste présentement, pour rappeler le temps de sa grandeur, que le célèbre pèlerinage de Notre-Dame du Rosaire. L’orphelinat est sous la direction du missionnaire en charge du district, M. Castanié ; il est composé des petits enfants de l’école primaire. L’orphelinat de Coïmbatore, dirigé par M. Beyls, assisté d’un diacre, est composé des orphelins plus grands. Les uns suivent les cours de notre école Saint-Michel et les autres, les trois quarts, sont apprentis dans notre école industrielle Saint-Joseph. Tous donnent à leurs supérieurs pleine satisfaction. Le travail sauvegarde la moralité et empêche bien des misères.
« Nos orphelins ont un peu diminué dans ces maisons, depuis quelques années. C’est que plusieurs ont contracté mariage et ont quitté, de ce fait, leur maison d’adoption. Ils sont difficilement remplacés, parce que, non seulement les protestants, mais encore les païens ont établi des orphelinats. Ceux-ci se disent poussés à faire ces fondations par esprit patriotique, entendons : anti-européen. D’autre part, les nombreux agents de recrutement pour les colonies, les plantations de Natal, Ceylan, Penang, etc., font expatrier beaucoup d’enfants.

Administration des districts. — « M. Rondy, curé de la cathédrale Saint-Michel, se dit satisfait de ses chrétiens. Il les trouve un peu apathiques et sans vie. Il a entrepris plusieurs œuvres nouvelles, en particulier une garderie pour les petits enfants des pauvres ouvrières, qu’il a confiés à la surveillance et aux bons soins maternels des Franciscaines Missionnaires de Marie. Ses parias tanneurs, cependant, lui donnent moins de travail à l’église, mais plus de tracas et de tristesse ; ils font tache dans le tableau. Ces pauvres gens ont toujours une soif très ardente et détestent l’eau fraîche.
« A Xaveriarpalayam, le Père Michel a perdu, de la peste, un bon nombre de ses chrétiens, et la dispersion à travers champs des survivants a seule empêché un plus grand nombre de décès. Présentement, depuis plus de quatre mois, les païens persécutent ses chrétiens de Kanampalayam.
« A Palghat, M. Bachelard voit avec tristesse l’exode de ses chrétiens. Forcés par la misère d’aller chercher du travail dans les plantations des Nilgiris et du Travancore, ils ne reviennent jamais au logis avec une vie spirituelle en progrès. Bien que la peste ait fait son apparition en ville, il n’y eut aucune victime parmi les chrétiens, il attribue cette protection à saint Sébastien, en l’honneur duquel ils ont fait dire des messes.
« Cette année, j’ai visité toute cette partie du Malabar. J’ai constaté un progrès de l’esprit religieux ; les fidèles paraissent plus fervents.
« A Pollachy, Udamalpet, Dharapuram, la peste a été une cause de désorganisation. M. Guerpillon m’écrit d’Udamalpet : « Je comptais travailler plus directement à la conversion des « païens, après la construction de ma chapelle. J’avais déjà jeté mes filets dans un endroit que « je croyais poissonneux, lorsque la peste vint répandre la terreur et éloigner tous les poissons. « Depuis le mois de mars, la ville est complètement évacuée. Les chrétiens ont fait comme les « païens ; abandonnant leurs maisons, ils sont allés se loger dans les champs, sous des huttes « qu’ils construisent en feuillages. » Ce cher Missionnaire me raconte deux cas de conversions merveilleuses, l’une d’un enfant brame, l’autre d’un brigand.
« A Xaveriarpalayam, M. Gaymard continue de célébrer le dimanche sous un hangar de feuillages. Ça va bien quand il fait beau... Les fondations de sa nouvelle église sont assises solidement, mais il faut autre chose que de bonnes intentions pour l’élévation de l’édifice, et ce quelque chose, il l’attend des amis de Jésus.
« M. Petit est très satisfait de ses paroissiens de Kodiveri. Il a obtenu une douzaine de conversions de païens et compte sur un plus grand nombre pour le prochain exercice. Il y a, au pied des montagnes, une caste de païens qu’il rêve de faire agenouiller devant la Croix.
« M. Le Bonzec, chargé de Valipalayam, a enfin achevé, après bien des tracas, l’intérieur de sa nouvelle et belle église Saint-Pierre et Saint-Paul. Je l’ai bénie le 2 juillet, au milieu d’un grand concours de fidèles. Pour notre cher Confrère ce fut un jour de douce et pieuse joie et de légitime satisfaction dénotant une très grande reconnaissance pour les généreux bienfaiteurs de son œuvre.
« De Coonoor, M. Vieillard m’écrit : « Il faut remonter à l’année 1898 pour trouver un « chiffre aussi minime de baptêmes d’enfants de chrétiens (63). Je ne sais à quelle cause « l’attribuer, sinon à une dysenterie un peu générale dans le district pendant quelques mois. » Il ne faut pas oublier non plus que quelques chrétiens de caste venant de la plaine y renvoient leurs épouses donner naissance à l’héritier. Le climat de la plaine leur convient mieux ; il est plus doux, et elles recoivent à la maison maternelle des soins plus tendres.
« Après avoir fait un grand éloge de son vicaire, M. Collin, et m’avoir fait visiter en détail son district, M. Vieillard ajoute : « C’est une grande joie pour le missionnaire de rencontrer « un peu partout des chrétiens qui parfois lui ont coûté bien des peines. C’est un plaisir que « connaît M. Gudin.
« Partout dans nos paroisses de la montagne, et particulièrement à Coonoor, il compte un « bon nombre de familles baptisées par lui à Wynaad.
« Les protestants travaillent avec ardeur ; et celui qui a des yeux pour voir doit conclure de « ses observations que, sous peu, les parias des centres de la montagne seront protestants, si « nous ne nous pressons de les attirer à notre sainte Foi, car pour eux le paganisme n’a plus ni « lien, ni attraction. »
« A Kotagiri, M. Sibuet a baptisé 16 païens et 6 protestants. « Beaucoup d’autres, écrit-il, « ont étudié la doctrine ; les uns sont allés se faire baptiser chez eux après la saison ; les autres « ont regardé en arrière et sont restés sur la route. Puissent ces derniers prendre courage et « force, et gravir eux aussi la montagne sainte ! »
« Du Sacré-Cœur d’Ootacamund, M. Gudin écrit : « Voici la gerbe de ma 31e année : 50 « baptêmes de païens, 19 conversions de protestants. Il y avait des fruits tout prêts à cueillir, « et vraiment de bien beaux. Mes zélés prédécesseurs ont une part importante dans ces « conversions ; d’autres, au contraire, m’ont coûté bien des labeurs. » M. Gudin me parle longuement des progrès de ses paroissiens, progrès lents, mais sérieux ; puis de la belle cérémonie qui eut lieu le jour de la Pentecôte : confirmation avant la grand’messe et, le soir, bénédiction d’une belle cloche avant le Salut du Très Saint-Sacrement.
« Et maintenant, il ne nous reste qu’à rendre grâces à Dieu pour tous les résultats de sanctification produits par la petite troupe des apôtres du Coïmbatore sous le souffle divin de la grâce. Non nobis, Domine, non nobis ; sed nomini tuo da gloriam. »



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