| Année: |
1910 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Maïssour |
| Rédacteur: | Mgr Baslé |
II. — Maïssour
Population catholique 49.389
Baptêmes d’adultes 870
Baptêmes d’enfants de païens 1.528
Conversions d’hérétiques 84
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« C’est avec une grande douleur, écrit Mgr Baslé, que nous avons appris la renonciation du vénéré Mgr Kleiner au siège épiscopal de Mysore. L’âge et l’état de santé de Sa Grandeur nous faisaient craindre, depuis longtemps, de ne plus le revoir parmi nous ; la nouvelle n’a pas laissé, néanmoins, de nous causer une profonde tristesse. Évêque et Missionnaires, nous lui envoyons l’hommage de notre affectueuse vénération et nous sommes heureux de penser que Mgr de Tloé continuera encore à s’intéresser à sa chère Mission du Maïssour où ses nombreux travaux laisseront un impérissable souvenir.
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« L’administration des districts s’est faite d’une manière régulière. Si le nombre des baptêmes d’adultes, administrés durant le présent exercice, est un peu inférieur à celui des années précédentes, je constate avec plaisir que tous les ouvriers apostoliques ont travaillé avec ardeur et fait preuve d’un grand zèle : témoin, le chiffre des confessions et des communions annuelles qui va sans cesse en augmentant ; témoin encore, le nombre des communions de dévotion, qui a dépassé de près de 25.000 celui de l’exercice précédent.
« A Bangalore, la paroisse Saint-François-Xavier a enregistré 65 baptêmes de païens et 15 baptêmes de moribonds, adultes ou enfants. M. Servanton a jeté les fondations d’une nouvelle église qui, menée à bonne fin, sera la plus vaste de la Mission.
« A Sainte-Marie de Blackpally, 50 païens ont reçu l’eau sainte du baptême. M. Rautureau se plaint, avec raison, que les conversions deviennent de plus en plus difficiles. La mortalité, surtout parmi les enfants, a été terrible dans cette chrétienté.
« A Saint-Joseph, le nombre des baptêmes administrés par M. Briand est tombé de 280 à 150 ; mais ce cher Confrère se console à la pensée que ses néophytes sont mieux disposés et offrent plus de garanties de persévérance pour l’avenir. Il a construit une chapelle auxiliaire dans son village de nouveaux chrétiens.
« A la paroisse du Sacré-Cœur, M. Jacquemin, avec ses 48 baptêmes, a cueilli une plus belle gerbe que l’année dernière ; et il voit avec plaisir que ses chrétiens ont été plus fidèles à remplir leurs devoirs : les communions pascales, les communions de dévotion ont augmenté notablement. Il y a un progrès réel et sensible dans cette chrétienté, qui a longtemps donné moins de consolations au missionnaire que les autres chrétientés de la ville de Bangalore. C’est là que travaillait le bon M. Leduc, qui promettait tant pour l’avenir, quand la mort est venu nous le ravir, à la fleur de l’âge. »
Mgr l’Évêque de Mysore expose ensuite la situation des établissements d’éducation dans sa ville épiscopale et dans sa Mission.
Les écoles, fondées et entretenues au prix de grands sacrifices, ont été la source d’un bien inappréciable ; mais, d’autre part, c’est au milieu de grandes difficultés qu’elles ont pu se maintenir et se développer.
Aujourd’hui, le gouvernement de l’Inde, éclairé par l’agitation politique qui s’est manifestée d’une façon aiguë, depuis quelques années, s’efforce de modifier les programmes scolaires et de séparer les écoles où étudient les jeunes Européens de celles où étudient les Indiens. Pour avoir droit aux secours, fort généreusement accordés d’ailleurs par le Département de l’éducation, il faut passer sous les Fourchies caudines d’un code qui est très exigeant, tant au point de vue des résultats à obtenir qu’au point de vue du personnel enseignant, qui doit manier la langue anglaise avec une suprême perfection pour être reconnu.
La Mission du Maïssour s’est pliée, dans toute la mesure du possible, à ces exigences ; elle a essayé de fonder un petit ordre de Frères Irlandais qui rendent d’inestimables services, mais dont le recrutement est de plus en plus difficile. Les Frères de Saint-Gabriel ont bien voulu se consacrer à cette œuvre de l’éducation, importante entre toutes, et le font avec un véritable succès.
Néanmoins, deux grands obstacles se dressent encore pour l’avenir : d’un côté, il faut des ressources considérables pour permettre aux établissements scolaires catholiques de se conformer aux nouvelles prescriptions des programmes universitaires ; et de l’autre, pour lutter avec la concurrence protestante, il est nécessaire de trouver un personnel plus nombreux de langue anglaise, ou sachant parfaitement l’anglais, afin de remplir, comme le désire le gouvernement, les différentes chaires d’enseignement. Nous espérons que, la grâce de Dieu aidant, les secours matériels et les collaborateurs demandés ne feront pas défaut et que les belles écoles de la Mission du Maïssour continueront à se développer et à contribuer, comme par le passé, à faire aimer Dieu et l’Église.
Après cette digression sur la question de l’instruction des enfants, Mgr Baslé passe aux travaux des Missionnaires dans les divers districts.
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Wynaad. — « En écrivant le compte rendu de l’année dernière, dit Sa Grandeur, j’annonçais que j’avais cru devoir consacrer deux Confrères à l’évangélisation de quelques peuplades aborigènes du Wynaad. L’un d’eux, M. Meyniel, allait planter sa tente en plein pays païen, au milieu d’un peuple qui, jusque-là, n’avait jamais entendu parler de notre sainte Religion, chez des gens simples et primitifs, mais très défiants et peu ouverts. Ce cher Confrère me fait la description des diverses tribus qui l’entourent.
« La caste la plus nombreuse est celle des Chettyars, race malabare que toutes les autres « castes considèrent comme supérieure. Ils vivent sous le régime de la communauté ; tout est « en commun chez eux, et la plupart sont riches. Après eux viennent les Mouppers. Bien que « vivant sous l’autorité d’un chef, ils ne sont pas en communauté ; chacun possède son lopin « de terre et, quand un mariage a lieu, le chef doit fournir aux nouveaux mariés, une paire de « bœufs et quelques rizières. Beaucoup d’entre eux sont fort à l’aise, et ils ne mangent que de « la main des Chettyars.
« En troisième lieu, viennent les Padiers, tribu que les Mouppers considèrent comme « inférieure ; ils vivent, d’ailleurs, sous le même régime que les précédents.
« Les hommes de ces trois races ont le même costume, les mêmes usages et la même « langue. Les femmes ne se distinguent que par la différence des bijoux qu’elles portent. Ces « castes se convertiront-elles ? Je n’en sais rien ; mais je suis plein d’espoir, car ces gens-là ne « sont point hostiles. Et puis, Notre-Seigneur Jésus-Christ n’est-il pas mort pour eux comme « pour nous ? Et, jusqu’ici, aucun membre de ces tribus, au moins dans ces parages, n’a « encore reçu le baptême. »
« Ce qui précède était écrit aussitôt après l’installation du cher Missionnaire. Un peu plus « tard, il m’écrit : « Voici une nouvelle qui va étonner Votre Grandeur : je suis devenu « médecin ; il paraît même que mes remèdes ont fait quelque bien, car on m’appelle de tous « les côtés pour visiter les malades et... les guérir, bien entendu. J’ai l’occasion de leur parler « non seulement des remèdes du corps, mais aussi de ceux de l’âme, et, certains jours, je fais « deux ou trois heures de catéchismne aux païens. Ils comprennent bien que je suis venu ici « pour les convertir, ils m’écoutent volontiers, et, quoiqu’ils n’aient pas encore manifesté leur « intention de se faire chrétiens, ils reviennent causer avec moi et se montrent curieux « d’entendre les vérités de notre sainte Religion. Qu’une fête païenne arrive, je leur démontre « l’inanité de leur culte et de leurs cérémonies ; je sème la bonne parole et je suis content. Le « bon Dieu saura bien la faire fructifier, quand il jugera le moment opportun.
« Quant à l’espoir de les convertir, je l’ai plus que jamais ; mais je n’attends pas enoore « de conversions immédiates. « Il faut donner le temps à mes Mouppers de se familiariser « avec cette idée, qu’ils peuvent et doivent devenir chrétiens ; jamais ils n’y ont pensé « jusqu’ici, et pour cause. Je ne manque pas une occasion de leur faire pénétrer cette idée dans « l’esprit. Mais il faudra une certaine dose de courage aux premiers convertis pour persévérer, « car les tracasseries ne leur manqueront pas. »
« M. Meyniel a réussi à avoir une première recrue et le nouveau converti se montre vraiment courageux et digne. « Tout le monde, écrit encore le cher Missionnaire, a été bien « étonné de la conversion de mon Panniken, qui était fort connu dans tout le pays. La plupart « n’ont rien dit ; mais quelques-uns n’ont pas manqué de la lui reprocher et de le menacer de « la vengeance de leurs dieux. Ils sont allés jusqu’à lui dire qu’ils feraient des sorcelleries « pour le faire mourir. Mon Panniken ne s’est point laissé intimider. Un jour qu’il était « vraiment harassé et persécuté par quelques païens, il ne craignit pas de leur répondre « publiquement : « Vous pouvez être certains que j’ai abandonné pour toujours vos « diablotins ; je les abhorre, je leur crache dessus ; et si, comme vous le dites, ils me font « mourir, cela m’est égal ; le prêtre m’enterrera et j’irai au Ciel ! »
« Les païens lui ont-ils fait des sorcelleries ? — Je ne saurais ni le nier, ni l’affirmer. « Toujours est-il que, depuis sa conversion, il est toujours malade, tantôt de la dysenterie, « tantôt d’une enflure de tout le corps qui le ferait croire hydropique ; puis viennent des « furoncles aux jambes qui l’empêchent de marcher. Chose curieuse, il n’a jamais eu ces « maladies auparavant. Il supporte tout avec une grande patience.
« Je tâche de lui remonter le moral en lui faisant entrevoir la beauté de la résignation « chrétienne, et en l’exhortant à offrir ses peines au bon Dieu pour l’expiation de ses péchés « passés. Car il reconnaît avoir été un grand pécheur, et, sans parler de la vie irrégulière qu’il « a menée dans le paganisme, il avoue avoir été un grand sorcier et il raconte que, quand il « voulait, il faisait apparaître le diable sous la forme d’une jeune fille aux cheveux roux, le « plus souvent affublée d’une queue !
« Aujourd’hui, il montre une grande bonne volonté, il étudie la Religion avec ardeur et sait « déjà par cœur la plupart des prières. De plus, il est plein de zèle pour la conversion des « Mouppers. Il engage tous ceux qu’il rencontre à venir me voir et à se faire chrétiens. Il s’en « va même dans les villages païens et prêche la Religion chrétienne à ses amis. S’il persévère « dans ces sentiments, il est destiné à me rendre de grands services ; et comme, à cause de ses « infirmités, il ne peut pas cultiver les rizières, il pourra entreprendre une petite école et « surtout me servir de catéchiste auprès des païens. Je ne puis encore savoir ce qu’il adviendra « de lui ; mais je remercie le bon Dieu de me l’avoir donné. »
« En attendant que son espoir de plus en plus fondé se réalise, notre cher Confrère a pu donner quelques baptêmes d’enfants de païens à l’article de la mort.
« Pendant que M. Meyniel s’installait dans un milieu tout païen, M. Jauffrineau, de son côté, fondait un nouveau village près de Kaniambetta, à mi-chemin entre Manantoddy et Vayitri. Puis, un peu plus tard, il prenait la succession de M. Veyret et continuait l’œuvre de la conversion des Koorchers, peuplade dont les rapports précédents ont beaucoup parlé. Ayant affaire à une tribu qui a déjà fourni quelques conversions et qui était, plus accoutumée au missionnaire catholique, il n’éprouvait pas les mêmes difficultés que M. Meyniel et il réussissait, dès la première année, à baptiser une trentaine de païens.
« Le rapport qu’il m’adresse est très encourageant, et je ne puis résister au plaisir de le citer presque tout entier.
« Le nombre des baptêmes n’est pas élevé, m’écrit-il, mais j’espère qu’il augmentera l’an « prochain. J’aurais pu baptiser quelques personnes de plus ; je préfère attendre qu’elles « sachent un peu mieux leurs prières. Je voudrais bien raconter à Votre Grandeur des faits « édifiants : l’époque n’est pas encore venue ; elle viendra, j’en ai la ferme confiance, car les « Koorchers sont une race aussi bien disposée que possible pour recevoir les vérités de la « Religion. A mesure qu’ils sont instruits, ils deviennent bons chrétiens. Ils sont bien réguliers « à venir à l’église, et la plupart montrent, pour apprendre les prières, une ardeur digne de tout « éloge.
« Depuis mon arrivée au Wynaad, quelques Koorchers ont fait leur première communion. « Je puis dire qu’ils s’y sont préparés avec une piété et une simplicité dignes d’un jeune sous-« diacre à la veille de son ordination. Que nous puissions faire des Koorchers une « congrégation d’excellents chrétiens, il n’y a pas à en douter : ils ont pour cela tout ce qu’il « faut. La question la plus difficile est celle de les faire vivre. Cette année-ci, la récolte « s’annonce bien ; si aucun malheur ne survient, ils devront pouvoir vivre par eux-mêmes. « Tous ont travaillé d’une manière très satisfaisante. J’attends les résultats ; si tout prospère « comme j’en ai l’espérance, je vous assure que je verrai devant moi un beau champ d’action ; « je n’ai pas peur que les conversions me manquent.
Mes espérances sont maintenant du côté de Kaniambetta, où j’ai établi un nouveau village, « sur l’ordre de Votre Grandeur. Ce village prospère à merveille, grâce, dans une bonne « mesure, à un excellent chrétien baptisé tout récemment sous le nom de Chinnapen (Paul).
« Chinnapen était chef du plus nombreux et du plus riche village Koorcher du Wynaad ; « pour venir chez nous, il a tout abandonné. A ceux qui pleuraient son départ, il répondait : « C’est le bon Dieu qui m’a amené ici ; j’y resterai jusqu’à ma mort. Ne soyez pas inquiets sur « mon sort ; le bon Dieu nous a donné, à ma femme et à moi, des bras pour travailler ; nous « saurons pourvoir nous-mêmes à nos besoins. » L’influence dont il jouit parmi les païens m’a « été d’un grand secours pour m’établir dans ce nouveau village. Durant mon absence, c’est « lui qui me remplace et il veille très soigneusement à ce que tous étudient les prières. Lui-« même est animé d’une foi réellement surprenante pour un nouveau chrétien.
« Ce petit village qui s’élève, coquet, sur le flanc d’une colline, n’a pas été établi sans « peine. Il y a des mois, ce n’était qu’une jungle épaisse, hantée par les chacals. Si j’en « croyais mes gens, l’endroit était également hanté par les démons ; car ils prétendent que, « avant que les maisons fussent bénies, le démon leur apparaissait la nuit sous des formes « humaines et les obsédait tellement qu’ils ne pouvaient dormir. Nous arrivâmes un beau « matin, quatre Koorchers nouvellement convertis et moi : chacun avait pour tout outillage « une serpe et une bêche. La jungle fut abattue, brûlée, et une petite hutte construite avec des « bambous ; trois jours après, une petite maison nous offrait un semblant d’abri contre la « rosée. Pour nos repas, les Koorchers allaient chercher dans les bois quelques racines pour « assaisonner notre riz.
« Le bon Dieu ne tarda pas à nous récompenser ; nous étions à peine installés, que vingt « nouveaux Koorchers païens vinrent prendre place parmi nous. Que ce mouvement de « conversions continue, je n’en ai pas le moindre doute ; mais il faudra des ressources ; car, en « arrivant, ces braves gens n’ont, pour tout bagage, que leur bonne volonté !
« Plusieurs familles de la caste des Paniers m’ont demandé un asile ; je n’ai pas cru « pouvoir les recevoir pour le moment ; nous verrons, l’an prochain, ce qu’il y aura à faire. Ce « serait cependant une belle œuvre que de relever, en la convertissant, cette race des Paniers « qui sont de réels esclaves. Mais c’est toujours la question des dépenses qui revient. »
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Coorg. — Veerajendrapett. — « Si, du Wynaad, nous montons au Nord-Ouest, nous entrons dans le Coorg, petite province relevant directement du gouvernement de l’Inde et administrée par un Commissioner sous les ordres du Résident de Mysore, qui en est le gouverneur en chef. La population de cette province de 60 milles de long sur 40 de large ne dépasse pas 190.000 habitants. Au point de vue spirituel, elle est divisée en trois districts : Veerajendrapett, Sidapur et Mercara, la capitale.
« A Veerajendrapett nous avons une assez belle congrégation d’un millier de chrétiens, tous de race Konkonis. Elle est répartie en deux groupes bien distincts : les uns habitent le village même de Veerajendrapett ; les autres sont établis à Beppounâdou, village distant de quatre milles et situé au milieu des rizières.
« Pendant de longues années, le climat insalubre de cette localité n’a pas permis au missionnaire européen d’y résider ; la congrégation était administrée par un prêtre indigène. Il y a près de cinq ans, j’envoyais M. Cochet qui, après avoir tout d’abord payé son tribut aux fièvres qui règnent dans ces parages, a fini par s’y acclimater et a fait un bien considérable à cette chrétienté qui avait besoin d’une direction un peu plus ferme.
« Ces braves gens, dans leur zèle pour la maison de Dieu, n’avaient pas trouvé mieux que de s’occuper un peu trop des finances de l’église. De nouvelles règles, établies par le Missionnaire et approuvées par l’évêque ont changé la face des choses, sans qu’il y ait eu le plus petit froissement entre le curé et sa congrégation. Aujourd’hui, le cher M. Cochet est content de ses ouailles, et elles sont fières de leur pasteur en qui elles ont la plus grande confiance.
« Les Konkonis, en effet, sont foncièrement chrétiens, un peu fiers et portés à l’orgueil., mais faciles à diriger, quand on sait les prendre et s’accommoder à leurs usages. Un de leurs défauts est de ne point suffisamment favoriser l’éducation de leurs enfants, et, s’ils ont des écoles florissantes, c’est surtout grâce aux Coorgs, qui, par leur nombre et leurs secours, aident le plus à les soutenir ; les efforts faits par le prêtre pour corriger cette insouciance n’ont pas encore eu jusqu’ici tout le succès qu’ils méritent. Le fait est d’autant plus fâcheux que, en général, les Konkonis sont très intelligents, et de cette chrétienté est sortie une bonne moitié de nos prêtres indigènes.
« Dans le séjour que j’y ai fait, j’ai administré le sacrement de confirmation à 174 enfants ou grandes personnes et le Missionnaire a réussi à donner quelques baptêmes de païens.
Sidapur. — « Le district de Sidapur se compose surtout de chrétiens tamouls qui travaillent dans les plantations de café. Il comprend deux chrétientés différentes : Sidapur et Pollibetta. Dans la première, on a essayé d’établir une école ; mais l’instituteur n’a pas pu se faire au climat meurtrier de cette localité. Pour la même raison, je me suis vu dans la nécessité de changer bien souvent le missionnaire de ce district et l’un d’eux souffre encore aujourd’hui du séjour de quelques mois seulement qu’il y a fait, il y a quatre ans.
« Pollibetta est plus sain, mieux situé et donne plus d’espérance pour l’avenir. Une petite chapelle y a été construite par M. Pinatel ; mais elle est devenue insuffisante. Un nouveau terrain, dans une localité plus salubre, nous a été gracieusement accordé, sur la demande de M. Cochet, par l’intendant des plantations de café. Le prêtre indigène chargé de l’administration du district espère pouvoir, prochainement, y construire une église un peu plus vaste et, plus tard, un presbytère. Si la gerbe de huit baptêmes qu’il présente est bien légère, il ne faut pas oublier qu’il travaille sur un terrain ingrat et que les plantations de café sont loin d’être un lieu de sanctification.
Mercara. — « Le district de Mercara, comme celui de Sidapur, se compose de chrétiens occupés dans les plantations de café. A Mercara et à Suntikoppa, nous trouvons des parias tamouls qui viennent de tous les côtés et n’ont bien souvent pas de résidence fixe. A Swomarpet, les chrétiens Konkonis affluent de plus en plus de la côte Malabare, et forment déjà une congrégation de près de 300 âmes. M. Nassoy, chargé de l’administration du district, a pu administrer une quinzaine de baptêmes. Mais l’événement le plus important de l’année est, sans contredit, l’ouverture d’une école de filles Coorgs, toutes païennes, sous la direction des Sœurs de Saint-Joseph de Tarbes.
« J’ai dit plus haut que cette province du Coorg ne dépassait pas 190.000 habitants ; sur ce nombre, il faut compter 30.000 Coorgs proprement dits, qui sont les aborigènes du pays. Cette race, fière et bien taillée, a toujours reçu les amabilités du gouvernement anglais, en raison de sa fidélité à la Couronne Britannique. Les Coorgs sont le seul peuple de l’Inde autorisé à porter, sans licence, des armes, faveur bien significative, aujourd’hui surtout. Cultivateurs ou planteurs, ils ont un langage spécial, un costume national très gracieux et n’ont de l’hindouisme qu’une teinte fort légère. Cette dernière particularité, jointe aux rapports fréquents et cordiaux qu’ils ont avec les Européens, les pousse à imiter les usages de l’Occident.
« Avec de telles dispositions, la grande question de l’instruction et de l’éducation à donner à la jeunesse devait être une de leurs principales préoccupations. A mesure que les écoles s’ouvraient, ils furent les premiers à en faire bénéficier leurs enfants. Certes, c’est un spectacle bien intéressant de voir, dans les campagnes, ces théories de garçons et de fillettes se rendant, de plusieurs milles de distance, à l’école la plus proche : tous, leurs livres de classe d’une main et, de l’autre, la petite provision alimentaire à laquelle ils feront honneur au milieu du jour.
« Bien que Mercara ait une école très fréquentée, plusieurs jeunes Coorgs, auxquels leurs moyens le permettaient, ont trouvé avantageux de terminer leur éducation aux grandes écoles de la Présidence de Madras. Quelques-uns même sont allés en Angleterre, en Amérique et au Japon, revenant d’outre-mer avec des titres qui leur ouvraient les grandes administrations. Pour l’Inde, Madras était, jusqu’en ces dernières années, le lieu préféré de leur exode ; mais aujourd’hui ils se dirigent surtout vers le Collège catholique de Mangalore.
« Après l’exode des jeunes gens vint celui des jeunes filles. La réputation très justifiée des écoles de Mangalore, de Cannanore et de Tellicherry, tenues par les Tertiaires-Carmélites, et bien à la portée des Coorgs, attira bon nombre de ces enfants. Mais il est évident que les Coorgs eussent aimé avoir une école semblable dans leur pays même, à Mercara.
« Il y a quinze ans, le regretté M. Le Tohic envisagea la possibilité d’une école tenue par des religieuses ; hélas ! son désir ne put être réalisé. Plus tard, un essai fut fait ; après six mois, malgré l’appui du gouvernement, cette école, d’entreprise laïque, échoua. Les luthériens entrèrent alors en pourparlers avec les Coorgs : mais leurs avances et leurs efforts n’aboutirent qu’à un nouvel échec. Pendant ce temps, l’influence catholique des religieuses de la côte Malabare se faisait sentir ; on appréciait leur dévouement et leur savoir-faire.
« Aussi, lorsque M. Nassoy fut chargé du district de Mercara, il se mit aussitôt en campagne, assisté de son voisin, M. Cochet, et agita la question d’une école de filles sous la direction de religieuses catholiques, à la ville de Mercara. Les pourparlers durèrent près de trois ans, au milieu de bien des contradictions et des vicissitudes. Enfin, en mai 1909, le Gouvernement sanctionnait toutes les conditions qui lui avaient été proposées et, le 1er septembre suivant, l’école et le pensionnat s’ouvraient : l’école, accessible à toutes les castes et le pensionnat, réservé aux seules filles Coorgs.
« Le premier jour, l’école enregistrait les noms de onze enfants ; le pensionnat, onze également. Aujourd’hui, c’est-à-dire au bout d’un an, l’établissement compte 80 enfants, dont 50 externes et 30 pensionnaires. L’étude de l’anglais, des travaux de dames, des arts d’agrément, reçoit une attention très particulière ; des cours spéciaux de piano, de broderie, de peinture sont ouverts. On devine quelles sont les tendances de l’enseignement moral sur les lèvres de nos bonnes Religieuses.
« Depuis son ouverture, l’établissement a prospéré au delà de toute espérance et a reçu les plus précieux encouragements. Dernièrement encore, le Résident anglais, avant de partir pour l’Europe, adressait à la Supérieure ces lignes élogieuses : « Parmi les plus agréables souvenirs « que j’emporte du Coorg est, sans contredit, celui de cette œuvre unique que vous et vos « Sœurs accomplissez dans cette école. Je ne connais rien de comparable, dans l’Inde, à ce « succès remporté en si peu de temps, alors que vous avez gagné l’entière confiance du peuple « Coorg par votre travail parmi ses filles, et j’ai l’espoir que cette institution ira de prospérité « en prospérité, tant qu’elle sera confiée à des mains telles que les vôtres. »
« C’est une chose bien nouvelle, presque étrange, que cette école, écrit M. Nassoy ; et « surtout ce pensionnat de jeunes filles, toutes païennes, sous la direction de Religieuses « catholiques. Maîtresses et élèves sont unies par une affection profonde et, pour leur part, ces « chères enfants en ont donné plus d’une preuve touchante. Polies, aimables et même « distinguées, d’une obéissance telle qu’elle servirait de modèle à plus d’un noviciat, elles ne « donnent à celles qui leur consacrent leur vie que satisfaction et joie. Mais aussi, combien ces « dernières le leur rendent, convaincues d’ailleurs que c’est une loi de Dieu qu’on ne sauve les « âmes qu’en aimant ! Quand auront-elles la consolation immense de voir ces enfants boire à « la source de toute vérité et de toute bonté ? La moisson blanchit : quand sera-t-elle mûre ? « C’est le secret de Dieu. Le mérite des dévouées Religieuses, et surtout la présence réelle de « Jésus-Christ sous ce toit qui les abrite font circuler autour d’elles des effluves de grâce ; peu « à peu, Notre-Seigneur exercera son emprise divine.
« — Pourquoi ne pas nous apprendre à prier ? Craignez-vous nos parents ? » répètent-elles « à leurs maîtresses. Au cours d’un déménagement, un crucifix avait été laissé sur une table. « Je fus le témoin d’une scène charmante : ces enfants se passaient de l’une à l’autre l’image « du Sauveur et la baisaient avec respect. Elles ne vont point à la promenade sans y cueillir « des fleurs pour la chapelle. Que de fois n’ont-elles pas demandé à venir à l’église « paroissiale ! Ce bonheur fut un jour accordé aux plus âgées, avant leur départ pour leurs « premières vacances. Avec quel respect elles assistèrent, sans comprendre encore, hélas ! au « Sacrifice du corps et du sang de leur Sauveur. Puisse-t-Il pénétrer dans ces cœurs qui sont « son héritage et régner en maître sur cette race si digne d’entrer dans son bercail ! »
Mysore. — « Depuis les événements qui ont motivé la dispersion des chrétiens qui composaient la musique instrumentale du roi du Maïssour, événements racontés en détail dans les comptes rendus de 1903 et 1904, le cher M. Despatures n’a pas encore eu la bonne fortune de rentrer en grâce auprès de celui-ci ; et cependant, chose singulière, on a recours aux Religieuses catholiques pour faire l’éducation des princesses royales.
« Dernièrement, avait lieu le mariage du frère cadet du roi ; on n’a pas trouvé suffisamment instruite et cultivée la princesse qu’il avait épousée. Les protestants ont fait leur possible pour qu’elle fût confiée à une dame protestante. La cour n’a pas voulu en entendre parler. Elle a demandé une Religieuse du Couvent du Bon-Pasteur ; aujourd’hui quatre Sœurs se rendent chaque jour au palais ; la reine elle-même ne sort pas en promenade sans la compagnie d’une Religieuse.
« La petite congrégation de Mysore continue de donner satisfaction à son curé ; le chiffre des communions de dévotion est monté considérablement dans le cours de cette année. Vingt-cinq païens ont été régénérés dans l’eau sainte du baptême. »
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