| Année: |
1911 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Kumbakonam |
| Rédacteur: | Mgr l’Evêque de Kumbakonam |
IV. — Kumbakonam
Population catholique 95.758
Baptêmes d’adultes 207
Baptêmes d’enfants de païens 2.400
Conversions d’hérétiques 74
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« J’éviterai, dans ce compte rendu, écrit Mgr l’Evêque de Kumbakonam, de donner le détail de mes administrations qui ne varient guère d’année en année. Je me contenterai de mentionner, les faits importants qui impriment au présent Exercice 1910-1911 son caractère distinctif.
« Le principal événement a été l’élection et la consécration de Mgr Chapuis, évêque titulaire de Castoria et mon coadjuteur avec future succession au siège de Kumbakonam. En la fête de l’apôtre saint Jacques, le 25 juillet, j’eus le grand honneur et la consolation d’imposer les mains à ce cher et vénéré Confrère, en présence de NN. SS. Morel, archevêque de Pondichéry, et Viera de Castro, évêque de Mylapore. Mgr Roy, évêque de Coïmbatore, et Mgr Baslé évêque de Mysore,, assistaient le -nouvel Elu.
« La cérémonie du Sacre fut entourée de toute la pompe et de toute la solennité possibles. Elle eut lieu sous un vaste et élégant appentis de feuillages, élevé en avant de l’église paroissiale de Kumbakonam, qui, en attendant mieux, sert de cathédrale. L’édifice n’avait pas été jugé capable de contenir la foule des chrétiens attirés à un aussi merveilleux spectacle, le premier qu’il leur fût donné de contempler en ce diocèse de création récente.
« Après son Sacre, Mgr Chapuis n’est demeuré que deux mois à la Résidence épiscopale, pour se mettre en rapport avec les principaux chefs des chrétientés de la ville et des environs. Les Moudéliars de Kumbakonam lui ont fait, à cette occasion, une très solennelle réception publique, dans laquelle ils lui ont présenté un certain nombre des notables de la ville et offert des présents, en témoignage de leur respect et de leur amour.
« Mgr de Castoria, désireux de m’éviter la fatigue des dernières tournées pastorales, s’est mis en route, au commencement de la saison pluvieuse, pour aller visiter les chrétiens de l’Est et du Sud du diocèse, travail considérable auquel il se trouve encore occupé au moment où je trace ces lignes.
« La Mission de Kumbakonam, quoique peu étendue relativement aux autres diocèses de l’Inde, n’en est pas moins une des plus importantes, soit au point de vue du nombre de ses chrétiens, soit à raison des promesses qu’elle donne d’un glorieux avenir. Telle qu’elle est déjà, elle offre un vaste champ au zèle et à 1’esprit d’initiative des vaillants Missionnaires qui l’occupent ; ici, la grosse majorité des fidèles croit et pratique. D’autre part, les païens et les musulmans atteignent le chiffre approximatif de 3 millions 500.000.
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« Il y a quatre ans, le Nord-Ouest de la Mission avait été violemment agité. Dans le district de Mikelpatty et les régions d’alentour, près de 2.000 parias chrétiens s’étaient soudainement révoltés contre l’autorité ecclésiastique.
« Poussés par le vent de sédition, qui, alors, soufflait partout dans l’Inde contre les « Etrangers », et se déguisait mal sous le manteau de « patriotisme », des jeunes gens, instruits, appartenant, d’ailleurs, aux castes élevées et à d’excellentes familles, mais fanatisés par les doctrines ultra-révolutionnaires qu’ou leur prêchait dans les clubs et les journaux, se transformaient en conspirateurs de la pire espèce, assassinaient les représentants du pouvoir, faisaient dérailler les trains sur les voies ferrées, pillaient les voyageurs et semaient partout la terreur.
« Nos chrétiens n’étaient pas capables de se laisser entraîner à de pareilles violences; cependant, les mauvais sujets profitaient de cet état de trouble pour se soustraire à l’obéissance due au prêtre et à 1’Evêque. Ceux de Mikelpatty et des villages environnants étaient, en grande partie, d’assez braves gens, parias de caste, jusque-là soumis à leurs maîtres, tant spirituels que temporels.
« Mais ils tombèrent sous l’influence de quatre ou cinq mauvais sujets., les plus fortes têtes du pays, ne manquant pas d’intelligence, doués de ruse et d’audace, habiles à se procurer de l’argent, solides buveurs et, enfin, beaux parleurs. Il n’en fallait pas davantage pour séduire les naïfs.
« Après certaines réunions nocturnes, où l’on buvait bien et raisonnait mal, les uns et les autres se mirent d’accord pour exposer à l’Evêque leurs principaux griefs:
« 1º Les parias sont généralement pauvres, affirmaient-ils; cependant les prêtres en charge « des districts les forcent, comme tout le monde, à payer le denier du culte.
« 2º Les enfants parias peuvent, dès l’âge de dix à onze ans, venir en aide à leurs familles « respectives ; sous prétexte de les préparer à la première communion, les prêtres les gardent « au catéchisme pendant tout le carême.
« Ce sont là des abus intolérables, concluaient-ils, que nous voulons faire cesser le plus tôt « possible. Nous envoyons copie de cette lettre à Son Exc. le Délégué apostolique. »
« Hélas ! à partir de ce jour ils cessèrent, en partie, de se présenter à leurs paroisses respectives.
« S’il est un pays où il soit de mauvais ton, pour un supérieur, de « prendre la mouche » et de se montrer irrité, c’est bien l’Inde Méridionale.
« Si peu raisonnables que fussent les récriminations des parias, je répliquai par une longue lettre où je me donnai la peine de réfuter leurs allégations. Je leur fis d’abord remarquer que le denier du culte était juste en lui-même ; qu’il était imposé depuis de longues années dans tous les diocèses de l’Inde aux chrétiens de toute caste, à moins qu’ils ne fussent vraiment hors d’état de pouvoir le payer, en tout ou en partie. Les parias, comme les autres congrégations chrétiennes, avaient, sans doute, des pauvres parmi eux ; mais il y avait, dans leurs rangs, bon nombre de personnes aisées qui pouvaient, sans difficulté, payer leur quote-part. S’il était injuste de pressurer les familles indigentes, il ne l’était pas moins de dispenser les riches et ceux qui sont à l’aise de contribuer au service du culte.
« Au sujet des catéchismes préparatoires à la réception des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie, je leur fis savoir qu’il s’agissait là de choses trop graves pour faire des innovations qui tourneraient fatalement à la déchéance de la condition spirituelle de leurs enfants. Si, cependant, on trouvait des garçons ou des petites filles que leurs parents avaient préparés de longue main à la piété et aux connaissances de la religion, le prêtre pourrait peut-être les exempter, pendant une semaine ou deux, de l’assistance au catéchisme.
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« J’espérais que ma réplique aurait pour résultat de calmer les esprits, d’autant plus que l’époque des Pâques, et ensuite des mariages, approchait. J’hésitai a croire ces pauvres égarés capables de rester longtemps privés des sacrements, et surtout de renvoyer indéfiniment la célébration de leurs mariages ; mais je me trompais.
« En ce moment-là un prêtre jacobite syriaque, sortant d’une province éloignée et cherchant une position sociale, était venu rôder sur les confins de mon diocèse, quœrens quem devoret. Ce schismatique entendit parler des séditieux ; et s’étant mis en contact avec les principaux meneurs, il leur fit ses offres de service.
« Je vis alors clairement qu’il me fallait agir, sous peine d’être débordé. Je me servis des censures que l’Eglise met à la disposition des premiers Pasteurs et j’attendis le résultat pour le jour que le bon Dieu voudrait. Plus de seize mois s’écoulèrent sans que rien d’anormal se passât. Il semblait que le Ciel n’avait pas enregistré le jugement porté par l’Evêque et les factieux se remettaient de leur premier émoi.
« Mais voici que soudain l’Ange exterminateur frappa coup sur coup deux des excommuniés, dont l’un avait été le grand boute-en-train du désordre. Il mourut sans maladie préalable, mais, hélas ! aussi, sans avoir eu le temps d’appeler le prêtre pour se réconcilier avec Dieu. Ce coup de foudre, tombant au moment où personne ne l’attendait, inspira la crainte au plus grand nombre. Aucun d’eux cependant n’osa se séparer du bloc et venir publiquement solliciter le pardon.
« Je compris que je devais moi-même aller à ces pauvres égarés. Sans tarder, je me rendis au milieu d’eux, assisté de quelques excellents Confrères. Nous invitâmes par lettre tous les séditieux a venir à nous pour le surlendemain matin. Dans mon entourage régnait une certaine persuasion qu’ils refuseraient de se rendre à notre appel. Je n’étais pas moi-même très confiant dans le succès.
« Nos prières furent exaucées. Tous les égarés vinrent au rendez-vous. Quelques-uns essayèrent, sans doute, de se justifier ; mais ils le firent mollement. Dans un affectueux discours, on leur démontra qu’ils avaient erré, et on les supplia de ne pas s’obstiner dans leur péché.
« Ils s’étaient probablement attendus à être sévèrement traités. En entendant les paroles de paix et de conciliation qui tombaient de nos lèvres, l’amour-propre baissa peu à peu pavillon, et, dès la fin de la journée, ils implorèrent leur grâce. Je leur imposai une pénitence convenable en réparation de la faute commise et du scandale donné ; puis ils furent admis au sacrement de la réconciliation.
« Depuis cette époque la paix règne dans ce quartier si longtemps troublé. Je remercie Dieu d’avoir ôté de notre chemin ces cruelles épines. »
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Passant à un sujet différent, le vénéré Mgr Bottero « fait remarquer que le chiffre total des fidèles de son diocèse est porté à 95.758, alors que l’an dernier il n’était que de 93.853. Une augmentation de près de 2.000 âmes, en douze mois, pourrait paraître fictive et faire supposer qu’une erreur s’est glissée dans l’addition. Il n’en est rien : on a réparé, au contraire, une erreur antérieure en faisant, en deux ou trois districts, un très soigneux recensement jugé nécessaire. En certains points du diocèse, en effet, la natalité est merveilleusement élevée et la mortalité réduite à un minimum. En d’autres lieux, la coutume de nos chrétiens d’émigrer à Pinang, à Kandy ou à Rangoon, cause une diminution sensible dans le chiffre de la population.
« Comme exemples de ces deux sortes de vicissitudes, je citerai le village de Thennur-Ayyampeth, dont la natalité, en 1902, couvrait trois fois la mortalité ; d’autre part, j’ai vu, cette année, le village de Pillavadauday perdre 117 de ses habitants adultes par l’émigration. Celle-ci est un mal que nous ne saurions trop déplorer, mais auquel, eu égard aux conditions économiques qui prévalent en différents lieux, il est impossible d’apporter un remède efficace.
« Ainsi, il est à prévoir que, dans quatre districts de ce diocèse, comprenant environ 9.000 âmes, la famine ne va pas tarder à se faire sentir. La mousson pluvieuse cesse avant la fin du présent mois, et, jusqu’à ce jour, elle n’a pas donné ce qu’on attendait d’elle. Les puits sont à sec : les semences confiées à la terre en octobre ont assez bien levé ; mais les pluies ayant manqué, les étangs sont sans eau, et le soleil a broui la moisson.
« Les pauvres gens qui voient leurs provisions s’épuiser et sont certains, d’autre part, de ne pas pouvoir gagner leur pain par le travail, sont forcés de quitter leur famille et de s’expatrier pour vivre et nourrir leur femme et leurs enfants. Que peut faire le prêtre ? Il manque lui-même d’argent, et il est forcé de sacrifier la moitié de son maigre viatique pour secourir ses orphelins. En certaines localités, la disette se fait sentir tous les trois ou quatre ans, en moyenne.
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« Je ne finirai point cette correspondance, continue Mgr Bottero, sans entrer dans quelques détails sur le travail pratique accompli par mes braves et zélés Missionnaires dans l’année qui touche à son terme.
« Les instructions pontificales concernant l’admission à la Table sainte des enfants qui ont atteint l’âge de raison ne sont pas d’une application facile dans les villages éloignés des chefs-lieux. Les Missionnaires et les prêtres Indiens font, cependant, d’héroïques efforts pour développer le plus qu’ils peuvent, autour d’eux, cette sainte pratique, ainsi que celle de la communion fréquente. D’année en année, le chiffre des communions est en augmentation. Les fidèles recevront, de ce chef, des avantages spirituels, et même temporels, de très grand prix.
« Grâce au pieux et infatigable dévouement du clergé et de nos Sœurs Catéchistes, les baptêmes des enfants païens ou musulmans en danger de mort se sont maintenus à un chiffre très encourageant.
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« On s’imagine, parfois, en Amérique et en Europe, que nos congrégations de chrétiens parias, dans l’Inde, donnent peu de prestige à l’Eglise, soit en raison de la plus grande ignorance dans laquelle ils vivent, soit parce que le mépris dont les accable la société Hindoue a dû les habituer à se considérer eux-mêmes comme une race vraiment vile et infâme, qui, par conséquent, n’a pas à se gêner avec la morale, ni à tenir compte de l’opinion publique. C’est une étrange erreur.
« Sans doute, les parias catholiques, fort nombreux dans la plupart des districts, sont généralement au-dessous des gens de caste sous divers points de vue. Leur intelligence est moins ouverte, leur langage plus libre, leur tenue plus négligée que chez les Hindous des hautes castes. Mais les parias qui ont été cultivés et instruits de notre sainte Religion par les prêtres catholiques sont arrivés à se réformer et à se civiliser d’une façon très remarquable.
« En plusieurs quartiers de notre diocèse, les Missionnaires sont très satisfaits des progrès qu’ils leur voient faire dans la vertu et, aussi, dans la tenue générale. Je connais moi-même beaucoup de nos congrégations chrétiennes de parias, qui, soit au point de vue des connaissances religieuses, soit à celui de l’élévation de l’esprit et de la pureté des mœurs, ne seraient pas indignes d’être mises en comparaison avec nos bonnes populations de paysans français.
« Si, dans quelques localités, les parias sont restés inférieurs à leurs voisins de bonne caste, cela tient à leur éloignement de l’église et du prêtre. Ils gagnent leur vie au service de gros propriétaires païens qui s’opposent à l’instruction des enfants, et, sous mille prétextes, les empêchent de fréquenter l’église les dimanches et jours de fête.
« Mgr Chapuis, qui fait en ce moment l’administration du Sud-Est de la Mission, a été vivement frappé du progrès social et moral des villages parias qu’il a visités. C’est, en effet, un des bons quartiers du diocèse ; les chrétientés sont populeuses, surtout celles des parias. Elles sont vraiment belles ces congrégations, composées, en majeure partie, des sans-caste tant méprisés des sectateurs du brahmanisme ! »
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