| Année: |
1913 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Coïmbatour |
| Rédacteur: | Mgr Roy |
III. — Coïmbatour
Population catholique 39.367
Baptêmes d’adultes 323
Baptêmes d’enfants de païens 605
Conversions d’hérétiques 47
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« Rien de frappant, d’extraordinaire, ne s’est produit au Coïmbatour, cette année, écrit Mgr Roy.
« Les conversions d’infidèles ont augmenté un tant soit peu ; mais celles de protestants ont sensiblement décliné. De plus, deux de nos baptiseurs, morts au commencement de cet exercice, n’ont pu encore être remplacés ; d’où, diminution des baptêmes d’enfants de païens.
« S’il est difficile, en pays catholique, de réveiller la foi endormie, combien n’est-il pas plus difficile, en pays infidèle, de la faire pénétrer dans une âme païenne, imbue d’erreurs et de préjugés et adonnée aux plaisirs sensuels. Les riches, les heureux, les lettrés indiens ne se convertissent point. Les amusements de toute sorte, les dignités, les honneurs, les vanités du monde, et l’argent, qui procure tous ces biens inutiles pour l’éternité, absorbent tout leur être et suffisent à leur ambition.
« Le bon exemple ne vient donc pas de la haute société, dans l’Inde ; et nous, pauvres missionnaires, nous continuons modestement, au milieu d’innombrables difficultés, à glaner quelques conversions parmi les humbles et les malheureux. A peu d’exceptions près, ceux que nous pouvons atteindre sont de pauvres affamés, des ménages réduits à la misère. Ils ne parviennent pas tous à consoler le cœur du missionnaire, en persévérant jusqu’au baptême ; mais tous contribuent à épuiser sa bourse.
« Le mobile ordinaire des conversions n’est pas d’un ordre très élevé, il faut en convenir, sans s’en scandaliser. Dieu, qui connaît l’homme déchu mieux que l’homme ne se connaît lui-même, ne s’en formalise pas, car Il daigne tendre la main à ceux qui viennent ainsi à Lui, purifier leurs intentions et les accepter pour ses enfants bien-aimés.
« On perdrait son temps en hypothèses, si l’on voulait chercher les causes de la rareté des conversions. L’orgueil, les passions, l’aveuglement de l’esprit, l’endurcissement du cœur, l’enseignement reçu dans les écoles officielles, la presse, la caste, etc., sont autant d’obstacles à notre œuvre d’évangélisation. D’aucuns attribuent le petit nombre des conversions au manque de bons catéchistes. Ont-ils tort ? Non, certes, car il faut avouer qu’un catéchiste, plein de zèle et de dévouement pour le salut des âmes, serait un trésor ; mais qu’il est difficile à trouver !
« En février dernier, un aimable et zélé confrère m’écrivait longuement sur cet important sujet, et se plaignait amèrement de n’avoir pas un bon catéchiste à son service. Sa thèse se résumait en ces deux points : 10 sans un bon catéchiste, la conversion des infidèles est impossible ; 20 le seul moyen d’avoir des catéchistes zélés, est de les payer largement. C’était trop radical pour être absolument exact. Je répondis, point par point, à la lettre dudit confrère. Je lui disais, entre autres choses, ce qui suit, comme il le rappelle lui-même, en m’adressant son rapport annuel : 1º « D’après mon expérience personnelle et l’opinion de beaucoup de « missionnaires, je crois qu’il est impossible de trouver votre catéchiste idéal. Pour catéchiste, « vous voudriez un ange, il faut alors vous adresser au bon Dieu, et le prier de vous en « envoyer un. Quant à nous, nous ne pouvons trouver, pour cet office, que des hommes, bons « pères de famille, qui ne sauraient négliger tout à fait les intérêts de leurs enfants. Nous-« mêmes, mon cher Père, nous sommes loin d’être des anges ; mais, grâce à Dieu, nous « sommes libres de tout lien terrestre et ne devons penser qu’aux choses d’en-haut, n’avoir à « cœur que les intérêts de notre Père céleste. Si donc, même parmi nous, les « bons « catéchistes », au sens que vous donnez à ce mot, sont plutôt rares, comment voulez-vous « que de simples pères de famille, n’ayant pour les attirer au dur métier de catéchiste, que « l’argent qui les fera vivre, eux et leurs enfants, puissent devenir, du jour au lendemain, des « prodiges, des anges de dévouement et de zèle ? Est-ce donc à eux que Jésus-Christ a dit : « Allez, enseignez toutes les nations ! 2º Une meilleure rémunération en ferait, dites-vous, des « hommes plus zélés. Illusion ! J’ai essayé le système ; je continue de l’essayer avec des « sujets d’élite, et je dois avouer que je suis loin d’avoir obtenu le succès espéré.
« Croyez-moi, le zèle, le dévouement d’un catéchiste n’approchera jamais du zèle, du « dévouement que la foi, la vocation et l’amour divin ont allumé dans une âme sacerdotale. « Prions donc le divin Maître de nous envoyer un nouveau saint François Xavier, avec une « surabondance de grâces célestes ; et, en attendant qu’il plaise à Dieu d’exaucer notre prière, « le plus pratique est encore, quand le ministère vous laisse quelque répit, de prendre votre « bâton, d’aller vous-même à la recherche des âmes à convertir. Soutenu par la grâce, avec ou « sans votre rabatteur, vous gagnerez, croyez-moi, quelques âmes à la sainte « Eglise. » —« …Monseigneur, ajoute mon cher confrère, j’ai suivi votre avis. Je n’ai pas fait merveille, « sans doute ; mais enfin, je ne me présente pas à vous les mains vides. Je crois maintenant, « comme Votre Grandeur, que le missionnaire doit être le premier, et qu’il sera toujours le « meilleur catéchiste, dans son district. »
« A Kodivéri, M. J.-B. Petit est assisté d’un jeune prêtre indigène, le P. Arul. Depuis bientôt 4 ans, notre zélé confrère a rencontré, dans les montagnes, une caste de choutres, nommés Ouralis. Ils sont pauvres, timides, et n’ont pas encore, grâce à Dieu, subi les mauvais effets de la civilisation, telle que la conçoit le païen qui s’habille à l’européenne.
« M. Petit espère beaucoup de ces Ouralis. Il a obtenu du gouvernement, des terrains qu’il a donnés à cultiver à plusieurs familles, après avoir payé les dettes qu’elles avaient contractées auprès de leurs maîtres païens. « D’autres familles sont désireuses de se convertir, « dit M. Petit. Pour les attirer à nous, je leur fais construire dans notre école industrielle, une « chapelle en fer, qui sera dédiée à Notre-Dame de Lourdes.
« Les dispositions de mes Ouralis, ajoute M. Petit, sont réellement bonnes. Ils assistent à la « prière tous les soirs, à la messe le dimanche et observent l’abstinence le vendredi, quoique « simples catéchumènes. Le dimanche après-midi, ils apprennent les prières et le catéchisme ; « mais, comme ils étudient dans une langue qui n’est pas tout à fait la leur, leurs progrès sont « lents.
« Ces bons montagnards cultivent leurs champs avec courage ; malheureusement, ils « manquent de méthode, et il serait utile qu’un missionnaire fût là pour les diriger. Leur « récolte est belle, cette année, et, s’il n’arrive pas d’accident, ils auront de quoi vivre « aisément, l’ami prochain.
« Je voudrais pouvoir me faire leur économe, jusqu’à ce qu’ils aient appris la prévoyance « domestique ; car quelques-uns gaspillent, en deux ou trois mois, ce qui leur suffirait pour « toute l’année.
« Mon plan serait de leur distribuer, mois par mois, ce dont ils ont besoin pour vivre, et de « consacrer le reste à acheter les bêtes de labour qui leur manquent.
« De plus, si je pouvais revenir les voir au printemps, et parcourir le pays, j’obtiendrais de « sérieux résultats. Le mouvement, en effet, semble s’accentuer, et de nombreuses familles « songent à abandonner les idoles. Quel bonheur si elles venaient se joindre à mon petit « troupeau ! je ne serais pas surpris qu’il y en eût une cinquantaine à demander le « catéchuménat.
« Le catéchiste, maître d’école, que Votre Grandeur m’a accordé pour Gundri (village des « Ouralis), fait de bon travail et je suis content de lui. Cependant, il ne peut sortir en dehors de « Gundri même, parce que les villages les plus rapprochés sont à une distance de 6 milles. S’il « sortait, l’école ne se ferait pas régulièrement, et mes petits étudiants prendraient vite des « libertés nuisibles à leur éducation. Dans un ail, on pourra arranger les choses, de façon qu’il « sorte un jour par semaine.
« Enfin, Monseigneur, s’il vous était possible de m’accorder un subside pour mes Ouralis, « je vous en serais profondément reconnaissant. »
« Pour développer le mouvement de conversions dont il s’agit, je me propose de placer notre tout jeune confrère, M. Tournier, à Coonoor, et de mettre M. Baron à la disposition de M. Petit, au mois de novembre prochain.
« Nos œuvres communes sont très prospères, elles donnent toute satisfaction à ceux et à celles qui en sont chargés.
« Nos séminaristes, grands et petits, travaillent, par une application soutenue et une conduite irréprochable, à se rendre dignes d’être un jour nos utiles auxiliaires, dans notre œuvre d’évangélisation.
« Nos élèves du collège et nos orphelins donnent aussi, presque tous, des consolations à leurs maîtres ; et les religieuses font de grands éloges de leurs petites protégées. Evidemment, tout n’est pas parfait ; mais on dit avec raison que la perfection n’est pas de ce monde.
« La mort de M. Terrat nous a tous péniblement affectés, mais non surpris. Le regretté défunt était un confrère pieux, aimable et gai, toujours prêt à rendre service. En un mot, c’était une belle figure de missionnaire. Requiescat in pace ! »
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