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Rapport annuel des évêques

Année: 1913
Pays: Inde
Mission: Maïssour
Rédacteur:Mgr Tessier

II. — Maïssour

Population catholique 52.210
Baptêmes d’adultes 906
Baptêmes d’enfants de païens 1.700
Conversions d’hérétiques 117
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« Notre modeste mission, écrit M. Tessier, vicaire général de Mysore, a suivi, cette année, sa marche ordinaire, tranquille et uniforme. Depuis 1846, époque de l’érection du Maïssour en vicariat apostolique, aucun orage n’est venu le dévaster ; jamais, non plus, les pluies fécondantes ne lui ont fait produire de très riches moissons. L’exercice qui s’achève ressemble donc aux exercices précédents, et les missionnaires, qui seraient pourtant si heureux de causer une agréable surprise à leur évêque vénéré, n’auront point de résultats extraordinaires à Lui offrir, lors de son prochain retour au milieu d’eux.
« Est-ce à dire qu’au Maïssour, depuis 67 ans, on n’ait fait que piétiner sur place ? Non, très certainement. A son origine, la mission comptait 1 évêque, 6 missionnaires et 13.500 catholiques. Semblable à un petit bateau, qui vogue sur une rivière au cours lent et paisible, elle a fait avec le temps pas mal de chemin. Pour juger de la distance parcourue, il ne faut pas considérer où elle était hier, ni où elle était l’an passé, mais où elle était il y a 10 ans, il y a 20 ans. Alors on voit que, malgré une lenteur réelle, que nous sommes les premiers à déplorer, notre chère mission n’a subi dans sa marche ni arrêt ni recul. Toujours les missionnaires se sont dépensés sans marchander, et la miséricorde divine a béni les efforts de leur zèle.
« Les membres de notre Société supportent difficilement les situations calmes et tranquilles. Les combats, la mêlée, les blessures, la mort violente, voilà ce qui leur va, ce qui les attire, ce qui les enthousiasme. La garde des bagages, le ravitaillement des troupes, une place au dernier rang, où l’occasion ne s’offre jamais de donner de bons coups et d’en recevoir, ne cadrent pas avec l’idée qu’ils s’étaient faite de la vie du missionnaire. Et cependant, c’est le lot qui est réservé à la plupart d’entre eux, maintenant surtout que l’Asie tout entière semble vouloir se civiliser. La civilisation mettra fin à l’ère des martyrs en Chine, comme elle l’a fait au Japon, en Annam et dans l’Inde.
« Voilà pourquoi, à son arrivée au Maïssour, le jeune missionnaire doit abandonner tout espoir du martyre ; il doit aussi renoncer à tout rêve de pêche miraculeuse et de conversions en masse : In patienta vestra possidebitis animas vestras, disait Notre-Seigneur à ses apôtres. Que l’ouvrier apostolique ne perde jamais de vue cette recommandation du divin Maître.
« La conversion d’un royaume, ou même d’une province, n’est pas l’œuvre d’un jour. Le tableau comparatif suivant le prouve surabondamment, en ce qui concerne le Maïssour :


1888 1913 EXCÉDENT

Pop. Catholique 29.995 52.210 22.215
Eglises 96 136 40
Ecoles 35 84 49
Catéchistes 67 93 26
Com. annuelles 14.172 25.644 12.372
Com. de dévotion 56.983 425.427 368.444
Prêtres Européens 32 52 20
Prêtres indigènes. . 9 13 4

« Le progrès a été lent, mais réel et soutenu, pendant le dernier quart de siècle.

« Aujourd’hui, pour faire avancer l’œuvre de l’évangélisation, il faut employer de nouvelles méthodes, adaptées à la société contemporaine. C’est surtout par la multiplication des écoles et des établissements de charité, que nous devons attaquer le paganisme. Les sectes protestantes l’ont compris, depuis longtemps. Elles ont fait peu de prosélytes par la prédication et l’argent ; mais elles se sont imposées à l’opinion, au moyen des milliers d’écoles, d’hôpitaux, de refuges, d’orphelinats, et de librairies, qu’elles ont établis dans toutes nos missions de l’Inde.
« Grâce au zèle persévérant de nos confrères, nous ne sommes pas restés inactifs, en face de cette propagande effrénée des protestants, et nous avons le droit d’être fiers de l’état de nos œuvres scolaires et charitables, surtout à Bangalore, où s’est concentrée naturellement la lutte entre la vérité et l’erreur. Le collège Saint-Joseph, sous l’habile direction de M. Froger, est devenu la maison d’éducation la plus importante de toute la Présidence de Madras, pour les enfants des Européens. La section européenne, en effet, compte, à elle seule, 395 élèves, dont 231 internes. Notre établissement l’emporte de beaucoup sur les trois grandes écoles protestantes de la ville, non seulement aux examens, mais aussi dans les concours de sports : nos élèves ont l’habitude de gagner tous les premiers prix. Nos rivaux ont songé un moment à fondre ensemble leurs 3 collèges, pour faire bloc contre le nôtre ; mais l’esprit de secte les en a empêchés. Ils ne s’entendent et ne s’entendront jamais entre eux, que pour haïr l’Eglise catholique. La section indigène du collège Saint-Joseph comprend 646 élèves, dont 488 païens ou musulmans. Elle promet de se développer encore davantage, quand M. Aucouturier, qui en a la direction, aura terminé le grand bâtiment, qu’il construit avec un subside du gouvernement.
« Il n’y a que la route à traverser, pour passer du collège Saint-Joseph au couvent du Bon Pasteur, où, sur une superficie de 7 à 8 hectares, la Révérende Mère Paula développe ses œuvres scolaires et charitables. Il y a là un collège de jeunes filles, le seul de Bangalore ; des écoles secondaires, avec 328 élèves européennes ou eurasiennes ; des écoles pour les jeunes filles indigènes, avec 227 élèves, et même une école pour les petits garçons, avec 69 élèves. Le couvent des Sœurs renferme une population totale de 800 personnes. On y bâtit actuellement nue grande maison pour les 55 religieuses européennes, jusqu’ici si mal logées ; une autre pour les 64 religieuses indigènes, et deux refuges pour 240 jeunes protégées. Il est à craindre que, sous la poussée des œuvres, le vaste terrain du Bon Pasteur devienne bientôt insuffisant pour les contenir toutes.
« Dans une rue voisine du couvent, se trouve le pensionnat des jeunes parias tamouls, que dirige M. Aucouturier, et où le manque de place se fait déjà sentir. L’établissement, qui a pour but le relèvement des pauvres parias, compte 40 élèves. Ces jeunes gens suivent les cours du collège Saint-Joseph, dans l’espoir d’obtenir les grades de l’Université, qui leur permettront d’arriver à des emplois honorables.
« De son côté, M. Studer, supérieur du séminaire et du pensionnat des enfants de caste, demande à grands cris qu’on lui aide à rebâtir les masures délabrées, où il est obligé de loger ses pensionnaires, au détriment de leur santé, et même, ajoute-t-il, au péril de leur vie.
« A Blackpally, paroisse située au sud du cantonnement militaire de Bangalore, M. Rautureau exerce sans bruit son ministère paroissial, tout en s’occupant d’un petit orphelinat, de deux écoles : l’une de garçons avec 170 élèves, l’autre de filles avec 70 élèves, et de l’hôpital général.
« Au nord du cantonnement, M. Servanton continue à élever une belle église en granit. Les travaux avancent lentement, au gré des paroissiens ; car, une fois terminée cette église sera le plus beau monument d’architecture de Bangalore. M. Veysseyre a complètement rebâti l’école indigène, qui compte déjà plus de 300 élèves chrétiens, païens et turcs. C’est la plus fréquentée de tout ce quartier de la ville. En face de l’école des garçons, les Sœurs de Saint-Joseph de Tarbes dirigent une école de filles, qui compte 167 élèves européennes, et une annexe pour les filles indigènes de caste, avec 176 élèves.
« Si nous pénétrons maintenant dans la ville indigène de Bangalore, nous rencontrons l’hôpital Sainte-Marthe, tenu par les Sœurs du Bon-Pasteur. L’établissement est bien connu des chrétiens, des païens et des musulmans, qui préfèrent de beaucoup les soins si attentifs des bonnes religieuses, aux soins que l’on reçoit dans les hôpitaux du gouvernement. Il est bien connu également des missionnaires de l’Inde, qui ont le grand avantage d’y être reçus, dans un pavillon très confortable et réservé uniquement aux ecclésiastiques.
« Nous n’avons, dans la ville indigène, qu’une seule église, déjà bien vieille et beaucoup trop petite : il en faudrait une autre près de l’hôpital. Le curé deviendrait alors l’aumônier de cet établissement, dont la chapelle est déjà fréquentée par plusieurs centaines de chrétiens.
« A l’extérieur de Bangalore, rien de bien saillant à signaler ; c’est presque partout la petite rivière aux eaux tranquilles. Mysore, cependant, s’embellit d’une nouvelle chapelle, qu’on élève dans le couvent du Bon-Pasteur, grâce à la générosité de la reine-mère du Maïssour. Sa Majesté a voulu reconnaître ainsi les services rendus à la famille royale par nos religieuses. Celles-ci, en effet, depuis nombre d’années, instruisent les jeunes princesses. Chaque matin, une voiture de la Cour vient prendre deux d’entre elles au couvent, et les y ramène après la classe ; et, si la Cour se rend à Bangalore ou a Ootacamund, les deux mêmes religieuses l’accompagnent. La préférence accordée ainsi à nos religieuses, à la face des protestants, donne un réel prestige à notre sainte religion, et nous protège contre le mauvais vouloir éventuel de certaines gens, qui nous sont peu sympathiques.
« A Mercara, l’école fondée par Mgr Baslé réussit très bien ; les Coogs témoignent leur affection et leur estime aux Sœurs de Saint-Joseph de Tarbes, en envoyant à leur école 90 enfants, qui appartiennent aux meilleures familles et dont 45 sont pensionnaires. L’esprit païen, ou du moins très indifférent, de ces petites demoiselles, cédera peu à peu devant l’affection et le dévouement de leurs maîtresses.
« Dans les forêts du Wynaad, M. Jauffrineau vit heureux au milieu de ses Korchers, véritables hommes des bois, que notre confrère apprivoise petit â petit. Il a 192 nouveaux baptisés dans trois stations. Les païens se montrent très abordables au missionnaire : ils l’appellent volontiers pour baptiser les petits enfants en danger de mort, et beaucoup lui promettent de se faire chrétiens. M. Jauffrineau ne se presse point de baptiser ces grands enfants de la forêt, et il a raison. Il redoute que trop de paille ne se mêle au bon grain ; en outre, il se rend compte de l’impossibilité où il est, d’instruire et de surveiller un grand nombre de néophytes, disséminés dans plusieurs villages.
« Sans doute, il faut profiter du vent qui souffle, et ne pas attendre, pour baptiser un païen, qu’on soit sûr de sa persévérance, car la bonne occasion peut nous échapper ; mais il y a un juste milieu à garder entre l’excès de prudence et le défaut de précaution. C’est le principe qui guide aussi M. Meynel, dans son essai d’évangélisation d’un groupe de parias-canaras, à Nellamangalam et Solur, où il n’y a aucun noyau de vieux chrétiens. Notre zélé confrère a déjà ouvert deux écoles pour ces déshérités de la société païenne, et six familles sont décidées à recevoir le baptême. Leur conversion en entraînera probablement beaucoup d’autres. Que Dieu daigne bénir les travaux et les espérances de MM. Jauffrineau et Meynel !
« M. Gouarin, curé d’une des deux paroisses des Mines d’or de Kolar, raconte le fait suivant : « J’ai, dit-il, une chose extraordinaire à vous communiquer. Il s’agit d’un pèlerinage « à saint Antoine de Padoue, dans une petite chapelle, élevée au milieu des huttes des « mineurs. Ce pèlerinage a commencé, il y a un an à peine. Or, aujourd’hui, des centaines et « des milliers de pèlerins accourent de tous côtés à cette petite chapelle, le mardi, surtout « pendant l’été. Catholiques et protestants, païens et musulmans de tout âge et de toute « condition, y viennent prier, offrir des vœux au bon saint, qui est resté si longtemps inconnu « et délaissé dans son pauvre oratoire ! Beaucoup de dévots assurent avoir obtenu des faveurs « singulières en ce lieu béni. Les mendiants, en quête d’aumônes, y accourent par centaines, « eux aussi, et les pèlerins leur distribuent généreusement du riz, du café, du pain et des « piécettes. De mon côté, je reçois des milliers de bougies, et je trouve, dans le tronc, des « offrandes très appréciables. On demande des messes, des litanies, des processions, les « païens comme les chrétiens. J’ai eu le bonheur de baptiser plusieurs petits enfants de païens, « que les parents avaient demande à Dieu, et qu’ils avaient promis de faire baptiser, si leur « prière était exaucée. Daigne le bon et glorieux saint Antoine obtenir la grâce d’une sincère « conversion à tous ses clients, qui ne lui demandent guère, jusqu’ici du moins, que des « faveurs temporelles !


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