| Année: |
1913 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Pondichéry |
| Rédacteur: | Mgr Morel |
CHAPITRE VIII
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Groupe des Missions de l’inde
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I. — Pondichéry
Population catholique 145.822
Baptêmes d’adultes 286
Baptêmes d’enfants de païens 1.904
Conversions d’hérétiques 29
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« Il ne se passe guère de semaine, écrit Mgr Morel, sans que l’évêque ne reçoive quelque lettre l’informant qu’une chapelle est tombée, qu’une autre menace ruine, que la voûte de telle église est lézardée, que le toit de tel presbytère va s’effondrer, qu’un terrain de la mission est contesté par un voisin, qu’un procès a été perdu, etc., etc. C’est ainsi que l’édifice matériel est sans cesse attaqué, et qu’il faut être sur le qui-vive, jour et nuit, pour parer les attaques des ennemis ; sinon ce sera, à bref délai, l’effondrement total.
« Il en est exactement de même pour l’édifice spirituel. Une chrétienté, si bonne soit-elle, demande, de la part de celui qui en est chargé, une vigilance de tous les instants. Que de patience il faut au missionnaire pour écouter les plaintes de ses chrétiens ! Et cependant, sans cette patience, les disputes et les querelles s’enracinent, et dégénèrent en haines invétérées ou en procès interminables. Ces querelles naissent à propos de tout et à propos de rien : une famille n’a pas été invitée à un mariage, un tel n’est pas venu à un enterrement, une poule a disparu, quelques gros mots ont été échangés, un bijou, donné en gage, n’a pas été rendu ; que sais-je encore ?... une jalousie, une déception, un froissement d’amour-propre, voilà autant de sujets de division ; et le prêtre, seul, a l’autorité voulue pour ramener la concorde entre les deux parties.
« Autre cause de gros ennuis pour le missionnaire : une jeune femme ne veut pas rester avec son mari ; elle prétend que sa belle-mère et son beau-père la battent, que ses beaux-frères et belles-sœurs l’insultent grossièrement, que tous s’entendent pour la laisser mourir de faim... et elle se sauve chez ses parents. Immédiatement, deux camps se forment, car ici rien ne se passe à huis clos. Il faut faire comparaître la jeune femme, ses parents, ses alliés, le mari et tous ceux de son bord. Après des séances, souvent nombreuses et toujours orageuses, l’affaire s’arrange, et les jeunes époux regagnent le domicile conjugal. Mais quelques mois après, tout sera à recommencer. En attendant un accord définitif, personne ne s’approchera des sacrements ; et cela durera parfois des années.
« L’intempérance, l’habitude de la boisson, se répand de plus en plus ; et c’est un mal très grave, sur lequel je me dispense d’insister.
« Je dois dire aussi qu’un certain souffle d’indépendance continue d’agiter les têtes, non seulement dans les villes, mais aussi dans les campagnes. Une sorte d’esprit révolutionnaire règne partout. Les liens de la caste se relâchent, et le missionnaire ne peut plus user de sévérité, pour contraindre les récalcitrants à se soumettre au jugement des chefs de caste et à s’amender. A cet affaiblissement de la caste, ajoutez encore le voisinage des Protestants, si souvent funeste à nos chrétiens. Lorsque des catholiques sont mécontents de leur missionnaire, qui les a réprimandés ou punis pour leur mauvaise conduite, les hérétiques cherchent à les attirer à eux par des promesses, de l’argent, du riz, etc. Nous venons d’en avoir un triste exemple à Vettavalam : les pasteurs danois se sont implantés dans deux de nos villages.
« Toutes ces difficultés paralysent le zèle de l’ouvrier apostolique, et ne tendent à rien moins qu’à ruiner l’édifice spirituel. Ce sont les fourmis blanches, employées par le démon pour détruire ce que nous travaillons à édifier.
« En dépit de tous les obstacles, nos confrères ont fait preuve d’un grand zèle pour cultiver le champ du Père de famille. Dans les districts de Cuddalore, de Eraiyur, de Poudour, de Cheyur, etc., je note aven bonheur un accroissement sensible du nombre des confessions et communions de dévotion. Non contents d’avoir, chaque année, un jour d’adoration du très saint Sacrement au chef-lieu, plusieurs de ces districts veulent aussi en établir un dans les principales annexes. C’est là un excellent moyen de propager la dévotion envers Jésus-Hostie, et d’amener les chrétiens plus souvent à la sainte Table. Je voudrais voir cette pieuse pratique en usage, partout où l’adoration peut se faire avec la solennité requise.
« De grandes églises sont en construction à Ellathagiri, Mogaiyur, Tindivanam, et Kurayaputtai ; et de petites chapelles s’élèvent peu à peu dans les postes secondaires. Le prêtre aura ainsi la facilité de passer quelques jours, de temps à autre, au milieu des néophytes éloignés de sa résidence, et de leur faire plus de bien, grâce à un contact plus intime avec eux.
« A Pondichéry, nous avons eu la consolation de voir les chrétiens de caste revenir à la cathédrale le 1er juin. Le mois du Sacré-Cœur a été célébré solennellement ; les offices et les processions se font maintenant d’une façon très régulière. Il faut bien avouer pourtant, que l’absence de vie paroissiale, pendant plus de quatre années, a eu des conséquences néfastes. L’assistance à la sainte messe, les jours ouvriers, n’est plus aussi nombreuse, les communions sont moins fréquentes, et la pratique de la visite au Saint-Sacrement, qui était en grand honneur, semble avoir baissé beaucoup. Si nous voulons ramener la ferveur d’antan parmi nos chrétiens, il faut réveiller leur foi par la prédication, les catéchismes, les exhortations, les avis et les bons conseils. Un bulletin paroissial est déjà distribué aux portes de la cathédrale, et une mission de dix jours sera donnée avant la fête de l’Immaculée-Conception. Espérons que le triomphe de la grâce sera complet, et que Pondichéry redeviendra la Rome du sud de l’Inde. »
Pour nous donner une idée, aussi exacte que possible, de l’état des districts composés de néophytes, Mgr l’archevêque de Pondichéry a voulu mettre sous nos yeux le compte rendu de M. Godec, titulaire du district d’Alladhy. Les difficultés que le missionnaire rencontre chez les nouveaux chrétiens, les causes qui amènent, de temps à autre, leur défection, tout y est fidèlement exposé. Nous regrettons de ne pouvoir reproduire in extenso le rapport de notre zélé confrère d’Alladhy. Nous nous bornons à en reproduire quelques extraits, concernant le chef-lieu du district et plusieurs chrétientés secondaires.
« La chrétienté d’Alladhy, groupée autour de l’église du Sacré-Cœur, écrit M. Godec, « compte 100 choutres et 420 parias. Les choutres, pallis et naïckers, me donnent toute « satisfaction. Ils ont profité beaucoup de l’exemple et du contact des Sœurs de Saint-Joseph. « La congrégation du Sacré-Cœur est en honneur parmi eux. »
« Les parias ne sont pas toujours assez obéissants. Ce n’est pas qu’ils aient mauvaise tête, « mais les adultes se dispensent trop facilement de l’assistance à la messe le dimanche, et se « font un peu trop prier pour remplir le précepte de la confession et de la communion « annuelles. Le malheur des parias comme des choutres, c’est d’être à l’étroit dans un village, « qui est un des plus populeux du district, quoique l’un des plus petits en superficie. Pour « vivre, ils sont obligé d’user d’expédients, d’exercer le métier de coupeurs de briques, de « creuseurs de puits ; en un mot, de mener une existence nomade, qui ne favorise guère, leur « progrès moral. Quoi qu’il en soit, ces braves parias ont conscience de la supériorité de leur « religion. Ils sont fiers d’être catholiques, et ont rompu toute alliance avec leurs parents « païens. Ils tiennent à ne marier leurs enfants qu’à des chrétiens. Dieu les bénit à cause de « cela, et leurs filles sont recherchées par les anciens catholiques des districts voisins.
« Les 300 néophytes de Kalladicoupam, village situé à 1.500 mètres d’Alladhy, ne sont pas « méchants, mais leur christianisme est encore un peu trop à fleur de peau. Il faudrait « développer en eux l’instruction au moyen, d’une école. C’est par ignorance que nos « néophytes se détachent parfois de nous ; ce n’est jamais par méchanceté. S’ils étaient mieux « instruits, ils nous resteraient toujours fidèles.
« A l’est d’Alladhy, à un mille et demi, est Vailamour, avec 400 chrétiens, dont les deux « tiers sont néophytes. Un noyau d’anciens chrétiens, qui étaient riches et influents lorsque M. « Fourcade évangélisait le pays, a assuré la persévérance de ce village. J’entretiens à « Vailamour une petite école, que fréquentent une dizaine d’élèves. Aujourd’hui, les anciens « chrétiens, déchus de leur prospérité, sont aussi misérables que les néophytes. Les uns et les « autres fournissent, chaque année, un fort contingent d’émigrants pour la presqu’île de « Malacca. Leur débouché est Néboug-Tébal, où ils forment une colonie, dont notre confrère, « M. Auvé, est très content, paraît-il.
« Un peu au nord de Vailamour, est le poste de Marouvaur, avec 150 chrétiens que j’aime beaucoup, parce qu’ils sont simples et bons. A un mille de Marouvaur se trouve Talavalapattou. Il y a huit ans, ce village me donnait beaucoup de consolations ; chaque dimanche, bon nombre de néophytes venaient à la messe à Alladhy ; ils venaient aussi, par groupes considérables, se confesser et communier deux ou trois fois l’an. Depuis lors, ce beau zèle s’est refroidi, et l’avenir de cette petite chrétienté me cause de vives inquiétudes.
« Depuis trois ans, j’ai commencé la construction d’une chapelle à Périartatchur, mais j’ai « été obligé d’interrompre les travaux, devant l’opposition d’un païen, qui me contestait la « propriété du terrain sur lequel je bâtissais. A la suite du procès qui m’a été intenté, et qui a « traîné deux ans à la cour de Villuparam, j’ai dû payer une seconde fois le terrain que j’avais « acheté, il y a 17 ans. »
« Pour répondre à tous les desiderata exprimés par M. Godec, conclut Mgr Morel, il faudrait diviser et subdiviser les districts ; ou, tout au moins, établir des écoles, avec de bons maîtres, dans tous les centres quelque peu importants. Nous supplions la bonne Providence de nous envoyer les hommes et les ressources nécessaires, pour réaliser un si utile, mais si lourd programme. »
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