| Année: |
1914 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Pondichéry |
| Rédacteur: | Mgr Morel |
CHAPITRE VIII
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Groupe des Missions de l’Inde
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I. — Pondichéry
Population Catholique 147.314
Baptêmes d’adultes 254
Baptêmes d’enfants de païens 1.403
Conversions d’hérétiques 36
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« Cette année la mort a fait de nombreux vides dans nos rangs, écrit Mgr Morel. Le 4 janvier, M. Giraud, titulaire du district de Pudur, était emporté par la petite vérole, après dix jours de maladie. Il avait converti plus de 1.000 païens, et ses efforts pour amener ses néophytes à la réception fréquente des sacrements commençaient à être couronnés de succès. Après l’ordination de décembre 1913, je lui avais donné un nouveau prêtre pour l’aider, et c’est ce jeune vicaire qui reste seul chargé de l’important district de Pudur.
« Le 6 juin M. Rodhain, professeur de notre petit séminaire, mourait au sanatorium Saint-Théodore, où il était allé passer ses vacances. Le 21 du même mois, M. Rochet nous était ravi d’une façon si inopinée, que nous ignorions même qu’il fût malade. Enfin, le 26 juillet, un télégramme m’annonçait la mort de M. Giard, chef du district de Tindivanam. Le regretté défunt a commencé une belle église, dont les murs atteignent la hauteur de la corniche. Depuis le mois de février, il passait toutes ses journées, en plein soleil, avec ses ouvriers ; c’est ainsi, sans doute, qu’il aura contracté les germes de la fièvre qui l’a emporté. Il aimait passionnément son district et il s’était donné à lui corps et âme, dépensant pour lui tout de qu’il possédait. M. Giard était dans sa trente et unième année ; sa mort est une perte irréparable. Aucun de ces quatre missionnaires, disparus en moins de six mois, n’a pu être remplacé, faute de personnel.
« J’ai terminé ma visite du diocèse, au mois d’avril. Chaque chef-lieu de district a une église convenable où l’on peut garder la sainte Réserve, et aussi, une résidence pour le missionnaire. De nouvelles églises sont en construction à Kourayapattu, Elathagiri, Tindivanam et Mogaiyur. Il en faudrait une aussi à Thély, Iromidei, Irudayampattu et Vellantangal manquent de presbytère.
« Les chapelles d’administration sont généralement de bien modestes constructions, avec murs en terre et toit de chaume. La modicité des ressources n’a pas permis d’édifier quelque chose de durable ; et, chaque année, les réparations occasionnent de grosses dépenses.
« La marche de nos établissements n’offre rien de bien saillant.
« A l’Institution Saint-Joseph de Cuddalore, le nombre des pensionnaires s’est élevé à près de 250. Au grand séminaire, la place fait défaut, on a dû mettre deux séminaristes ensemble dans presque toutes les chambres. L’étage sert de petit séminaire. Il nous faudrait un petit séminaire séparé ; ce serait plus conforme à la discipline ecclésiastique, et nous réaliserons ce perfectionnement, dès que nos ressources le permettront.
« Notre école de catéchistes est en bonne voie. M. Mette, qui en est chargé, écrit : « Tous « mes élèves sont de basse caste, sauf un. En général, le terrain que j’ai à cultiver n’est pas de « première valeur mes jeunes gens savent si peu de chose quand ils arrivent ! Cependant « j’obtiens des résultats satisfaisants. Depuis deux jours, je leur ai fait commencer l’étude de « mon petit traité sur la Transmigration des âmes. C’est de la pure philosophie, ou peu s’en « faut. Quelle n’a pas été ma surprise de voir, qu’à l’exception de deux ou trois, trop jeunes ou « trop peu dégrossis, ils comprennent tout et rendent compte de tout ! A la repasse, ils seront « maîtres de leur sujet. Pour le spirituel, j’obtiens à peu près tout ce qu’il est possible « d’obtenir. J’en ai qui sont fervents comme des séminaristes, et qui viennent à la coulpe tous « les soirs. »
« Pour créer les ressources nécessaires à cette école, j’ai prescrit des quêtes et des souscriptions dans tous les districts. Une école de catéchistes ! Voilà certes une œuvre dont le succès doit au plus haut point intéresser nos chrétiens. J’aime donc à croire qu’ils répondront généreusement à mon appel.
« Nos dispensaires sont toujours assiégés par une foule de malades, et de nombreux baptêmes d’enfants de païens ont récompensé le zèle des bonnes religieuses qui dirigent ces maisons si utiles. Le dispensaire d’Arni a été éprouvé par la mort de Sœur Cyrénie ; cette vaillante Bretonne était un vrai chirurgien. Sa perte est aussi vivement ressentie à Arni que celle de Sœur Victor à Tindivanam.
« Deo Gratias ! écrit M. Combes. Le calme parfait a régné cette année à la cathédrale, et « les cérémonies religieuses, fêtes, neuvaines, processions, ont eu lieu comme par le passé. Il « n’en est pas moins vrai, que la cessation de la vie paroissiale pendant plus de quatre ans, a « été très préjudiciable aux âmes. Une retraite générale était nécessaire. Elle fut donnée par « deux Pères Jésuites de Trichinopoly, pendant la neuvaine préparatoire à la belle fête de « l’Immaculée Conception. Chaque jour, il y eut quatre sermons. L’accent convaincu des « prédicateurs, leur piété douce et confiante, gagnèrent bien vite les cœurs : les pécheurs se « convertirent, les indifférents revinrent à la pratique des sacrements, et les bons se sentirent « bientôt meilleurs. La retraite se termina le 8 décembre. Ce jour-là, la cathédrale se para de « ses plus beaux ornements de fête. Il y eut messe et vêpres pontificales. Les chants furent « exécutés avec un ensemble parfait par les élèves du grand séminaire, sous l’habile direction « de M. Lesponne. Le soir, au salut, Mgr l’archevêque consacra la paroisse au Sacré Cœur de « Jésus.
« Depuis cette retraite, il y a, dans la paroisse, un renouveau de vie chrétienne : les « sacrements sont mieux fréquentés, l’assistance quotidienne à la messe plus suivie, et la « visite air Saint-Sacrement, le soir, plus régulière.
« Beaucoup de jeunes filles, petites et grandes, se sont enrôlées dans la congrégation des « Enfants de Marie, de fondation récente, et communient plusieurs fois la semaine. Le « dimanche avant les vêpres, elles se réunissent à la chapelle de la sainte Vierge, et je leur fais « une petite instruction. J’espère beaucoup de bien de cette congrégation, à cause de la grande « bonne volonté de ses membres dont la régularité est vraiment édifiante.
« La confrérie du Sacré-Cœur, section des hommes, a repris ses bonnes traditions d’antan, « et les nombreuses communions du premier vendredi du mois doivent réjouir et consoler le « Cœur de notre divin Sauveur.
« Est-ce à dire que tout soit parfait dans la paroisse., et qu’il n’y ait plus d’ombre au « tableau ? Non, loin de là, il reste encore beaucoup à faire. « Besognez, disait Jeanne d’Arc à « ses soldats, et Dieu nous donnera la victoire. » Nous besognerons, nous aussi, et Dieu bénira « de plus en plus nos efforts. »
« Depuis le départ je M. Veaux pour France en juillet 1913, c’est M. Leblanc qui est à la tête de l’importante paroisse de Karikal ; il a deux prêtres indigènes pour le seconder. Dans les diverses administrations de la ville, nous avons près de 3.000 chrétiens indigènes, qui ont grand besoin d’être soutenus par le prêtre. Grâce au zèle des PP . Antoine et Raphaël, ces pauvres âmes deviennent meilleures de jour en jour :
« A Karikal même, écrit M. Leblanc, que de travail à faire ! Le nombre des chrétiens « choutres, paliers et parias est de 2.000. Si l’on considère la foule des fidèles qui remplissent « l’église les jours de fête et le nombre des communions, on est tenté de croire que Karikal est « une cité sainte. Il y a de saintes âmes à Karikal, assurément, et j’en rends grâce au bon Dieu. « Mais que d’ignorance ! Que de misère morale ! On s’en aperçoit quand on commence à bien « connaître les quartiers… et les familles. D’où, nécessité de catéchismes sérieux et fréquents. « Il y a catéchisme pour les grandes personnes le dimanche soir ; pour les garçons créoles, Le « matin, pour les filles, l’après-midi. Le jeudi matin, catéchisme pour les garçons tamouls ; le « soir, pour les filles. En outre, pendant un mois, préparation très soignée des enfants de « Karikal et des environs à la première communion. C’est le « P. Raphaël qui en est chargé, et « je vous assure qu’il s’en tire à merveille. »
« M. Leblanc regrette vivement que les jeunes gens lui échappent. Ils ont créé un cercle sportif, à l’instigation de quelques professeurs laïques, et ils font les esprits forts. Le meilleur moyen de remédier au mal est d’entretenir et de développer l’école de la paroisse.
« MM. Leroy et Tesson écrivent de Eraiyur : « Si nous n’avons pas un gros chiffre de « baptêmes de païens, nous avons cependant le devoir de remercier Notre-Seigneur pour le « nombre toujours croissant des communions. La dévotion envers l’Eucharistie est la pierre de « touche qui permet de juger de l’esprit de foi des chrétiens : or, le nombre des communions a « plus que doublé à Eraiyur, durant ces dernières années.. La population chrétienne du district « s’élève actuellement à 4.682 âmes. Nous n’avons pas eu trop à souffrir des épidémies, et là « où le choléra a éclaté, nos chrétiens ont été à peu près tous épargnés. La pluie, après s’être « fait longtemps désirer, est tombée enfin très abondante, mais, un peu partout, des myriades « de chenilles sont en train de dévorer les moissons naissantes.
« Nos écoles marchent assez bien., surtout celle des filles, grâce au dévouement des « religieuses . Au couvent, nous avons établi la congrégation des Enfants de Marie.
« La visite des chrétientés a été faite au moins deux fois. A Sojavandipuram, nous avons « organisé une fête très solennelle. Grâce à Dieu et à Notre-Dame de Lourdes, la procession « s’est faite sans incident grave, et l’usage en est maintenant établi.
« Un jour que je revenais de Melvagi à Eraiyur, raconte M. Leroy, on me montra un pauvre « koraven, qui, dans une dispute, avait eu le crâne fendu d’un formidable coup de serpette. « Pour retirer son instrument de la plaie, l’assassin brutalisa sa victime, et la jeta violemment « par terre, lui cassant un bras et une jambe. L’attentat datait de quatre jours. J’examinai la « plaie de la tête : il en sortait une forte odeur de gangrène. J’essayai de nettoyer l’affreuse « blessure, et commençai par en extraire des esquilles d’os, des cheveux, des débris de « cervelle en putréfaction. Le malheureux était perdu ; le tétanos allait se déclarer. « Intérieurement, je priai saint François-Xavier de m’aider à sauver cette âme, je quittai le « malade après un pansement sommaire, et remis à sa femme une roupie l’engageant à « m’amener son mari à Eraiyur. Là je pourrais lui parler de Dieu et de son âme, tandis que, au « milieu d’une foule de païens, mes discours n’auraient abouti à rien. Chez moi, dès qu’on « l’eut transporté sur une litière, je l’instruisis sommairement, l’exhortai au repentir de sa vie « si mouvementée de koraven, et le baptisai. Quelques jours après, nouveau bon larron, le « koraven revêtu de son innocence baptismale s’en allait en paradis, ou évidemment les gens « de sa caste ne pullulent pas. »
« M. Gavan-Duffy est chargé du district de Vellantangal depuis le mois de janvier 1913. Il est encore tout jeune missionnaire, mais chez lui la valeur n’a pas attendu le nombre des années. Doué d’une volonté de fer, d’un caractère entreprenant secondé par un grand zèle, il exige que tout marche, et marche droit. Je ne doute pas que, d’ici quelques années, Vellantangal ne soit un district modèle en tout.
« L’ordre, dit-il, dans lequel, l’an dernier, je classais mes villages choutres au point de vue « de la bonne conduite, reste le même à savoir : Narsampettu, Vellantangal, Mettupaléam, « Kalladi...
« En voyant avec quelle rapidité la population de Vellantangal s’accroît, je me demande « souvent : comment vivront-ils ? La solution de ce problème m’obligera, et bientôt, à donner « à mon école une orientation pratique, en y adjoignant des classes de menuiserie, « d’agriculture, etc. Un peu plus tard, quand la situation financière se sera éclaircie, il y aura « lieu de m’entendre avec l’école industrielle de Tindivanam, pour avoir un maître charpentier « et un maître forgeron.
« En ce qui concerne mes choutres, je remercie Dieu du bien qui a pu s’accomplir parmi « eux, surtout au moyen de l’école. Toutefois, je voudrais les voir plus unis entre eux qu’ils ne « l’ont été jusqu’ici.
« Pour ce qui est de mes chrétiens parias, je n’ai pas encore réussi à leur trouver un « catéchiste, et je le regrette de tout mon cœur, car mon action sur ces pauvres gens en est à « moitié paralysée.
« En somme, on peut dire que Vellantangal est un des bons districts de la mission. »
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