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Rapport annuel des évêques

Année: 1915
Pays: Inde
Mission: Kumbakonam
Rédacteur:Mgr Jégorel

IV. — Kumbakonam

Population catholique 99.290
Baptêmes de païens 274
Baptêmes d’enfants de païens 2.145
Conversions d’hérétiques 25
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« Les nombreux vides qui se sont produits dans nos rangs au cours du dernier exercice, écrit M. Jégorel, vicaire général, ont créé un état de malaise qui continue de peser lourdement sur toute la mission de Kumbakonam, grâce à la bonne volonté de tous les confrères que la mobilisation n’avait pas touchés, l’admistration des districts a pu se faire dans des conditions plus favorables qu’on n’osait l’espérer. C’est du moins ce qui semble se dégager des comptes rendus individuels que j’ai sous les yeux.
« Je sais que les statistiques, prises isolément et en dehors de tout autre élément d’appréciation, ne sont pas toujours un critérium infaillible de la valeur religieuse d’un district, pas plus qu’elles ne sont l’expression exacte de la somme de travail accompli par les ouvriers apostoliques. Il n’en est pas moins vrai que, dans leur ensemble et placées en regard de celles de l’année précédente, elles reflètent l’état d’une mission et sont une sorte de thermomètre qui marque le degré de sa vitalité, de son avance ou de son recul. A ce point de vue, elles présentent un réel intérêt. Or, en comparant les résultats de 1914-15 à ceux de l’année 1913-14, nous avons lieu de nous réjouir et de rendre grâces à Dieu, pour le bien accompli dans des conditions particulièrement difficiles.
« Doit-on en conclure que le ciel est sans nuages et que tout est pour le mieux dans notre mission ? Plût à Dieu qu’il en fût ainsi ! Malheureusement, des centres chrétiens très importants ne voient plus le prêtre qu’à de rares intervales, au grand détriment des âmes. Cette situation, si elle devait se prolonger, serait une dure épreuve pour une bonne partie de nos fidèles ; elle serait particulièrement pénible aux personnes pieuses et aux membres des confréries, habitués depuis longtemps à jouir de tous les avantages spirituels que leur procurait la présence du prêtre. Aujourd’hui, brebis sans chefs et sans guides, nos néophytes s’inclinent, l’âme résignée, devant l’inévitable, dans l’attente du retour à la vie normale.
« La question des vocations à l’état ecclésiastique a été et reste l’une des grosses préoccupations de l’évêque du diocèse. Cette préoccupation est facile à comprendre, si l’on considère que notre clergé indigène, au lieu d’augmenter avec la population catholique, s’est à peine maintenu dans un état stationnaire depuis la fondation de la mission en 1899. Les sept nouveaux prêtres qui ont été incorporés au diocèse pendant cette période de seize ans, ont tout juste remplacé ceux que la mort a enlevés. Pour le moment, le diocèse ne compte qu’un seul élève en théologie. Il devenait urgent de prendre des mesures efficaces pour écarter les causes qui ont amené cette crise des vocations. D’actifs et persévérants efforts nous ont permis de recevoir un plus grand nombre d’enfants comme élèves-séminaristes. Actuellement, le diocèse en compte dix-sept, répartis suivant leur degré d’instruction, les uns dans le collège anglais de Cuddalore, les autres dans le petit séminaire de Coïmbatore. Sans doute, il s’écoulera bien des années avant que ces jeunes gens soient ordonnés prêtres ; mais, dès aujourd’hui, il est permis d’envisager l’avenir avec plus de confiance.
« Une autre cause d’anxiété pour notre pasteur vénéré, c’est l’état de santé de ses collaborateurs, tant européens qu’indigènes. Quelques-uns, accablés de vieillesse et d’infirmités, ont dû cesser, en tout ou partie, l’exercice du saint ministère ; au d’autres, atteints de maladies qui mettaient leur vie en danger, ont passé un temps plus ou moins long soit à l’hôpital Sainte-Marthe de Bangalore, soit au sanatorium Saint-Théodore, où M. Vieillard, avec une amabilité toujours égale, les a entourés de tous les soins qu’exigeait l’état de leur santé ; le plus grand nombre ne se soutiennent qu’à l’aide de soins et de médicaments, et les bien portants sont l’exception.
« Dans ces conditions, avec un clergé déjà si réduit par ailleurs, on comprend que le chef du diocèse soit impuissant à faire face à tous les besoins du moment. Malgré tout, on ne perçoit nulle part le moindre découragement, on n’entend formuler aucune plainte.
« En tout cas, si le découragement existe quelque part, ce n’est pas chez M. Huysman. Chargé, depuis un an, du district d’Ayyampettai, notre confrère, loin de maudire la destinée, entonne un chant de triomphe : c’est le missionnaire content de son sort et parfaitement heureux. Après avoir vanté les charmes d’Ayyampettai, la variété de ses produits, les avantages d’un climat très sain, il loue avec la même complaisance la foi de ses chrétiens, la piété des enfants et la fécondité proverbiale des femmes padaiyatchis. « Ici, continue-t-il, on « peut se payer autant de travail qu’on veut, et même parfois plus qu’on ne vent. Depuis un « an, j’ai entendu 10.112 confessions et distribué 17.390 communions. La population « catholique de mon district s’élève à 3.945 âmes, dont 2.811 appartiennent à la caste des « Padaiyatchis, 1.063 à celle des parias et 60 à celle des blanchisseurs, éparpillés dans huit « localités différentes. J’ai inscrit 165 baptêmes d’enfants de chrétiens, chiffre supérieur à « celui des décès dans la proportion de trois à un. A ce compte-là, je prévois que, l’an « prochain, la population catholique d’Ayyampettai dépassera 4.000 âmes. » M. Huysman, dont la compétence en matière d’éducation est bien connue, par le longuement de ses écoles, écoles du jour, et écoles du soir, des règlements qui les régissent, du contrôle sous lequel elles sont placées, des secours qu’elles sont susceptibles de recevoir du Gouvernement, et des projets qu’il a eu vue. Finalement, après avoir énuméré les avantages que présente son district, en particulier celui d’avoir comme voisin à Thennour le plus charmant et le plus serviable confrère qu’on puisse voir, il conclut qu’Ayyampettai est un petit paradis, où il serait heureux de finir ses jours, si ses supérieurs voulaient bien l’y laisser.
« Le charmant confrère auquel il est fait allusion plus haut, n’est autre que M. Sovignet, chargé de l’administration du district de Thennour. M. Sovignet, sans partager l’optimisme de son voisin, n’est pas, somme toute, trop mécontent de ses ouailles, et il en parle en termes plutôt sympathiques. Il admet chez le plus grand nombre la rudesse de caractère et d’autres défauts propres à la caste, toutefois il reconnaît qu’il y a dans son troupeau d’excellents chrétiens dont le nombre augmente, assez lentement, il est vrai, mais visiblement. « Ce « progrès, déclare-t-il, je l’attribue en partie aux nombreuses écoles établies dans le district. « Aussi, malgré la suppression des allocations données jadis par la mission, je n’ai pu me « résigner à les fermer. Je les maintiens, parce que je constate qu’elles font beaucoup de « bien, qu’elles rendent plus soumis, plus respectueux et même plus sociables ceux qui les « fréquentent. Je les maintiens, parce qu’elles fournissent à un grand nombre d’enfants la « facilité de s’approcher plus fréquemment de la sainte Table, et à moi, celle d’admettre les « tout petits eux-mêmes à la première communion. Je les maintiens, parce que, sans elles, les « protestants chercheraient par tous les moyens à attirer nos enfants dans leurs propres écoles. « Je les maintiens enfin, parce que, sans elles, nos petits Indiens, laissés à eux-mêmes, « vivraient dans une ignorance presque complète des vérités de la religion jusqu’à l’âge de « douze à quinze ans, c’est-à-dire jusqu’au moment de la première communion. » Il est, en effet, généralement reconnu que les parents s’occupent peu de l’éducation religieuse de leurs enfants. Il y a cependant des exceptions, et M. Sovignet en cite plusieurs qui l’ont fort édifié : « Pendant la préparation à la première communion des enfants, raconte-il, je vis arriver, « conduite par son père, une pauvre petite paria âgée de dix ans, venue de douze milles de « distance pour avoir le bonheur de faire sa première communion. A la maison, sa mère lui « avait appris les prières et l’avait préparée à la communion. Au moment de reprendre le « chemin de son village, elle me dit sa joie d’avoir reçu Notre Seigneur. Je lui donnai une « belle image en souvenir du grand acte qu’elle venait d’accomplir et lui recommandai de dire « chaque jour ses prières. Elle me répondit qu’elle les réciterait sans faute matin et soir, à « genoux devant son image. »
« A l’autre extrémité du diocèse, le P. Ignatius, titulaire du district de Tonamandurai, travaille par la parole et par la plume controverse, étant lui-même un converti du luthérianisme, il sait par expérience de quelles armes il convient de faire usage tant pour la défensive que pour l’attaque. La brochure qu’il vient de publier pour démontrer que seule L’Eglise catholique possède la vérité, porte en exergue ces paroles tirées de l’évangile de saint de saint Luc : « Ex ore tuo te judico. » En la dédiant à ses anciens coreligionnaires, il a soin de déclarer que ce n’est pas dans les livres saints, mais dans leur propre arsenal, qu’il est allé prendre ses armes. Son zèle a déjà reçu une première récompense. « Cette année, écrit-il, j’ai eu la joie de recevoir trois abjurations. Je me propose dès que mon église sera terminée, d’aller passer quelque mois à Annamangalam, qui compte près de six luthériens et où semble se dessiner un mouvement de conversion. »
« La plupart des confrères se sont bornés à envoyer leurs rapports sans les accompagner d’aucun commentaire. Il n’y a pas lieu de s’en étonner, si l’on considère combien sont rares, dans l’inde, les événements de nature à troubler le cours ordinaire de la vie du missionnaire. Loin de nous en plaindre, nous prions Dieu de vouloir bien nous conserver la liberté religieuse, afin que nous, ses envoyés, nous puissions continuer silencieusement notre œuvre d’évangélisation.
« Sous une autre forme et par d’autres moyens les sœurs Missionnaires de Marie-Immaculée poursuivent sans se lasser le même apostolat dans leurs quatre maisons de Kumbakonam, de Tranquebar, de Mayavaram et D’Ayyampet. Pendant les douze derniers mois, elles ont visité 405 villages, baptisé à domicile 205 adultes et 2.008 enfants de païens ; elles ont recueilli 31 femmes, racheté 50 enfants, visité quantité de malades et distribué un nombre incalculable de médicaments dans leurs dispensaires, sans cesser, par ailleurs, de se dépenser auprès des orphelins et des jeunes personnes de l’ouvroir, auprès des vieillards et des lépreux, soignant avec la même affection les corps et les âmes. De leur côté, les Sœurs indigènes continuent, à la satisfaction de tout le monde, leur paisible et fécond travail d’éducation dans les 14 écoles dont elles ont la direction.

« L’école professionnelle, établie à Kumbakonam, a été inaugurée et bénite solennellement, le 8 décembre 1914, par Mgr Chapuis, devant une assistance très variée. Le nouvel établissement, destiné à former au travail manuel les plus grands enfants de l’orphelinat, répondait à l’un des plus chers désirs de Monseigneur. Sa Grandeur approuva fort le choix du terrain et félicita M. Raymond Michotte d’avoir pu, en si peu de temps, achever une entreprise de cette importance. Fondée pendant la guerre, l’œuvre naissante devait fatalement en ressentir le contre-coup. Aussi, faute des ressources sur lesquelles on avait compté, dut-on, en fait de bâtisses, se borner au strict nécessaire et remettre à des temps meilleurs l’achèvement d’une installation en rapport avec le but et les exigences de l’école. Ce n’est qu’après la guerre et à la longue, que l’œuvre pourra atteindre son plein développement.
« Depuis un an, notre pensée s’est reportée bien souvent vers nos confrères mobilisés. M. Lagarrigue a été tué à l’ennemi ; les 11 autres sont employés dans les divers services auxiliaires. M. Martin qui avait été réformé en août 1914, vient de passer une contre-visite devant un major de l’armée anglaise. Trouvé bon pour le service, il s’attend d’un moment à l’autre à recevoir son ordre de départ.
« La mission de Kumbakonam a sa large part dans les souffrances communes. D’autres épreuves sans doute attendent : au delà d’un présent semé d’épreuves, on entrevoit un avenir plein d’incertitudes. En face de cette vision qui se dresse devant nous, nous comprenons plus que jamais la nécessité de mettre notre appui non en nous-mêmes mais en dieu seul. »


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