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Rapport annuel des évêques

Année: 1917
Pays: Inde
Mission: Kumbakonam
Rédacteur:Mgr Chapuis

IV. — Kumbakonam

Population catholique 101.596
Baptêmes d’adultes 245
Baptêmes d’enfants de païens 1.547
Conversions d’hérétiques 26
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« L’exercice finissant le 31 août 1916 avait été bien dur pour nous, écrit Mgr Chapuis ; celui-ci l’a été encore davantage. Beaucoup de confrères, soit européens, soit indigènes, sont sérieusement fatigués, pour me servir d’un euphémisme ; plusieurs auraient un besoin urgent d’un repos prolongé. MM. Palluel et Janière, déjà malades l’année dernière, le sont encore ; et la santé d’un de nos prêtres indigènes, le P. Régis, me donne de graves inquiétudes.
Je continue avec le secours de M. Jégorel, vicaire général du diocèse, à m’occuper de la paroisse de la cathédrale. Je m’occupe encore de celle de Manalur, et de temps à autre je remplis les fonctions de procureur. Naturellement le travail s’en ressent, et il est bien à souhaiter que tous ces provisoires prennent fin, pour le bien de chacun comme pour le bien général.
Le 16 septembre, nous avons eu une petite fête de famille. C’était la clôture de la retraite. Les confrères ont eu l’amabilité de fêter mes noces d’argent sacerdotales. Il y a eu messe pontificale suivie d’un sermon de circonstance, et la bénédiction du Saint-Sacrement. Le prédicateur, le P. Marie Arokiam, un de nos prêres indiens, a tenu à profiter de l’occasion pour faire devant les indigènes, avec une grande éloquence et beaucoup de délicatesse, l’éloge de la Société des Missions-Etrangères, montrant ce qu’elle avait accompli dans l’immense champ de l’apostolat et plus spécialement dans les Indes.
Je laisse maintenant les confrères raconter la vie de leurs postes
De Erukoor M. Cabiran m’écrit : « Cette année un acte d’expropriation de la municipalité de Chidambaram nous a dépouillés d’une pièce de terrain qui avait été achetée dans cette ville, il y a près de dix ans. Les païens étaient très inquiets, paraît-il ; ils avaient toujours peur que nous bâtissions là une église. Ils ont donc pris des moyens qui devaient réussir, et ils ont réussi. Mais le démon ne se contente pas de cela ; encouragé par ce premier succès, il travaille actuellement à nous déposséder encore d’un terrain sur lequel est bâtie l’église de S.louveitchery, à deux milles de Chidambaram. Depuis trois mois je bataille sans succès. J’espère cependant m’en tirer, mais j’avoue que je ne vois trop comment ; je ne compte que sur l’aide de Dieu. »
Au milieu de tous ces ennuis, et malgré une santé toujours chancelante, M. Cabiran a pu réunir des matériaux pour continuer l’église de Shiyali et réparer son presbytère.
Si, à Yerkoor, ce sont les païens qui donnent des ennuis au missionnaire, à Prattacudi ce sont les protestants, dont la place forte, Irungalur, est située à un mille seulement : « Comme le ministre européen de la Société pour la propagation de l’Evangile, écrit le P. Xavier senior, réside à Irungalur depuis deux ans et que nos chrétiens sont tentés d’envoyer leurs enfants à son école, à cause de l’anglais, j’ai introduit un peu d’anglais dans notre école, avec un maître ayant passé son Lower secundary et que je paie douze roupies par mois. J’ai aussi agrandi l’école et augmenté le muséum ; mais j’ai perdu deux de mes maîtres qui avaient passé leur examen de pédagogie ; ils sont partis pour Pinang le mois dernier, trouvant que leur salaire de dix roupies par mois était insuffisant. »
La question des écoles protestantes n’est pas la seule à inquiéter le P. Xavier. Depuis une vingtaine d’années, environ 300 chrétiens de la caste des pallers lui ont donné des tracas inimaginables qu’il serait trop long de raconter ici en détail. A la suite de disputes avec les chrétiens d’une autre caste, ils se firent protestants wesleyens. Le ministre de la secte n’ayant pu leur obtenir du gouvernement tout ce qu’il leur avait promis, ils demandèrent à rentrer au bercail. Mais ils restaient débiteurs d’une forte somme au ministre. Celui-ci leur a intenté un procès, et la Cour a condamné les pallers à payer 750 roupies. Le créancier leur promet de ne pas exiger la dette s’ils reviennent à lui. Et voilà ces pauvres gens dont la foi a toujours été précaire, sur le point de passer une fois encore à l’hérésie.
La population catholique est assez dense dans toute la région de Tennoor. A moins d’un kilomètre au nord, on trouve Ayampett, village entièrement chrétien qui compte environ 3.000 habitants. Les naissances y sont nombreuses, et si, malheureusement, le choléra n’y faisait trop souvent des coupes sombres, la population serait encore bien plus considérable. Laissons la parole à M. Huysman : « Mon troupeau a encore augmenté sensiblement cette année, par le seul fait de l’excédent des naissances sur les décès. Il y a là de quoi se réjouir et rendre grâces à Dieu ; mais en même temps, je ne puis me défendre d’un sentiment d’inquiétude en pensant qu’il n’y aura bientôt plus de place pour loger et nourrir tout le monde dans un pays relativement pauvre en terrains et en produits. Le progrès spirituel va de pair avec l’accroissement de la population. Il y a augmentation considérable dans le chiffre des confessions et communions ; cela est dû surtout aux enfants de la première communion qui ont pris l’habitude de s’approcher fréquemment des sacrements. »
M. Huysman peut encore enregistrer d’autres gains ; il a fait, avancer la construction de la grande et belle église qui sera la gloire de ce district.
Presque à l’autre bout du diocèse, le P. Roch a la charge de la paroisse de Tolurpatti. Les chrétiens y étaient assez aisés autrefois, mais depuis plus de dix ans, les mauvaises récoltes se sont succédé avec une régularité désespérante. La pauvreté s’est installée à demeure dans le pays, et l’émigration l’a dépeuplé. Le district n’a plus que 1.200 chrétiens, et il est le plus étendu de tous. Le P. Roch s’est efforcé, ici et là, de réparer les stations et de leur créer quelques petits revenus.
Franchissons maintenant les Montagnes de la Mort (Collimaleï) et les Montagnes Vertes (Patcheimaleï), et nous arrivons à Tonandorai, chez le P. Ignace. Son père avait eu le malheur de le faire étudier dans une école protestante, et le jeune homme, saturé d’objections contre l’Eglise catholique, avait embrassé le protestantisme. Il fut envoyé ensuite au collège catholique de Cuddalore. Là il revint bien vite au catholicisme, et avec une telle ardeur qu’on crut qu’il ferait un bon prêtre, ce que l’avenir a confirmé. Ayant failli être perdu par le protestantisme, il lui en a tenu rigueur, et il le poursuit partout, par les livres, les discussions, les instructions. Les protestants sont nombreux et puissants à Annamangalam, village de son district. Le P. Ignace les a tellement fustigés que tous, ministres, catéchistes et simples adeptes, n’osent plus l’approcher. Mais le protestantisme donne tant d’avantages à ses sectateurs, surtout au point de vue de l’éducation, qu’on peut les convaincre d’erreur sans les convertir.
L’école professionnelle, sous la sage et dévouée direction de M. Raymond Michotte, continue à se développer, et nos orphelins ainsi que beaucoup d’enfants de chrétiens pauvres lui devront leur gagne-pain. Le gouvernement a bien voulu cette année la reconnaître d’utilité publique, et nous promettre son appui.
Pour la première fois, la léproserie a vécu de sa vie vraiment propre, avec ses bâtiments à elle, dans le nouveau terrain acheté il y a deux ans. J’ai eu déjà l’occasion de dire que la municipalité de Kumbakonam nous avait suscité de telles difficultés pour la marche de la première léproserie dont les bâtiments étaient en ville, que nous avons préféré les vendre et en construire d’autres en dehors des limites municipales. Les nouveaux locaux furent bénits le 30 novembre 1916, et les lépreux y furent installés le même jour, sous la garde de deux sœurs catéchistes de Marie-Immaculée. Il n’y a de construit que le côté des hommes ; la maison des femmes le sera bientôt, j’espère. Déjà nous y avons eu cinq baptêmes. M. Jean Michotte, escomptant avec raison que les pensionnaires augmenteront et deviendront tous chrétiens, aura bientôt terminé une jolie chapelle payée par un bienfaiteur d’Amérique.
Je viens de nommer les sœurs catéchistes de Marie-Immaculée. Ces vaillantes ouvrières ont continué, dans la bonne et la mauvaise santé, à faire beaucoup de bien dans les différentes branches où s’exerce leur zèle : baptêmes d’enfants de païens in articulo mortis, visite et baptême à domicile de beaucoup d’adultes, soin des malades dans leurs divers dispensaires, crèches, orphelinats, protection des jeunes filles, relations avec les femmes païennes de la ville afin de gagner leur confiance, etc. Elles ont, au mois de mai, ouvert un nouveau dispensaire dans les bâtiments de leur futur hôpital ; il est destiné surtout aux gens des hautes castes. Le plus grand nombre des baptêmes in articulo mortis ont été administrés par ces dévouées religieuses.
Nos sœurs tamoules du Saint-Cœur de Marie, avec leurs seize écoles, font aussi le plus grand bien, non seulement aux filles chrétiennes, mais encore aux païennes qui leur gardent généralement beaucoup d’attachement et dont quelques-unes leur apportent leurs enfants en danger de mort afin qu’ils soient baptisés.
Nos séminaristes, grands et petits, sont au nombre de 25, le plus haut chiffre que nous ayons encore atteint. Des prêtres, des écoles, voilà ce dont nous manquons le plus, surtout d’écoles supérieures. Que les bienfaiteurs des missions nous continuent leur assistance ! »



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