| Année: |
1917 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Maïssour |
| Rédacteur: | Mgr Teissier |
II. — Maïssour
Population catholique 53.631
Baptêmes d’adultes 1.212
Baptêmes d’enfants de païens 1.720
Conversions d’hérétiques 78
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« La guerre qui a tout désorganisé et nous prive du concours de nos chers confrères mobilisés, me faisait appréhender pour la mission une année sans progrès, écrit Mgr Teissier. Mes craintes n’ont pas été justifiéesm au contraire les vétérans ont travaillé, et Dieu a couronné de succès leurs efforts.
La mission de Maïssour a donc poursuivi sa marche ordinaire des années précédentes, avance trop lente au gré de nos désirs, mais quand même consolante et encourageante. Au cours de cette année 1917, le nombre des baptêmes d’adultes s’est élevé à 1.212, celui des enfants de païens à 1.720. Si significatifs que soient ces chiffres, ils ne suffisent pas à eux seuls à donner une idée exacte du bien accompli et des progrès réalisés dans une mission. A quoi servirait le baptême s’il n’était suivi de la pratique religieuse, et si les nouveaux convertis ne devenaient de vrais serviteurs de Dieu et de véritables enfants de l’Eglise ? Les 24.749 communions pascales et les 522.435 communions de dévotion distribuées dans le courant de l’année, sont une preuve manifeste que la foi a pénétré ces âmes, hier encore païennes. J’attribue cette vie spirituelle à une coutume établie par nos anciens et que nous observons fidèlement. Dans tous les chefs-lieux de district, chaque année à l’occasion de la fête patronale, nous avons ce qu’on appelle en France une « mission ». Pendant neuf jours, des sermons appropriés aux besoins les plus grands sont donnés par un confrère. L’église est ornée d’oriflammes, de guirlandes, de verdure ; le soir, les tambours, les canons, les pétards annoncent aux chrétiens que c’est fête, et les Indiens, si friands de tout ce qui est extraordinaire, accourent entendre les vérités de la religion ; les bons s’affermissent et les pécheurs rentrent en eux-mêmes. Le jour de la clôture est un jour de bonheur pour les pasteurs qui comptent des milliers de communiants parmi lesquels est plus d’un enfant prodigue. Notre cher doyen, M. Rautureau, qui depuis quarante-quatre ans se dévoue au salut des Indiens et dirige encore, malgré son âge, une paroisse de 4.000 chrétiens, me disait avec satisfaction que, pendant la mission, plus de 2.000 communions avaient été distribuées. M. Servanton, chargé de l’église Saint-François-Xavier, paroisse de 7.000 catholiques, enregistre dans son compte rendu 61.000 communions de dévotion pendant l’année ; sur ce nombre, 3.000 ont été distribuées pendant les dix jours de la mission.
Je pourrais continuer cette liste et nommer tous les districts où les mêmes moyens ont donné les mêmes résultats. Je veux seulement ajouter que ces missions deviennent aussi une prédication pour les païens. Voyant les chrétiens se presser nombreux aux portes de l’église, ils se demandent pourquoi cette fête, pourquoi cette foule ; et entraînés par le mouvement, ils viennent écouter des vérités qu’ils n’avaient jamais entendues. Je sais bien que plusieurs sermons ne suffisent pas pour la conversion d’une âme ; mais la semence est jetée, et la grâce de Dieu aidant, elle produira des fruits.
Nos œuvres de charité : hôpitaux, orphelinats, dispensaires, malgré les difficultés qui vont toujours croissant, ont continué à soulager les malheureux et à recevoir des orphelins. Notre hôpital catholique a reçu 2.298 malades, et 43.982 consultations ont été données au dispensaire. Madame la Supérieure du couvent du Bon-Pasteur a ouvert toutes grandes les portes de l’orphelinat qui compte cinq cents orphelins. Nos Petites Sœurs des Pauvres, grâce à l’agrandissement de leurs locaux, voient augmenter le nombre des vieillards, mais bientôt elles seront dans la nécessité de bâtir encore. M. Sigean, mon vicaire général, qui depuis quarante ans se dépense sans limite pour les orphelins, a pourvu à l’établissement de plusieurs nouveaux ménages dans sa colonie composée uniquement d’orphelins. Comment expliquer ces merveilles de la charité, si ce n’est en reconnaissant que le dévouement a suppléé au manque de ressources.
Nos collèges et écoles voient le nombre de leurs élèves augmenter chaque année ; la meilleure preuve de leur prospérité est le chiffre de 3.968 garçons (chrétiens et païens) qui les fréquentent. L’Inde se réveille et veut avoir son rang parmi les nations, sa place dans le monde. La jeunesse assiège les écoles, les col1èges, les universités, parce qu’elle croit que l’éducation lui donnera les moyens d’atteindre son but. Mes prédécesseurs ont fait des sacrifices énormes pour répondre à ce mouvement, et ouvert à nos catholiques des écoles où leur foi ne fût pas en danger. Ces sacrifices qui étaient nécessaires, nous permettent de donner une éducation religieuse aux enfants de nos chrétiens et de prendre contact avec la jeunesse païenne. Je dois dire cependant que je ne suis pas sans inquiétude sur l’avenir de ces établissements. Je prévois que la tâche sera rude, car cette malheureuse guerre a empêché l’épanouis-sement des vocations et a tari la source des secours ; mais la confiance en Dieu n’est-elle pas l’arme du missionnaire ?
Aussitôt après mon sacre, je me suis fait un devoir d’aller visiter les chrétientés les plus éloignées du chef-lieu. Les vingt-sept années que j’ai passées à la procure ne m’avaient pas fait oublier tout le bien que produit la visite de l’évêque dans un district. Sa venue rompt la monotonie de l’administration ordinaire. Les âmes, se voyant l’objet de soins spéciaux, sont plus ferventes ; et les récalcitrants qui n’attendaient qu’une occasion favorable pour rentrer au bercail, viennent de jeter aux pieds de leur évêque pour être pardonnés et bénis. J’ai admiré la bonté et le zèle infatigables de mes confrères dans la formation de leurs chrétientés ; ils ne négligent rien pour le salut des âmes. Que le bon Dieu bénisse leurs efforts !
Mais toute médaille a son revers. Dans mes voyages, il m’est arrivé souvent de gémir sur l’ignorance de certains chrétiens qui échappent à l’influence de leur pasteur, parce qu’ils s’en vont, soit dans les plantations de café, soit dans les forêts à la recherche de nouveaux terrains de rizières. Il est impossible au missionnaire de les suivre pour les soutenir dans la foi, et les prémunir contre les dangers qui les entourent. Il faudrait au Maïssour des catéchistes sérieux, capables et zélés qui visiteraient les familles perdues au milieu des païens, instruiraient leurs enfants, fortifieraient la foi chancelante de ceux qui se sont laissé pénétrer par l’atmosphère païenne, ranimeraient la vie chrétienne là où elle est presque éteinte. Mais j’ai le regret de dire que les catéchistes doués des qualités nécessaires sont rares dans ce diocèse. Jusqu’ici les missionnaires les recrutent comme ils peuvent et s’efforcent de les former de leur mieux ; mais le choix est difficile et la formation laisse beaucoup à désirer. Il nous faudrait, avec une bonne école de catéchistes, les ressources permettaient de leur assurer un traitement suffisant pour qu’ils puissent tenir une place honorable dans la société. Je suis persuadé qu’avec de tels auxiliaires, nous verrions augmenter d’une manière sensible le nombre des baptêmes. Que le bon Dieu m’aide à réaliser cette œuvre ! »
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