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Rapport annuel des évêques

Année: 1917
Pays: Inde
Mission: Pondichéry
Rédacteur:Mgr Morel

CHAPITRE VIII
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Groupe des Missions de l’Inde

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I. — Pondichéry

Population catholique 150.068
Baptêmes d’adultes 215
Baptêmes d’enfants de païens 1.481
Conversions d’hérétiques 14
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« Durant l’année 1916-1917 l’administration s’est faite comme à l’ordinaire, écrit Mgr Morel, archevêque de Pondichéry. Les confrères que la mobilisation a chargés de deux districts ont fait leur possible pour suppléer les absents, tout en soupirant après le retour des titulaires. M. Gravère qui administre Tindivanam et Minnur, m’écrivait le 2 septembre : « La meilleure aide que le bon Dieu pourrait me donner, serait de permettre que M. Clément revienne pour me décharger de Minnur. Je n’ai pu faire cette année, dans ce district, que deux visites de quinze jours chacune ; c’est bien insuffisant pour maintenir les chrétiens dans l’état où les laissa M. Clément à son départ. » Et le 19 septembre, à 3 h. ½ du matin, M. Clément débarquait à Villupuram et il n’était pas seul, M. Colas l’accompagnait. Voilà un coup de la Providence qui nous a causé à tous une grande joie. Après ma messe, debout au pied de l’autel, j’ai récité le Te Deum, tout en pensant à celui que nous chanterons le jour où nos chers absents nous seront tous rendus. Puisse ce beau jour ne pas trop tarder ! MM. Clément et Colas n’ont pas perdu de temps : arrivés à Villupuram le mercredi matin, ils allaient le soir même faire une visite à Pondichéry, et le vendredi ils partaient, le premier pour Tindivanam Minnur, et le second pour Polur Chetput, chacun reprenant la charge de son ancien district.
J’ai dit que l’administration des chrétiens avait suivi son cours normal, comme le prouve le chiffre des confessions et des communions qui est sensiblement le même que celui de l’an dernier. Les épreuves cependant ne nous ont pas manqué. La peste a continué de sévir dans les parages de Salem ; elle a pourtant à peu près épargné nos chrétiens. Le choléra règne presque constamment, ainsi que la variole, dans plusieurs districts. Les protestants, l’ « American Mission » en particulier, déploient beaucoup d’activité pour attirer nos néophytes. Le recrutement pour l’armée et ses services annexes a remplacé l’émigration qui désorganisait nos districts.
Cette année nous avons eu un cyclone qui a causé de grands ravages. Pondichéry et Tindivanam en ont particulièrement souffert. Un certain nombre d’églises et de chapelles ont été renversée ou à moitié détruites, sans parler des jardins de cocotiers dont les arbres ont été déracinés. Les dégâts ont dépassé 80.000 francs. M. Gavan Duffy, qui se trouvait aux Etats-Unis, a réussi à nous envoyer des secours infiniment précieux. Je tiens à le remercier ici, ainsi que les Missions Catholiques de Lyon et nos autres bienfaiteurs pour leur admirable générosité.
Je dois dire un mot de l’agitation qui s’est produite parmi les catholiques du sud de l’Inde, agitation limitée à ceux qui ont reçu quelque instruction. Il y a près de vingt ans, grâce à la persévérance de M. Fahrer, la « Catholic Indian Association » fut établie pour grouper les catholiques, les empêcher de se joindre aux protestants, et leur permettre d’aider les œuvres de propagande catholique. Tout a bien marché tant que les statuts ont été, observés. Il y a trois ans, une brèche y fut, faite pour fonder un journal, le Catholic Friend, qui est devenu l’organe des agitateurs. Leur plate-forme première a été le Higher Education. Comparant ce que nous avons fait pour eux avec ce que font les protestants, ils ont cru avoir à se plaindre. Il leur fallait un grand collège à Madras, avec un hôtel pour recevoir les jeunes gens qui viennent étudier dans la capitale de la Présidence. Ils ont prétendu que la « Catholic Indian Asso-ciation » n’était pas suffisamment laissée à leur direction. Puis ils ont voulu s’unir aux protestants, aller à leurs réunions, devenir membres de leurs associations. Finalement ils ont prétendu que les évêques et les missionnaires, qu’ils ont qualifiés d’étrangers, s’opposaient à leurs légitimes aspirations politiques et sociales.
A l’occasion du sacre de Mgr Teissier, les archevêques de Madras et Pondichéry, les évêques de Bengalore, Mylapore, Trichinopoly, Kumbakonam, Coimbatore et Mangalore se sont réunis en conférence pour examiner les revendications des catholiques. Après six jours de délibérations, ils ont résumé leurs réponses et directions dans quatorze articles. Les articles 4 et 10 ont été attaqués très vivement; les voici :

« Art. 4. — Il faut encourager la formation d’associations catholiques locales sous le contrôle de l’Ordinaire. Il est également à désirer que les diverses associations locales de la Présidence soient unies entre elles par une sorte de fédération. Le comité fédératif aura son centre à Madras, et l’archevêque de Madras en sera d’office le président. Tout ce qui concerne le diocèse sera laissé exclusivement aux associations diocésaines ou locales, mais les questions offrant un intérêt commun à tous les catholiques de la Présidence seront traitées par le Comité fédératif après avoir pris l’avis des associations fédérées. La conférence est d’avis d’encourager une « Fédération » des associations catholiques du sud de l’Inde, sur le plan ci-dessus exposé, et la considère comme une organisation meilleure et plus utile que la présente « Catholic Indian Association » .

Art. 10. — En ce qui concerne la coopération des catholiques avec les protestants pour les questions politiques et sociales, la Conférence déclare à l’unanimité qu’il n’est pas opportun que les catholiques deviennent membres d’aucune société ou autre organisation protestante quelle que soit la dénomination, même si l’association n’a qu’un but politique ou social. Dans des cas particuliers, si on juge désirable une action commune des protestants et des catholiques, la hiérarchie nommera volontiers des délégués catholiques qui s’aboucheront avec les délégués protestants afin d’arriver à une entente commune sur les questions proposées. »
C’est sur ces deux articles que nos gens sont partis en guerre, envoyant leurs doléances à des journaux païens, organisant des meetings, adoptant des résolutions, les télégraphiant au vice-roi, au ministre des colonies, au Pape, au délégué apostolique. Ils se sont posés en champions du clergé indigène, opprimé, tyrannisé (ce sont leurs expressions) par le clergé « étranger » . lls n’ont pas trouvé de ce côté l’appui qu’ils espéraient. Les agitateurs ne sont pas des chrétiens exemplaires, loin de là ; ils ne sont pas nombreux, mais ils se démènent, il crient fort, et recrutent ainsi quelques partisans. Dans mon. diocèse, grâce au bon esprit développé par M. Fahrer, je n’ai qu’à louer mes catholiques pour leur belle attitude.
Cette année la mort a fait deux vides dans nos rangs. M Darras, le doyen des missionnaires de la Société, est parti pour le ciel en nous laissant l’exemple d’une vie apostolique digne de saint Paul, d’une vie dont tous les instants ont été consacrés à l’extension du royaume du Christ, au prix de quelles privations, de quelles souffrances, de quels sacrifices, Dieu seul le sait.
Le fondateur et directeur de notre école de catéchistes, M. Mette, nous a quittés lui aussi pour un monde meilleur. Depuis 30 mois j’étais son voisin, et en le voyant aller à l’église quatre ou cinq fois le jour et y passer des heures en prières, je le nommais le fidèle compagnon de Jésus-Hostie de Villupuram. Nul doute qu’il contemple aujourd’hui à découvert le Dieu qu’il a tant adoré et prié caché sous les voiles eucharistiques.
Nos auxiliaires, les Frères de Saint-Gabriel et les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, ont continué leurs œuvres, école industrielle, orphelinats, dispensaires, avec le plus grand dévouement. Le 1er juin de cette année, les Frères ont ouvert à Yercaud un pensionnat pour les enfants européens ; ils ont aussi accepté la direction de l’école paroissiale tamoule ; elle avait alors 18 élèves, et on compte aujourd’hui plus de 80. Nos chers Frère, ont eu la douleur de perdre le Frère Bonin, emporté en quelques heures par un accès de fièvre pernicieuse.
A Salem, un grand hôpital a été ouvert pour lequel le gouverneur a demandé deux sœurs. Les religieuses de Saint-Joseph n’ayant pas de sujets disponibles, c’est Mère Jeanne, supérieure provinciale des Dames catéchistes Missionnaires de Marie, qui est venue à notre secours. J’ai été très heureux de leur ouvrir le diocèse de Pondichéry, et j’espère qu’elles y ont pris pied pour toujours. »



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