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Rapport annuel des évêques

Année: 1918
Pays: Inde
Mission: Pondichéry
Rédacteur:Mgr Morel

CHAPITRE VIII
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Groupe des Missions de l’Inde

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I. ― Pondichéry

Population catholique 150.000
Baptêmes d’adultes 206
Baptêmes d’enfants de païens 1.576
Conversion d’hérétiques 29.
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M. Prudent, vicaire général, a été chargé par Mgr Morel, archevêque de Pondichéry, de nous adresser le compte rendu de la Mission.
« Si, écrit-il, dans nos établissements et dans plusieurs chrétientés excellentes, la vie religieuse s’est montrée aussi intense que jamais, elle est restée presque stationnaire dans nombre de paroisses et nous avons trop souvent rencontré l’hostilité où nous aurions dû au moins trouver la tolérance. L’Inde d’aujourd’hui, en effet, diffère beaucoup de l’Inde d’autrefois : au point de vue religieux, elle se veut purement païenne et, au point de vue politique, exclusivement indienne. A tout ce qui vient du dehors, religion ou gouvernement, elle devient inhospitalière ; et, si elle a vainement essayé d’unifier ses diverses croyances, elles les a du moins coalisées contre le christianisme, dont elle propage la haine dans les écoles, et dans les villges les plus reculés.
Le prêtre, Européen et Indigène, désormais tenu à l’écart, est traité en paria, contrecarré dans ses actes par les païens, dont le mépris pour notre religion et nos personnes ne se voile plus guère sous le masque de la politesse. Il s’en suit que l’Inde ne veut plus être dirigée par les Anglais non seulement parce qu’étrangers, mais surtout parce que chrétiens. Et cette mentalité, que ne peuvent comprendre les doctrinaires Anglais, augmente encore nos appréhensions pour l’avenir.
« D’autre part, constatation pénible, certains chrétiens, séduits par les idées nouvelles, ont embrassé la cause de l’hindouisme et ne reconnaissent plus à l’Eglise qu’une vague autorité délimitée par eux-mêmes. Leurs adhérents, peu nombreux, se remuent énormément et trouvent des recrues jusque dans le sanctuaire.
« A ces difficultés s’en ajoutent d’autres, cette année : la disette, occasionnée par la sécheresse et la cherté des denrées, et sa conséquence naturelle, l’émigration qui désorganise les chrétientés. La situation est donc inquiétante.
« La corruption de la jeunesse par l’école est certainement l’objectif principal de nos ennemis. Le Missionnaire a donc tourné vers l’école ses premiers efforts. Mgr l’Archevêque a créé un comité d’éducation primaire et nommé M. T. Gavan-Duffy, inspecteur des écoles primaires : celui-ci dirigera désormais chacun de nous dans nos écoles, en élaborant un plan d’action uniforme et pratique, en centralisant et distribuant tour à tour programmes et conseils, en visitant et aidant les Missionnaires. Cet organisme fonctionne déjà.
« A Pondichéry, le grand et le petit séminaires ont continué leur œuvre dans les mêmes conditions que l’an passé.
« Dans l’importante paroisse de la cathédrale, depuis que la paix y est revenue, les pratiques religieuses se sont de nouveau développées ; au dire de M. Combes, elles s’épanouissent maintenant en floraison spirituelle.
« La paroisse du Sacré-Cœur, fondée il y a une dizaine d’années, causa les dernières luttes entre parias et gens de caste ; née en pleine tourmente, elle en a pâti, beaucoup de ses fidèles semblent lui garder rancune. La population y est, d’ailleurs, très mêlée et rebelle à la direction. Il faut à son curé, M. Leblanc, beaucoup de tact et de dévouement.
« La paroisse Européenne de N.-D. des Anges compte beaucoup d’excellents catholiques, mais plus encore d’indifférents ; elle est travaillée par les mauvaises lectures, certains mauvais exemples, et, pire ennemi, la politique.
« Karikal n’a guère moins de 6.000 chrétiens ; quoiqu’unis par le sang à ceux de Pondichéry, ils n’en ont pas l’inconstance et forment une solide chrétienté, qu’administrent M. Veaux et deux vicaires indigènes. Ils aiment la religion, même quand ils ne la pratiquent qu’imparfaitement et se montrent souvent généreux. Ils ont été très éprouvés cette année, par la variole, le choléra et l’influenza ; les meilleures classes de la société se trouvent maintenant là-bas dans la misére.
« La petite paroisse de Cuddalore New Town se distingue par un niveau intellectuel élevé et un grand esprit de foi. Nous y possédons le beau collège de Saint-Joseph, l’école supérieure des Sœurs indigènes, les religieuses garde-malades si bien installées par M. Loubière, et cette école de Saint-Marie, créée par le regretté M. Drouhin et considérée comme un modèle par le gouvernement.
« M. Gaston est chargé de Cuddalore Old Town ; élève et émule de M. Drouhin, instituteur émérite, il a doté chacun de ses villages d’une école pour relever l’état social de ses parias et leur enseigner le catéchisme. Il revivifie son district.
« La population chrétienne de Panicancoupam, 3.000 âmes environ, forme comme deux districts distincts, habités en nombre égal : l’un par les pallis, l’autre par les parias. Ces pallis sans éducation sont obstinés et querelleurs, ils ne veulent pas étudier ni faire étudier leurs enfants ; cependant s aiment leur église et leur prêtre. Plus doux, plus malléables, les parias ont malheureusement une morale plus lâche. Aussi ce district souffre-t-il de la tiédeur.
« La chrétienté voisine de Gooreypattou se trouve dans de meilleures conditions. Le P. Saverinader qui en est le curé depuis 20 ans, a gagné le cœur de ses pallis et, avec leur aide, a construit chapelles et résidences dans ses principaux villages.
« A Eraiyur, légère éclipse dans l’esprit de piété parce qu’on y aime trop les spectacles ; néanmoins cette paroisse est bonne, ses écoles sont fréquentées, son église est toujours pleine et la communion fréquente en honneur : On peut en dire autant de Viriyur, dont les chrétiens, apparentés à ceux de Eraiyur, ont les mêmes défauts et les mêmes qualités.
« La vieille et populeuse chrétienté d’Attipakam somnole un peu ; son nouveau titulaire, M. Tesson, s’applique à la réveiller.
« La chrétienté de Vettavalam a, comme la précédente, ses racines dans un passé lointain. Fondées l’une et l’autre par les PP. Jésuites, évangélisées par le B. Jean de Britto, elles subirent autrefois des orages ; elles ont toujours réussi à se reconstituer et à tenir tête au paganisme puis au protestantisme. Vettavalam notamment a prouvé sa foi dans des circonstances difficiles ; à part un ou deux villages, ce district reste bon. Le P. Amaladassou y administre avec vigueur près de 5.000 chrétiens, les écoles y prospèrent.
« Le district de Vellantangal est en progrès : 130 garçons fréquentent maintenant l’école et plus de 50 filles le couvent. On y étudie assidument prières et catéchisme, on assiste chaque jour à la messe et l’on reçoit souvent la sainte communion. Tout marche bien, car M. Gavan-Duffy et son assistant le P. Aroquiam, ont eu la main rude mais heureuse.
« Le district rocailleux de Budamangalam se développe mieux au point de vue spirituel qu’au point de vue matériel, car la famine y sévit.
Ravattanallur, qu’administre M. Gabillet, se compose de gens de caste et de parias, très difficiles à gouverner. Toutefois les premiers sont d’ordinaire fidèles à leur devoirs religieux. Les parias se laissent diriger plutôt par le côté utilitaire que par la foi.
« M. Sacré continue à diriger Vellore avec dévouement et succès ; seules, ses écoles de garçons laissent à désirer.
« Plusieurs Pères se plaignent de l’ « American Mission » ; les missionnaires protestants, riches et actifs, se livrent à une propagande effrénée auprès de nos catholiques. Ils usent de leur auréole d’Américains et de leurs ressources pour séduire ceux des nôtres qui sont besogneux et chancelants. Ainsi en est-il à Vellore, à Elathagiri et ailleurs.
D’autres Pères sont inquiets au sujet des « sakilis » ou cordonniers. On sait que chaque métier, dans l’Inde, forme une caste distincte ; la dernière au bas de l’échelle sociale est celles des cordonniers dont beaucoup sont catholiques. Industrieux et doux, ils constituent d’incorrigibles polygames ; une telle mentalité ne facilite guère le ministère sacerdotal.
« Tindivanam, centre civil, est en train de devenir un centre religieux. Mais, la paroisse, composée surtout de nouveaux chrétiens encore peu disciplinés, reste à l’état de formation. M. Gravère achève la belle église du chef-lieu et répare les dommages causés par le cyclone. Le couvent de Saint-Joseph, avec son orphelinat, son dispensaire, son école, mérite les plus vifs éloges. De même l’école industrielle des Frères de Saint-Gabriel. Sœurs, Frères et leurs élèves, sous la direction spirituelle de M. Pungier, forment une petite paroisse dans la grande.
« Les nombreuses chrétientés du district de Melsittamoor (groupe des Missions du Nord), principalement formées de néophytes et administrées par M. Chavanol, sont toutes décimées par l’émigration. Dans le district de Munnur, au lieu de 1.733 chrétiens qu’il comptait en 1914, M. Clément n’en a plus aujourd’hui que 1.004 ; et combien d’autres régions se trouvent dans le même cas ! Pour arrêter ces axodes, il faudrait des terres et des écoles, des catéchistes et des chapelles. Le gouvernement Britannique songe, dit-on, à donner des terres aux parias. Mais pour enrayer l’immoralité, qui est une des grandes causes de dépopulation parmi nos néophytes, il faudrait pouvoir les réunir tous dans des villages entièrement chrétiens. Quelle fortune y pourrait suffire ?
« Les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny tiennent des écoles à Pondichéry et à Karikal ; leur succès sont entravés par les écoles gratuites du gouvernement. Mais celle d’Yercaud donne de belles espérances. Les ouvroirs et dispensaires de l’intérieur réalisent un grand bien et par les baptêmes que les Sœurs y recueillent, et par les exemples de charité chrétienne qu’elles y donnent.
« Les Sœurs du Saint-Cœur de Marie, Indigènes de caste exclusivement destinées à l’éducation des filles, sont très populaires. Elles possèdent un grand nombre de couvents dans le Sud, et leurs élèves mêmes les païennes, leur sont très attachées, ce qui démontre l’excellence de leur enseignement.
« Les Sœurs de Saint-Louis de Gonzague, qui sont de caste paria, avaient jusqu’à présent manqué de novices ; aujour-d’hui leur avenir se dessine, plusieurs d’entre elles ont passé des examens et elles dirigent quelques écoles. »



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