| Année: |
1920 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Pondichéry |
| Rédacteur: | Mgr Morel |
CHAPITRE VIII
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Groupe des Missions de l’Inde
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I. ─ Pondichéry
Population catholique 150.000
Baptêmes d’adultes 278
Baptêmes d’enfants de païens 1.086
Conversions d’hérétiques 24
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Les chiffres de l’exercice 1919-1920, comparés à ceux de l’exercice précédent, écrit Mgr Morel, accusent le double de mariages, la moitié moins de décès et d’extrêmes-onctions et une légère augmentation de confessions et de communions. Notre chiffre de baptêmes d’adultes, 278 n’est guère plus consolant que celui de l’an passé.
A cela on peut signaler les causes suivantes. Il n’y a point de mouvement de conversions en masse, comme jadis. De plus, l’administration des chrétientés existantes, absorbe tout l’effort de nos missionnaires, et même plusieurs, parmi ceux-ci, se plaignent à bon droit, de ne pouvoir suffire à la tâche. Enfin les familles désireuses de recevoir le baptême sont d’ordinaire pauvres, parfois très pauvres, et leur instruction occasionne nécessairement au missionnaire des dépenses considérables, dépenses qu’il ne saurait supporter actuellement. La vie est trop chère et les conditions du change restent trop défavorables. Pour le moment, chacun s’efforce d’améliorer la partie du champ du Seigneur qui lui a été assignée.
La cathédrale de Pondichéry a été restaurée. Toute une année, on a travaillé à lui rendre un air de jeunesse. Le curé, M. Combes, et son vicaire, le Père Xavier, y déployèrent toute leur activité. Les chrétiens, de leur côté, se montrèrent généreux et firent tous les frais de réparation. Voilà pour le matériel. Au spirituel, la paroisse se maintient dans la ferveur. « Sauf d’inévitables exceptions, m’écrit M. Combes, car point de tableaux sans ombre, les chrétiens ont bon esprit. Croushcoupam, dépendance de la cathédrale et village de parias, laisserait moins à désirer au point de vue de l’assistance aux offices si je pouvais m’occuper comme il faudrait de ces pauvres gens. Que faire sinon, en attendant que vienne du renfort, prier et tenir quand même ? »
M. Leblanc, curé de la paroisse du Sacré-Cœur, mentionne les consolants résultats d’une mission de dix jours prêchée par le Père Marie-Louis, Jésuite indigène, à l’occasion de la fête patronale du Sacré-Cœur. Si sa magnifique église gothique reste malheureusement inachevée, notre confrère a eu la joie de pouvoir terminer une école de filles, que dirigent les Sœurs de la Congrégation de Saint-Louis de Gonzague.
MM. Borey et Paillot continuent leur ministère, auprès de l’élément européen et créole de la ville. Un généreux bienfaiteur, M. Gandart, a doté l’église de Notre-Dame des Anges de trois autels en marbre ; le maître-autel est de toute beauté. Il a également acheté l’emplacement qui séparait l’église de la mer et l’a converti en un square, au milieu duquel s’élève aujourd’hui une remarquable statue en marbre de Sainte Jeanne d’Arc. Ce monument fut inauguré solennellement au mois de février, en présence du Gouverneur et des autorités civiles et militaires de la colonie.
Autre innovation : Les Frères de Saint-Gabriel ont pris à leur charge l’orphelinat des garçons et dirigent les chants aux offices de la paroisse. Je m’en voudrais, écrit M. Borey, de clore mon rapport sans payer mon tribut de reconnaissance à ces dévoués collaborateurs ainsi qu’aux Sœurs de Saint-Joseph de Cluny qui s’appliquent avec dévouement et succès à l’instruction des jeunes filles de la ville blanche. »
A Karikal, nous avons eu la douleur de perdre le Père Xavier, jeune prêtre indigène ordonné en décembre 1917 et sur lequel nous fondions les plus légitimes espérances. A la veille des fêtes de Pâques, il fut emporté par une forte attaque d’influenza. M. Veaux reste seul avec le Père Marie Raphaël et leur tâche devient évidemment trop lourde : 6.000 chrétiens, dont 2.000 au centre, les autres dispersés dans une dizaine de villages. Il faudrait un second vicaire à M. Veaux et malheureusement je n’ai personne à lui donner.
De Moutalpett, M. Gentilhomme m’envoie un long compte rendu ou plutôt un précis historique de sa paroisse dont il fait remonter les lointaines origines à 1812. Ce travail très exact présente beaucoup d’intérêt, car l’auteur n’a pas craint d’aller aux sources et de remuer nombre de vieux textes. Souhaitons que les confrères imitent un tel exemple.
Du territoire français, passons au territoire anglais.
Deux faits s’imposent à l’attention, au point de vue religieux, dans le Sud de l’Inde : 1o la préparation d’un Congrès Marial à Madras, pour l’Inde, Ceylan et la Birmanie ; 2o la question de l’administration de quelques diocèses par le clergé indigène. Cette question est devenue à l’ordre du jour, surtout après la réception de l’Encyclique du Saint-Père sur les Missions. Des périodiques catholiques et même d’autres journaux avaient ouvert leurs colonnes à des discussions qui devenaient de plus en plus vives, lorsque Mgr Pisani, le Délégué Apostolique y a mis fin en déclarant que les questions de temps et de lieu relevaient uniquement de la haute sagesse du Saint-Siège.
A Salem, à l’extrémité ouest de la Mission, M. Bruyère ayant agrandi son école de Saramangalam, s’est attaché un second maître. A l’autre bout de la ville, dans le faubourg de Shevapet, il a créé une nouvelle école, où déjà 70 élèves étudient sous la direction de trois maîtres. Il songe aussi à aménager de meilleurs locaux pour l’école des filles que tiennent les Sœurs indigènes du Saint-Cœur de Marie. Il veut construire dans ce même quartier une nouvelle église qui fasse bonne figure parmi les monuments de la grande ville de Salem. En homme sage, il recueille les fonds nécessaires avant de mettre la main à l’œuvre.
A Akkravaram, dont la chrétienté a souffert tour à tour du choléra, de la peste et d’une épidémie du ver de Guinée, M. Clément se félicite du renouveau de piété de ses paroissiens dont plusieurs ont fait une retraite chez les Pères Jésuites de Trichinopoly, pour la plus grande édification de tous. Malheureusement, les écoles de garçons et de filles ne sont pas assez fréquentées. Les bambins se considèrent comme très savants dès qu’ils savent lire quatre mots de suite.
A Arni, changement de personnel. MM. Dequidt et Noël, dont la santé laissait beaucoup à désirer, ont été remplacés par deux missionnaires démobilisés : MM. Chaler et Darras. « 6.000 chrétiens, tous néophytes, disséminés dans près de 100 villages, ce n’est pas une sous-préfecture, m’écrit M. Chaler, mais un département ; et, pour bataillon d’occupation, le curé, un vicaire et cinq religieuses. Après avoir relevé les ruines matérielles de Pattiavaram, j’ai visité tous mes villages. Je viens de boucler la boucle et songe à commencer une nouvelle tournée. Hélas ! il faut aller trop vite en besogne. Je n’ai pas le temps de m’occuper suffisamment de chaque chrétienté. Monseigneur, quand nous enverrez-vous des renforts ? »
A Chetput, M. Colas, se rendant compte que le paria chrétien ne peut pas remplir fidèlement ses devoirs religieux s’il n’est libéré du joug des maîtres païens, travaille avec ardeur à améliorer la situation économique de ses chrétiens parias ; il s’efforce notamment de les faire profiter de certains privilèges que le Gouvernement de l’Inde, soucieux du relèvement social des basses classes, se montre disposé à leur accorder. « Il ne faut pas, écrit-il, être ultra optimiste et se leurrer soi-même. Il faut encore moins être pessimiste. Après un échec, on doit recommencer la lutte sans se laisser décourager. Confiance toujours. Le bon Dieu vaincra le diable ! »
Même note chez M. Boyer, de Budamangalam. « L’horizon peut être sombre, écrit-il, je reste optimiste. » Si sa bourse le lui permettait, il installerait des banques rurales pour ses chrétiens. Mais hélas ! les fonds lui manquent ; aussi s’est-il vu contraint à son vif regret de refuser plusieurs familles de catéchumènes.
M. Planat a repris, à son retour de France, son ancien poste de Mogaigur. Il constate avec peine que l’esprit d’indépendance s’est accentué ; que les païens, sans faire preuve encore d’hostilité ouverte, n’accordent plus au prêtre catholique les mêmes marques de déférence que jadis ; enfin qu’un certain nombre de chrétiens ne fréquentent pas assidûment l’église. Il a béni, cette année, 91 mariages, dont la moitié de néophytes.
M. Autemard m’apprend dans un long compte rendu que l’état général de la chrétienté de Viriyur est satisfaisant. Seuls, les blanchisseurs et les terrassiers montrent une certaine apathie. Il y a cinq écoles de garçons et l’on en construit deux nouvelles. Cette année, quatre jeunes gens ont été envoyés à l’école normale pour y prendre leurs grades.
A Eraiyur, M. Tesson et le P. Antoine ont travaillé à apaiser les discordes, vieilles et nouvelles, qui trop souvent empêchent les chrétiens de remplir leur devoir pascal. Pour donner un renouveau de vie aux différentes Confréries, ils les ont divisées en sections de quinze membres, ayant chacune à leur tête, deux zélateurs ou zélatrices. Aussi l’assistance à la messe quotidienne est-elle redevenue ce qu’elle était aux anciens jours, le nombre des communions de dévotion va grandissant. Les villages éloignés du centre ont été visités deux fois. Ici, c’est le matériel, là, le spirituel qui laisse à désirer ; mais partout le prêtre est bien accueilli.
Terminons cet exposé de la Mission de Pondichéry, en nous arrêtant quelques instants à Tindivanam.
M. Gravère en administre le district. Toutes les saisons lui sont bonnes pour faire la visite de son troupeau. « Avant de chercher à augmenter le nombre de mes chrétiens, écrit-il, je dois les perfectionner ; c’est la qualité qui importe. Quelques familles païennes m’ont demandé à embrasser notre sainte religion ; comme elles y étaient poussées, semble-t-il, par le seul intérêt, je les ai refusées. »
M. Pungier s’occupe principalement des communautés de religieux et religieuses et des orphelinats. L’école industrielle, tenue par les Frères de Saint-Gabriel, jouit d’une excellente renommée. Le Gouvernement anglais vient de confier au Frère Jean-Baptiste la direction d’une nouvelle école normale d’Arts et Métiers.
Comme le mentionne notre compte rendu de l’an passé, nous avons décidé la création d’une école normale d’institeurs à Tindivanam. Nos professeurs, trop souvent, ou n’ont pas les aptitudes voulues ou manquent de zèle. Avec un tel personnel, la tâche de M. Gavan Duffy, directeur diocésain de l’enseignement, est très ardue. Nous espérons que notre nouvelle école normale formera des instituteurs qui se dévoueront corps et âme à l’œuvre si importante de l’éducation des enfants ; elle va s’ouvrir au début de 1921.
En octobre 1919, nous avons perdu M. Gantier, missionnaire d’un grand zèle et d’une profonde piété, qui a succombé victime de son devoir. Puis, à la veille de Pâques, le jeune Père Xavier, a été emporté en moins de huit jours par l’influenza. Enfin le Père Lazare, curé d’Arcancoupam est mort à Pondichéry, au mois de mai. Or deux de ces disparus n’ont pas été remplacés.
La tâche devient de jour en jour plus pénible pour ceux qui restent. Faute de sujets, mon vicaire général, M. Prudent, continue de gérer le district de Panicancopam ; et, moi-même, je dessers encore la paroisse de Villapuram. Par ailleurs, dans toutes les paroisses et toutes les charges, le personnel est réduit au strict minimum.
Plusieurs missionnaires, à cause de leur santé délabrée ou de leur grand âge auraient besoin de repos et de soins qu’ils ne trouvent pas dans leurs postes ; or je n’ai personne pour les remplacer.
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