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Rapport annuel des évêques

Année: 1921
Pays: Inde
Mission: Coïmbatour
Rédacteur:Mgr Roy

III. – Coïmbatour.

Population catholique 44.220
Baptêmes de païens 303
Baptêmes d’enfants de païens 1.098
Conversions d’hérétiques 41


Depuis longtemps déjà la petite Mission de Coïmbatour jouit d’une douce tranquillité, écrit Mgr Roy. Les fondations, assez ébranlées au début, s’élèvent lentement sur des assises solides. Mon clergé, tant européen qu’indigène, est toujours uni par les liens d’une charité fortement fraternelle. Les chrétiens en sont édifiés et profitent de ce bon exemple venant de leurs pasteurs, car, pendant mes tournées pastorales, je constate qu’ils s’améliorent sensiblement et qu’ils revêtent presque partout, un esprit plus fortement chrétien. Quant aux païens, hélas ! leurs désirs et leurs discours sont toujours terre à terre. Malgré cela, on ne peut nier que partout un esprit nouveau, un mouvement d’indépendance politique et sociale pénètre de plus en plus les masses. Il est surtout accentué parmi la jeunesse et les ouvriers des villes. Les campagnes se laissent aussi pénétrer, mais beaucoup plus lentement La sainte Eglise seule pourra semble-t-il, maintenir les esprits dans les limites justes et raisonnables.
Les grèves, inconnues il y a deux ou trois ans, sont devenues assez fréquentes. Elles ne sont certes pas toutes condamnables, car l’ouvrier doit vivre et faire vivre sa famille ; le patron se contenter d’un gain modéré, et il n’en est pas toujours ainsi. Malheureusement les meneurs, presque toujours des avocats brahmes enrichis, ne recherchent point que le bien de l’ouvrier, mais avant tout leur propre utilité personnelle. Ils abusent de la naïveté du peuple pour reprendre leur ascendant qui fléchit. En effet, parmi les éduqués non brahmes, il y a un mouvement anti-brahmanique assez prononcé. Eux aussi veulent bien leur part dans les emplois du gouvernement qui, jusqu’à ce jour, étaient un peu trop exclusivement la propriété du brahme : d’où la lutte plus ou moins acharnée.
Quoi qu’il en soit, le district de Coïmbatour, ne semble pas encore avoir dépassé les limites de la sagesse. Je parle des non catholiques, car les catholiques ont été jusqu’à présent d’une sagesse exemplaire en cette matière.
Malgré les visites des grands agitateurs : Gandé et Cie, qui parcourent l’Inde en prêchant la non-coopération avec le Gouvernement, l’agitation dans nos parages a été assez modéré. Dernièrement cependant, après l’arrestation des frères Ali, opérée dans le nord de l’Inde, quelques brahmes et mahométans avaient fait annoncer par la ville une grande procession à travers les rues pour exhiber le portrait des frères Ali. Le magistrat défendit par décret cette procession et la conférence qui devait suivre. Ni l’une ni l’autre n’eurent lieu, mais quelques jours plus tard, sur un autre point de la ville, il y eut un grand meeting. La police usa de stratagème. Au moment psychologique, quelques pierres furent lancées, puis un ou deux pétards inoffensifs, et l’on entendit au loin l’alarme d’une automobile venant à toute vitesse. C’était trop pour l’orateur qui, tout effaré, s’enfuit à toutes jambes. Ce fut un sauve-qui-peut général. Les moins agiles tombèrent sur le chemin et furent piétinés ; les vendeurs devant l’affolement général fermèrent leurs boutiques ; il y eut, paraît-il un assez grand nombre de blessés. Cette épisode tragi-comique a un peu refroidi le zèle des meneurs : leurs réputation de bravoure y a été sérieusement compromise.

La maladie nous a privé cette année du concours d’une demi-douzaine de missionnaires et prêtres indigènes pendant plusieurs mois. Ils ont été soignés soit à l’hôpital, soit au Sanatorium, soit à la Mission. Le travail s’est pourtant fait assez régulièrement, la bonne Providence nous ayant donné au moment critique quatre nouveaux prêtres indiens .
Nos différentes institutions de garçons confiées au clergé ou aux Frères de Saint-Patrice, ainsi que celles des filles confiées aux différentes congrégations de religieuses : Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, sœurs de Saint-Joseph de Tarbes, Sœurs de la Présentation, celles-ci uniquement indigènes, nous ont donné toute satisfaction. Nous n’avons pas seulement maintenu nos positions, mais nous avons progressé. Je ne saurais assez remercier ceux et celles qui se dévouent si généreusement à ces œuvres importantes.
Les conversions de païens et de protestants n’ont pas été très nombreuses ; mais il faut reconnaître qu’il est difficile d’espérer mieux dans ces temps de troubles et de commotions politiques. Les esprits sont mécontents, et l’appel à l’ancien esprit païen qui avait fait de l’Inde le premier pays du monde, le plus civilisé le plus glorieux, est prêché partout. Le retour au vieux paganisme donnera liberté, indépendance, richesse. Tel est l’âge d’or nouveau que nos beaux parleurs font miroiter aux yeux du peuple !

En parcourant les districts, nous constatons qu’en beaucoup d’endroits les confessions et communions ont augmenté, d’où une vie chrétienne plus intense.
Des montagnes des Nilgiris j’ai peu d’événements nouveaux à mentionner, sinon qu’à Sainte-Marie d’Ootacamund, les paroissiens de M. Biolley s’apprêtent à fêter dignement les noces d’or de leur vaillant missionnaire ; par l’entremise de son vicaire, le zélé Père Marie Louis, prêtre indigène, ils ont fait venir d’Italie un maître-autel en marbre qu’ils veulent lui offrir en témoignage de reconnaissance à cette occasion. M. C. Biolley, malgré ses 75 ans, est un vieillard encore vigoureux, qui, pendant de nombreuses années, nous l’espérons, continuera de nous donner l’exemple de ses grandes vertus apostoliques.
A Katagiri, sous la direction de M. Beyls, les religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie, ont ouvert écoles et dispensaire. Cette fondation nécessaire a été un peu précipitée, pour empêcher les protestants de prendre une trop forte position dans ce district.
En descendant des montagnes bleues par l’ouest, nous traversons une partie des montagnes de Wallavanad pour arriver à celles de Palghat. C’est dans cette région que vivent les Moplahs, tribu fanatique de mahométans qu’on dit descendre plus ou moins directement des Arabes. Ils sont présentement en pleine insurrection. Ils ont coupé les lignes télégraphiques, fait sauter des ponts de chemin de fer, et parcourent le pays en bandes plus ou moins nombreuses, armés de vieux fusils et de coutelas. Ils ne respectent rien, pas même les Hindous. Quelques chefs ont été arrêtés et incarcérés soit à la prison de Coïmbatour, soit à celle de Callicut ; beaucoup auraient été mitraillés, les autres continuent leurs déprédations, meurtres et pillages. L’armée régulière est en campagne, la loi martiale proclamée ; les ponts, voies ferrées, lignes télégraphiques rétablies et surveillés militairement ; mais la paix n’est pas encore faite.. Palghat et les environs tremblent sous la menace des Moplahs. Nous ne sommes pas sans inquiétude sur nos chrétiens de Mamarghat qui se sont trouvés dans la zone dangereuse. Ailleurs tout a marché régulièrement.

A Saveriarpaleam, M. Hedde n’est pas satisfait de l’esprit de certains de ses chrétiens qu’il trouve par trop indifférents ; il lui est difficile d’avoir leurs enfants à l’école pour le catéchisme et la préparation à la première communion, et ses catéchistes, bien que formés dans une école spéciale, ne donnent pas ce qu’on est en droit d’attendre d’eux. Pour la construction de sa grande église, il avait enfin escompté une plus grande générosité chez ses fidèles.
De Kodivéri, M. Petit m’écrit que ses catéchumènes de Gundii lui donnent bien du souci : leur nombre s’est un peu fondu par suite du manque de ressources. Le plus souvent des dettes vraies ou imaginaires lient ces pauvres gens à leurs maîtres païens ou musulmans, qui ne les laissent partir pour le village chrétien que contre remboursement. M. Petit maintient une école parmi eux, et nous avons à Coïmbatour une douzaine d’orphelins de son district qui lui reviendront un jour avec une formation religieuse complète.
La ferveur se maintient parmi les chrétiens de Podamur, malgré les difficultés et malgré les dangers qui accompagnent toute agglomération ouvrière importante. La masse de la population est fidèle aux offices et à la fréquentation des sacrements. M. Petite, curé de l’endroit, est secondé par M. Sibuet, fatigué, qui se repose chez lui. Espérons que la Providence l’aidera à réaliser son œuvre d’association pour les jeunes gens et lui permettra de donner à ses écoles les perfectionnements projetés. Au cours de l’année il a eu la joie de baptiser 36 adultes.
A la cathédrale, M. Béchu, vicaire général, constate un accroissement général de vie chrétienne dans sa population. Les six écoles paroissiales de garçons et de filles lui donnent toujours satisfaction. Les rapports des Inspecteurs et Inspectrices sont favorables et encourageants.
Les catéchismes se font régulièrement partout. Les examens et distributions de prix d’instruction religieuse excitent l’émulation. Les maîtres et maîtresses eux-mêmes, tenant au bon renom de leur école, mettent plus de zèle que par le passé à l’enseignement du catéchisme.
Les Associations « Catholic Club » et « The Catholic Union » continuent à se développer : ce n’est pas sans difficultés, car l’amour-propre fait difficilement place au bien commun dans ces sortes de sociétés. Cependant les bons résultats produits par elles sont appréciables. La sodalité du Sacré-Cœur exerce aussi une bonne influence sur la paroisse.
M. Béchu déplore que les conversions de païens soient trop rares. Le P. Rogues en admettant quelques jeunes gens comme apprentis dans son Ecole Industrielle l’a aidé à en faire quelques-unes.


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