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Rapport annuel des évêques

Année: 1921
Pays: Inde
Mission: Maïssour
Rédacteur:Mgr Sigean

II. – Maïssour.

Population catholique 56.589
Baptêmes d’adultes 1.077
Baptêmes d’enfants de païens 2.893
Conversions d’hérétiques 87


La cruelle mort vient, hélas ! de glacer la main qui devait rédiger ce compte rendu, écrit M. Sigean, vicaire capitulaire. Le 26 février dernier, Mgr Teissier s’éteignait doucement après une longue et fructueuse vie d’apostolat de 43 ans, parmi lesquels 6 d’épiscopat. Sa Grandeur, dont la santé ne s’était jamais complètement rétablie depuis sa maladie de 1919, se préparait à faire un voyage dans les forêts du Winad et confirmer les néophytes Koorchers de M. A. Jauffrineau, lorsque la maladie de cœur dont il souffrait le terrassa soudain. L’homme propose et Dieu dispose ! Il est parti pour le grand voyage dont on ne revient pas, mais qui conduit au ciel ceux, qui comme lui, travaillèrent de tout cœur à l’extension du règne de Dieu dans les âmes.
M. A. Marcon est aussi allé recevoir la récompense d’une longue et excellente carrière apostolique. Doué d’une santé robuste et d’une énergie de fer, il ne s’épargna jamais. Sa candeur, sa bonhomie et sa bonté étaient proverbiales et lui attirèrent l’affection de tous ceux qui le connurent.
L’atmosphère politique des Indes toute chargée d’aspirations vers l’indépendance, et de mépris pour l’étranger, n’est guère favorable au progrès du christianisme. Les questions brûlantes du jour, les émeutes, les grèves d’ouvriers et d’écoliers, les révoltes à main armée, absorbent l’attention du peuple. La presse, les conférenciers et agitateurs de tout genre excitent les Hindous contre l’Européen, le représentant comme leur plus grand ennemi : un barbare qu’il faut expulser au plus vite. La civilisation occidentale est dénigrée. Le christianisme est représenté comme une religion incompatible avec les aspirations et les mœurs Hindoues. Toutes ces idées se répandent de plus en plus et pénètrent les masses. Il règne contre, l’européen un esprit d’hostilité sourde, sinon de haine ouverte, et le missionnaire lui-même n’y échappe pas.
Dans ces conditions il ne faut point s’étonner si nous piétinons sur place, ou plutôt, il faut remercier la divine Providence de ce que nous puissions garder nos positions intactes, et même, offrir au Sacré-Cœur de Jésus une petite gerbe de baptêmes d’adultes et d’enfants de païens.
Le nombre des païens adultes baptisés s’élève à 1.077, dont 512 in articulo mortis. Ils est supérieur à celui de l’exercice précédent qui était de 887 seulement.
Nous constatons malheureusement un léger fléchissement dans le total des enfants de païens baptisés in articulo mortis : 2.893 au lieu de 3.709. Il n’est nullement dû au refroidissement du zèle de nos chères sœurs baptiseuses et autres qui continuent à se dévouer de toute âme à cette œuvre par excellence, mais bien plutôt à une amélioration générale de la santé des populations. La peste, en effet, amène moins de monde dans les camps de pestiférés où le zèle de nos chères collaboratrices s’exerce surtout.
Si nous tournons maintenant nos regards vers le nombre des communions de dévotion nous constatons qu’il est supérieur à celui de l’an dernier : 620.000 au lieu de 603.000, ce qui fait un excédent de 17.000 communions. Ces chiffres sont éloquents et démontrent clairement que la vie spirituelle parmi nos chrétiens n’est pas en baisse. Mais quelle somme de travail représentent ces chiffres ! Que d’heures passées au confessionnal ! Que d’instructions données aux fidèles ! Ce n’est qu’en se multipliant que le missionnaire obtient de si consolants résultats.
A Bangalore M. J. B. Servanton, curé de la paroisse de Saint-François-Xavier, avec une population de 8.002 chrétiens est assisté du jeune prêtre indigène, le P. Antoine D’Souza. Surchargé de travail, s’occupant de plusieurs bâtisses, il s’excuse presque de n’avoir pu offrir qu’un « petit épi d’or » de 84 baptêmes de païens. « C’est tout ce que j’ai pu glaner », écrit-il.
Notre vénéré doyen, M. A. Rautureau, reste, malgré ses 72 ans, debout sur la brêche. Sa paroisse de Sainte-Marie compte 5.248 chrétiens. Lui aussi se lamente de n’avoir pu gagner plus d’âmes à Dieu : 50 en tout. « C’est la pire année que j’ai connue », soupire-t-il. Mais le bon Dieu ne mesure pas les mérites aux succès obtenus. Les efforts seuls comptent pour Lui. Cette paroisse fut la scène d’une émeute de Mahométans qui aurait pu devenir sérieuse. La présence des troupes anglaises qui tirèrent quelques coups de fusil fit tout rentrer dans l’ordre et deux émeutiers payèrent de leur vie cette folle aventure.

J’aurais voulu vous donner quelques détails intéressants sur les différents districts de la mission. Mais la modestie de nos chers confrères est proverbiale. Il leur suffit de savoir que le bon Dieu connaît leurs travaux et en tient compte. Ils ne s’inquiètent point de l’opinion des hommes. Cette humilité est, je l’avoue, digne de tout éloge, mais elle n’aide guère le chroniqueur qui doit rédiger le compte rendu.
De Sidappur, dans la province du Coorg, M. Pinatel se félicite du plus grand nombre de communions pascales et de communions de dévotion, qu’il attribue à la visite pastorale de Mgr Teissier en janvier 1921. d’autre part, il se plaint que le nombre de ses chrétiens diminue par suite de l’abandon de plusieurs plantations de café.
Non loin de là se trouve le wynad. Cette contrée couverte d’épaisses forêts, peuplée de bêtes fauves et décimée par la fièvre paludéenne, n’a cependant pas rebuté le missionnaire. Nous y trouvons deux braves parmi les braves : MM. Auzuech et Jauffrineau. Ce dernier est le pasteur d’environ 400 néophytes. Nomades par nature, ils se sont maintenant fixés sur des terres que le Père a obtenues et défrichées avec eux. La fin de l’année 1921 y fut troublée par la nouvelle de la révolte des Moplahs qui mit à feu et à sang la province du Malabar voisine du Wynad où vit un assez grand nombre de ces fanatiques. La position de ces deux confrères fut assez longtemps critique et nous vécûmes des heures pleines d’anxiété à leur sujet. Grâces en soient rendues à Dieu, ils ont été épargnés jusqu’ici. Mais la révolte, bien que brisée, n’est pas encore finie. Il est toujours à craindre que quelques bandes de révoltés ne s’enfoncent dans les montagnes boisées du Wynad pour échapper aux troupes qui les poursuivent et ne se livrent au pillage et au meurtre.
A Solur, M. Meyniel qui travaille uniquement parmi les gentils, nous présente la belle gerbe de 80 baptêmes de païens. Ce nombre semblera peut-être petit. Mais qu’il est grand et méritoire pour qui connaît les luttes qu’a dû soutenir ce vaillant missionnaire contre les hindous de haute caste qui ont fait tout leur possible pour entraver son apostolat. Daigne le bon Dieu le secourir dans ses épreuves et lui accorder le succès !

Nos chers prêtres indigènes ont aussi fait de leur mieux. A Mattigiri, le P. Joseph D’Souza s’occupe non seulement de l’église matérielle en réparant et bâtissant des chapelles, mais reconstruit aussi l’Eglise spirituelle en attirant vers les pratiques religieuses les chrétiens rudes, ignorants et querelleurs qui composent son troupeau.
Nous trouvons à Somanhalli le P. Lazarus, le doyen actuel de nos prêtres indiens. Malgré ses soixante ans sonnés, il paraît aussi alerte qu’un jeune homme de trente ans. Il s’occupe d’un immense district parsemé de rares chrétiens. L’administration qui lui prend presque tout son temps ne l’empêche pas, néanmoins, d’élever plusieurs chapelles à la gloire de Dieu.
Le P. Sébastien D’Silva s’efforce surtout d’établir ses nouveaux convertis sur des terrains qu’il a obtenus du gouvernement à Dornhalli.
Nous avons eu à pleurer cette année la mort du P. Xavier, un bon et saint prêtre indigène qui s’est éteint pieusement à l’âge de 66 ans. Il fut un vrai modèle de simplicité et d’humilité. Travaillant sans bruit, mais avec bonté et persévérance, il était universellement aimé des chrétiens et des missionnaires.

Il me reste maintenant à vous dire un mot de nos différentes institutions. Notre Petit Séminaire continue à se développer et compte 43 élèves, qui sous la sage direction de M. Graton forment leur intelligence et leur âme.
Le collège du Sacré-Cœur pour jeunes filles, dirigé par les religieuses du Bon Pasteur et le collège de Saint-Joseph pour jeunes gens, tenu par nos missionnaires vont de progrès en progrès. Leurs brillants succès aux examens universitaires excitent l’admiration et quelquefois la jalousie de nos ennemis.
Le couvent du Pon Pasteur avec ses œuvres admirables et multiples, s’agrandit encore et compte actuellement plus de 1.100 âmes. Leur administration constitue un travail écrasant pour leur aumônier : M. R. Feuga. Aussi les bonnes sœurs ont-elles fait l’acquisition d’un immense terrain aux portes de Bangalore, où elles vont établir une succursale qu’elles ont placée sous le vocable de Saint-Michel. Quelques constructions y apparaissent déjà. Puisse le grand archange protéger cette nouvelle œuvre !
Les chères Petites Sœurs des Pauvres soignent avec leur dévouement bien connu 125 vieillards dans leur maison qui devient trop étroite.
Dans la paroisse de Saint-Joseph, Bangalore, et à Sattihalli, les Sœurs Catéchistes de Marie-Immaculée développent leurs écoles, dispensaires, ouvroirs et orphelinats. Ce qui ne les empêche pas de partir en tournée dans les villages environnants à la recherche des malades et de petits enfants à soigner et à baptiser surtout, quand l’occasion s’en présente.
Les religieuses de Saint-Joseph de Tarbes ne restent point en arrière et rivalisent de zèle avec les autres Sœurs dans le maintien de leurs nombreuses écoles et autres œuvres.
A l’hôpital de Sainte-Marthe, les Sœurs du Bon Pasteur se prodiguent avec un dévouement admirable au soulagement des misères corporelles, sans toutefois oublier les besoins des âmes. C’est à leur zèle que nous devons le plus grand nombre de nos baptêmes in articulo mortis. C’est à leurs soins maternels aussi que nous devons le rétablissement de la santé de nos chers confrères malades.

Voilà le résumé bien pâle des travaux des missionnaires et des religieuses attachés à la mission du Maïssour. Les résultats n’ont pas toujours répondu à leurs efforts et à leurs espérances. Mais je puis rendre le témoignage que tous ont travaillé de tout cœur dans le petit coin de la vigne qui leur est confié. Ils ont semé dans les larmes et les souffrances. D’autres viendront plus tard cueillir les fruits. Qu’importe, pourvu que l’œuvre de Dieu se fasse !


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